Here under follows the transcription of chapter 4 of Houston Stewart Chamberlain's La Genèse du XIXme siècle, 6th. ed., published by Librairie Payot, 1913.

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Texte original : Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts
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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACES
INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIÈRE SECTION : L'HÉRITAGE
INTRODUCTION
CHAPITRE I : L'ART ET LA PHILOSOPHIE HELLÉNIQUES
CHAPITRE II : LE DROIT ROMAIN
CHAPITRE III : LE CHRIST

DEUXIÈME SECTION : LES HÉRITIERS
INTRODUCTION
CHAPITRE IV : LE CHAOS ETHNIQUE
CHAPITRE V : L'AVÈNEMENT DES JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
CHAPITRE VI : L'AVÈNEMENT DES GERMAINS DANS L'HISTOIRE UNIVERSELLE

TROISIÈME SECTION : LA LUTTE
INTRODUCTION
CHAPITRE VII : RELIGION
CHAPITRE VIII : ETAT
CHAPITRE IX : DE L'AN 1200 À L'AN 1800
A. Les Germains comme créateurs d'une culture nouvelle
B. Aperçu historique
1. Découverte
2. Science
3. Industrie
4. Economie sociale
5. Politique et Eglise
6. Conception du monde et religion
7. Art
ANNEXE
INDEX


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CHAPITRE IV

LE CHAOS ETHNIQUE

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On peut selon toute vraisemblance — et n'en
déplaise à une prétendue philanthropie — affir-
mer que le mélange des races, qui oblitère peu
à peu les caractères, n'est pas profitable au
genre humain.

Kant.

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(Page vide)

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CONFUSION SCIENTIFIQUE

    À ce chapitre sur le chaos ethnique de l'empire romain en décadence, une préface est inutile. Par les remarques qui se rapportent à son objet, dans l'Introduction général à la deuxième section de mon ouvrage, le lecteur sait déjà comment se définit, dans le temps et dans l'espace, ce terme de chaos ethnique. Ici encore je suppose connues, du moins en leurs grandes lignes, les circonstances historiques. Mais de plus, désirant que ce livre réponde avant tout au besoin de mieux comprendre et de mieux apprécier le dix-neuvième siècle, il me paraît expédient d'aborder la présente étude en examinant une question d'actuelle importance. La nation, la race, ne sont-ce là que des mots ? Est-il vrai, comme l'affirme l'ethnographe Ratzel, que nous devions appeler de nos vœux, concevoir pour but et pour tâche, la fusion de tous les hommes en une unité ? N'apprenons-nous pas plutôt, soit par l'exemple de la Grèce et de Rome, soit par celui de l'Imperium pseudoromain, et par maint autre exemple de l'histoire, que l'homme ne donne toute sa mesure qu'en dedans des bornes où se forment et se circonscrivent, pour chaque différent peuple, des caractères nettement empreints et strictement individualisés ? Se peut-il qu'en l'état où nous la voyons, avec la multiplicité de ses idiomes si diversement constitués, développant chacun une littérature particulière et significative, exprimant chacun une âme populaire déterminée et unique en son genre, se peut-il que notre Europe marque un recul sur le temps où le latin et le grec, volapuks jumeaux, servaient de lien à tous les sujets romains, devenus autant de sans-patrie ? La communauté du sang


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n'est-elle rien ? La communauté du souvenir, la communauté de la foi, se remplacent-elles par quelque idéal abstrait ? Mais d'abord et surtout, s'agit-il d'une affaire qui dépende de notre bon plaisir, et n'existe-t-il pas une loi naturelle aisément discernable dont il FAUT que notre jugement tienne compte ? Les sciences biologiques ne nous enseignent-elles pas que, dans toute l'étendue du monde animal et végétal, les variétés exceptionnellement nobles — c'est-à-dire douées d'énergies corporelles et psychiques extraordinaires — n'apparaissent que sous des conditions déterminées qui gouvernent, comme des règles restrictives, la production de nouveaux individus ? En considérant cet ordre de phénomènes, tant humains qu'extrahumains, n'arriverons-nous pas à dégager la réponse qui convient à cette question : QU'EST-CE QUE LA RACE ? Et de la conscience de ce qu'est la race, comment ne procéderait pas l'intelligence de ce que signifie pour l'histoire l'absence de races ? Voilà bien des points d'interrogation : c'est le spectacle de ces héritiers directs du grand patrimoine antique qui nous incite vivement à les poser. Occupons-nous en premier lieu des races, au sens le plus général : nous aurons ensuite plus de chances d'étudier avec profit les circonstances spéciales qui sont ici en cause et leur influence sur le cours de l'histoire, c'est-à-dire aussi sur le dix-neuvième siècle.
    Qu'entend-on par des races pures ? D'où viennent-elles ? Signifient-elles quelque chose historiquement ? quelle étendue faut-il donner à ce concept ? qu'en sait-on et comment le sait-on, si tant est qu'on en sache quoi que ce soit ? Y a-t-il un rapport, et lequel, entre ce qu'on appelle race et ce qu'on appelle nation ? J'avoue que sur tous ces points je n'ai jamais rien lu qui ne fût plein d'incohérences et de contradictions, sauf peut-être dans les ouvrages de quelques spécialistes voués à l'étude de la nature, mais qui rarement faisaient application à l'espèce humaine de leur vaste et clair savoir. Il ne se passe pas d'année sans que des économistes, des ministres, des évêques, des naturalistes siégeant en con-

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grès internationaux, nous assurent qu'il n'y a entre les peuples aucune différence, aucune inégalité. Des Germains, qui insistent sur l'importance de la parenté de race, des Juifs, qui se sentent étrangers parmi nous et rêvent de retrouver leur patrie asiatique, rencontrent précisément dans les hommes de science leurs adversaires les plus sévères ou les plus ironiques. Pour le professeur Virchow, par exemple, les agitations par où se traduisent ces états d'âme indiquent « l'éclipse de la saine intelligence humaine »; il demeure stupide « devant une énigme dont nul ne sait ce qu'elle signifie proprement, en ce temps d'égalité des droits ». Cet homme savant n'en termine pas moins le discours auquel j'emprunte ces citations par le vœu qu'apparaissent « de belles personnalités, tranquillement appuyées sur elles-mêmes » ¹). Comme si l'histoire entière ne nous démontrait pas que la personnalité tient à la race de la façon la plus étroite, que la nature de la personnalité est déterminée par la nature de la race, et que sa puissance se lie à de certaines conditions de sang ! Comme si l'élevage scientifique des animaux et des plantes ne nous fournissait pas d'assez riches et solides matériaux pour apprendre à connaître les conditions et le sens de la race ! Est-ce que les races animales dites « nobles » (et fort justement nommées ainsi), les chevaux de trait du Limousin, les trotteurs américains, les coureurs irlandais, les chiens de chasse absolument sûrs, sont un produit du hasard et naissent de la promiscuité ? Est-ce qu'on les obtient en octroyant l'égalité des droits aux animaux, en leur présentant la même nourriture, en les soumettant à la même discipline ? Non. Elles proviennent d'une sélection sexuelle, confirmée par de strictes mesures tendant à préserver la pureté de la variété
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    ¹) Der Uebergang aus dem philosophischen in das naturwissenschaftliche Zeitalter, discours universitaire 1893, p. 30 et suiv. — Je cite cet exemple entre des centaines, parce que Virchow est l'un des anthropologues et des ethnographes les plus travailleurs du dix-neuvième siècle, et que sa vaste expérience aurait dû, sur ce point justement, l'inspirer mieux.

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obtenue. Et les chevaux, mais surtout les chiens, nous donnent toute facilité d'observer que les qualités d'ordre spirituel vont de pair avec les qualités physiques; cela est vrai surtout des dispositions MORALES : on voit des chiens bâtards fort avisés, on n'en connaît pas qui méritent pleine confiance; ce sont toujours des coquins. Une promiscuité prolongée entre deux races supérieures d'animaux conduit fatalement à l'annihilation des caractères supérieurs de l'une et de l'autre ¹). Pourquoi l'humanité ferait-elle seule exception à cette règle ? Un Père de l'Église ne serait pas embarrassé de nous l'expliquer, mais convient-il à un illustre naturaliste contemporain de jeter le poids de sa grande influence dans la balance de la superstition et de l'ignorance moyenageuse ? On souhaiterait vraiment à nos autorités scientifiques, comme remède au dénuement philosophique dont elles souffrent (ou dont nous souffrons pour elles}, un cours de logique par Thomas d'Aquin !
    En réalité, et nonobstant la vaste substructure qui leur est commune, les races humaines font paraître quant à leur caractère, quant a leur mentalité, avant tout quant au degré de leurs aptitudes particulières, des différences aussi tranchées que celles par où se distinguent entre eux un lévrier, un bouledogue, un caniche et un terre-neuve. L'inégalité est un état que le travail de la nature continue partout d'entretenir; rien d'extraordinaire ne se produit sans « spécialisation »; chez l'homme, exactement comme chez l'animal, c'est la spécialisation qui suscite les races nobles; l'histoire et l'ethnographie dévoileraient ce secret à l'œil d'un aveugle ! Chaque race pure n'a-t-elle pas sa physionomie propre, souveraine, incomparable ? Comment, sans les Grecs, serait né l'art grec ?
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    ¹) Voir notamment Darwin : Animals and Plants under Domestication ch. XV et XIX. « Free crossing obliterates characters. » Sur les « soins superstitieux » que prennent les Arabes pour conserver la pureté de leur race chevaline et sur son histoire, on trouve d'intéressants détails dans Gibbon : Roman Empire, ch. L; Cf. aussi le Voyage à la Mecque de Burton, ch. 29.

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Combien la jalouse hostilité régnant entre les diverses villes de la petite Hellade eut tôt fait d'imprimer à chacune un aspect particulier du type familial, un cachet distinctif, une individualité ! et combien rapidement s'effacèrent ces différences quand les Macédoniens, puis les Romains, eurent appesanti sur ce pays leur main niveleuse ! Que resta-t-il, enfin, de tout ce qui avait conféré un sens éternel au mot « hellénisme », quand se furent mêlés avec les vrais Hellènes les flots toujours accrus d'immigrés non apparentés à eux ! L'égalité, cette idole devant laquelle le professeur Virchow vaque à ses rites de bonze, trônait maintenant dans la Grèce cosmopolite : on avait rasé tous les murs, aboli toutes les frontières. Et la philosophie, pour la plus grande joie du savant allemand, avait cédé la place à une « saine intelligence humaine » — si saine qu'elle n'hésite pas à défier le bon sens. Seulement la belle personnalité hellénique, sans laquelle nous ne serions tous encore que des barbares plus ou moins civilisés, s'était évanouie, évanouie à jamais. Crossing obliterates characters.
    Si les hommes qui seraient le mieux placés pour nous instruire de la nature et de l'importance des races témoignent d'un tel manque de jugement, s'ils opposent aux résultats les plus certains de l'observation la plus abondante des phrases creuses où se trahit un parti pris politique, quoi d'étonnant que les autres, ignorants des arguments scientifiques qui viendraient à l'appui de leur secret instinct, hésitent à le suivre et, ne se résignant pas à se taire, disent beaucoup de sottises ? Car la question des races éveille un intérêt de plus en plus général et, du moment que le savant se dérobe, il faut bien que le public essaye de s'en tirer tout seul. Lorsque le comte Gobineau publia, au milieu du siècle dernier, son génial ouvrage sur l'inégalité des races humaines ¹), personne n'y fit attention, personne ne soupçonna ce dont il
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    ¹) Essai sur l'inégalité des races humaines, 1853-55; la seconde édition ne parut qu'en 1884, deux ans après la mort de l'auteur.

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s'agissait; on demeura, comme le pauvre Virchow, stupide devant une énigme. Aujourd'hui, tout a changé : l'énigme est précisément de celles auxquelles la partie la plus vivante et la plus agissante des nations accorde une attention passionnée. Mais dans quel dédale de contradictions, d'erreurs, de préjugés chimériques, se meut encore l'opinion publique ! Ne voit-on pas Gobineau lui-même — si étonnamment riche en pressentiments intuitifs que l'avenir devait confirmer, et si bien, armé de connaissance historiques — fonder son exposé sur le dogme du peuplement du monde par Sem, Kham et Japhet : or il suffit d'un seul manque de discernement si criant pour qu'une œuvre grave se trouve classée, malgré la solidité de sa documentation, au nombre des « fantasmagories scientifiques ». À la première aberration de Gobineau s'en rattache une seconde : il postule la pureté et la noblesse originelle des races, et tient qu'en se mélangeant dans le cours de l'histoire elles deviennent à chaque mélange irrévocablement moins pures et moins nobles, d'où le pessimisme fatal et sans remède de ses vues sur l'avenir de l'humanité : mais son postulat repose sur une complète ignorance du sens physiologique que comporte le mot « race ». Une race noble ne tombe pas du ciel, mais au contraire elle DEVIENT noble petit à petit, tout comme le deviennent les arbres fruitiers; et ce processus d'ennoblissement peut commencer de nouveau à chaque moment, si une circonstance d'ordre géographique, historique, etc., ou bien encore un plan arrêté (comme chez les Juifs), crée les conditions voulues.
    Nous rencontrons à chaque pas de semblables contresens. Voilà, par exemple, le puissant mouvement qui s'intitule « antisémite » : quoi ! y a-t-il donc identité entre les Juifs et les Sémites ? Les Juifs ne se sont-ils pas différenciés par leur développement au point de constituer une race particulière, une race qui peut et doit être dite pure ? Est-il certain (nous aurons lieu de le rechercher) qu'à la formation de ce peuple n'ait pas préludé quelque important croisement ? Qu'est-ce, d'autre part, qu'un Aryen ? Beaucoup en parlent

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et quelques-uns donnent des précisions. Au Sémite, que nous concevons dans la vie courante sous l'espèce unique du Juif (et c'est du moins une représentation concrète, issue de notre expérience), nous opposons l'Aryen : quelle sorte d'homme est-ce là ? à quelle représentation concrète correspond-il ? Il ne faut rien savoir de l'ethnographie pour se flatter de formuler une réponse catégorique à cette question. Dès qu'on n'applique pas le terme « aryen » aux seuls Indo-Iraniens, indubitablement parents entre eux ¹), on tombe dans l'hypothèse. Les peuples que nous avons appris à ranger sous la dénomination de « peuples aryens » présentent au point de vue physique de fortes divergences : on constate chez eux les formes de crâne les plus variées, et ils diffèrent par la couleur de la peau, des veux, des cheveux. En admettant même qu'il y ait jamais eu une protorace indo-européenne commune, comment méconnaître la signification des matériaux sans cesse accrus qui font présumer, si loin que l'on remonte dans la préhistoire de nos nations dites « aryennes », la coexistence de types non parents, richement représentés parmi elles, en sorte qu'on pourrait tout au plus affirmer l'aryanisme de certains individus, mais nullement celui de tout un peuple. La parenté de langue ne constitue en aucune manière une preuve péremptoire de la communauté de sang; l'immigration d'Asie en Europe des groupes que nous appelons « indo-européens », supposée sur de faibles indices ²), soulève de si grandes difficultés que la science
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    ¹) Même en me bornant à une affirmation si modeste, puisée aux meilleures sources qui me fussent connues, il semble bien que j'aie dépassé les limites de la certitude scientifique. Voici, en effet, ce qu'écrit Charles de Ujfalvy dans un travail spécial paru en 1896 sous ce titre : Les Aryens au nord et au sud de l'Hindou-Kousch : « Le terme aryen est de pure convention; les peuples iraniens au nord et les tribus hindoues au sud du Caucase indien, diffèrent absolument comme type et descendent, sans aucun doute, de deux races différentes » (p. 15).
    ²) Et en vertu d'aphorismes comme l'ex oriente lux de Pott ou l'« impulsion irrésistible vers l'Ouest » de Grimm.

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incline de plus en plus à présumer la résidence immémoriale en Europe des « Aryens » de ce continent ¹), et l'hypothèse inverse, d'une colonisation des Indes par l'Europe, manque de tout fondement.... Bref, cette question est un terrain mouvant, sur lequel on ne s'aventure volontiers qu'à condition d'ignorer le péril ! Plus on s'en informe auprès des spécialistes, moins on y voit clair. À l'origine, ce furent les linguistes qui inventèrent ce concept collectif d'« aryen ». Puis vinrent les anthropologues anatomistes; l'incertitude des inductions linguistiques une fois démontrée, on passa aux mensurations craniennes; la craniométrie devint une profession et mit au jour une masse énorme de matériaux intéressants, mais voici qu'aujourd'hui l'« anthropologie somatique » paraît menacée du sort que subit la linguistique. Il a fallu que les anthropologues se fissent voyageurs, qu'ils entreprissent sur l'homme VIVANT des observations méthodiques, et ces observations nous attestent que nous avions attribué une importance exagérée à la mensuration des os. Un des meilleurs élèves de Virchow est arrivé à la
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    ¹) O. Schrader (Sprachvergleichung und Urgeschichte, 2e éd. 1890), qui a étudié la question du point de vue purement linguistique après les Latham, les Benfey, les de Saussure, les Sayce et beaucoup d'autres, conclut que « la résidence immémoriale des Indo-Européens en Europe est prouvée »; Johannes Ranke (Der Mensch), accentuant la réaction commencée par les travaux d'ethnographes comme d'Omalius d'Halloy et d'anthropologues comme Broca, tient pour assuré qu'une grande partie au moins des habitants de l'Europe « furent des Aryens » dès l'âge de la pierre; et Virchow, dont l'autorité est d'autant plus grande dans le domaine propre de sa science qu'il marque un absolu respect des faits et s'interdit de bâtir des hypothèses darwiniennes sans substance comme font Huxley et tutti quanti, Virchow estime que les documents anatomiques en notre possession autorisent à affirmer : « Les plus anciens troglodytes d'Europe furent de race aryenne ! » (cité d'après J. Ranke, der Mensch II, 578). — Pour un historique de la controverse aryenne, voir notamment Isaac Taylor : L'origine des Aryens, trad. de Varigny (1895); et pour un résumé de la question telle qu'elle se présente actuellement; cf. Deniker : Les races et les peuples de la terre (1900) p. 375 à 379.

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conviction que c'est une prétention stérile de vouloir résoudre des problèmes d'ethnographie en mesurant des crânes ¹). Toute cette évolution s'est produite dans la seconde moitié du dix-neuvième siécle : qui sait ce qu'en l'an 1950 on enseignera sur l'« Aryen » ? Pour l'instant, je le répète, le silence s'impose au non-spécialiste ²). Mais si les spécialistes seuls ont la parole, ne laissons pas de remarquer qu'ils en font un usage déconcertant, celui-ci nous certifiant que les Aryens sont « une invention du cabinet de travail et non pas du tout un peuple primitif ³) », celui-là se portant garant de l'effective parenté de sang des Indo-Européens, mise hors de doute par la communauté de leurs caractéristiques partout où on les relève, de l'Océan Atlantique jusqu'aux Indes 4).
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    ¹) Ehrenreich : Anthropologische Studien über die Urbewohner Brasiliens (1897).
    ²) Quand j'emploie dans ce livre le mot « aryen », je le prends au sens originel du sanscrit ârya, « qui appartient aux amis », sans m'inféoder à aucune théorie. La parenté dans les façons de penser et de sentir signifie en tous cas une « appartenance ». J'ai indiqué dans une note, au début du chapitre sur le Droit romain, l'existence d'un aryanisme MORAL constatée par les grands juristes Savigny, Mommsen, Jhering, Leist, etc., et consistant dans un ensemble de notions juridiques par où se distingue spécifiquement des Sémites, des Khamites, etc., un certain groupe d'hommes, quelque diverse que puisse être d'ailleurs, au point de vue linguistique ou anthropologique, sa composition.
    ³) R. Hartmann : die Negritier (1876), p. 185. De même v. Luschan et beaucoup d'autres : « Parler d'une race aryenne d'il y a trois mille ans, c'est émettre une hypothèse gratuite : en parler comme si elle existait encore aujourd'hui, c'est dire tout simplement une absurdité », écrit Salomon Reinach dans L'Origine des Aryens (1892), p. 90.
    4) Ratzel, J. Ranke, Ehrenreich, etc., en général les plus récents ethnographes et ceux qui ont le plus voyagé. Mais cette opinion comporte toutes sortes de nuances et d'atténuations, attendu que la parenté peut résulter de croisements et n'implique pas nécessairement une origine commune. Ratzel, par exemple, qui affirme quelque part l'unité de la race indo-européenne entière (voir Litterarisches Centralblatt, 1897, p. 1295) dit ailleurs (Völkerkunde, 1895, II, 751) : « Il n'est ni nécessaire ni vraisemblable d'admettre que tous ces peuples soient d'une seule et même origine. » — Il est curieux que les négateurs de la race aryenne continuent néanmoins de parler d'elle, tant elle paraît indispensable

362 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

    Voilà, j'espère, le lecteur suffisamment informé de la grande confusion qui règne aujourd'hui parmi nous touchant l'idée de race ¹). Cette confusion n'est pas nécessaire — elle
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comme working hypothesis. Ainsi Reinach, après qu'il a démontré qu'elle n'exista jamais, disserte plus tard, dans un moment d'oubli, sur « l'origine commune des Sémites et des Aryens » (op. cit. p. 98). — Ujfalvy, que nous entendions tout à l'heure contester la parenté de race des Indo-Iraniens des deux versants de l'Hindou-Kousch, est arrivé pourtant à une conclusion générale opposée : il croit à une grande famille aryenne. De fait, anthropologues ou ethnographes, historiens de la religion ou du droit, linguistes, et même les historiens tout court, peuvent de moins en moins se passer de ce concept de l'« Aryen ». Ce qui n'empêche pas qu'un écrivain qui en fait usage, même si cet usage est le plus prudent et le plus strictement limité, s'expose aux railleries des scribes universitaire, voire aux outrages de folliculaires anonymes. Puissent les lecteurs de ce livre mettre leur confiance en la science plutôt qu'en ses vulgarisateurs patentés et qu'en tous ceux qui font métier d'entretenir la confusion anti-aryenne ! Au demeurant, si même il était prouvé qu'il n'y eut jamais de race aryenne dans le passé, nous voulons qu'il y en ait une dans l'avenir : pour des hommes d'action, voilà le point de vue décisif.
    ¹) Il s'instruira du degré où peut atteindre cette confusion dans certaines têtes en feuilletant Le Préjugé des Races par Jean Finot, et aussi le résumé des « opinions de la presse » joint à la 3e éd. de cet ouvrage, que MM. Gabriel Monod, Charles Richet, Jules Claretie, Émile Faguet, Max Nordau, George Brandès, Lombroso, Stead, H. G. Wells et beaucoup d'autres seigneurs de moindre importance s'accordent à proclamer un maître livre, un beau livre, un livre substantiel, un livre opportun, un livre courageux, un livre bienfaisant, etc., etc., attendu qu'il démontre par des arguments irréfutables « toute l'absurdité de la théorie des races » (M. Novicow), et « la vanité de tous les raisonnements basés sur l'histoire des peuples européens » (M. Monod), et l'inexistence de la science ethnographique (M. Faguet) et l'erreur pernicieuse des stupidités anthropologiques (M. Wells), réconciliant du même coup (M. Paulucci dit Calboli) « les données de la science avec les aspirations généreuses de la charité chrétienne » et avec les désirs, non moins généreux « des pacifistes et des humanitaires » (M. Louis Lumet). Or, de toutes les thèses du présent ouvrage que Le Préjugé des Races « réfute » aux applaudissements de cette galerie de critiques, il n'en est pas une qui ne revête, en passant par les mains de M. Pinot, un sens complètement étranger à celui-qu'on y attache ici, et le lecteur qui m'a suivi se divertirait à le voir pourfendre avec acharnement des moulins à vent : soit

363 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

ne l'est pas, veux-je dire, de notre point de vue d'hommes pratiques, d'hommes d'action, d'hommes appartenant à la vie, car nous n'avons comme tels aucunement besoin, pour interpréter les leçons de l'histoire et comprendre le présent
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qu'il me note de « gobinisme » sur les points précisément où je déclare bornés et faux les postulats de Gobineau (telle la chimère des races originellement pures), soit qu'il oppose triomphalement les Celtes à mes Germains (qui les incluent suivant la définition que j'ai soin de donner de ce terme, pris dans son acception anthropologique la plus vaste), soit qu'il m'apprenne que l'Allemagne a mêlé à son sang originel (? !) celui des peuples slaves et celtiques (mélange si fécond, en effet, que je l'invoque à l'appui d'une loi essentielle de la formation des races et que j'y insiste à plusieurs reprises) etc., etc. Je ne perdrai pas le temps du lecteur ni le mien à rectifier cette sorte d'erreurs — si c'est « erreurs » qu'il faut dire. M. Finot découvre les motifs de mes opinions sur la psychologie des peuples — opinions condamnées, on vient de le voir, par tant d'illustres autorités — dans le désir de « plaire aux puissants du jour » : s'attestant incapable de concevoir le désintéressement de la pensée, il autorise par là tous les soupçons sur ses propres motifs — et c'est un objet dont je n'ai cure.
    Dans un opuscule qui complète son grand ouvrage et qui célèbre — tout simplement — L'Agonie et la Mort des Races, M. Finot ne se contente pas de décocher à l'auteur des Grundlagen les flèches les plus acérées de son carquois (il l'appelle « l'anthropologiste favori de l'empereur Guillaume », et certes il le désarme par des arguments scientifiques de cette force). Mais s'élevant aux considérations métaphysique, il nous invite gravement à concevoir « notre supériorité sur les autres animaux » et il ajoute : « comme notre passé historique ne nous permet point de rêver à une pureté de sang des yorkshires ou de certaines espèces de moutons (sic), consolons-nous d'être des humains au sang mélangé, mais ayant une âme toujours divine et par cela même perfectible, sans limites.... » Nous renvoyons volontiers le lecteur à cette âme divine, qui a donné pour épigraphe au dernier volume témoignant de sa perfectibilité ces paroles considérables : « De la vérité, toujours plus de vérité. » Dans son ouvrage très important et rigoureusement objectif : Die Juden und das Wirtschaftsleben (1911), le professeur Sombart (que je cite sans nul parti pris, car il me combat à diverses reprises) prend la peine de marquer en quelques mots que M. Finot ignore jusqu'au sens scientifique du mot « race » et ne soupçonne même pas les véritables données du problème inclus dans sa définition. Le lecteur peut se reporter à cet ouvrage (p. 400-401), s'il tient à s'édifier sur un objet pour moi sans conséquence.

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à la lumière du passé, de nous mettre en quête d'origines obscures et de causes cachées. J'ai déjà cité ce mot de Goethe : « S'enquérir vivement de la cause est à un haut degré nuisible. » Ce qui apparaît clairement à tous les yeux doit suffire, sinon pour la science, du moins pour la vie. La science, il faut naturellement qu'elle continue à suivre d'obstacles en obstacles, mais aussi de merveille en merveille, son chemin difficile : elle ressemble à l'alpiniste qui, chaque fois qu'il croit toucher la cime d'une montagne, découvre au delà du point atteint, et supposé culminant, un point plus élevé. Mais, la vie n'est intéressée que fort indirectement au changement perpétuel des hypothèses scientifiques; c'est même une des plus fâcheuses aberrations de notre époque que celle qui consiste à accorder, dans nos jugements, une prépondérance excessive aux prétendus « résultats de la science ». Sans doute, il se peut que savoir ait pour effet d'éclairer, mais ce n'est pas toujours le cas et par cette raison, notamment, que notre savoir est, de sa nature, éternellement flottant. Comment des hommes tant soit peu clairvoyants douteraient-ils qu'une grande partie de ce qu'ils s'imaginent savoir aujourd'hui paraisse à leurs après-venants dans cent, deux cents, cinq cents ans, un monument de grossière et de grotesque ignorance ? Sans doute encore il est certains faits que l'on peut tenir pour définitivement acquis; mais de nouvelles acquisitions éclairent les anciennes d'un jour nouveau; une étude plus approfondie des faits connus établit entre eux des relations que rien n'avait fait prévoir et en modifie la perspective : en ajustant notre jugement à l'état présent de la science, nous faisons ce que ferait un peintre qui considérerait le monde dans les changeantes combinaisons d'images aperçues à travers un caléidoscope transparent, au lieu de l'observer avec ses seuls yeux. La science pure (par opposition à la science appliquée) est un noble jouet; sa grande valeur intellectuelle et morale réside — au moins pour une part essentielle — en ceci précisément qu'elle ne sert à rien : c'est sous ce rapport qu'elle se révèle

365 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

analogue à l'art; elle procède de la réflexion qui se tourne au dehors. Et comme la nature est d'une richesse inépuisable, elle fournit au moi des matériaux toujours nouveaux, elle en accroît le stock de représentations, elle prépare à l'imagination un nouveau monde de rêve en remplacement de l'ancien, qui pâlit peu à peu ¹). La vie au contraire, envisagée purement comme telle, est un tout autre être que le savoir systématique, un être beaucoup plus stable, mieux fondé, embrassant davantage; c'est la somme de toute réalité, tandis que la science même la plus précise ne nous présente jamais que le réel dilué, généralisé, et non plus immédiat. J'entends ici par « vie » l'équivalent de ce qu'on désigne aussi par le mot « nature », quand par exemple on dit, avec la médecine moderne, que par la fièvre la NATURE accélère le processus d'assimilation et défend l'homme contre la maladie qui l'a surpris. La nature est justement ce que l'on nomme « auto-active »; ses racines plongent à une profondeur où n'atteindra jamais le savoir. Or, nous qui en tant qu'êtres pensants, sachant beaucoup de choses, scrutant et rêvant hardiment ce que nous ne savons pas, faisons certes partie intégrante de la nature non moins que les autres êtres et objets, et que notre propre corps, je suis convaincu que nous pouvons nous fier avec assurance à cette nature, à cette vie. Quand bien même la science nous laisse dans l'incertitude à une foule d'égards, quand bien même elle tourne à tous vents comme un moderne parlementaire, et raille aujourd'hui ce qu'elle donnait hier pour vérité éternelle, ne nous troublons pas : nous en apprendrons toujours autant qu'il nous en faut pour la vie. Et puis cette superbe maîtresse est une compagne dangereuse; elle le exalte l'esprit, mais elle l'enjôle; elle l'induit en extravagantes chimères par ses tours de prestidigi-
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    ¹) Le physicien Lichtenberg dit de même (Fragmentarische Bemerkungen über physikalische Gegenstände, 15) : « La science de la nature est, à mon sens, une sorte de fonds d'amortissement pour la religion, quand notre téméraire raison fait des dettes. »

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tation. La science et l'art sont comme les chevaux qu'attelle Platon au char de Psyché : et ce n'est pas le moindre rôle de cette « saine intelligence humaine », dont le professeur Virchow déplore l'éclipse, que de serrer les rênes de ces nobles coursiers et de modérer leur allure, crainte qu'ils ne fuient en emportant sans retour son simple bon sens et son jugement naturel. Par le seul fait que nous avons qualité d'êtres vivants, nous possédons une infiniment riche et sûre aptitude à trouver les solutions justes au moment opportun, même sans le secours d'aucune érudition. Celui qui interroge sans prévention, et en toute naïveté., la mère nature — « les mères », ainsi que parlent les anciens mythes — peut être certain de recevoir la réponse qu'une mère donnerait à son fils : réponse d'une logique pas toujours rigoureuse, mais réponse essentiellement juste, intelligible, et visant avec un sûr instinct le bien de celui qui l'a sollicitée. Il en est ainsi de la question sur le sens de la RACE : une des plus importantes, peut-être la plus vitale, de toutes celles qui se posent pour l'homme.

CE QUE SIGNIFIE LA RACE

    Posséder sa « RACE » dans sa PROPRE conscience, cela certes est plus directement convaincant que tous les raisonnements. Celui qui appartient à une race déterminée, à une race pure, l'éprouve chaque jour. Le génie de son groupe ne le quitte pas : ce génie le soutient quand son pied chancelle, et, comme le daïmon socratique, l'avertit au moment où il risquait de s'égarer; ce génie exige son obéissance, et souvent le contraint à des actions qu'il n'eût point osé entreprendre, parce qu'il n'en concevait pas la possibilité. Faible et faillible comme tout ce qui est humain, un tel homme se reconnaît pourtant lui-même (et de bons observateurs le reconnaissent) à la SÛRETÉ de son caractère, et puis au fait que toute sa manière d'agir porte une empreinte de grandeur simple, qui trouve son explication dans l'élément typique dépassant la personnalité. La race élève un homme au-dessus de lui-même, elle lui confère des capacités extraordinaires, j'allais dire : surnaturelles, tant elle le différencie de l'individu issu d'un

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pêle-mêle chaotique de toutes sortes de peuples; et si d'aventure il se trouve que cet homme, produit d'une sélection ennoblissante, soit extraordinairement doué, alors son appartenance raciale le fortifie, l'exalte de toutes parts, et il devient un génie dominant l'humanité entière : non parce qu'un caprice de la nature l'a jeté sur la terre comme un météore flamboyant, mais parce qu'il s'est dressé vers le ciel comme un arbre nourri par des milliers et des milliers de racines, vigoureux, élancé, inflexiblement droit — et ce n'est point là proprement un individu isolé, mais la somme vivante d'innombrables âmes tendues dans la même direction. Quiconque a des yeux pour voir reconnaît d'emblée la « race » chez les animaux. Elle se montre dans tout leur habitus, s'atteste en des centaines de détails qui échappent à l'analyse; mais, en outre, elle se traduit dans la qualité de leurs actes, car sa possession conduit toujours à des résultats exceptionnels, extrêmes; disons même, si l'on veut, exagérés: et cela, du fait de leur unilatéralité. Goethe soutient quelque part que c'est la surabondance qui fait la grandeur ¹); la surabondance, voilà précisément ce qu'assure aux individus la race, constituée par sélection de matériaux excellents. Et, en vérité, ce que nous enseigne tout cheval de course, tout fox-terrier, tout coq de Cochinchine ennobli par l'élevage, n'est-ce pas aussi l'éloquente leçon qui ressort de l'histoire de notre propre espèce ? La floraison du peuple hellène ne témoigne-t-elle pas d'une surabondance sans pareille ? cette surabondance ne date-t-elle pas du moment où s'interrompent les immigrations du Nord et où les divers groupes d'hommes vigoureux qui ont peuplé la presqu'île, maintenant isolés, se fondent en une race — plus riche et plus nuancée là où le sang apparenté a conflué de sources plus diverses, comme à Athènes, plus simple et plus résistante là où une digue a été opposée à ce mélange, comme à Lacédé-
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    ¹) Materialien zur Geschichte der Farbenlehre, dans la section sur la personnalité de Newton.

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mone ? Et n'assistons-nous pas à l'extinction de la race, du moment que le pays, incorporé à un tout plus grand, se voit arraché à son fier exclusivisme ? ¹) N'apprenons-nous pas de Rome la même chose ? N'est-ce pas, ici aussi, d'un mélange particulier ²) que procède une race tout à fait nouvelle, différente de toutes celles qui se formeront plus tard par ses aptitudes et ses facultés, et douée d'une surabondance de force ? et la victoire n'accomplit-elle pas ici ce qu'accomplit ailleurs la défaite — seulement avec une rapidité bien plus grande encore ? Comme une cataracte le sang étranger inonda la Rome presque dépeuplée et, du coup, les Romains cessèrent d'être. S'imagine-t-on qu'entre tous les Sémites un seul peuple, et le plus infinitésimal, fût devenu une puissance capable d'étreindre le monde; si la pureté de la race n'avait constitué sa loi fondamentale et inébranlable ? En ces jours où l'on débite tant d'absurdités sur la
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    ¹) Chacun sait que cette extinction ne se produisit que graduellement, et cela malgré une situation politique qui eût extirpé instantanément du monde le caractère hellénique, si les aptitudes de race n'eussent été ici déterminantes. Longtemps encore durant l'époque chrétienne, Athènes demeura le centre de la vie intellectuelle de l'humanité; Alexandrie faisait plus parler d'elle, il est vrai (le fort contingent sémite de ses habitants y pourvoyait !), mais quiconque désirait étudier sérieusement se rendait à Athènes, jusqu'à ce que l'intolérance chrétienne fermât pour jamais ses écoles, en l'an 529; on rapporte qu'en ce temps même l'homme du peuple s'y distinguait encore par « la vivacité de son esprit, la pureté de son langage et la sûreté de son goût » (Gibbon, ch. 40). — Un exposé détaillé et fort attachant des circonstances qui conduisirent à l'anéantissement de la race hellénique par l'immigration étrangère est celui que donne George Finlay : Medieval Greece, ch. I. Dans le pays s'étaient installés tout à tour des colonies militaires romaines de toutes les parties de l'empire, puis des Celtes, des Germains, des Esclavons, des Bulgares, des Valaques, des Albanais, etc., qui s'étaient mélangés avec la population primitive. Les Zakons, nombreux encore au XVme siècle, aujourd'hui presque entièrement disparus, passent pour être les seuls Hellènes purs.
    ²)
Je résume à ce sujet l'opinion de Mommsen dans la troisième note ajoutée au texte de la section intitulée « Idéals romains », chap. II du présent ouvrage.

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question qui nous occupe, laissons-nous instruire par Disraéli, qui proclame que toute la signification du judaïsme réside dans la pureté de la race, qu'elle seule lui assure force et consistance et que, comme il a survécu aux peuples de l'antiquité, il survivra aussi, grâce à sa connaissance de cette loi de nature, aux groupes ethniques du présent, qui se mélangent sans mesure et sans méthode ¹).
    Que nous importent les vastes enquêtes scientifiques sur le point de savoir s'il y a réellement des races distinctes ? si la race a une valeur ? comment il se peut qu'elle en ait, etc. ? Remettons les bœufs devant la charrue et disons : c'est l'évidence même qu'il y a des races; c'est un fait d'expérience directe que la qualité de la race possède une valeur décisive; il vous appartient de rechercher le comment et le pourquoi de ce qui est, non de le nier pour gratifier votre ignorance. Un des ethnographes les plus éminents de notre temps, Adolphe Bastian, déclare : « Ce que nous observons dans l'histoire, ce n'est pas une transformation des races l'une dans l'autre, ce sont au contraire des créations nouvelles et complètes que fait surgir de l'invisible Hadès la force productrice éternellement jeune de la nature » ²). À faire la petite traversée Calais-Douvre, on croit changer de planète, tant diffèrent entre eux les Anglais et les Français, malgré leurs multiples liens de parenté. Et par cet exemple l'observateur s'instruit aussi de la valeur que possède pour une race son mode de reproduction le plus pur, celui qui se fonde sur l'endogamie. L'Angleterre est comme coupée du monde par sa situation insulaire; sa dernière invasion (pas très nombreuse) remonte à huit siècles; depuis lors y ont seuls émigré quelques milliers de Néerlandais, puis quelques milliers de
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    ¹) Voir les romans Tancred et Coningsby. Dans ce dernier, Sidonia dit : « La race est tout; il n'y a pas d'autre vérité. Et toute race court à sa ruine, qui se montre insoucieuse de préserver son sang des mélanges. »
    ²) Das Beständige in den Menschenrassen und die Spielweite ihrer Veränderlichkeit (1868), p. 26.

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Huguenots, dans les deux cas des parents de race : et c'est ainsi que s'est produite la race indubitablement la plus forte de l'Europe actuelle ¹).
    Mais l'expérience directe nous vaut encore une quantité d'observations de sorte différente grâce auxquelles notre savoir revêt une forme plus déterminée, en même temps que plus étendue. Considérons, par exemple, en opposition à la race anglo-saxonne qui est nouvelle et que nous voyons se fixer, les SEFARDIM ou, comme on dit couramment, les « Juifs espagnols » ²) : nous apprendrons par eux comment une race fixée peut, en persévérant dans sa pureté, se maintenir noble durant des centaines et des milliers d'années, mais aussi combien il est nécessaire de distinguer dans un peuple entre les produits de culture noble et les autres. En Angleterre, en Hollande et en Italie, il existe encore d'authentiques
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    ¹) « La plupart des races historiques de l'Europe sont encore en voie de formation.... Seul l'Anglais actuel représente une race presque entièrement fixée », note Gustave Le Bon dans ses Lois psychologiques de l'évolution des peuples, p. 48-49. — Au Japon aussi, un heureux mélange, puis l'isolement insulaire, ont été les facteurs de formation d'une race beaucoup plus forte et (en dedans de la sphère de possibilités mongoloïdes) beaucoup mieux douée encore que ne se plaisaient à croire les Européens. Ils en ont reçu d'assez éloquentes preuves, depuis que parut la première édition de cet ouvrage. Aux lecteurs désireux de connaître intimement l'âme japonaise, on ne saurait recommander un meilleur guide que Lafcadio Hearn, dont les livres (Kokoro, Kwaïdan, Chita, Kotto, etc., ont commencé de paraître en traduction française (éd. du Mercure de France).
    ²) Et portugais. Le mot Sefarad, qui figure dans le prophète Abdias, v. 20, et en aucun autre passage de la Bible, a été interprété comme désignant la ville de Sardes ou celle de Sparte, le Bosphore — et finalement l'Espagne. Quant aux Askenazim, ou Juifs allemands et polonais, ils tirent leur nom d'Askenaz, fils de Gomer, Genèse X, 3: cf. Jérémie LI, 27, où, Askenaz s'applique à une contrée voisine de la mer Noire (d'où les assimilations plus ou moins aventureuses tentées par des commentateurs avec les divers Ascagne d'Asie mineure, avec la « lointaine Ascanie » d'Homère, avec Ascanius fils d'Enée : quelques-uns, considérant que les Juifs n'ont pas d'autre nom pour désigner les Allemands, pensent même trouver une assonance entre Askenaz, Saxons et Scandinaves !)

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Sefardim, mais eu petit nombre, car ils ne peuvent presque plus éviter le mélange avec les Askenazim, ou « Juifs allemands » : ainsi les Montefiore de la génération actuelle ont tous épousé des représentantes de ce dernier groupe. C'est dans l'Europe orientale, où les Sefardim non adultérés fuient le contact des autres Juifs et marquent une horreur presque comique pour les Askenazim, qu'il faut les étudier : quiconque a eu l'occasion de le faire me comprendra, si j'affirme qu'au spectacle de ces hommes m'est devenue pour la première fois intelligible la signification du judaïsme dans l'histoire du monde. Voilà de la noblesse au plein sens du mot, voilà l'authentique noblesse de race ! Belles statures, nobles têtes, dignité parfaite dans le discours et dans le maintien. Le type est « sémitique » — dans l'acception que nous donnons à ce terme en l'appliquant à certains Arabes ou Syriens de la catégorie la plus élevée. Un coup d'œil, et j'avais compris que du milieu de telles gens eussent pu surgir des prophètes et des psalmistes, chose qui, je l'avoue, ne m'avait jamais réussi à l'examen, pourtant attentif, de centaines de « Bochers » ¹) qu'on rencontre à Berlin le long de la Friedrichstrasse. Et en effet, si nous lisons avec quelque attention les livres sacrés des Juifs, nous constatons que la transformation de leur « monopolythéisme » en un réel monothéisme cosmique — représentation certes grandiose, encore que trop mécaniquement matérialiste pour notre sentiment — ne fut pas l'œuvre du peuple en son ensemble, mais celle d'une minorité. Bien plus. Cette minorité dut mener contre la majorité une lutte incessante, et c'est par la force qu'elle lui imposa sa conception plus noble de la vie : par quelle force ? par la plus haute puissance humaine, par la puissance de la personnalité. Le gros du peuple fait l'impression d'une masse extraordinairement vulgaire, destituée de toute haute
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    ¹) « Bocher » (de bachur, « jeune homme ») désigne en hébreu vulgaire l'étudiant du Talmud, ou simplement l'étudiant, par opposition à dardeka, le collégien.

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 aspiration : les riches, durs — de col roide et de faible foi; les pauvres, versatiles, et sans cesse repris du désir de s'adonner à la plus lamentable, à la plus répugnante idolâtrie; à moins toutefois que les prophètes n'aient énormément exagéré. Mais le cours de l'histoire juive assura la sélection des éléments moralement supérieurs; par l'exil, par le processus d'élimination continuelle dans la Diaspora, conséquence de la pauvreté du pays et des périls de sa situation, seuls demeurèrent (d'entre les meilleures classes) les plus fidèlement attachés à l'idéal national, et ceux-ci tenaient pour abominable toute union conjugale — même avec des Juifs ! — dans laquelle les deux parties ne pouvaient établir incontestablement leur descendance d'une des tribus d'Israël et confirmer la pureté de leur extraction par la rigueur de leur orthodoxie ¹). Aussi leur restait-il peu de choix; car leurs plus proches voisins, les Samaritains, étaient hérétiques, et dans les districts plus éloignés, si l'on excepte les lévites qui se maintenaient en état d'isolement, la population était fort mélangée par de multiples croisements. C'est de cette façon que la race fut soumise à une véritable discipline d'élevage. Et quand vint la dispersion finale, ces seuls Juifs authentiquement purs furent tous, ou presque tous, déportés en Espagne. Les Romains, en effet, étaient des politiques trop avisés pour ne pas faire la distinction nécessaire : et c'est dans l'extrême Occident, aussi loin que possible du berceau de la race ²), qu'ils transférèrent ces dangereux fanatiques, ces hommes fiers dont un simple regard courbait la foule à l'obéissance, tandis que le peuple juif, en
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    ¹) Les enfants illégitimes ne sont pas admis dans la communauté par les Juifs croyants. Chez les Sefardim actuels de l'Europe orientale, une jeune fille qui est réputée avoir failli n'a pas de pitié à attendre : des plénipotentiaires de la communauté la transfèrent dans un pays étranger, et l'on ne doit plus entendre parler de la mère ni de l'enfant, qui désormais passent pour morts. On protège ainsi l'intégrité du sang contre l'aveuglement de la passion.
    ²) Voyez, par ex., Graetz : op. cit., ch. 9 : « La période diasporique. »

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dehors des limites étroites de la Judée, ne fut pas exposé à plus de rigueur que les Juifs de la Diaspora ¹). Et voilà en vérité une intéressante leçon de choses sur l'origine et la valeur d'une « race » : car, de tous les hommes que nous avons accoutumé d'appeler « Juifs », il en est relativement bien peu qui descendent de ces purs et nobles Hébreux; la grande majorité se rattachent aux Juifs de la Diaspora, à des Juifs qui n'ont pas pris part aux dernières luttes héroïques, ni même à celles du temps des Macchabées : ce sont ces Juifs-là, et puis le pauvre peuple de campagnards demeurés en Palestine et qui, plus tard, durant les siècles chrétiens, fut expulsé ou s'enfuit, ce sont eux, les ancêtres de presque tous « nos Juifs ». Et j'ajouterai : si quelqu'un désire connaître, par le témoignage de ses yeux, ce qu'est une race noble et ce qui n'en est pas une, qu'il fasse venir de Salonique ou de Sarajevo le plus pauvre des Sefardim (ces gens possèdent rarement de grandes richesses, car ils sont d'une nonnêteté scrupuleuse) et qu'il le confronte avec un baron Rotschild ou un baron Hirsch de son choix : il apercevra aussitôt la différence entre la noblesse que confère la race et celle qu'octroie un monarque ²).
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    ¹) Ainsi une école de rabbins très influente subsista longtemps à Tibériade. Sur cette politique des Romains, voir Théodore Reinach : Histoire des Israélites (3me éd. 1903), p. 15 et 16. Sauf le « fisc judaïque » (impôt de 2 francs par tête versé au trésor de Jupiter Capitolin) et « quelques actes de persécution isolés et temporaires », Rome, dit l'auteur, « témoigna aux Juifs, comme à tous les peuples soumis à sa domination, une parfaite tolérance. Ils eurent partout le droit de s'assembler librement, de célébrer des repas communs, de se cotiser pour subvenir aux besoins du culte, de bâtir des cimetières et des lieux de prière; on les dispensa du service militaire, peu compatible avec l'observation rigoureuse de leurs pratiques cérémonielles. On enleva aux communautés la juridiction pénale, considérée comme un attribut de la puissance politique, mais on laissa subsister la juridiction civile.... » — Sur l'ennoblissement des Sefardim par le sang gothique, voir ci-dessous.
    ²) Les Goths, qui plus tard passèrent en masse à l'islamisme dont ils furent les plus nobles et les plus fanatiques champions, avaient auparavant adopté en grand nombre le judaïsme; un spécialiste en la matière,

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LES CINQ LOIS FONDAMENTALES

    On pourrait citer quantité d'autres exemples. Mais je crois que nous avons réuni des données suffisantes pour procéder à une analyse méthodique de nos connaissances sur la race, et pour dégager les principes qui doivent servir de base à un jugement réfléchi et qualifié touchant cet objet. Loin de déduire les possibles conséquences d'états originels hypothétiques, nous suivons la marche inverse et, de quelques faits positifs, nous inférons les causes directes de ces faits. L'inégalité des aptitudes, même entre groupes ethniques manifestement proches parents, est évidente; mais en outre, pour quiconque y regarde d'assez près, il est tout aussi évident que parfois, en tel ou tel lieu, durant tel ou tel laps de temps, un groupe non seulement se différencie des autres, mais les dépasse et marque avec éclat sa supériorité, parce qu'en lui s'atteste une surabondance de dons d'énergie productive. Par quelques exemples, que chacun multiplierait à plaisir, j'ai essayé de montrer qu'un pareil phénomène trouve son explication dans une certaine discipline de la race. Précisant maintenant ce que nous savons de cette discipline, je vais énoncer les cinq lois de nature dont nous apparaît dépendante la formation des races nobles.

    1º La condition essentielle, c'est, sans contredit, l'existence d'une matière première d'EXCELLENTE QUALITÉ. Où il n'y a rien, le roi perd ses droits. Mais si quelqu'un me demandait d'où vient cette matière première, je lui répondrais que je n'en sais absolument rien et que je suis sur ce point tout aussi ignorant que si j'étais le plus grand des savants. Et puis j'invoquerais le témoignage du plus universel sage du dix-neuvième siècle et je dirais avec Goethe : « Cela dont la naissance se dérobe à nous dans la nuit des temps, il nous
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professeur à l'université de Vienne, m'assure que la supériorité morale et intellectuelle, autant que physique, des Juifs dits « espagnols » et « portugais », s'expliquerait par ce riche appoint de sang germanique plus encore que par cette discipline raciale dont j'ai parlé et dont il ne méconnaît point au reste la considérable importance. Je suis incompétent pour décider si cette opinion est justifiée.

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est impossible de le concevoir naissant; ce qui est déjà né, ce qui nous entoure, passe notre intelligence » ¹). Si loin qu'atteignent nos regards, nous voyons des hommes, nous voyons qu'ils diffèrent profondément entre eux par leurs aptitudes, nous voyons que quelques-uns présentent des germes de croissance plus vigoureux que les autres — et c'est tout. Une seule affirmation est possible sur le terrain de l'observation historique : c'est qu'un haut degré d'excellence ne devient manifeste que peu à peu, grâce au concours de circonstances spéciales, c'est que cette excellence s'accroît lorsqu'elle est forcée de se dépenser, tandis que d'autres circonstances ont pour effet qu'elle dégénère complètement. La lutte par où s'épuise et périt une matière humaine qui était faible de nature, cette même lutte trempe les forces de celle qui était forte; en outre, la lutte pour l'existence fortifie encore cette souche forte par élimination des éléments plus faibles. L'enfance des grandes races connaît toujours les orages de la guerre — même l'enfance des Hindous métaphysiciens.
    2º Mais il s'en faut qu'il suffise d'hommes braves pour produire cette « surabondance » qui caractérise la vraie grandeur. Des races comme les Grecs, les Romains, les Francs, les Souabes, les Italiens et les Espagnols de l'époque brillante, les Maures, les Anglais, des anomalies comme les Aryens de l'Inde et comme les Juifs, sont dues à un RÉGIME ENDOGÉNIQUE prolongé : elles se font et se défont sous nos yeux. Si j'emploie ici, faute d'un meilleur, le mot « endogénie » (signifiant proprement : mariage au sein du clan), c'est en élargissant l'acception tribale qui le particularise dans le langage anthropologique. Il s'agit d'indiquer un état dans lequel, n'y ayant de relations procréatrices qu'entre les plus proches parents de race, et toute immixtion de sang étranger se trouvant ainsi exclue, la race multiplie en
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    ¹) « Was nicht mehr entsteht, können wir uns als entstehend nicht denken. Das Entstandene begreifen wir nicht. »

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dedans de la race : Inzucht, dit l'allemand. On en a fourni plus haut de frappants exemples.
    3º Mais la reproduction de la race par voie endogénique, ne conduirait pas au but, si, dans ce régime de conservation et d'accumulation, ne s'opérait d'autre part le triage des éléments à reproduire et de ceux à éliminer. La SÉLECTION est une loi qui se comprend d'autant mieux que l'on a plus de familiarité avec les principes de l'élevage, tel qu'il se pratique artificiellement pour les plantes et pour les animaux. On ne saurait trop recommander l'étude de ces principes, car rien n'enrichit autant nos conceptions des possibilités plastiques de la vie ¹). Une fois qu'on s'est instruit des merveilles qu'accomplit la sélection, une fois qu'on l'a vue à l'œuvre pour produire un cheval de course, ou un basset, ou quelque « surabondant » chrysanthème, par élimination méthodique de tout caractère d'infériorité, on n'aura pas de peine à reconnaître dans l'espèce humaine l'action du même phénomène, encore qu'il ne s'y puisse naturellement manifester avec la même clarté et précision. J'ai invoqué l'exemple des Juifs : l'exposition des enfants chétifs en est un autre, et l'on ne saurait nier en tous cas les bienfaits de cette loi chez les Grecs, les Romains et les Germains; la dureté des temps auxquels ne survivent que l'homme le plus robuste et la femme la plus endurante agit dans le même sens ²).

    4º Une autre loi fondamentale, moins généralement reconnue, paraît ressortir avec évidence de l'histoire et trouve sa confirmation dans l'expérience des éleveurs : on peut la formuler an disant qu'à la formation de toute race extraor-
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    ¹) La littérature du sujet est énorme. Tout le monde devrait lire au moins l'ouvrage de Darwin intitulé Animals and Plants under Domestication, qui a le mérite d'être simple, aisément intelligible, et d'une étonnante variété dans ses exemples. Dans l'Origine des Espèces le même thème est traité d'une manière plus condensée et plus tendancieuse.
    ²) Jhering établit avec force que, par exemple, les siècles de migration eurent pour les Germains le sens d'une sélection de plus en plus ennoblissante (Vorgeschichte, p. 462).

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dinaire prélude sans exception un MÉLANGE DE SANG. Comme dit finement Emerson : « We are piqued with pure descent, but nature loves inoculation. » Il est impossible naturellement de rien affirmer à cet égard touchant les Aryens de l'Inde : leur préhistoire se perd dans les nuages; par contre, les faits témoignent avec une parfaite clarté en ce qui concerne les Juifs, les Hellènes, les Romains, et ils ne sont pas moins probants quant aux nations d'Europe qui se sont distinguées par l'action collective ou par la production d'un grand nombre d'individus « surabondamment » doués. Le prochain chapitre traitera des Juifs, et j'ai déjà entretenu souvent le lecteur des Grecs, des Romains, des Anglais, considérés à ce point de vue. Je ne voudrais pas, pourtant, lui épargner la peine de lire une fois attentivement dans Curtius et dans Mommsen ces chapitres de début qu'on a coutume de feuilleter plutôt que d'étudier, parce qu'on se laisse rebuter par l'aspect rébarbatif des pages hérissées de noms et par le désordre même des événements exposés. Jamais, de fait, n'a eu lieu un mélange aussi accentué et aussi favorable qu'en Grèce : issues d'une souche commune, des variétés caractéristiquement différenciées se forment dans des plaines diverses que séparent mers ou montagnes — ici s'adonnant à la chasse, ailleurs à la navigation, ailleurs encore vaquant paisiblement aux travaux de l'agriculture, etc. Puis c'est, entre ces groupes différencies, un va-et-vient continuel, une interpénétration telle que les artifices de l'élevage, s'ils se fussent employés ici, n'eussent pu la réaliser plus complètement. Aux migrations de l'Est à l'Ouest succèdent des migrations inverses à travers la mer Égée. Mais entre temps les groupes de l'extrême Nord (en première ligne les Doriens) se sont avancés jusqu'à l'extrême Sud, refoulant de ce Sud vers leur point de départ beaucoup de ses habitants les plus nobles, rebelles à leur joug, à moins que ceux-ci ne préférassent prendre la mer et gagner les îles ou les côtes helléniques de l'Asie. Or chacun de ces déplacements est l'occasion de croisements. Ainsi, par exemple, loin que les Doriens aillent

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tous peupler le Péloponèse, beaucoup demeurent en arrière à chaque étape de leurs longues migrations et se mêlent aux habitants qu'ils trouvent établis dans ces diverses stations. Bien plus : ces Doriens primitifs eux-mêmes, que nous nous imaginons comme un tout uniforme, possédaient une vieille tradition qui les représentait formés de trois souches distinctes, et encore une de ces souches était-elle dite race des « Pamphyles », ou des « gens de toute extraction » ! Là où se produisit le plus heureux mélange, c'est là qu'éclate la « surabondance » des dons : dans la Nouvelle-Ionie et dans l'Attique. Dans la Nouvelle-Ionie s'ajoutaient des Grecs à des Grecs, « des Ioniens rentraient dans leur ancienne patrie, mais ils y rentraient si transformés que, de cette nouvelle fusion d'éléments originairement apparentés, allait dater pour la vieille terre ionienne un développement tout à fait national, mais en même temps extraordinairement intensifié, riche et — dans ses résultats — complètement nouveau. » Plus instructive encore est l'histoire de la formation du peuple attique et tout spécialement du peuple athénien. En Attique précisément (comme en Arcadie et nulle part ailleurs), la population primitive dés Pélasges était demeurée en place, « elle ne fut jamais expulsée par une force étrangère ». Mais par son littoral formant une dépendance de l'archipel, le pays invitait à l'immigration : elle ne manqua pas de se produire, et de toutes parts. Si les Phéniciens — des étrangers — se bornèrent à fonder leurs comptoirs de commerce sur les îles voisines, des parents de race, des Grecs, venant de l'un ou de l'autre côté de la mer, affluèrent dans l'intérieur et se mélangèrent peu à peu avec ses habitants. Puis vint l'époque de l'invasion dorienne, facteur de transformations si profondes et si durables; l'Attique seule fut épargnée : et c'est vers elle que convergèrent les fugitifs accourus de tous les points de l'horizon, de Béotie, cl' Achaïe et de Messénie, d'Argos et d'Égine, etc. Cette nouvelle immigration n'est plus celle de populations entières, mais d'individus qui sont pour la plupart des hommes d'élite, appartenant à des

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familles distinguées ou même royales : d'où, pour le petit pays où ils se fixent, un extraordinaire enrichissement de la race, ainsi accrue d'éléments nobles et dès longtemps sélectionnés. Alors seulement, produit de ce mélange bigarré, nait Athènes, l'harmonieuse Athènes envers laquelle l'humanité a plus d'obligations qu'elle n'en établira jamais le compte ¹).
    Un peu de réflexion nous convaincra que la même loi s'affirme chez les Allemands, les Français, les Italiens et les Espagnols. N'est-il pas vrai, par exemple, que les diverses tribus germaniques sont comme une force élémentaire et purement brutale jusqu'à ce qu'elles commencent à se mêler entre elles ? Qu'on voie comment la Bourgogne, si riche en hommes éminents, doit sa population particulière au mélange intime des éléments germain et roman, et en développe l'individualité caractéristique grâce à son isolement politique prolongé ²). Les Francs atteignent la plénitude de leur force, ils dotent l'humanité d'un type nouveau de l'humain, là où ils se fondent avec les tribus germaniques qui les ont devancés et avec les Gallo-Romains, ou encore,
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    ¹) Cf. Curtius : Griechische Geschichte l. I, ch. 4 et l. II, ch. 1 et 2. — Le fait que Gobineau attribue à une infiltration de sang sémitique les dons intellectuels extraordinaires des Grecs, et en particulier leurs aptitudes artistiques, est un exemple illustre des insanités auxquelles se trouvent conduits les plus clairvoyants, quand ils prennent pour point de départ des hypothèses erronées, artificielles, contredisant l'enseignement de l'histoire et celui de la nature.
    ²) Ce mélange intime se produisit par le fait que les Burgondes, en se fixant dans le pays, y vécurent en colons isolés, chacun devenant l'hospes d'un habitant dont il s'appropriait deux tiers des terres cultivées, une moitié des bâtiments et jardins, tandis que forêts et pâturaux restaient bien commun. Si faible qu'ait dû être, au début, la sympathie entre l'aborigène et son hôte malvenu, ils n'en vivaient pas moins porte à porte, et se sentaient solidaires chaque fois qu'éclatait avec des tiers une querelle sur des questions de frontières ou d'autres points de droit ayant rapport à la propriété : aussi la fusion ne fut-elle pas lon
gue à s'opérer (Cf. entre autres Savigny : Geschichte des römischen Rechts im Mittelalter, ch. 5 § 1).

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comme en Franconie, là où ils forment précisément le point de réunion des éléments allemands et slaves les plus différents, la Souabe, patrie de Mozart et de Schiller, a pour habitants des demi-Celtes; la Saxe, qui a donné au peuple allemand un si grand nombre de ses gloires, renferme une population presque complètement imprégnée de sang slave; et l'Europe n'a-t-elle pas assisté depuis trois siècles à l'essor d'une nation nouvelle — la Prusse — qui, procédant de mélanges de sang encore bien plus accentués, est devenue par la supériorité de sa force le chef de l'empire allemand ?
    Préciser par des détails ces rapides indications m'entraînerait trop loin de mon objet. Pourtant, s'agissant de la haute valeur qui s'attache aux races pures et des moyens par lesquels elles s'obtiennent, je ne saurais laisser d'insister sur la nécessité, ou au moins, l'utilité des mélanges de sang. Ce n'est pas seulement pour prévenir le reproche de ne voir qu'un côté des choses et d'obéir à un parti pris apriorique, c'est parce que je crois que les défenseurs de la race ont nui à leur cause en méconnaissant précisément l'importante loi des mélanges. Ils sont tombés dans l'erreur qui consiste à postuler la « race pure » en soi, et c'est là un concept mystique dépourvu de toute substance, qui paralyse la pensée au lieu de la stimuler. Ni l'histoire, ni la biologie expérimentale, ne prononcent en faveur de cette chimère. La race des pur-sang anglais a été obtenue par croisement d'étalons arabes avec des juments anglaises ordinaires (naturellement choisies avec soin), et par endogénie subséquente, sous cette réserve toutefois qu'un nouveau croisement entre variétés s'écartant peu du type, ou avec des arabes, apparaît de temps en temps désirable; un des êtres les plus nobles dont se puisse enorgueillir la nature, le « vrai » terre-neuve, comme on dit, s'est formé par croisement d'un chien d'Esquimaux avec un chien courant français, puis, grâce à la situation isolée de Terre-Neuve, il a atteint à la fixité et à la pureté de son type par l'effet d'une endogénie prolongée, et enfin,

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lorsque des exemplaires de sa race ont été introduits en Europe par des amateurs, le type y est parvenu par sélection au plus haut degré d'ennoblissement.
    Peut-être le lecteur sourit-il de ce que je cherche si souvent dans l'élevage des animaux exemples ou analogies ? Mais je tiens que les lois de la vie sont de grandes et simples lois, qu'elles embrassent et configurent tout ce qui vit. Nous n'avons pas le moindre prétexte pour considérer l'espèce humaine comme une exception; Et puisque en cette matière de l'élevage — ou de la discipline — des races, nous ne sommes pas en mesure d'expérimenter sur l'homme, il faut bien que nous prenions conseil des essais tentés sur l'animal et sur la plante. — Mais je n'en ai pas fini avec la loi des mélanges : il importe d'en considérer encore un aspect. Un régime d'endogénie persistante, quand il se maintient dans un cercle très étroit, conduit avec le temps à la dégénérescence et, notamment, à la stérilité. D'innombrables expériences dans l'élevage animal le prouvent. Alors il suffit parfois d'un seul croisement — borné, par exemple, à quelques sujets dans toute une meute — pour que la race affaiblie redevienne florissante et que la puissance prolifique renaisse. Chez les hommes, l'espiègle Éros pourvoit si libéralement au rafraîchissement du sang, qu'on a moins l'occasion d'observer les effets d'un consanguinisme prolongé, encore qu'ils apparaissent chez certaines familles très nobles, ou royales ¹), dans la déchéance des aptitudes spirituelles et physiques ²). Il
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    ¹) Voir les indications dans Haeckel: Natürliche Schöpfungsgeschichte (8e leçon); le lecteur français en trouvera de beaucoup plus détaillées dans P. Jacoby : Études sur la sélection dans ses rapports avec l'hérédité chez l'homme.
    ²) Beaucoup de savants s'accordent, et surtout s'accordaient, à signaler les suites fâcheuses des mariages entre proches parents; ce sont les organes des sens (comme en général le système nerveux) et les organes sexuels qui paraissent en souffrir le plus. Voir à ce sujet les cours de George H. Darwin, parus en allemand sous ce titre : Die Ehen zwischen Geschwisterkindern und ihre Folgen (Leipzig, 1876). Tout récemment, un savant qui fait son étude de la tuberculose, Pettidi, a incri-

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suffit d'ailleurs que les conjoints ne soient pas trop étroitement apparentés pour que, appartinssent-ils exactement au même type, la race bénéficie des précieux avantages de l'endogénie sans être exposée à ses inconvénients. Chacun pourtant voit bien qu'ici s'atteste quelque loi mystérieuse de la nature — une loi si pressante que, dans le règne végétal où l'autofécondation (c'est-à-dire la fécondation du stigmate femelle par le pollen mâle tombé des anthères qui l'entourent dans la même corolle) paraît à première vue chose naturelle et inévitable, on rencontre le plus souvent des appareils extrêmement compliqués assurant la fécondation croisée (dans laquelle la poussière de pollen est transférée d'un individu à un autre par des insectes, à moins qu'elle ne s'envole au vent ¹). À considérer cette loi si manifestement essentielle, on peut présumer que ce n'est pas pur hasard si les races exceptionnelles procèdent toutes — à l'origine de leur formation — d'une interpénétration de variétés diverses : bien
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miné de ce chef les mariages consanguins, en citant de terribles exemples à l'appui de sa thèse.
    ¹) Aux lecteurs que n'a pas encore passionnés l'histoire naturelle, je ne saurais trop recommander l'ouvrage de Christian Konrad Sprengel, paru, dès 1793, sous ce titre : Das entdeckte Geheimnis der Natur im Bau und in der Befruchtung der Blumen, et qui devrait être considéré comme une gloire nationale par toute l'Allemagne; il en existe depuis 1898 une édition en facsimile (Berlin, Mayer u. Müller). Parmi les publications relativement récentes, je mentionnerai, de Hermann Müller : Alpenblumen, ihre Befruchtung durch Insekten und ihre Anpassungen an dieselben, avec d'excellentes illustrations qui sont chose importante en l'espèce, et Blumen und Insekten, qui comprend les plantes extraeuropéennes. Sans doute y a-t-il peu d'observations qui, pour nous initier aux merveilles les plus secrètes de la nature par une voie rapide et sûre, vaillent l'étude des relations vitales réciproques entre le monde végétal et animal. Que signifie notre savoir, que signifient nos hypothèses en face de pareils phénomènes ? Ils nous avertissent d'observer avec plus de fidélité encore et aussi de modestie, contents de nous mouvoir uniquement dans le cercle de ce qui nous demeure accessible.
    Le présent ouvrage s'imprimait quand Knuth a publié son Handbuch der Blütenbiologie. Aux lecteurs français sans doute est-il superflu d'indiquer l'Intelligence des fleurs par Maurice Maeterlinck.

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au contraire, les faits historiques fournissent de nouveaux motifs d'admettre que le mélange de sang crée des conditions physiologiques particulièrement favorables à la constitution de races nobles ¹).
    5º La cinquième loi, sans introduire d'éléments nouveaux dans le problème des races, précise, en le restreignant, le sens de la quatrième : seuls des mélanges de sang tout à fait DÉTERMINÉS ET LIMITÉS contribuent à l'ennoblissement d'une race donnée ou à la formation d'une race nouvelle. Ici aussi, l'élevage des animaux nous offre des exemples d'une clarté non équivoque. Il nous enseigne que le mélange du sang doit être non seulement limité dans le temps, mais conforme au but poursuivi, et que l'ennoblissement ne résulte pas de mixtions quelconques et fortuites, mais rigoureusement dosées et déterminées. Limité dans le temps, cela veut dire que l'infusion du sang nouveau doit s'effectuer aussi rapidement que possible, puis cesser : un mélange persistant mène la race la plus forte à sa ruine. Ainsi en Angleterre (c'est un cas extrême) la plus célèbre meute de lévriers, ayant été croisée UNE SEULE ET UNIQUE FOIS avec des bouledogues, gagna en courage et en endurance; mais l'expérience prouva que ces deux races, en continuant de se croiser, perdaient leurs caractéristiques respectives, et qu'il ne restait que des bâtards sans caractère d'aucune sorte ²). Crossing obliterates characters. Conforme au but poursuivi, cela signifie que CERTAINS croisements, mais non pas tous, ennoblissent : il y en a qui, loin d'exercer une influence ennoblissante, détruisent les deux races en cause; mais, de plus, il arrive souvent que les caractères spéciaux et précieux de deux types différents se montrent rebelles à la fusion, en sorte
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    ¹) Sur cette question de la nécessité d'un mélange de sang comme prélude à la formation des races les plus douées d'énergie productive, consulter notamment Reibmayr : Inzucht und Vermischung beim Menschen, 1897.
    ²) Darwin : Animals and Plants under Domestication, ch. 15.

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qu'une partie de la progéniture reproduit le type d'un des parents, et l'autre le type de l'autre, mais naturellement sous des traits altérés, ou bien qu'apparaissent des bâtards proprement dits, de ces êtres dont le corps fait l'impression d'un assemblage de pièces disparates, et dont la constitution spirituelle répond à la corporelle ¹). Notons encore que la conjonction de bâtards entre eux entraîne avec une promptitude vertigineuse la complète décadence de toute qualité de race saillante et distinctive. Il faut donc se garder de croire que par l'infusion d'un sang différent la race s'ennoblisse en tout état de cause et que ses aptitudes s'enrichissent par l'appoint d'aptitudes étrangères. Ce n'est le cas que sous de certaines conditions précises et rares, et moyennant des restrictions rigoureuses : dans la règle, le mélange de sang a pour effet la dégénérescence. On remarque notamment ce fait que la mixtion de deux sortes d'êtres fort hétérogènes ne conduit à la formation d'une race noble qu'au cas où elle s'effectue très rarement et où elle est suivie d'un régime strictement endogénique (témoin le pur-sang anglais, témoin le terre-neuve); hors ce cas, le seul mélange généralement assuré de succès est celui qui s'effectue entre proches parents, entre représentants du même type fondamental.
    Ici encore, pour peu que l'on se tienne au courant des résultats obtenus par l'élevage, on ne saurait douter que l'histoire des hommes, celle de nos contemporains comme celle de nos devanciers, n'obéisse à la même loi. Mais naturellement cette loi ne se discerne pas aussi aisément dans notre espèce que dans le monde animal. Nous ne sommes pas en position de parquer un certain nombre d'hommes et de les prendre pour sujets d'expériences qu'il faudrait poursuivre pendant plusieurs générations ! Et puis, ce qu'est au cheval sa vitesse, au chien sa forme d'une mobilité plastique si
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    ¹) De ce fait aussi Darwin cite de nombreux exemples. Chacun d'ailleurs en a sous les yeux, qui observe et compare les chiens de son quartier.

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étonnante, c'est l'esprit qui en tient lieu à l'homme : c'est là qu'afflue chez lui toute la force vitale et que, partant, se concentre sa variabilité; or les différences de caractère et d'intellig