Here under follows the transcription of chapter 4 of Houston Stewart Chamberlain's La Genèse du XIXme siècle, 6th. ed., published by Librairie Payot, 1913.

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Texte original : Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts
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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACES
INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIÈRE SECTION : L'HÉRITAGE
INTRODUCTION
CHAPITRE I : L'ART ET LA PHILOSOPHIE HELLÉNIQUES
CHAPITRE II : LE DROIT ROMAIN
CHAPITRE III : LE CHRIST

DEUXIÈME SECTION : LES HÉRITIERS
INTRODUCTION
CHAPITRE IV : LE CHAOS ETHNIQUE
CHAPITRE V : L'AVÈNEMENT DES JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
CHAPITRE VI : L'AVÈNEMENT DES GERMAINS DANS L'HISTOIRE UNIVERSELLE

TROISIÈME SECTION : LA LUTTE
INTRODUCTION
CHAPITRE VII : RELIGION
CHAPITRE VIII : ETAT
CHAPITRE IX : DE L'AN 1200 À L'AN 1800
A. Les Germains comme créateurs d'une culture nouvelle
B. Aperçu historique
1. Découverte
2. Science
3. Industrie
4. Economie sociale
5. Politique et Eglise
6. Conception du monde et religion
7. Art
ANNEXE
INDEX


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CHAPITRE IV

LE CHAOS ETHNIQUE

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On peut selon toute vraisemblance — et n'en
déplaise à une prétendue philanthropie — affir-
mer que le mélange des races, qui oblitère peu
à peu les caractères, n'est pas profitable au
genre humain.

Kant.

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(Page vide)

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CONFUSION SCIENTIFIQUE

    À ce chapitre sur le chaos ethnique de l'empire romain en décadence, une préface est inutile. Par les remarques qui se rapportent à son objet, dans l'Introduction général à la deuxième section de mon ouvrage, le lecteur sait déjà comment se définit, dans le temps et dans l'espace, ce terme de chaos ethnique. Ici encore je suppose connues, du moins en leurs grandes lignes, les circonstances historiques. Mais de plus, désirant que ce livre réponde avant tout au besoin de mieux comprendre et de mieux apprécier le dix-neuvième siècle, il me paraît expédient d'aborder la présente étude en examinant une question d'actuelle importance. La nation, la race, ne sont-ce là que des mots ? Est-il vrai, comme l'affirme l'ethnographe Ratzel, que nous devions appeler de nos vœux, concevoir pour but et pour tâche, la fusion de tous les hommes en une unité ? N'apprenons-nous pas plutôt, soit par l'exemple de la Grèce et de Rome, soit par celui de l'Imperium pseudoromain, et par maint autre exemple de l'histoire, que l'homme ne donne toute sa mesure qu'en dedans des bornes où se forment et se circonscrivent, pour chaque différent peuple, des caractères nettement empreints et strictement individualisés ? Se peut-il qu'en l'état où nous la voyons, avec la multiplicité de ses idiomes si diversement constitués, développant chacun une littérature particulière et significative, exprimant chacun une âme populaire déterminée et unique en son genre, se peut-il que notre Europe marque un recul sur le temps où le latin et le grec, volapuks jumeaux, servaient de lien à tous les sujets romains, devenus autant de sans-patrie ? La communauté du sang


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n'est-elle rien ? La communauté du souvenir, la communauté de la foi, se remplacent-elles par quelque idéal abstrait ? Mais d'abord et surtout, s'agit-il d'une affaire qui dépende de notre bon plaisir, et n'existe-t-il pas une loi naturelle aisément discernable dont il FAUT que notre jugement tienne compte ? Les sciences biologiques ne nous enseignent-elles pas que, dans toute l'étendue du monde animal et végétal, les variétés exceptionnellement nobles — c'est-à-dire douées d'énergies corporelles et psychiques extraordinaires — n'apparaissent que sous des conditions déterminées qui gouvernent, comme des règles restrictives, la production de nouveaux individus ? En considérant cet ordre de phénomènes, tant humains qu'extrahumains, n'arriverons-nous pas à dégager la réponse qui convient à cette question : QU'EST-CE QUE LA RACE ? Et de la conscience de ce qu'est la race, comment ne procéderait pas l'intelligence de ce que signifie pour l'histoire l'absence de races ? Voilà bien des points d'interrogation : c'est le spectacle de ces héritiers directs du grand patrimoine antique qui nous incite vivement à les poser. Occupons-nous en premier lieu des races, au sens le plus général : nous aurons ensuite plus de chances d'étudier avec profit les circonstances spéciales qui sont ici en cause et leur influence sur le cours de l'histoire, c'est-à-dire aussi sur le dix-neuvième siècle.
    Qu'entend-on par des races pures ? D'où viennent-elles ? Signifient-elles quelque chose historiquement ? quelle étendue faut-il donner à ce concept ? qu'en sait-on et comment le sait-on, si tant est qu'on en sache quoi que ce soit ? Y a-t-il un rapport, et lequel, entre ce qu'on appelle race et ce qu'on appelle nation ? J'avoue que sur tous ces points je n'ai jamais rien lu qui ne fût plein d'incohérences et de contradictions, sauf peut-être dans les ouvrages de quelques spécialistes voués à l'étude de la nature, mais qui rarement faisaient application à l'espèce humaine de leur vaste et clair savoir. Il ne se passe pas d'année sans que des économistes, des ministres, des évêques, des naturalistes siégeant en con-

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grès internationaux, nous assurent qu'il n'y a entre les peuples aucune différence, aucune inégalité. Des Germains, qui insistent sur l'importance de la parenté de race, des Juifs, qui se sentent étrangers parmi nous et rêvent de retrouver leur patrie asiatique, rencontrent précisément dans les hommes de science leurs adversaires les plus sévères ou les plus ironiques. Pour le professeur Virchow, par exemple, les agitations par où se traduisent ces états d'âme indiquent « l'éclipse de la saine intelligence humaine »; il demeure stupide « devant une énigme dont nul ne sait ce qu'elle signifie proprement, en ce temps d'égalité des droits ». Cet homme savant n'en termine pas moins le discours auquel j'emprunte ces citations par le vœu qu'apparaissent « de belles personnalités, tranquillement appuyées sur elles-mêmes » ¹). Comme si l'histoire entière ne nous démontrait pas que la personnalité tient à la race de la façon la plus étroite, que la nature de la personnalité est déterminée par la nature de la race, et que sa puissance se lie à de certaines conditions de sang ! Comme si l'élevage scientifique des animaux et des plantes ne nous fournissait pas d'assez riches et solides matériaux pour apprendre à connaître les conditions et le sens de la race ! Est-ce que les races animales dites « nobles » (et fort justement nommées ainsi), les chevaux de trait du Limousin, les trotteurs américains, les coureurs irlandais, les chiens de chasse absolument sûrs, sont un produit du hasard et naissent de la promiscuité ? Est-ce qu'on les obtient en octroyant l'égalité des droits aux animaux, en leur présentant la même nourriture, en les soumettant à la même discipline ? Non. Elles proviennent d'une sélection sexuelle, confirmée par de strictes mesures tendant à préserver la pureté de la variété
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    ¹) Der Uebergang aus dem philosophischen in das naturwissenschaftliche Zeitalter, discours universitaire 1893, p. 30 et suiv. — Je cite cet exemple entre des centaines, parce que Virchow est l'un des anthropologues et des ethnographes les plus travailleurs du dix-neuvième siècle, et que sa vaste expérience aurait dû, sur ce point justement, l'inspirer mieux.

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obtenue. Et les chevaux, mais surtout les chiens, nous donnent toute facilité d'observer que les qualités d'ordre spirituel vont de pair avec les qualités physiques; cela est vrai surtout des dispositions MORALES : on voit des chiens bâtards fort avisés, on n'en connaît pas qui méritent pleine confiance; ce sont toujours des coquins. Une promiscuité prolongée entre deux races supérieures d'animaux conduit fatalement à l'annihilation des caractères supérieurs de l'une et de l'autre ¹). Pourquoi l'humanité ferait-elle seule exception à cette règle ? Un Père de l'Église ne serait pas embarrassé de nous l'expliquer, mais convient-il à un illustre naturaliste contemporain de jeter le poids de sa grande influence dans la balance de la superstition et de l'ignorance moyenageuse ? On souhaiterait vraiment à nos autorités scientifiques, comme remède au dénuement philosophique dont elles souffrent (ou dont nous souffrons pour elles}, un cours de logique par Thomas d'Aquin !
    En réalité, et nonobstant la vaste substructure qui leur est commune, les races humaines font paraître quant à leur caractère, quant a leur mentalité, avant tout quant au degré de leurs aptitudes particulières, des différences aussi tranchées que celles par où se distinguent entre eux un lévrier, un bouledogue, un caniche et un terre-neuve. L'inégalité est un état que le travail de la nature continue partout d'entretenir; rien d'extraordinaire ne se produit sans « spécialisation »; chez l'homme, exactement comme chez l'animal, c'est la spécialisation qui suscite les races nobles; l'histoire et l'ethnographie dévoileraient ce secret à l'œil d'un aveugle ! Chaque race pure n'a-t-elle pas sa physionomie propre, souveraine, incomparable ? Comment, sans les Grecs, serait né l'art grec ?
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    ¹) Voir notamment Darwin : Animals and Plants under Domestication ch. XV et XIX. « Free crossing obliterates characters. » Sur les « soins superstitieux » que prennent les Arabes pour conserver la pureté de leur race chevaline et sur son histoire, on trouve d'intéressants détails dans Gibbon : Roman Empire, ch. L; Cf. aussi le Voyage à la Mecque de Burton, ch. 29.

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Combien la jalouse hostilité régnant entre les diverses villes de la petite Hellade eut tôt fait d'imprimer à chacune un aspect particulier du type familial, un cachet distinctif, une individualité ! et combien rapidement s'effacèrent ces différences quand les Macédoniens, puis les Romains, eurent appesanti sur ce pays leur main niveleuse ! Que resta-t-il, enfin, de tout ce qui avait conféré un sens éternel au mot « hellénisme », quand se furent mêlés avec les vrais Hellènes les flots toujours accrus d'immigrés non apparentés à eux ! L'égalité, cette idole devant laquelle le professeur Virchow vaque à ses rites de bonze, trônait maintenant dans la Grèce cosmopolite : on avait rasé tous les murs, aboli toutes les frontières. Et la philosophie, pour la plus grande joie du savant allemand, avait cédé la place à une « saine intelligence humaine » — si saine qu'elle n'hésite pas à défier le bon sens. Seulement la belle personnalité hellénique, sans laquelle nous ne serions tous encore que des barbares plus ou moins civilisés, s'était évanouie, évanouie à jamais. Crossing obliterates characters.
    Si les hommes qui seraient le mieux placés pour nous instruire de la nature et de l'importance des races témoignent d'un tel manque de jugement, s'ils opposent aux résultats les plus certains de l'observation la plus abondante des phrases creuses où se trahit un parti pris politique, quoi d'étonnant que les autres, ignorants des arguments scientifiques qui viendraient à l'appui de leur secret instinct, hésitent à le suivre et, ne se résignant pas à se taire, disent beaucoup de sottises ? Car la question des races éveille un intérêt de plus en plus général et, du moment que le savant se dérobe, il faut bien que le public essaye de s'en tirer tout seul. Lorsque le comte Gobineau publia, au milieu du siècle dernier, son génial ouvrage sur l'inégalité des races humaines ¹), personne n'y fit attention, personne ne soupçonna ce dont il
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    ¹) Essai sur l'inégalité des races humaines, 1853-55; la seconde édition ne parut qu'en 1884, deux ans après la mort de l'auteur.

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s'agissait; on demeura, comme le pauvre Virchow, stupide devant une énigme. Aujourd'hui, tout a changé : l'énigme est précisément de celles auxquelles la partie la plus vivante et la plus agissante des nations accorde une attention passionnée. Mais dans quel dédale de contradictions, d'erreurs, de préjugés chimériques, se meut encore l'opinion publique ! Ne voit-on pas Gobineau lui-même — si étonnamment riche en pressentiments intuitifs que l'avenir devait confirmer, et si bien, armé de connaissance historiques — fonder son exposé sur le dogme du peuplement du monde par Sem, Kham et Japhet : or il suffit d'un seul manque de discernement si criant pour qu'une œuvre grave se trouve classée, malgré la solidité de sa documentation, au nombre des « fantasmagories scientifiques ». À la première aberration de Gobineau s'en rattache une seconde : il postule la pureté et la noblesse originelle des races, et tient qu'en se mélangeant dans le cours de l'histoire elles deviennent à chaque mélange irrévocablement moins pures et moins nobles, d'où le pessimisme fatal et sans remède de ses vues sur l'avenir de l'humanité : mais son postulat repose sur une complète ignorance du sens physiologique que comporte le mot « race ». Une race noble ne tombe pas du ciel, mais au contraire elle DEVIENT noble petit à petit, tout comme le deviennent les arbres fruitiers; et ce processus d'ennoblissement peut commencer de nouveau à chaque moment, si une circonstance d'ordre géographique, historique, etc., ou bien encore un plan arrêté (comme chez les Juifs), crée les conditions voulues.
    Nous rencontrons à chaque pas de semblables contresens. Voilà, par exemple, le puissant mouvement qui s'intitule « antisémite » : quoi ! y a-t-il donc identité entre les Juifs et les Sémites ? Les Juifs ne se sont-ils pas différenciés par leur développement au point de constituer une race particulière, une race qui peut et doit être dite pure ? Est-il certain (nous aurons lieu de le rechercher) qu'à la formation de ce peuple n'ait pas préludé quelque important croisement ? Qu'est-ce, d'autre part, qu'un Aryen ? Beaucoup en parlent

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et quelques-uns donnent des précisions. Au Sémite, que nous concevons dans la vie courante sous l'espèce unique du Juif (et c'est du moins une représentation concrète, issue de notre expérience), nous opposons l'Aryen : quelle sorte d'homme est-ce là ? à quelle représentation concrète correspond-il ? Il ne faut rien savoir de l'ethnographie pour se flatter de formuler une réponse catégorique à cette question. Dès qu'on n'applique pas le terme « aryen » aux seuls Indo-Iraniens, indubitablement parents entre eux ¹), on tombe dans l'hypothèse. Les peuples que nous avons appris à ranger sous la dénomination de « peuples aryens » présentent au point de vue physique de fortes divergences : on constate chez eux les formes de crâne les plus variées, et ils diffèrent par la couleur de la peau, des veux, des cheveux. En admettant même qu'il y ait jamais eu une protorace indo-européenne commune, comment méconnaître la signification des matériaux sans cesse accrus qui font présumer, si loin que l'on remonte dans la préhistoire de nos nations dites « aryennes », la coexistence de types non parents, richement représentés parmi elles, en sorte qu'on pourrait tout au plus affirmer l'aryanisme de certains individus, mais nullement celui de tout un peuple. La parenté de langue ne constitue en aucune manière une preuve péremptoire de la communauté de sang; l'immigration d'Asie en Europe des groupes que nous appelons « indo-européens », supposée sur de faibles indices ²), soulève de si grandes difficultés que la science
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    ¹) Même en me bornant à une affirmation si modeste, puisée aux meilleures sources qui me fussent connues, il semble bien que j'aie dépassé les limites de la certitude scientifique. Voici, en effet, ce qu'écrit Charles de Ujfalvy dans un travail spécial paru en 1896 sous ce titre : Les Aryens au nord et au sud de l'Hindou-Kousch : « Le terme aryen est de pure convention; les peuples iraniens au nord et les tribus hindoues au sud du Caucase indien, diffèrent absolument comme type et descendent, sans aucun doute, de deux races différentes » (p. 15).
    ²) Et en vertu d'aphorismes comme l'ex oriente lux de Pott ou l'« impulsion irrésistible vers l'Ouest » de Grimm.

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incline de plus en plus à présumer la résidence immémoriale en Europe des « Aryens » de ce continent ¹), et l'hypothèse inverse, d'une colonisation des Indes par l'Europe, manque de tout fondement.... Bref, cette question est un terrain mouvant, sur lequel on ne s'aventure volontiers qu'à condition d'ignorer le péril ! Plus on s'en informe auprès des spécialistes, moins on y voit clair. À l'origine, ce furent les linguistes qui inventèrent ce concept collectif d'« aryen ». Puis vinrent les anthropologues anatomistes; l'incertitude des inductions linguistiques une fois démontrée, on passa aux mensurations craniennes; la craniométrie devint une profession et mit au jour une masse énorme de matériaux intéressants, mais voici qu'aujourd'hui l'« anthropologie somatique » paraît menacée du sort que subit la linguistique. Il a fallu que les anthropologues se fissent voyageurs, qu'ils entreprissent sur l'homme VIVANT des observations méthodiques, et ces observations nous attestent que nous avions attribué une importance exagérée à la mensuration des os. Un des meilleurs élèves de Virchow est arrivé à la
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    ¹) O. Schrader (Sprachvergleichung und Urgeschichte, 2e éd. 1890), qui a étudié la question du point de vue purement linguistique après les Latham, les Benfey, les de Saussure, les Sayce et beaucoup d'autres, conclut que « la résidence immémoriale des Indo-Européens en Europe est prouvée »; Johannes Ranke (Der Mensch), accentuant la réaction commencée par les travaux d'ethnographes comme d'Omalius d'Halloy et d'anthropologues comme Broca, tient pour assuré qu'une grande partie au moins des habitants de l'Europe « furent des Aryens » dès l'âge de la pierre; et Virchow, dont l'autorité est d'autant plus grande dans le domaine propre de sa science qu'il marque un absolu respect des faits et s'interdit de bâtir des hypothèses darwiniennes sans substance comme font Huxley et tutti quanti, Virchow estime que les documents anatomiques en notre possession autorisent à affirmer : « Les plus anciens troglodytes d'Europe furent de race aryenne ! » (cité d'après J. Ranke, der Mensch II, 578). — Pour un historique de la controverse aryenne, voir notamment Isaac Taylor : L'origine des Aryens, trad. de Varigny (1895); et pour un résumé de la question telle qu'elle se présente actuellement; cf. Deniker : Les races et les peuples de la terre (1900) p. 375 à 379.

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conviction que c'est une prétention stérile de vouloir résoudre des problèmes d'ethnographie en mesurant des crânes ¹). Toute cette évolution s'est produite dans la seconde moitié du dix-neuvième siécle : qui sait ce qu'en l'an 1950 on enseignera sur l'« Aryen » ? Pour l'instant, je le répète, le silence s'impose au non-spécialiste ²). Mais si les spécialistes seuls ont la parole, ne laissons pas de remarquer qu'ils en font un usage déconcertant, celui-ci nous certifiant que les Aryens sont « une invention du cabinet de travail et non pas du tout un peuple primitif ³) », celui-là se portant garant de l'effective parenté de sang des Indo-Européens, mise hors de doute par la communauté de leurs caractéristiques partout où on les relève, de l'Océan Atlantique jusqu'aux Indes 4).
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    ¹) Ehrenreich : Anthropologische Studien über die Urbewohner Brasiliens (1897).
    ²) Quand j'emploie dans ce livre le mot « aryen », je le prends au sens originel du sanscrit ârya, « qui appartient aux amis », sans m'inféoder à aucune théorie. La parenté dans les façons de penser et de sentir signifie en tous cas une « appartenance ». J'ai indiqué dans une note, au début du chapitre sur le Droit romain, l'existence d'un aryanisme MORAL constatée par les grands juristes Savigny, Mommsen, Jhering, Leist, etc., et consistant dans un ensemble de notions juridiques par où se distingue spécifiquement des Sémites, des Khamites, etc., un certain groupe d'hommes, quelque diverse que puisse être d'ailleurs, au point de vue linguistique ou anthropologique, sa composition.
    ³) R. Hartmann : die Negritier (1876), p. 185. De même v. Luschan et beaucoup d'autres : « Parler d'une race aryenne d'il y a trois mille ans, c'est émettre une hypothèse gratuite : en parler comme si elle existait encore aujourd'hui, c'est dire tout simplement une absurdité », écrit Salomon Reinach dans L'Origine des Aryens (1892), p. 90.
    4) Ratzel, J. Ranke, Ehrenreich, etc., en général les plus récents ethnographes et ceux qui ont le plus voyagé. Mais cette opinion comporte toutes sortes de nuances et d'atténuations, attendu que la parenté peut résulter de croisements et n'implique pas nécessairement une origine commune. Ratzel, par exemple, qui affirme quelque part l'unité de la race indo-européenne entière (voir Litterarisches Centralblatt, 1897, p. 1295) dit ailleurs (Völkerkunde, 1895, II, 751) : « Il n'est ni nécessaire ni vraisemblable d'admettre que tous ces peuples soient d'une seule et même origine. » — Il est curieux que les négateurs de la race aryenne continuent néanmoins de parler d'elle, tant elle paraît indispensable

362 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

    Voilà, j'espère, le lecteur suffisamment informé de la grande confusion qui règne aujourd'hui parmi nous touchant l'idée de race ¹). Cette confusion n'est pas nécessaire — elle
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comme working hypothesis. Ainsi Reinach, après qu'il a démontré qu'elle n'exista jamais, disserte plus tard, dans un moment d'oubli, sur « l'origine commune des Sémites et des Aryens » (op. cit. p. 98). — Ujfalvy, que nous entendions tout à l'heure contester la parenté de race des Indo-Iraniens des deux versants de l'Hindou-Kousch, est arrivé pourtant à une conclusion générale opposée : il croit à une grande famille aryenne. De fait, anthropologues ou ethnographes, historiens de la religion ou du droit, linguistes, et même les historiens tout court, peuvent de moins en moins se passer de ce concept de l'« Aryen ». Ce qui n'empêche pas qu'un écrivain qui en fait usage, même si cet usage est le plus prudent et le plus strictement limité, s'expose aux railleries des scribes universitaire, voire aux outrages de folliculaires anonymes. Puissent les lecteurs de ce livre mettre leur confiance en la science plutôt qu'en ses vulgarisateurs patentés et qu'en tous ceux qui font métier d'entretenir la confusion anti-aryenne ! Au demeurant, si même il était prouvé qu'il n'y eut jamais de race aryenne dans le passé, nous voulons qu'il y en ait une dans l'avenir : pour des hommes d'action, voilà le point de vue décisif.
    ¹) Il s'instruira du degré où peut atteindre cette confusion dans certaines têtes en feuilletant Le Préjugé des Races par Jean Finot, et aussi le résumé des « opinions de la presse » joint à la 3e éd. de cet ouvrage, que MM. Gabriel Monod, Charles Richet, Jules Claretie, Émile Faguet, Max Nordau, George Brandès, Lombroso, Stead, H. G. Wells et beaucoup d'autres seigneurs de moindre importance s'accordent à proclamer un maître livre, un beau livre, un livre substantiel, un livre opportun, un livre courageux, un livre bienfaisant, etc., etc., attendu qu'il démontre par des arguments irréfutables « toute l'absurdité de la théorie des races » (M. Novicow), et « la vanité de tous les raisonnements basés sur l'histoire des peuples européens » (M. Monod), et l'inexistence de la science ethnographique (M. Faguet) et l'erreur pernicieuse des stupidités anthropologiques (M. Wells), réconciliant du même coup (M. Paulucci dit Calboli) « les données de la science avec les aspirations généreuses de la charité chrétienne » et avec les désirs, non moins généreux « des pacifistes et des humanitaires » (M. Louis Lumet). Or, de toutes les thèses du présent ouvrage que Le Préjugé des Races « réfute » aux applaudissements de cette galerie de critiques, il n'en est pas une qui ne revête, en passant par les mains de M. Pinot, un sens complètement étranger à celui-qu'on y attache ici, et le lecteur qui m'a suivi se divertirait à le voir pourfendre avec acharnement des moulins à vent : soit

363 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

ne l'est pas, veux-je dire, de notre point de vue d'hommes pratiques, d'hommes d'action, d'hommes appartenant à la vie, car nous n'avons comme tels aucunement besoin, pour interpréter les leçons de l'histoire et comprendre le présent
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qu'il me note de « gobinisme » sur les points précisément où je déclare bornés et faux les postulats de Gobineau (telle la chimère des races originellement pures), soit qu'il oppose triomphalement les Celtes à mes Germains (qui les incluent suivant la définition que j'ai soin de donner de ce terme, pris dans son acception anthropologique la plus vaste), soit qu'il m'apprenne que l'Allemagne a mêlé à son sang originel (? !) celui des peuples slaves et celtiques (mélange si fécond, en effet, que je l'invoque à l'appui d'une loi essentielle de la formation des races et que j'y insiste à plusieurs reprises) etc., etc. Je ne perdrai pas le temps du lecteur ni le mien à rectifier cette sorte d'erreurs — si c'est « erreurs » qu'il faut dire. M. Finot découvre les motifs de mes opinions sur la psychologie des peuples — opinions condamnées, on vient de le voir, par tant d'illustres autorités — dans le désir de « plaire aux puissants du jour » : s'attestant incapable de concevoir le désintéressement de la pensée, il autorise par là tous les soupçons sur ses propres motifs — et c'est un objet dont je n'ai cure.
    Dans un opuscule qui complète son grand ouvrage et qui célèbre — tout simplement — L'Agonie et la Mort des Races, M. Finot ne se contente pas de décocher à l'auteur des Grundlagen les flèches les plus acérées de son carquois (il l'appelle « l'anthropologiste favori de l'empereur Guillaume », et certes il le désarme par des arguments scientifiques de cette force). Mais s'élevant aux considérations métaphysique, il nous invite gravement à concevoir « notre supériorité sur les autres animaux » et il ajoute : « comme notre passé historique ne nous permet point de rêver à une pureté de sang des yorkshires ou de certaines espèces de moutons (sic), consolons-nous d'être des humains au sang mélangé, mais ayant une âme toujours divine et par cela même perfectible, sans limites.... » Nous renvoyons volontiers le lecteur à cette âme divine, qui a donné pour épigraphe au dernier volume témoignant de sa perfectibilité ces paroles considérables : « De la vérité, toujours plus de vérité. » Dans son ouvrage très important et rigoureusement objectif : Die Juden und das Wirtschaftsleben (1911), le professeur Sombart (que je cite sans nul parti pris, car il me combat à diverses reprises) prend la peine de marquer en quelques mots que M. Finot ignore jusqu'au sens scientifique du mot « race » et ne soupçonne même pas les véritables données du problème inclus dans sa définition. Le lecteur peut se reporter à cet ouvrage (p. 400-401), s'il tient à s'édifier sur un objet pour moi sans conséquence.

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à la lumière du passé, de nous mettre en quête d'origines obscures et de causes cachées. J'ai déjà cité ce mot de Goethe : « S'enquérir vivement de la cause est à un haut degré nuisible. » Ce qui apparaît clairement à tous les yeux doit suffire, sinon pour la science, du moins pour la vie. La science, il faut naturellement qu'elle continue à suivre d'obstacles en obstacles, mais aussi de merveille en merveille, son chemin difficile : elle ressemble à l'alpiniste qui, chaque fois qu'il croit toucher la cime d'une montagne, découvre au delà du point atteint, et supposé culminant, un point plus élevé. Mais, la vie n'est intéressée que fort indirectement au changement perpétuel des hypothèses scientifiques; c'est même une des plus fâcheuses aberrations de notre époque que celle qui consiste à accorder, dans nos jugements, une prépondérance excessive aux prétendus « résultats de la science ». Sans doute, il se peut que savoir ait pour effet d'éclairer, mais ce n'est pas toujours le cas et par cette raison, notamment, que notre savoir est, de sa nature, éternellement flottant. Comment des hommes tant soit peu clairvoyants douteraient-ils qu'une grande partie de ce qu'ils s'imaginent savoir aujourd'hui paraisse à leurs après-venants dans cent, deux cents, cinq cents ans, un monument de grossière et de grotesque ignorance ? Sans doute encore il est certains faits que l'on peut tenir pour définitivement acquis; mais de nouvelles acquisitions éclairent les anciennes d'un jour nouveau; une étude plus approfondie des faits connus établit entre eux des relations que rien n'avait fait prévoir et en modifie la perspective : en ajustant notre jugement à l'état présent de la science, nous faisons ce que ferait un peintre qui considérerait le monde dans les changeantes combinaisons d'images aperçues à travers un caléidoscope transparent, au lieu de l'observer avec ses seuls yeux. La science pure (par opposition à la science appliquée) est un noble jouet; sa grande valeur intellectuelle et morale réside — au moins pour une part essentielle — en ceci précisément qu'elle ne sert à rien : c'est sous ce rapport qu'elle se révèle

365 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

analogue à l'art; elle procède de la réflexion qui se tourne au dehors. Et comme la nature est d'une richesse inépuisable, elle fournit au moi des matériaux toujours nouveaux, elle en accroît le stock de représentations, elle prépare à l'imagination un nouveau monde de rêve en remplacement de l'ancien, qui pâlit peu à peu ¹). La vie au contraire, envisagée purement comme telle, est un tout autre être que le savoir systématique, un être beaucoup plus stable, mieux fondé, embrassant davantage; c'est la somme de toute réalité, tandis que la science même la plus précise ne nous présente jamais que le réel dilué, généralisé, et non plus immédiat. J'entends ici par « vie » l'équivalent de ce qu'on désigne aussi par le mot « nature », quand par exemple on dit, avec la médecine moderne, que par la fièvre la NATURE accélère le processus d'assimilation et défend l'homme contre la maladie qui l'a surpris. La nature est justement ce que l'on nomme « auto-active »; ses racines plongent à une profondeur où n'atteindra jamais le savoir. Or, nous qui en tant qu'êtres pensants, sachant beaucoup de choses, scrutant et rêvant hardiment ce que nous ne savons pas, faisons certes partie intégrante de la nature non moins que les autres êtres et objets, et que notre propre corps, je suis convaincu que nous pouvons nous fier avec assurance à cette nature, à cette vie. Quand bien même la science nous laisse dans l'incertitude à une foule d'égards, quand bien même elle tourne à tous vents comme un moderne parlementaire, et raille aujourd'hui ce qu'elle donnait hier pour vérité éternelle, ne nous troublons pas : nous en apprendrons toujours autant qu'il nous en faut pour la vie. Et puis cette superbe maîtresse est une compagne dangereuse; elle le exalte l'esprit, mais elle l'enjôle; elle l'induit en extravagantes chimères par ses tours de prestidigi-
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    ¹) Le physicien Lichtenberg dit de même (Fragmentarische Bemerkungen über physikalische Gegenstände, 15) : « La science de la nature est, à mon sens, une sorte de fonds d'amortissement pour la religion, quand notre téméraire raison fait des dettes. »

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tation. La science et l'art sont comme les chevaux qu'attelle Platon au char de Psyché : et ce n'est pas le moindre rôle de cette « saine intelligence humaine », dont le professeur Virchow déplore l'éclipse, que de serrer les rênes de ces nobles coursiers et de modérer leur allure, crainte qu'ils ne fuient en emportant sans retour son simple bon sens et son jugement naturel. Par le seul fait que nous avons qualité d'êtres vivants, nous possédons une infiniment riche et sûre aptitude à trouver les solutions justes au moment opportun, même sans le secours d'aucune érudition. Celui qui interroge sans prévention, et en toute naïveté., la mère nature — « les mères », ainsi que parlent les anciens mythes — peut être certain de recevoir la réponse qu'une mère donnerait à son fils : réponse d'une logique pas toujours rigoureuse, mais réponse essentiellement juste, intelligible, et visant avec un sûr instinct le bien de celui qui l'a sollicitée. Il en est ainsi de la question sur le sens de la RACE : une des plus importantes, peut-être la plus vitale, de toutes celles qui se posent pour l'homme.

CE QUE SIGNIFIE LA RACE

    Posséder sa « RACE » dans sa PROPRE conscience, cela certes est plus directement convaincant que tous les raisonnements. Celui qui appartient à une race déterminée, à une race pure, l'éprouve chaque jour. Le génie de son groupe ne le quitte pas : ce génie le soutient quand son pied chancelle, et, comme le daïmon socratique, l'avertit au moment où il risquait de s'égarer; ce génie exige son obéissance, et souvent le contraint à des actions qu'il n'eût point osé entreprendre, parce qu'il n'en concevait pas la possibilité. Faible et faillible comme tout ce qui est humain, un tel homme se reconnaît pourtant lui-même (et de bons observateurs le reconnaissent) à la SÛRETÉ de son caractère, et puis au fait que toute sa manière d'agir porte une empreinte de grandeur simple, qui trouve son explication dans l'élément typique dépassant la personnalité. La race élève un homme au-dessus de lui-même, elle lui confère des capacités extraordinaires, j'allais dire : surnaturelles, tant elle le différencie de l'individu issu d'un

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pêle-mêle chaotique de toutes sortes de peuples; et si d'aventure il se trouve que cet homme, produit d'une sélection ennoblissante, soit extraordinairement doué, alors son appartenance raciale le fortifie, l'exalte de toutes parts, et il devient un génie dominant l'humanité entière : non parce qu'un caprice de la nature l'a jeté sur la terre comme un météore flamboyant, mais parce qu'il s'est dressé vers le ciel comme un arbre nourri par des milliers et des milliers de racines, vigoureux, élancé, inflexiblement droit — et ce n'est point là proprement un individu isolé, mais la somme vivante d'innombrables âmes tendues dans la même direction. Quiconque a des yeux pour voir reconnaît d'emblée la « race » chez les animaux. Elle se montre dans tout leur habitus, s'atteste en des centaines de détails qui échappent à l'analyse; mais, en outre, elle se traduit dans la qualité de leurs actes, car sa possession conduit toujours à des résultats exceptionnels, extrêmes; disons même, si l'on veut, exagérés: et cela, du fait de leur unilatéralité. Goethe soutient quelque part que c'est la surabondance qui fait la grandeur ¹); la surabondance, voilà précisément ce qu'assure aux individus la race, constituée par sélection de matériaux excellents. Et, en vérité, ce que nous enseigne tout cheval de course, tout fox-terrier, tout coq de Cochinchine ennobli par l'élevage, n'est-ce pas aussi l'éloquente leçon qui ressort de l'histoire de notre propre espèce ? La floraison du peuple hellène ne témoigne-t-elle pas d'une surabondance sans pareille ? cette surabondance ne date-t-elle pas du moment où s'interrompent les immigrations du Nord et où les divers groupes d'hommes vigoureux qui ont peuplé la presqu'île, maintenant isolés, se fondent en une race — plus riche et plus nuancée là où le sang apparenté a conflué de sources plus diverses, comme à Athènes, plus simple et plus résistante là où une digue a été opposée à ce mélange, comme à Lacédé-
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    ¹) Materialien zur Geschichte der Farbenlehre, dans la section sur la personnalité de Newton.

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mone ? Et n'assistons-nous pas à l'extinction de la race, du moment que le pays, incorporé à un tout plus grand, se voit arraché à son fier exclusivisme ? ¹) N'apprenons-nous pas de Rome la même chose ? N'est-ce pas, ici aussi, d'un mélange particulier ²) que procède une race tout à fait nouvelle, différente de toutes celles qui se formeront plus tard par ses aptitudes et ses facultés, et douée d'une surabondance de force ? et la victoire n'accomplit-elle pas ici ce qu'accomplit ailleurs la défaite — seulement avec une rapidité bien plus grande encore ? Comme une cataracte le sang étranger inonda la Rome presque dépeuplée et, du coup, les Romains cessèrent d'être. S'imagine-t-on qu'entre tous les Sémites un seul peuple, et le plus infinitésimal, fût devenu une puissance capable d'étreindre le monde; si la pureté de la race n'avait constitué sa loi fondamentale et inébranlable ? En ces jours où l'on débite tant d'absurdités sur la
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    ¹) Chacun sait que cette extinction ne se produisit que graduellement, et cela malgré une situation politique qui eût extirpé instantanément du monde le caractère hellénique, si les aptitudes de race n'eussent été ici déterminantes. Longtemps encore durant l'époque chrétienne, Athènes demeura le centre de la vie intellectuelle de l'humanité; Alexandrie faisait plus parler d'elle, il est vrai (le fort contingent sémite de ses habitants y pourvoyait !), mais quiconque désirait étudier sérieusement se rendait à Athènes, jusqu'à ce que l'intolérance chrétienne fermât pour jamais ses écoles, en l'an 529; on rapporte qu'en ce temps même l'homme du peuple s'y distinguait encore par « la vivacité de son esprit, la pureté de son langage et la sûreté de son goût » (Gibbon, ch. 40). — Un exposé détaillé et fort attachant des circonstances qui conduisirent à l'anéantissement de la race hellénique par l'immigration étrangère est celui que donne George Finlay : Medieval Greece, ch. I. Dans le pays s'étaient installés tout à tour des colonies militaires romaines de toutes les parties de l'empire, puis des Celtes, des Germains, des Esclavons, des Bulgares, des Valaques, des Albanais, etc., qui s'étaient mélangés avec la population primitive. Les Zakons, nombreux encore au XVme siècle, aujourd'hui presque entièrement disparus, passent pour être les seuls Hellènes purs.
    ²)
Je résume à ce sujet l'opinion de Mommsen dans la troisième note ajoutée au texte de la section intitulée « Idéals romains », chap. II du présent ouvrage.

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question qui nous occupe, laissons-nous instruire par Disraéli, qui proclame que toute la signification du judaïsme réside dans la pureté de la race, qu'elle seule lui assure force et consistance et que, comme il a survécu aux peuples de l'antiquité, il survivra aussi, grâce à sa connaissance de cette loi de nature, aux groupes ethniques du présent, qui se mélangent sans mesure et sans méthode ¹).
    Que nous importent les vastes enquêtes scientifiques sur le point de savoir s'il y a réellement des races distinctes ? si la race a une valeur ? comment il se peut qu'elle en ait, etc. ? Remettons les bœufs devant la charrue et disons : c'est l'évidence même qu'il y a des races; c'est un fait d'expérience directe que la qualité de la race possède une valeur décisive; il vous appartient de rechercher le comment et le pourquoi de ce qui est, non de le nier pour gratifier votre ignorance. Un des ethnographes les plus éminents de notre temps, Adolphe Bastian, déclare : « Ce que nous observons dans l'histoire, ce n'est pas une transformation des races l'une dans l'autre, ce sont au contraire des créations nouvelles et complètes que fait surgir de l'invisible Hadès la force productrice éternellement jeune de la nature » ²). À faire la petite traversée Calais-Douvre, on croit changer de planète, tant diffèrent entre eux les Anglais et les Français, malgré leurs multiples liens de parenté. Et par cet exemple l'observateur s'instruit aussi de la valeur que possède pour une race son mode de reproduction le plus pur, celui qui se fonde sur l'endogamie. L'Angleterre est comme coupée du monde par sa situation insulaire; sa dernière invasion (pas très nombreuse) remonte à huit siècles; depuis lors y ont seuls émigré quelques milliers de Néerlandais, puis quelques milliers de
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    ¹) Voir les romans Tancred et Coningsby. Dans ce dernier, Sidonia dit : « La race est tout; il n'y a pas d'autre vérité. Et toute race court à sa ruine, qui se montre insoucieuse de préserver son sang des mélanges. »
    ²) Das Beständige in den Menschenrassen und die Spielweite ihrer Veränderlichkeit (1868), p. 26.

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Huguenots, dans les deux cas des parents de race : et c'est ainsi que s'est produite la race indubitablement la plus forte de l'Europe actuelle ¹).
    Mais l'expérience directe nous vaut encore une quantité d'observations de sorte différente grâce auxquelles notre savoir revêt une forme plus déterminée, en même temps que plus étendue. Considérons, par exemple, en opposition à la race anglo-saxonne qui est nouvelle et que nous voyons se fixer, les SEFARDIM ou, comme on dit couramment, les « Juifs espagnols » ²) : nous apprendrons par eux comment une race fixée peut, en persévérant dans sa pureté, se maintenir noble durant des centaines et des milliers d'années, mais aussi combien il est nécessaire de distinguer dans un peuple entre les produits de culture noble et les autres. En Angleterre, en Hollande et en Italie, il existe encore d'authentiques
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    ¹) « La plupart des races historiques de l'Europe sont encore en voie de formation.... Seul l'Anglais actuel représente une race presque entièrement fixée », note Gustave Le Bon dans ses Lois psychologiques de l'évolution des peuples, p. 48-49. — Au Japon aussi, un heureux mélange, puis l'isolement insulaire, ont été les facteurs de formation d'une race beaucoup plus forte et (en dedans de la sphère de possibilités mongoloïdes) beaucoup mieux douée encore que ne se plaisaient à croire les Européens. Ils en ont reçu d'assez éloquentes preuves, depuis que parut la première édition de cet ouvrage. Aux lecteurs désireux de connaître intimement l'âme japonaise, on ne saurait recommander un meilleur guide que Lafcadio Hearn, dont les livres (Kokoro, Kwaïdan, Chita, Kotto, etc., ont commencé de paraître en traduction française (éd. du Mercure de France).
    ²) Et portugais. Le mot Sefarad, qui figure dans le prophète Abdias, v. 20, et en aucun autre passage de la Bible, a été interprété comme désignant la ville de Sardes ou celle de Sparte, le Bosphore — et finalement l'Espagne. Quant aux Askenazim, ou Juifs allemands et polonais, ils tirent leur nom d'Askenaz, fils de Gomer, Genèse X, 3: cf. Jérémie LI, 27, où, Askenaz s'applique à une contrée voisine de la mer Noire (d'où les assimilations plus ou moins aventureuses tentées par des commentateurs avec les divers Ascagne d'Asie mineure, avec la « lointaine Ascanie » d'Homère, avec Ascanius fils d'Enée : quelques-uns, considérant que les Juifs n'ont pas d'autre nom pour désigner les Allemands, pensent même trouver une assonance entre Askenaz, Saxons et Scandinaves !)

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Sefardim, mais eu petit nombre, car ils ne peuvent presque plus éviter le mélange avec les Askenazim, ou « Juifs allemands » : ainsi les Montefiore de la génération actuelle ont tous épousé des représentantes de ce dernier groupe. C'est dans l'Europe orientale, où les Sefardim non adultérés fuient le contact des autres Juifs et marquent une horreur presque comique pour les Askenazim, qu'il faut les étudier : quiconque a eu l'occasion de le faire me comprendra, si j'affirme qu'au spectacle de ces hommes m'est devenue pour la première fois intelligible la signification du judaïsme dans l'histoire du monde. Voilà de la noblesse au plein sens du mot, voilà l'authentique noblesse de race ! Belles statures, nobles têtes, dignité parfaite dans le discours et dans le maintien. Le type est « sémitique » — dans l'acception que nous donnons à ce terme en l'appliquant à certains Arabes ou Syriens de la catégorie la plus élevée. Un coup d'œil, et j'avais compris que du milieu de telles gens eussent pu surgir des prophètes et des psalmistes, chose qui, je l'avoue, ne m'avait jamais réussi à l'examen, pourtant attentif, de centaines de « Bochers » ¹) qu'on rencontre à Berlin le long de la Friedrichstrasse. Et en effet, si nous lisons avec quelque attention les livres sacrés des Juifs, nous constatons que la transformation de leur « monopolythéisme » en un réel monothéisme cosmique — représentation certes grandiose, encore que trop mécaniquement matérialiste pour notre sentiment — ne fut pas l'œuvre du peuple en son ensemble, mais celle d'une minorité. Bien plus. Cette minorité dut mener contre la majorité une lutte incessante, et c'est par la force qu'elle lui imposa sa conception plus noble de la vie : par quelle force ? par la plus haute puissance humaine, par la puissance de la personnalité. Le gros du peuple fait l'impression d'une masse extraordinairement vulgaire, destituée de toute haute
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    ¹) « Bocher » (de bachur, « jeune homme ») désigne en hébreu vulgaire l'étudiant du Talmud, ou simplement l'étudiant, par opposition à dardeka, le collégien.

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 aspiration : les riches, durs — de col roide et de faible foi; les pauvres, versatiles, et sans cesse repris du désir de s'adonner à la plus lamentable, à la plus répugnante idolâtrie; à moins toutefois que les prophètes n'aient énormément exagéré. Mais le cours de l'histoire juive assura la sélection des éléments moralement supérieurs; par l'exil, par le processus d'élimination continuelle dans la Diaspora, conséquence de la pauvreté du pays et des périls de sa situation, seuls demeurèrent (d'entre les meilleures classes) les plus fidèlement attachés à l'idéal national, et ceux-ci tenaient pour abominable toute union conjugale — même avec des Juifs ! — dans laquelle les deux parties ne pouvaient établir incontestablement leur descendance d'une des tribus d'Israël et confirmer la pureté de leur extraction par la rigueur de leur orthodoxie ¹). Aussi leur restait-il peu de choix; car leurs plus proches voisins, les Samaritains, étaient hérétiques, et dans les districts plus éloignés, si l'on excepte les lévites qui se maintenaient en état d'isolement, la population était fort mélangée par de multiples croisements. C'est de cette façon que la race fut soumise à une véritable discipline d'élevage. Et quand vint la dispersion finale, ces seuls Juifs authentiquement purs furent tous, ou presque tous, déportés en Espagne. Les Romains, en effet, étaient des politiques trop avisés pour ne pas faire la distinction nécessaire : et c'est dans l'extrême Occident, aussi loin que possible du berceau de la race ²), qu'ils transférèrent ces dangereux fanatiques, ces hommes fiers dont un simple regard courbait la foule à l'obéissance, tandis que le peuple juif, en
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    ¹) Les enfants illégitimes ne sont pas admis dans la communauté par les Juifs croyants. Chez les Sefardim actuels de l'Europe orientale, une jeune fille qui est réputée avoir failli n'a pas de pitié à attendre : des plénipotentiaires de la communauté la transfèrent dans un pays étranger, et l'on ne doit plus entendre parler de la mère ni de l'enfant, qui désormais passent pour morts. On protège ainsi l'intégrité du sang contre l'aveuglement de la passion.
    ²) Voyez, par ex., Graetz : op. cit., ch. 9 : « La période diasporique. »

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dehors des limites étroites de la Judée, ne fut pas exposé à plus de rigueur que les Juifs de la Diaspora ¹). Et voilà en vérité une intéressante leçon de choses sur l'origine et la valeur d'une « race » : car, de tous les hommes que nous avons accoutumé d'appeler « Juifs », il en est relativement bien peu qui descendent de ces purs et nobles Hébreux; la grande majorité se rattachent aux Juifs de la Diaspora, à des Juifs qui n'ont pas pris part aux dernières luttes héroïques, ni même à celles du temps des Macchabées : ce sont ces Juifs-là, et puis le pauvre peuple de campagnards demeurés en Palestine et qui, plus tard, durant les siècles chrétiens, fut expulsé ou s'enfuit, ce sont eux, les ancêtres de presque tous « nos Juifs ». Et j'ajouterai : si quelqu'un désire connaître, par le témoignage de ses yeux, ce qu'est une race noble et ce qui n'en est pas une, qu'il fasse venir de Salonique ou de Sarajevo le plus pauvre des Sefardim (ces gens possèdent rarement de grandes richesses, car ils sont d'une nonnêteté scrupuleuse) et qu'il le confronte avec un baron Rotschild ou un baron Hirsch de son choix : il apercevra aussitôt la différence entre la noblesse que confère la race et celle qu'octroie un monarque ²).
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    ¹) Ainsi une école de rabbins très influente subsista longtemps à Tibériade. Sur cette politique des Romains, voir Théodore Reinach : Histoire des Israélites (3me éd. 1903), p. 15 et 16. Sauf le « fisc judaïque » (impôt de 2 francs par tête versé au trésor de Jupiter Capitolin) et « quelques actes de persécution isolés et temporaires », Rome, dit l'auteur, « témoigna aux Juifs, comme à tous les peuples soumis à sa domination, une parfaite tolérance. Ils eurent partout le droit de s'assembler librement, de célébrer des repas communs, de se cotiser pour subvenir aux besoins du culte, de bâtir des cimetières et des lieux de prière; on les dispensa du service militaire, peu compatible avec l'observation rigoureuse de leurs pratiques cérémonielles. On enleva aux communautés la juridiction pénale, considérée comme un attribut de la puissance politique, mais on laissa subsister la juridiction civile.... » — Sur l'ennoblissement des Sefardim par le sang gothique, voir ci-dessous.
    ²) Les Goths, qui plus tard passèrent en masse à l'islamisme dont ils furent les plus nobles et les plus fanatiques champions, avaient auparavant adopté en grand nombre le judaïsme; un spécialiste en la matière,

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LES CINQ LOIS FONDAMENTALES

    On pourrait citer quantité d'autres exemples. Mais je crois que nous avons réuni des données suffisantes pour procéder à une analyse méthodique de nos connaissances sur la race, et pour dégager les principes qui doivent servir de base à un jugement réfléchi et qualifié touchant cet objet. Loin de déduire les possibles conséquences d'états originels hypothétiques, nous suivons la marche inverse et, de quelques faits positifs, nous inférons les causes directes de ces faits. L'inégalité des aptitudes, même entre groupes ethniques manifestement proches parents, est évidente; mais en outre, pour quiconque y regarde d'assez près, il est tout aussi évident que parfois, en tel ou tel lieu, durant tel ou tel laps de temps, un groupe non seulement se différencie des autres, mais les dépasse et marque avec éclat sa supériorité, parce qu'en lui s'atteste une surabondance de dons d'énergie productive. Par quelques exemples, que chacun multiplierait à plaisir, j'ai essayé de montrer qu'un pareil phénomène trouve son explication dans une certaine discipline de la race. Précisant maintenant ce que nous savons de cette discipline, je vais énoncer les cinq lois de nature dont nous apparaît dépendante la formation des races nobles.

    1º La condition essentielle, c'est, sans contredit, l'existence d'une matière première d'EXCELLENTE QUALITÉ. Où il n'y a rien, le roi perd ses droits. Mais si quelqu'un me demandait d'où vient cette matière première, je lui répondrais que je n'en sais absolument rien et que je suis sur ce point tout aussi ignorant que si j'étais le plus grand des savants. Et puis j'invoquerais le témoignage du plus universel sage du dix-neuvième siècle et je dirais avec Goethe : « Cela dont la naissance se dérobe à nous dans la nuit des temps, il nous
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professeur à l'université de Vienne, m'assure que la supériorité morale et intellectuelle, autant que physique, des Juifs dits « espagnols » et « portugais », s'expliquerait par ce riche appoint de sang germanique plus encore que par cette discipline raciale dont j'ai parlé et dont il ne méconnaît point au reste la considérable importance. Je suis incompétent pour décider si cette opinion est justifiée.

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est impossible de le concevoir naissant; ce qui est déjà né, ce qui nous entoure, passe notre intelligence » ¹). Si loin qu'atteignent nos regards, nous voyons des hommes, nous voyons qu'ils diffèrent profondément entre eux par leurs aptitudes, nous voyons que quelques-uns présentent des germes de croissance plus vigoureux que les autres — et c'est tout. Une seule affirmation est possible sur le terrain de l'observation historique : c'est qu'un haut degré d'excellence ne devient manifeste que peu à peu, grâce au concours de circonstances spéciales, c'est que cette excellence s'accroît lorsqu'elle est forcée de se dépenser, tandis que d'autres circonstances ont pour effet qu'elle dégénère complètement. La lutte par où s'épuise et périt une matière humaine qui était faible de nature, cette même lutte trempe les forces de celle qui était forte; en outre, la lutte pour l'existence fortifie encore cette souche forte par élimination des éléments plus faibles. L'enfance des grandes races connaît toujours les orages de la guerre — même l'enfance des Hindous métaphysiciens.
    2º Mais il s'en faut qu'il suffise d'hommes braves pour produire cette « surabondance » qui caractérise la vraie grandeur. Des races comme les Grecs, les Romains, les Francs, les Souabes, les Italiens et les Espagnols de l'époque brillante, les Maures, les Anglais, des anomalies comme les Aryens de l'Inde et comme les Juifs, sont dues à un RÉGIME ENDOGÉNIQUE prolongé : elles se font et se défont sous nos yeux. Si j'emploie ici, faute d'un meilleur, le mot « endogénie » (signifiant proprement : mariage au sein du clan), c'est en élargissant l'acception tribale qui le particularise dans le langage anthropologique. Il s'agit d'indiquer un état dans lequel, n'y ayant de relations procréatrices qu'entre les plus proches parents de race, et toute immixtion de sang étranger se trouvant ainsi exclue, la race multiplie en
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    ¹) « Was nicht mehr entsteht, können wir uns als entstehend nicht denken. Das Entstandene begreifen wir nicht. »

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dedans de la race : Inzucht, dit l'allemand. On en a fourni plus haut de frappants exemples.
    3º Mais la reproduction de la race par voie endogénique, ne conduirait pas au but, si, dans ce régime de conservation et d'accumulation, ne s'opérait d'autre part le triage des éléments à reproduire et de ceux à éliminer. La SÉLECTION est une loi qui se comprend d'autant mieux que l'on a plus de familiarité avec les principes de l'élevage, tel qu'il se pratique artificiellement pour les plantes et pour les animaux. On ne saurait trop recommander l'étude de ces principes, car rien n'enrichit autant nos conceptions des possibilités plastiques de la vie ¹). Une fois qu'on s'est instruit des merveilles qu'accomplit la sélection, une fois qu'on l'a vue à l'œuvre pour produire un cheval de course, ou un basset, ou quelque « surabondant » chrysanthème, par élimination méthodique de tout caractère d'infériorité, on n'aura pas de peine à reconnaître dans l'espèce humaine l'action du même phénomène, encore qu'il ne s'y puisse naturellement manifester avec la même clarté et précision. J'ai invoqué l'exemple des Juifs : l'exposition des enfants chétifs en est un autre, et l'on ne saurait nier en tous cas les bienfaits de cette loi chez les Grecs, les Romains et les Germains; la dureté des temps auxquels ne survivent que l'homme le plus robuste et la femme la plus endurante agit dans le même sens ²).

    4º Une autre loi fondamentale, moins généralement reconnue, paraît ressortir avec évidence de l'histoire et trouve sa confirmation dans l'expérience des éleveurs : on peut la formuler an disant qu'à la formation de toute race extraor-
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    ¹) La littérature du sujet est énorme. Tout le monde devrait lire au moins l'ouvrage de Darwin intitulé Animals and Plants under Domestication, qui a le mérite d'être simple, aisément intelligible, et d'une étonnante variété dans ses exemples. Dans l'Origine des Espèces le même thème est traité d'une manière plus condensée et plus tendancieuse.
    ²) Jhering établit avec force que, par exemple, les siècles de migration eurent pour les Germains le sens d'une sélection de plus en plus ennoblissante (Vorgeschichte, p. 462).

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dinaire prélude sans exception un MÉLANGE DE SANG. Comme dit finement Emerson : « We are piqued with pure descent, but nature loves inoculation. » Il est impossible naturellement de rien affirmer à cet égard touchant les Aryens de l'Inde : leur préhistoire se perd dans les nuages; par contre, les faits témoignent avec une parfaite clarté en ce qui concerne les Juifs, les Hellènes, les Romains, et ils ne sont pas moins probants quant aux nations d'Europe qui se sont distinguées par l'action collective ou par la production d'un grand nombre d'individus « surabondamment » doués. Le prochain chapitre traitera des Juifs, et j'ai déjà entretenu souvent le lecteur des Grecs, des Romains, des Anglais, considérés à ce point de vue. Je ne voudrais pas, pourtant, lui épargner la peine de lire une fois attentivement dans Curtius et dans Mommsen ces chapitres de début qu'on a coutume de feuilleter plutôt que d'étudier, parce qu'on se laisse rebuter par l'aspect rébarbatif des pages hérissées de noms et par le désordre même des événements exposés. Jamais, de fait, n'a eu lieu un mélange aussi accentué et aussi favorable qu'en Grèce : issues d'une souche commune, des variétés caractéristiquement différenciées se forment dans des plaines diverses que séparent mers ou montagnes — ici s'adonnant à la chasse, ailleurs à la navigation, ailleurs encore vaquant paisiblement aux travaux de l'agriculture, etc. Puis c'est, entre ces groupes différencies, un va-et-vient continuel, une interpénétration telle que les artifices de l'élevage, s'ils se fussent employés ici, n'eussent pu la réaliser plus complètement. Aux migrations de l'Est à l'Ouest succèdent des migrations inverses à travers la mer Égée. Mais entre temps les groupes de l'extrême Nord (en première ligne les Doriens) se sont avancés jusqu'à l'extrême Sud, refoulant de ce Sud vers leur point de départ beaucoup de ses habitants les plus nobles, rebelles à leur joug, à moins que ceux-ci ne préférassent prendre la mer et gagner les îles ou les côtes helléniques de l'Asie. Or chacun de ces déplacements est l'occasion de croisements. Ainsi, par exemple, loin que les Doriens aillent

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tous peupler le Péloponèse, beaucoup demeurent en arrière à chaque étape de leurs longues migrations et se mêlent aux habitants qu'ils trouvent établis dans ces diverses stations. Bien plus : ces Doriens primitifs eux-mêmes, que nous nous imaginons comme un tout uniforme, possédaient une vieille tradition qui les représentait formés de trois souches distinctes, et encore une de ces souches était-elle dite race des « Pamphyles », ou des « gens de toute extraction » ! Là où se produisit le plus heureux mélange, c'est là qu'éclate la « surabondance » des dons : dans la Nouvelle-Ionie et dans l'Attique. Dans la Nouvelle-Ionie s'ajoutaient des Grecs à des Grecs, « des Ioniens rentraient dans leur ancienne patrie, mais ils y rentraient si transformés que, de cette nouvelle fusion d'éléments originairement apparentés, allait dater pour la vieille terre ionienne un développement tout à fait national, mais en même temps extraordinairement intensifié, riche et — dans ses résultats — complètement nouveau. » Plus instructive encore est l'histoire de la formation du peuple attique et tout spécialement du peuple athénien. En Attique précisément (comme en Arcadie et nulle part ailleurs), la population primitive dés Pélasges était demeurée en place, « elle ne fut jamais expulsée par une force étrangère ». Mais par son littoral formant une dépendance de l'archipel, le pays invitait à l'immigration : elle ne manqua pas de se produire, et de toutes parts. Si les Phéniciens — des étrangers — se bornèrent à fonder leurs comptoirs de commerce sur les îles voisines, des parents de race, des Grecs, venant de l'un ou de l'autre côté de la mer, affluèrent dans l'intérieur et se mélangèrent peu à peu avec ses habitants. Puis vint l'époque de l'invasion dorienne, facteur de transformations si profondes et si durables; l'Attique seule fut épargnée : et c'est vers elle que convergèrent les fugitifs accourus de tous les points de l'horizon, de Béotie, cl' Achaïe et de Messénie, d'Argos et d'Égine, etc. Cette nouvelle immigration n'est plus celle de populations entières, mais d'individus qui sont pour la plupart des hommes d'élite, appartenant à des

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familles distinguées ou même royales : d'où, pour le petit pays où ils se fixent, un extraordinaire enrichissement de la race, ainsi accrue d'éléments nobles et dès longtemps sélectionnés. Alors seulement, produit de ce mélange bigarré, nait Athènes, l'harmonieuse Athènes envers laquelle l'humanité a plus d'obligations qu'elle n'en établira jamais le compte ¹).
    Un peu de réflexion nous convaincra que la même loi s'affirme chez les Allemands, les Français, les Italiens et les Espagnols. N'est-il pas vrai, par exemple, que les diverses tribus germaniques sont comme une force élémentaire et purement brutale jusqu'à ce qu'elles commencent à se mêler entre elles ? Qu'on voie comment la Bourgogne, si riche en hommes éminents, doit sa population particulière au mélange intime des éléments germain et roman, et en développe l'individualité caractéristique grâce à son isolement politique prolongé ²). Les Francs atteignent la plénitude de leur force, ils dotent l'humanité d'un type nouveau de l'humain, là où ils se fondent avec les tribus germaniques qui les ont devancés et avec les Gallo-Romains, ou encore,
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    ¹) Cf. Curtius : Griechische Geschichte l. I, ch. 4 et l. II, ch. 1 et 2. — Le fait que Gobineau attribue à une infiltration de sang sémitique les dons intellectuels extraordinaires des Grecs, et en particulier leurs aptitudes artistiques, est un exemple illustre des insanités auxquelles se trouvent conduits les plus clairvoyants, quand ils prennent pour point de départ des hypothèses erronées, artificielles, contredisant l'enseignement de l'histoire et celui de la nature.
    ²) Ce mélange intime se produisit par le fait que les Burgondes, en se fixant dans le pays, y vécurent en colons isolés, chacun devenant l'hospes d'un habitant dont il s'appropriait deux tiers des terres cultivées, une moitié des bâtiments et jardins, tandis que forêts et pâturaux restaient bien commun. Si faible qu'ait dû être, au début, la sympathie entre l'aborigène et son hôte malvenu, ils n'en vivaient pas moins porte à porte, et se sentaient solidaires chaque fois qu'éclatait avec des tiers une querelle sur des questions de frontières ou d'autres points de droit ayant rapport à la propriété : aussi la fusion ne fut-elle pas lon
gue à s'opérer (Cf. entre autres Savigny : Geschichte des römischen Rechts im Mittelalter, ch. 5 § 1).

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comme en Franconie, là où ils forment précisément le point de réunion des éléments allemands et slaves les plus différents, la Souabe, patrie de Mozart et de Schiller, a pour habitants des demi-Celtes; la Saxe, qui a donné au peuple allemand un si grand nombre de ses gloires, renferme une population presque complètement imprégnée de sang slave; et l'Europe n'a-t-elle pas assisté depuis trois siècles à l'essor d'une nation nouvelle — la Prusse — qui, procédant de mélanges de sang encore bien plus accentués, est devenue par la supériorité de sa force le chef de l'empire allemand ?
    Préciser par des détails ces rapides indications m'entraînerait trop loin de mon objet. Pourtant, s'agissant de la haute valeur qui s'attache aux races pures et des moyens par lesquels elles s'obtiennent, je ne saurais laisser d'insister sur la nécessité, ou au moins, l'utilité des mélanges de sang. Ce n'est pas seulement pour prévenir le reproche de ne voir qu'un côté des choses et d'obéir à un parti pris apriorique, c'est parce que je crois que les défenseurs de la race ont nui à leur cause en méconnaissant précisément l'importante loi des mélanges. Ils sont tombés dans l'erreur qui consiste à postuler la « race pure » en soi, et c'est là un concept mystique dépourvu de toute substance, qui paralyse la pensée au lieu de la stimuler. Ni l'histoire, ni la biologie expérimentale, ne prononcent en faveur de cette chimère. La race des pur-sang anglais a été obtenue par croisement d'étalons arabes avec des juments anglaises ordinaires (naturellement choisies avec soin), et par endogénie subséquente, sous cette réserve toutefois qu'un nouveau croisement entre variétés s'écartant peu du type, ou avec des arabes, apparaît de temps en temps désirable; un des êtres les plus nobles dont se puisse enorgueillir la nature, le « vrai » terre-neuve, comme on dit, s'est formé par croisement d'un chien d'Esquimaux avec un chien courant français, puis, grâce à la situation isolée de Terre-Neuve, il a atteint à la fixité et à la pureté de son type par l'effet d'une endogénie prolongée, et enfin,

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lorsque des exemplaires de sa race ont été introduits en Europe par des amateurs, le type y est parvenu par sélection au plus haut degré d'ennoblissement.
    Peut-être le lecteur sourit-il de ce que je cherche si souvent dans l'élevage des animaux exemples ou analogies ? Mais je tiens que les lois de la vie sont de grandes et simples lois, qu'elles embrassent et configurent tout ce qui vit. Nous n'avons pas le moindre prétexte pour considérer l'espèce humaine comme une exception; Et puisque en cette matière de l'élevage — ou de la discipline — des races, nous ne sommes pas en mesure d'expérimenter sur l'homme, il faut bien que nous prenions conseil des essais tentés sur l'animal et sur la plante. — Mais je n'en ai pas fini avec la loi des mélanges : il importe d'en considérer encore un aspect. Un régime d'endogénie persistante, quand il se maintient dans un cercle très étroit, conduit avec le temps à la dégénérescence et, notamment, à la stérilité. D'innombrables expériences dans l'élevage animal le prouvent. Alors il suffit parfois d'un seul croisement — borné, par exemple, à quelques sujets dans toute une meute — pour que la race affaiblie redevienne florissante et que la puissance prolifique renaisse. Chez les hommes, l'espiègle Éros pourvoit si libéralement au rafraîchissement du sang, qu'on a moins l'occasion d'observer les effets d'un consanguinisme prolongé, encore qu'ils apparaissent chez certaines familles très nobles, ou royales ¹), dans la déchéance des aptitudes spirituelles et physiques ²). Il
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    ¹) Voir les indications dans Haeckel: Natürliche Schöpfungsgeschichte (8e leçon); le lecteur français en trouvera de beaucoup plus détaillées dans P. Jacoby : Études sur la sélection dans ses rapports avec l'hérédité chez l'homme.
    ²) Beaucoup de savants s'accordent, et surtout s'accordaient, à signaler les suites fâcheuses des mariages entre proches parents; ce sont les organes des sens (comme en général le système nerveux) et les organes sexuels qui paraissent en souffrir le plus. Voir à ce sujet les cours de George H. Darwin, parus en allemand sous ce titre : Die Ehen zwischen Geschwisterkindern und ihre Folgen (Leipzig, 1876). Tout récemment, un savant qui fait son étude de la tuberculose, Pettidi, a incri-

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suffit d'ailleurs que les conjoints ne soient pas trop étroitement apparentés pour que, appartinssent-ils exactement au même type, la race bénéficie des précieux avantages de l'endogénie sans être exposée à ses inconvénients. Chacun pourtant voit bien qu'ici s'atteste quelque loi mystérieuse de la nature — une loi si pressante que, dans le règne végétal où l'autofécondation (c'est-à-dire la fécondation du stigmate femelle par le pollen mâle tombé des anthères qui l'entourent dans la même corolle) paraît à première vue chose naturelle et inévitable, on rencontre le plus souvent des appareils extrêmement compliqués assurant la fécondation croisée (dans laquelle la poussière de pollen est transférée d'un individu à un autre par des insectes, à moins qu'elle ne s'envole au vent ¹). À considérer cette loi si manifestement essentielle, on peut présumer que ce n'est pas pur hasard si les races exceptionnelles procèdent toutes — à l'origine de leur formation — d'une interpénétration de variétés diverses : bien
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miné de ce chef les mariages consanguins, en citant de terribles exemples à l'appui de sa thèse.
    ¹) Aux lecteurs que n'a pas encore passionnés l'histoire naturelle, je ne saurais trop recommander l'ouvrage de Christian Konrad Sprengel, paru, dès 1793, sous ce titre : Das entdeckte Geheimnis der Natur im Bau und in der Befruchtung der Blumen, et qui devrait être considéré comme une gloire nationale par toute l'Allemagne; il en existe depuis 1898 une édition en facsimile (Berlin, Mayer u. Müller). Parmi les publications relativement récentes, je mentionnerai, de Hermann Müller : Alpenblumen, ihre Befruchtung durch Insekten und ihre Anpassungen an dieselben, avec d'excellentes illustrations qui sont chose importante en l'espèce, et Blumen und Insekten, qui comprend les plantes extraeuropéennes. Sans doute y a-t-il peu d'observations qui, pour nous initier aux merveilles les plus secrètes de la nature par une voie rapide et sûre, vaillent l'étude des relations vitales réciproques entre le monde végétal et animal. Que signifie notre savoir, que signifient nos hypothèses en face de pareils phénomènes ? Ils nous avertissent d'observer avec plus de fidélité encore et aussi de modestie, contents de nous mouvoir uniquement dans le cercle de ce qui nous demeure accessible.
    Le présent ouvrage s'imprimait quand Knuth a publié son Handbuch der Blütenbiologie. Aux lecteurs français sans doute est-il superflu d'indiquer l'Intelligence des fleurs par Maurice Maeterlinck.

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au contraire, les faits historiques fournissent de nouveaux motifs d'admettre que le mélange de sang crée des conditions physiologiques particulièrement favorables à la constitution de races nobles ¹).
    5º La cinquième loi, sans introduire d'éléments nouveaux dans le problème des races, précise, en le restreignant, le sens de la quatrième : seuls des mélanges de sang tout à fait DÉTERMINÉS ET LIMITÉS contribuent à l'ennoblissement d'une race donnée ou à la formation d'une race nouvelle. Ici aussi, l'élevage des animaux nous offre des exemples d'une clarté non équivoque. Il nous enseigne que le mélange du sang doit être non seulement limité dans le temps, mais conforme au but poursuivi, et que l'ennoblissement ne résulte pas de mixtions quelconques et fortuites, mais rigoureusement dosées et déterminées. Limité dans le temps, cela veut dire que l'infusion du sang nouveau doit s'effectuer aussi rapidement que possible, puis cesser : un mélange persistant mène la race la plus forte à sa ruine. Ainsi en Angleterre (c'est un cas extrême) la plus célèbre meute de lévriers, ayant été croisée UNE SEULE ET UNIQUE FOIS avec des bouledogues, gagna en courage et en endurance; mais l'expérience prouva que ces deux races, en continuant de se croiser, perdaient leurs caractéristiques respectives, et qu'il ne restait que des bâtards sans caractère d'aucune sorte ²). Crossing obliterates characters. Conforme au but poursuivi, cela signifie que CERTAINS croisements, mais non pas tous, ennoblissent : il y en a qui, loin d'exercer une influence ennoblissante, détruisent les deux races en cause; mais, de plus, il arrive souvent que les caractères spéciaux et précieux de deux types différents se montrent rebelles à la fusion, en sorte
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    ¹) Sur cette question de la nécessité d'un mélange de sang comme prélude à la formation des races les plus douées d'énergie productive, consulter notamment Reibmayr : Inzucht und Vermischung beim Menschen, 1897.
    ²) Darwin : Animals and Plants under Domestication, ch. 15.

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qu'une partie de la progéniture reproduit le type d'un des parents, et l'autre le type de l'autre, mais naturellement sous des traits altérés, ou bien qu'apparaissent des bâtards proprement dits, de ces êtres dont le corps fait l'impression d'un assemblage de pièces disparates, et dont la constitution spirituelle répond à la corporelle ¹). Notons encore que la conjonction de bâtards entre eux entraîne avec une promptitude vertigineuse la complète décadence de toute qualité de race saillante et distinctive. Il faut donc se garder de croire que par l'infusion d'un sang différent la race s'ennoblisse en tout état de cause et que ses aptitudes s'enrichissent par l'appoint d'aptitudes étrangères. Ce n'est le cas que sous de certaines conditions précises et rares, et moyennant des restrictions rigoureuses : dans la règle, le mélange de sang a pour effet la dégénérescence. On remarque notamment ce fait que la mixtion de deux sortes d'êtres fort hétérogènes ne conduit à la formation d'une race noble qu'au cas où elle s'effectue très rarement et où elle est suivie d'un régime strictement endogénique (témoin le pur-sang anglais, témoin le terre-neuve); hors ce cas, le seul mélange généralement assuré de succès est celui qui s'effectue entre proches parents, entre représentants du même type fondamental.
    Ici encore, pour peu que l'on se tienne au courant des résultats obtenus par l'élevage, on ne saurait douter que l'histoire des hommes, celle de nos contemporains comme celle de nos devanciers, n'obéisse à la même loi. Mais naturellement cette loi ne se discerne pas aussi aisément dans notre espèce que dans le monde animal. Nous ne sommes pas en position de parquer un certain nombre d'hommes et de les prendre pour sujets d'expériences qu'il faudrait poursuivre pendant plusieurs générations ! Et puis, ce qu'est au cheval sa vitesse, au chien sa forme d'une mobilité plastique si
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    ¹) De ce fait aussi Darwin cite de nombreux exemples. Chacun d'ailleurs en a sous les yeux, qui observe et compare les chiens de son quartier.

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étonnante, c'est l'esprit qui en tient lieu à l'homme : c'est là qu'afflue chez lui toute la force vitale et que, partant, se concentre sa variabilité; or les différences de caractère et d'intelligence ne sont précisément pas perceptibles à l'œil ¹). Mais l'histoire a institué des expériences de grand style et l'observateur dont le regard ne se perd pas dans les détails, mais qui s'est accoutumé à considérer de vastes ensembles, l'observateur qui voit se dérouler la vie physique des peuples, découvrira partout des confirmations de notre loi. Si par exemple la race attique « surabondamment » douée, la race romaine prodigieusement avisée et forte, naissent du mélange de plusieurs variétés, nous constatons que ces variétés sont étroitement apparentées entre elles, et nobles, et pures, et que, de plus, par la constitution d'États, elles s'isolent pendant des siècles du reste du monde, en sorte qu'elles ont le temps de s'amalgamer en un type nouveau et solidement fixé. Dès l'instant qu'au contraire ces États s'ouvrent à tout venant, la race court à sa ruine; à Athènes la décadence est plus lente : c'est que, par un effet de la situation politique, Athènes n'a rien qui puisse tenter particulièrement les convoitises, aussi le sang étranger ne se mêle-t-il au sien que peu à peu, et encore est-ce en majeure partie le sang de peuples indo-européens ²); à Rome, la déchéance
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    ¹) Ne laissons pas toutefois d'être assurés que, si l'on pouvait instituer d'artificiels élevages d'hommes, on y obtiendrait des différences énormes aussi au point de vue corporel, différences dans les dimensions, les proportions, la pilosité, etc. À côté d'un grenadier de la garde prussienne, qu'on place un nain des forêts vierges du moyen Congo, dont la taille dépasse à peine un mètre, dont le corps est tout entier couvert d'un duvet de poils; et l'on se fera une idée des possibilités plastiques que recèle en sa structure le corps humain. — Quant au chien, il n'est pas inutile de rappeler que beaucoup de savants, et des meilleurs, constatent l'impossibilité de ramener ses différentes races à une seule et même souche sauvage (voir la 4e éd. de la Zoologie de Claus, II, 458) : de là sa polymorphie presque inquiétante.
    ²) En revanche — et c'est là une observation des plus instructives — le Grec d'Ionie, exposé aux métissages de toute espèce, disparut beaucoup plus vite.

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s'accomplit avec une terrible rapidité : à peine Marius et Sylla ont-ils fauché la fleur des Romains authentiques et tari ainsi la source vive du sang noble, que, par l'affranchissement des esclaves, de véritables flots de sang africain et asiatique inondent le peuple, et bientôt Rome sera le rendez-vous de tous les métis du monde, cloaca gentium ¹). Il en est partout de même. D'une pénétration réciproque de tribus germaniques séparées, mais proches parentes, proviennent les Anglais; l'invasion normande ajoute à la mixture un dernier assaisonnement, qui en fixe la saveur; par contre, les circonstances historico-géographiques font que les Celtes, dont le degré de parenté est plus éloigné, restent à part, et l'on sait qu'aujourd'hui encore ils sont loin de s'être entièrement fondus dans la race dominante. Combien stimulante et rafraîchissante l'influence qu'exerce (à cette heure même) sur la population de Berlin l'immigration des Huguenots de France, assez étrangers pour enrichir d'un élément nouveau la vie commune, assez amis pour que de leurs rapports avec l'hôte prussien résulte non pas la fabrication de bâtards, mais la procréation d'hommes au caractère fort et singulièrement bien doués !
    L'Amérique du Sud nous offre le spectacle inverse : en est-il un plus lamentable que celui de ses États métis ? Les prétendus sauvages de l'Australie centrale mènent une existence bien plus harmonieuse, plus digne de créatures humaines, je dirais volontiers : plus sacrée, que ces malheureux Péruviens, Paraguayens, etc., nés d'une union illégitime entre deux races inassociables (quand il n'y en a pas trois ou davantage !), entre deux cultures qui n'ont ensemble rien de commun, entre deux stades de développement trop
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    ¹) Il y a longtemps que Gibbon a reconnu les causes de la décadence de l'empire romain dans la perversion physique de la race. O. Seeck soutient aujourd'hui la même thèse, et l'étaye d'une argumentation détaillée, dans sa Geschichte des Unterganges der antiken Welt. L'immigration des vigoureux Germains a seule pu assurer pour un siècle ou deux la survie de l'empire chaotique.

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différents d'âge et de forme pour s'épouser, produits d'une fornication contre nature. Rien de plus instructif, d'ailleurs, pour qui se préoccupe sérieusement du sens qui s'attache à la race : il observera dans les républiques hispano-américaines toutes les sortes de rapports concevables entre la population purement européenne, la population purement indienne, et celle qui tient de l'une et de l'autre, et souvent les complique d'une troisième ou d'une quatrième, et il reconnaîtra que la dégénérescence va de pair avec le mélange du sang. Prenons deux cas extrêmes, le Chili et le Pérou. Au Chili, où une prétention modeste à la culture n'apparaît pas trop déplacée, et où règne d'habitude un ordre politique relatif qui le distingue entre tous ces États ¹), 30 pour 100 des habitants sont encore de pure extraction espagnole, et il suffit de ce tiers pour arrêter la décomposition morale ²); au Pérou, qui par contre a devancé les autres républiques en donnant l'exemple de la banqueroute morale et de la faillite matérielle, il n'existe presque plus d'Indo-Européens pur-sang; si l'on excepte de sa population les Indiens incultes de l'intérieur, elle consiste tout entière en cholos, musties, fusties, tercerons, quarterons etc., provenant de croisements entre Indiens et Espagnols, entre Indiens et nègres, entre Espagnols et nègres, entre les métis ainsi formés et les diverses races dont ceux-ci descendent — et puis encore de la conjonction de ces métis entre eux ! Ajoutons que beaucoup de Chinois se sont fixés dans le pays, depuis quelques années.... La voilà à l'œuvre, cette promiscuité que Virchow
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    ¹) On excepte à certains égards le Brésil portugais, où les circonstances sont essentiellement différentes.
    ²) D'après Albrecht Wirth : Volkstum und Weltmacht in der Geschichte (1901), p. 159, le Chili bénéficierait en outre de ce que ses Indiens, les Araucans, appartiennent à
une race particulièrement noble. Restés jusqu'à ces derniers temps chasseurs et pasteurs nomades (au moins en dehors de la limite jusqu'à laquelle avait pénétré la civilisation incasique), ils ont conservé, avec leurs idées et pratiques religieuses, l'ancienne organisation en hordes gouvernées par un chef héréditaire (Deniker: op. cit., p. 629-631).

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et Ratzel appellent de leurs vœux : nous en pouvons mesurer les résultats. Cas extrême, je le veux bien, mais d'autant plus instructif. Si l'énorme puissance de la civilisation ne le soutenait pas artificiellement de tous les côtés, un tel État, coupé par un hasard du reste du monde et abandonné à lui-même, tomberait en peu de temps à la barbarie — une barbarie non pas humaine, mais bestiale ¹).
    Cette fois encore je laisserai le lecteur compléter par ses propres réflexions l'examen auquel je l'ai convié. Qu'un mélange de sang est toujours une affaire dangereuse; qu'à moins d'observer certaines précautions il ne saurait contribuer à l'ennoblissement de la race; qu'enfin la multiplicité des croisements exerce une action infailliblement dommageable et destructrice — ce sont là des vérités dont on découvre assez de preuves dans le présent ou dans le passé pour conférer à notre cinquième loi de nature le même caractère de certitude qu'aux quatre précédentes et pour en démontrer l'importance ²).
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    ¹) On sait que les colonies espagnoles ont présenté des traits analogues, mais il vaut la peine de noter l'exception que constitue Porto-Rico, où l'extermination totale des indigènes caraïbes a eu pour conséquence que la population indo-européenne s'est conservée pure et qu'elle s'est distinguée dans cette île par son application, sa sagesse, son esprit d'ordre : éclatante illustration du sens que renferme le mot race.
    ²) Heinrich Schurtz arrive à cette conclusion dans son ouvrage intitulé Altersklassen und Männerbünde (p. 82) : « Des croisements féconds ne sont possibles et avantageux qu'en dedans d'une certaine sphère de parenté. Si la parenté est trop rapprochée, réellement et étroitement consanguine, alors les penchants morbides ne sont pas compensés, mais intensifiés; si elle est trop éloignée, alors un mélange favorable des qualités est impossible. » — Dans ses Lois psychologiques de l'Évolution des peuples, Gustave LeBon, de qui les opinions sont aux antipodes de celles qu'on soutient dans le présent ouvrage (par exemple en matière religieuse), se rencontre néanmoins avec l'auteur en des cas nombreux, sur lesquels j'eusse voulu insister si l'espace ne me manquait. Du tableau qu'il peint des républiques hispano-américaines il conclut, avec Agassiz : « Ces croisements effacent les meilleures qualités, soit du blanc, soit du noir, soit de l'Indien, et produisent un type indescriptible dont l'énergie physique et mentale s'est


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    Tels sont donc les cinq principes qui m'ont paru fondamentaux : qualité de la matière première, endogénie, sélection, et puis la nécessité de croisements, mais la nécessité aussi de leur limitation dans le temps et de leur convenance au but. De ces principes découle cette conséquence que la formation d'une race d'hommes très noble dépend entre autres de certaines CONDITIONS HISTORICO-GÉOGRAPHIQUES : ce sont ces conditions qui, réalisant ici ce qu'obtiennent ailleurs les procédés de l'élevage conscient, pourvoient à l'ennoblissement de la matière première, à l'endogénie et à la sélection; ce sont elles encore, si un astre favorable veille sur les destinées du peuple à naître, qui suscitent les mariages de race heureux et empêchent la prostitution du noble dans les bras de l'indigne. S'il s'est trouvé en plein dix-neuvième siècle des savants (à commencer par Buckle) pour enseigner que les circonstances géographiques PRODUISAIENT les races, rendons-leur le service de ne point nous souvenir qu'ils portèrent ce défi à l'histoire. Chacune des lois que j'ai énumérées, et plus particulièrement les exemples tirés de l'observation de Rome, de la Grèce, de l'Angleterre, de la Judée
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affaiblie. » Mais surtout il énonce trois conditions nécessaires pour que des races arrivent à former une race nouvelle plus ou moins homogène, savoir : « que les races soumises aux croisements ne soient pas trop inégales par leur nombre, qu'elles ne diffèrent pas trop par leur caractère, qu'elles soient soumises pendant longtemps à des conditions de milieu identiques. » Et touchant la seconde de ces conditions il écrit : « Les croisements peuvent être un élément de progrès entre des races supérieures assez voisines.... Ils constituent toujours un élément de dégénérescence quand ces races, même supérieures, sont trop différentes. Croiser deux peuples, c'est changer du même coup aussi bien leur constitution physique que leur constitution mentale.... Le premier effet des croisements entre races différentes est de détruire l'âme de ces races, c'est-à-dire cet ensemble d'idées et de sentiments communs qui font la force des peuples et sans lesquels il n'y a ni nation ni patrie.... Un peuple peut perdre bien des choses, subir bien des catastrophes, et se relever encore. Il a tout perdu, et ne se relève plus, quand il a perdu son âme » (p. 45-47, dans le chapitre qui porte pour titre : Formation des races historiques).

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et de l'Amérique du Sud, nous font clairement apercevoir dans quelle mesure les conditions historico-géographiques contribuent à la formation et à la déformation d'une race — je dirai plus : constituent un facteur décisif de sa destinée. Et cela me dispense d'insister davantage sur ce point ¹).

AUTRES INFLUENCES

    Avons-nous maintenant épuisé la question des races ? Loin de la ! Ces problèmes biologiques sont d'une complexité tout à fait extraordinaire. Ils comprennent, par exemple, le phénomène si mystérieux encore de l'hérédité, au sujet duquel les savants les plus éminents, sans parvenir à s'accorder même sur les principes, paraissent chaque jour différer plus profondément d'opinion ²). Et bien d'autres points d'interrogation se posent, à mesure que notre étude de la nature se fait plus pénétrante. C'est que précisément la nature est inépuisable. Si loin que plonge notre sonde, jamais nous ne touchons le fond. Un exemple. S'il est aisé d'observer qu'habituellement une race forte absorbe en peu de temps, et de la façon la plus complète, une quantité modérée d'éléments étrangers, il n'est pas moins vrai (et l'on ne doit pas perdre de vue) que sa capacité d'absorption est limitée et qu'il y a un
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    ¹) Si par exemple — ainsi qu'on le prétend souvent — le CLIMAT de l'Attique avait été l'élément déterminant, comment expliquer que la génialité de ses habitants ne se soit manifestée que sous certaines conditions de race et que, ces conditions abolies, elle ait pour jamais disparu ? Au contraire, l'influence des circonstances historico-géographiques nous devient appréciable à sa juste valeur si nous observons que ces circonstances ont, pendant des siècles, préservé l'Attique des bouleversements causés par la migration des peuples, et qu'en même temps elle leur a dû l'enrichissement de sa population par des éléments nobles et déjà sélectionnés, provenant de souches diverses mais parentes, qui alors s'amalgamèrent pour former une race nouvelle. — Touchant l'action (les milieux, tant physiques que moraux, voir les remarques de Gustave LeBon (op. cit., p. 47-49) qui la considère presque nulle sur les races déjà anciennes, solidement fixées par l'hérédité, très grande au contraire sur les races en voie de formation, dont les caractères ancestraux ont été ébranlés par des hérédités contraires.
    ²) De ces divergences Friedrich Rohde a donné un résumé suggestif dans Entstehung und Vererbung individueller Eigenschaften (1895).


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degré de réceptivité déterminé au delà duquel le sang saturé se trouble, comme l'atteste la décroissance de ce qui était caractéristique de cette race : témoin l'Italie (j'y reviendrai aux chapitres VI et IX) dans laquelle des générations de vigoureux Germains, si génialement doués, si fièrement passionnés, qui avaient préservé la pureté de leur sang jusqu'au XIVe siècle, se mêlèrent dès lors peu à peu avec des Italiques et des Italiotes complètement abâtardis et finirent ainsi par disparaître du monde. Crossing obliterates characters. En poursuivant les observations de cet ordre, on remarquera que, dans le cas de croisements entre deux races humaines qui ne sont pas proches parentes, leur force génitale relative constitue un facteur dont l'action, persistant pendant des siècles, élimine graduellement du peuple mêlé la plus noble part du mélange, et cela parce qu'en général la force génitale est en raison inverse de la noblesse de race ¹). Nous en trou-
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    ¹) Le célèbre psychiatre Auguste Forel a fait aux États-Unis et dans les Indes Occidentales d'intéressantes études sur la supériorité de force prolifique qui assure la victoire de races mentalement inférieures. Si le cerveau du nègre est plus faible que celui du blanc, dit-il en substance, le nègre l'emporte d'autant sur le blanc par la reproduction et par la prédominance de ses qualités dans la progéniture. Aussi le blanc s'en tient-il de plus en plus écarté, non seulement sous le rapport sexuel, mais sous tous les rapports, ayant enfin reconnu que le mélange avec les noirs est la perte de la race blanche. Forel montre par de nombreux exemples à quel point il est impossible au nègre d'assimiler notre civilisation plus que superficiellement, et combien aisément, abandonné à lui-même, il retombe à sa sauvagerie native. Sur ce point, on peut recommander le livre de Hesketh Prichard : Where Black rules White (Haïti, 1900) à quiconque, imbu du dogme de l'égalité des hommes, n'a pas encore été saisi d'épouvante en apprenant ce qu'il advient d'une civilisation quand elle passe, comme à Saint-Domingue, aux mains des nègres. Forel lui-même, encore qu'élevé comme naturaliste dans l'idée d'une humanité partout pareille à elle-même, conclut sans ambages (d'après le compte rendu de son voyage publié en 1900 par la Zukunft) : « Dans l'intérêt des noirs eux-mêmes on doit les prendre pour ce qu'ils sont et les traiter comme une race tout à fait subordonnée, de médiocre valeur, et par elle-même incapable de culture. Voilà ce qu'il fallait une bonne fois déclarer tout net. » — Sur cette question des mélanges

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vons un exemple dans l'Europe actuelle où le nombre des crânes larges augmente sans cesse et où celui des crânes longs diminue d'autant, alors que les documents anatomiques extraits des tombeaux témoignent unanimement en faveur de la dolichocéphalie prépondérante des anciens Germains, Slaves et Celtes : beaucoup y voient la preuve qu'une race étrangère (touranienne comme on disait hier, ouralo-altaïque, ou de quelque nom qu'on la nomme), d'abord vaincue par les Indo-Germains, a pris sa revanche en se substituant par sa force animale à la race mentalement supérieure ¹). Peut-être conviendrait-il de rattacher à ce fait cet autre fait, non moins curieux, que les yeux sombres l'emportent de plus en plus sur les yeux gris ou bleus, parce que ce sont eux que présentent régulièrement la majorité des enfants issus de parents ayant des yeux respectivement clairs, et sombres ²).
    Si je continuais dans cet ordre d'idées, nous aborderions
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de race et de la continuelle victoire des inférieures sur les supérieures, on consultera avec profit un travail plein de faite et d'idées par Ferdinand Hueppe : Ueber die modernen Kolonisationsbestrebungen und die Anpassungsmöglichkeit der Europäer an die Tropen (dans la « Semaine clinique » berlinoise, 1901). En Australie, par exemple, s'accomplit sans bruit, mais avec rapidité, une sélection qui élimine le Germain blond et de grande taille (si fortement représenté dans le sang anglais) au profit de l'élément ajouté, lequel reproduit le type de l'Homo alpinus.
    ¹) Johannes Ranke : Der Mensch II, p. 296 et suiv., donne de la question un exposé clair et intelligible pour tous. Plus approfondie, mais aussi plus difficile à suivre, est l'étude qu'en fait Topinard dans la seconde partie de L'Anthropologie. Il est singulier, toutefois, que ce savant n'emploie le mot « race » quo pour désigner une entité hypothétique, dont l'existence réelle ne saurait être prouvée en aucun temps : « il n'y a plus de races pures. » Mais qui prouve qu'il y en ait jamais eu au sens apriorique des postulats anthropologiques ? On n'obtient des races animales pures que par l'élevage et au moyen de croisements rigoureusement dosés : pourquoi, chez l'homme, ce serait-il l'inverse ? — D'ailleurs l'hypothèse touranienne, comme bien d'autres du même ordre, manque encore de solides points d'appui. Je reviendrai sur ces questions au chap. VI.
    ²) Alphonse de Candolle : Histoire des sciences et des savants depuis deux siècles, 2e éd., p. 276.


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un des domaines les plus épineux de la science actuelle. Mais j'en ai dit assez pour mon objet. Sans m'inquiéter de définir la race, je l'ai montrée à l'œuvre dans la conscience de l'homme, dans les hauts faits du génie, dans les phases les plus brillantes de l'histoire; puis j'ai insisté sur les plus importantes des conditions que l'observation scientifique nous démontre fondamentales pour la formation des races nobles. Il est fort probable que lorsque interviennent des conditions opposées, la dégénérescence des qualités nobles, ou au moins un arrêt dans leur développement, DOIT s'en suivre : et l'examen du présent, aussi bien que du passé, confirme cette présomption. Mais je me suis gardé à dessein de toute affirmation imprudente; à travers le labyrinthe de ces questions compliquées, la voie la plus étroite est aussi la plus sûre : mon but était seulement d'éveiller dans l'esprit du lecteur une vive image de ce que j'entends par la pureté de la race, un vif sentiment de la valeur qui s'y attacha et qui s'y attache encore pour l'espèce humaine.

LA NATION

    Je n'ai pas encore formulé explicitement un corollaire important de ma thèse : c'est à savoir, que le concept de race ne renferme un sens réel qu'à condition d'être pris dans l'acception la plus étroite possible, et non pas la plus étendue. Si, nous conformant à un usage trop répandu, nous désignons par le mot « race » d'hypothétiques générations qui vont se perdre dans la nuit des temps, ce mot finira par n'être plus qu'un pâle synonyme du mot « humanité », avec adjonction si possible des singes à longue et à courte queue. Qui dit race ne dit quelque chose qu'autant que ce quelque chose a rapport aux expériences du passé qui ont influé sur nous et aux événements du présent que nous avons vécus. Apprenons donc ce que représente la NATION pour la race.
    Presque toujours c'est la nation, comme édifice politique, qui crée les conditions nécessaires à la formation des races ou du moins qui fournit à leur activité le moyen d'atteindre le degré le plus intense et le plus individuel. Là où, comme aux Indes, ne se sont pas constituées de nations, là aussi se

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sont atrophiées les forces dont la race avait fait provision. Malheureusement la confusion qui règne parmi nous touchant la race a empêché bien des savants, et non des moindres, de discerner cette haute signification des nations; et, par suite, l'intelligence des faits capitaux de l'histoire leur est demeurée trop souvent fermée. Qu'enseignent, en effet, de fameux historiens du dix-neuvième siècle sur le rapport entre la race et la nation ?
    J'ouvre un volume de Renan — c'est celui qui contient sa conférence : Qu'est-ce qu'une nation ? faite en Sorbonne le 11 mars 1882 et souvent rééditée depuis. Je lis : « Le fait de la race, capital à l'origine, va donc toujours perdant de son importance » ¹). Voilà une thèse que des centaines d'autres ont soutenue, mais qui, formulée ici avec une particulière netteté, s'appuie sans doute sur de solides arguments. Voyons. Renan allègue le fait que les plus nobles nations de l'Europe sont celles où le sang est le plus mêlé. Que de sophismes dans une seule phrase et quelle incapacité d'entendre une leçon de choses ! La nature et l'histoire ne nous montrent pas un seul exemple de races éminemment nobles, présentant une physionomie fortement individualisée, qui ne soient issues d'un mélange de sang : et voici maintenant qu'on s'avise de contester qu'une nation aussi éclatante d'individualité que la nation anglaise constitue une race, parce qu'elle procède « du mélange d'Anglo-Saxons, de Danois et de Normans » (sans parler d'autres groupes étroitement apparentés) ! L'évidence la plus manifeste — à savoir que l'Anglais nous apparaît comme un être à part, marqué d'une empreinte aussi caractéristique (sinon plus) que le Grec ou le Romain des époques brillantes — il faut la nier au profit d'un postulat inconsistant, arbitraire, à jamais indémontrable, au nom de cette chimère d'une originelle « race pure » qu'on dresse à l'origine des choses ! Deux pages plus haut, Renan avait établi lui-même, sur le témoignage des décou-
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    ¹) Discours et conférences, 3e éd., p. 297.

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vertes archéologiques, que dans les groupes « aryen primitif, sémitique primitif, touranien primitif », on rencontre des types de structure corporelle fort diverse, des brachycéphales et des dolichocéphales, bref, que ces groupes « n'avaient aucune unité physiologique ». Mais à quelles contradictions l'homme n'est-il pas conduit, quand il se met en quête de prétendues « origines » ! Une fois de plus méditons le mot de Goethe, que j'ai déjà rappelé souvent : « S'enquérir vivement de la cause est à un haut degré nuisible. » Au lieu de prendre comme elle est la réalité donnée, qui s'offre à notre observation, et de nous contenter d'en découvrir les conditions prochaines et démontrables, nous retombons toujours dans l'illusion qu'il nous faut partir de causes lointaines et absolument hypothétiques, de postulats gratuits auxquels nous sacrifions sans vergogne le présent et le certain. Ainsi du moins sont bâtis nos « empiristes ». Quand ils conviennent qu'ils ne voient pas plus loin que leur nez, nous les croyons sur parole, malheureusement ils ne voient même pas si loin et vont donner de ce nez contre des faits gros comme le poing, puis ils se plaignent des faits et non de leur propre myopie. Quelle sorte de chose est-ce donc que cette race primitive « physiologiquement une » dont parle Renan ? Un proche parent, je suppose, de l'anthropopithèque de Haeckel. Et c'est pour l'amour de cette bête hypothétique que je dois consentir à ne pas m'apercevoir que le peuple anglais, le peuple prussien, le peuple espagnol possèdent un caractère individuel tout à fait distinctif ? Ah ! mais, objecte Renan, ils manquent d'unité physiologique. Bon, mais Renan ignorerait-il par hasard que l'unité physiologique, c'est le mariage qui la fait ? D'où tient-il que les Aryens primitifs, s'ils ont existé, ne soient pas d'abord DEVENUS ? Nous n'en savons rien, ni lui, ni moi, ni personne, mais ce que nous savons autorise à le présumer par analogie. Il y avait parmi eux des têtes longues et des têtes larges : qui sait s'il n'était pas nécessaire de les mêler pour produire une race noble entre toutes ? Le cheval anglais commun et

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le cheval arabe (celui-ci indubitablement issu d'un ancien croisement) étaient de même très différents « physiologiquement » et c'est de leur conjonction qu'est résultée avec le temps la race animale la plus « physiologiquement une » et la plus noble du monde : le pur-sang anglais. Or le grand savant Renan voit se former sous ses yeux — je veux dire dans le cours des temps historiques — un autre pur-sang dans cette même Angleterre, le pur-sang humain. Qu'infère-t-il de là ? Il dit : parce que l'Anglais actuel n'est ni le Celte du temps de César, ni l'Anglo-Saxon de Hengist, ni le Danois de Canut, ni le Norman du Conquérant, mais le produit d'une interpénétration de ces quatre types, on n'a pas le droit de parler d'une race anglaise. Ainsi, parce que la race anglaise s'est formée historiquement (comme toutes celles sur lesquelles nous possédons des renseignements sûrs), parce qu'elle est quelque chose de tout à fait nouveau et d'unique en son genre, — par cette raison même elle n'existe pas. Logique de savant !
    Aux yeux de l'ignorant (pourvu qu'il les ouvre), rien n'apparaît avec plus d'évidence que l'importance des nations pour la formation des races. Rome, à l'époque impériale, fut l'incarnation du principe ANTINATIONAL : ce principe conduisit
à la décomposition raciale et en même temps au chaos moral et intellectuel. Le salut vint de l'affirmation de plus en plus tranchante du principe opposé : les NATIONS, en se constituant, sauvèrent l'Europe du chaos ¹). Mais la nationalité politique n'a pas joué toujours, dans la production de races individualisées, le rôle que nous lui voyons dans notre culture moderne : il suffit de rappeler les Indes, la Grèce, les Israélites. Jamais pourtant le problème n'a trouvé une solution plus belle, plus heureuse et, semble-t-il, plus durable, que chez nous, Germains. Comme s'ils fussent nés du sol par magie, dans ce petit coin du monde qu'on appelle l'Europe surgirent une série d'organismes aussi nouveaux que divers.
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    ¹) Ceci forme l'objet du chap. VIII.

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Renan estime qu'il n'y eut de « race » que dans la POLIS (l'ancienne Cité), parce que là, seulement la restriction numérique rendit possible la communauté du sang : c'est absolument faux; nous n'avons qu'à remonter de quelques siècles en arrière pour compter nos aïeux par centaines de mille ¹); ce qui se réalisa, dans les étroites limites d'Athènes, en un temps relativement court — l'amalgamation physiologique — cela s'opéra chez nous dans le cours de siècles nombreux, et cela continue de s'opérer. Bien loin que la formation de la race devienne moins intense dans nos nations, elle le devient nécessairement chaque jour davantage. Plus longtemps un certain complex de pays demeure uni politiquement, plus intime sera cette « unité physiologique » exigée par Renan, plus rapide et plus complète l'absorption des éléments étrangers. C'est un postulat de nos anthropologues et de nos historiens qu'il dut y avoir, dans leurs hypothétiques races primitives, des caractéristiques spécifiques et distinctives, extrêmement accusées, lesquelles sont entrées maintenant dans leur période de décroissance : d'où il résulterait que nous nous acheminerions d'un état de diversité originelle â un état d'uniformité de plus en plus prononcée. Ce postulat est contredit par l'expérience, qui nous enseigne que l'individualisation est le produit d'une différenciation et d'une spécialisation croissantes ²). Toute la science
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    ¹) L'économiste Cheysson a calculé qu'en France, à raison de trois générations par siècle, chacun de nous aurait dans les veines le sang d'au moins vingt millions de contemporains de l'an 1000. « Tous les habitants d'une même localité, d'une même province ont donc nécessairement des ancêtres communs, sont pétris du même limon, portent la même empreinte, et sont sans cesse ramenés au type moyen par cette longue et lourde chaîne dont ils ne sont que les derniers anneaux. Nous sommes à la fois les fils de nos parents et de notre race. Ce n'est pas seulement le sentiment, c'est encore la physiologie et l'hérédité qui font pour nous de la patrie une seconde mère » (cité par LeBon, op. cit. p. 11).
    ²) » En comparant les crânes des diverses races humaines, dans le présent et dans le passé, on voit que les races dont le volume du crâne présente les plus grandes variations individuelles sont les plus élevées en civilisation; qu'à mesure qu'une race se civilise, les crânes des indi-

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biologique dément la supposition qu'un être organisé apparaisse pourvu de caractéristiques nettes, qui vont ensuite s'oblitérant graduellement; elle nous invite bien plutôt à former l'hypothèse inverse et à imaginer qu'à ses débuts l'espèce humaine constituait un agrégat mobile, relativement amorphe et incolore, du sein duquel se développèrent les types particuliers en accentuant des divergences d'abord légères et en s'individualisant de plus en plus fortement; cette hypothèse, toute l'histoire la confirme pour sa part. Ainsi la marche normale et saine de l'humanité ne la conduit pas d'un état de détermination raciale à l'indétermination, mais au contraire de l'indétermination à un état de détermination toujours plus nettement empreinte. Il semble qu'en tous les domaines l'inscrutable nature se plaise à enrichir de nouvelles individualités le trésor de la vie et que ce soit là une de ses lois les plus hautes. Aussi la nation — facteur, presque toujours, du mélange de sang a opérer, et de, l'endogénie subséquente qui en garantit les effets — remplit-elle chez nous, hommes, un rôle décisif : témoin l'Europe entière. Renan se demande — c'est une malice — s'il appartient bien aux Allemands actuels de se dire « germaniques », attendu que, de leur pays, « tout le Sud a été gaulois; tout l'Est, à partir de l'Elbe, est slave ». À Dieu ne plaise que nous disputions sur une question de nom, quand la question de fait prête si peu à se divertir ! Ce que SONT les Allemands de notre époque (sous quelque rubrique qu'elle les classe d'ailleurs), ils l'ont fait voir par leur essor au dix-neuvième siècle et notamment par leurs savants auxquels Renan devait une si forte part de son propre savoir : voilà comment s'est affirmée la réalité d'une race engendrée par l'organisme d'une nation. Et du fait que la race est un être vivant
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vidus qui la composent se différencient de plus en plus. Il en résulte que ce n'est pas vers l'égalité intellectuelle que la civilisation nous conduit, mais vers une inégalité de plus en plus profonde « (LeBon : Recherches anatomiques et mathématiques sur les variations de volume du cerveau et sur leurs relations avec l'intelligence).

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et organisé, non un mot, il suit qu'elle ne s'immobilise jamais : elle va s'ennoblissant, ou bien elle déchoit; elle se développe dans telle ou telle direction et laisse s'atrophier les facultés qu'elle n'exerce pas. C'est une loi de la vie individuelle. Or le solide lien national est la protection la plus sûre contre l'égarement : il signifie communauté de souvenirs, communauté d'espérances, communauté de nourriture spirituelle; il consolide le lien de sang et incite à le resserrer toujours plus étroitement.

LE HÉROS

    Non moins importante que la connaissance du rapport organique entre la race et la nation est celle du rapport organique entre la race et sa quintessence, le génie ou le HÉROS. On croit communément qu'il faut choisir entre l'adoration et le dénigrement du héros : l'une et l'autre attitude témoignent d'une clairvoyance insuffisante. Je ne répéterai pas ce que j'ai dit déjà dans l'Introduction générale du présent ouvrage. Mais maintenant que la question des races a passé au premier plan de notre étude, nous voyons se préciser les données de l'autre problème et un examen attentif nous conduit aux constatations suivantes : l'influence des individus supérieurement doués au point de vue de l'esprit est incommensurable dans une espèce qui, comme l'espèce humaine, doit sa particularité au développement des aptitudes spirituelles. Incommensurable pour le mal comme pour le bien. De chaque peuple ces individus résument la physionomie et l'activité : ils sont les membres qui le supportent et les membres avec lesquels il travaille, ils sont le visage qu'il offre à notre contemplation, ils sont aussi l'œil qui aperçoit le monde sous un certain angle et qui en transmet l'impression au reste de l'organisme. Mais ils procèdent de la collaboration du corps entier; ils ne se forment que par la concentration de son activité vitale; ce n'est qu'en lui et que par rapport à lui qu'ils acquièrent un prix. Que m'importe la main, si, fragment d'un bras robuste, elle ne le prolonge comme son excroissance naturelle ? Que m'importe l'œil, si les figures rayonnantes qu'il aperçoit ne se reflètent dans une masse

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cérébrale sombre et presque amorphe, située en arrière de lui ? Les phénomènes ne revêtent un sens qu'en raison de leur liaison avec d'autres phénomènes. Plus la circulation du sang dans les veines y répand d'invisibles richesses, plus éblouissante se déploiera la floraison de la vie, quand auront éclos les germes ainsi fécondés. Prétendre qu'Homère a créé la Grèce, c'est énoncer un fait littéralement vrai, mais d'une vérité trop incomplète pour ne pas engendrer l'erreur si l'on n'ajoutait : seul un peuple incomparable, seule une race tout à fait déterminée et au plus haut degré ennoblie pouvait produire cet homme, et cette race est celle qui avait cultivé dans une mesure vraiment « surabondante », entre tous les autres dons, le don de la vision et de la configuration ¹). Sans Homère la Grèce ne serait pas devenue la Grèce, sans Hellènes Homère ne serait pas né. La race qui engendra le grand évocateur de formes vivantes, engendra aussi le fécond inventeur des figures géométriques, Euclide, et cet Aristote aux yeux de lynx, ordonnateur des concepts, et le perspicace Aristarque qui eut avant tout autre la claire vision du système cosmique, et encore et toujours des « voyants », ad infinitum. La nature n'est pas si simple que le rêve la sagesse d'école : si la personnalité, quand elle est vraiment grande, constitue selon Goethe notre « bonheur suprême », encore ne peut-elle croître qu'au sein de la grandeur collective. C'est, par exemple, la race entière qui crée la langue et, par là, certaines possibilités artistiques, philosophiques, religieuses, voire même pratiques, mais aussi des barrières infranchissables. Sur le sol hébraïque n'a jamais pu naître un philosophe, parce que l'esprit de la langue hébraïque rend absolument impossible l'interprétation de pensées métaphysiques; par le même motif aucun peuple
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    ¹) Pour imaginer vivement la prodigieuse force de ces générations d'hommes qui ont fait souche d'un Homère, il faut lire la description des citadelles de Tyrinthe et de Mycènes qui datent de l'époque atridique et qui, après des millénaires, se dressent encore inébranlables devant nos yeux.

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sémitique n'a possédé de mythologie au sens que prend ce mot chez les Hindous et les Germains. On voit ainsi combien déterminées sont les voies qu'assigne aux plus grands hommes l'activité collective de leur race ¹).
    Mais la langue n'est pas tout. Les mythes qu'Homère configura, il n'en est pas le créateur; Shakespeare porte à la scène l'histoire qu'a vécue le peuple anglais; Bach et Beethoven descendent de peuples réputés dès l'antiquité pour leur chant. Et Mahomet ? Eût-il élevé les Arabes à ce point qu'ils purent former une puissance mondiale, si les Arabes, parvenus comme race à un degré de pureté rarement atteint, n'avaient possédé certaines qualités d'une sorte « surabondante » ? Sans la nouvelle variété raciale que constituent les Prussiens, comment l'édifice qui embrasse maintenant toute l'Allemagne eût-il été fondé par le grand Électeur, construit par le grand Frédéric, couronné par le grand Guillaume ?

LE CHAOS PAR DÉFAUT DE RACES

La première partie de la tâche que me prescrivait le titre de ce chapitre est achevée. Le lecteur a maintenant une idée claire et complète de ce que j'entends par la race et de ce que la race, ainsi entendue, signifie pour l'espèce humaine. Quelques exemples empruntés au présent lui ont fait voir aussi les effets funestes qui résultent de l'absence de races, c'est-à-dire d'un chaos d'agglomérations humaines dépourvues d'individualité et de caractère. S'il prend la peine d'y réfléchir, il pressent dès maintenant ce qu'implique pour notre culture germanique ce fait que la culture antique dont elle hérita — et qui forme encore, à d'importants égards, son assise et même sa charpente — lui fut transmise
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    ¹) D'après Renan (Peuple d'Israël I, 102) l'hébreu ne saurait exprimer « ni une pensée philosophique, ni un résultat scientifique, ni un doute, ni un sentiment d'infini ». Et encore (ibid. I, 43-49) — « Les racines, dans cette famille de langues, sont, si j'ose le dire, réalistes et sans transparence; elles ne se prêtaient ni à la métaphysique, ni à la mythologie. L'embarras de l'hébreu pour expliquer les notions philosophiques les plus simples (dans Job, dans l'Ecclésiaste) a quelque chose de surprenant. »

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non par un peuple déterminé, mais par une tourbe hétérogène de sans-patrie, qui ne possédaient pas plus de physionomie que de nationalité, et d'entre lesquels les plus bâtards parlaient le plus haut — disons : par le chaos ethnique de l'empire romain décadent. Sur tout notre développement spirituel pèse jusqu'à ce jour la malédiction de ce stade intermédiaire vraiment néfaste; c'est lui qui a fourni leurs armes aux puissances antinationales, antiraciales, que nous trouvons encore à l'œuvre durant le dix-neuvième siècle.
    Le chaos, nous l'avons vu, date de plus loin que Jules César, et il est proclamé par Caracalla principe officiel de l'empire romain ¹). Partout où atteint l'Imperium, partout le sang se mélange profondément; mais remarquons que la production de bâtards au sens propre de ce mot — c'est-à-dire, le lecteur le sait, issus du croisement de races non parentes entre elles ou de races nobles avec d'autres qui ne le sont pas — eut lieu presque exclusivement dans les parties méridionales et orientales, là où les Sémites rencontraient les Indo-Européens — donc dans les capitales, Rome et Constantinople, puis tout le long de la côte nord de l'Afrique (comme aussi des côtes de l'Espagne et de la Gaule) et principalement en Égypte, en Syrie et en Asie mineure.
    Il est aussi aisé qu'important d'imaginer l'étendue de ce complex de pays. Le Danube et le Rhin, à leur origine, se touchent presque; leurs bassins sont tellement enchevêtrés qu'à l'époque des hautes eaux un petit lac situé près du passage de l'Albula déverse, assure-t-on, son trop plein d'un côté dans l'Albula et le Rhin, de l'autre dans l'Inn et le Danube. Eh bien, si de l'embouchure du vieux Rhin dans la mer du Nord on remonte le fleuve qui s'y épanche jusqu'au point le plus voisin du Danube, et qu'on descende ensuite le cours du
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    ¹) Se reporter à la rubrique intitulée « La Rome impériale » dans notre chapitre sur le Droit romain, et notamment, pour l'édit de l'an 212 octroyant la citoyenneté à tous les sujets de l'empire et pour les véritables motifs de l'empereur bâtard, à la première note de cette rubrique.

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Danube jusqu'à son embouchure dans la mer Noire, on obtient ainsi une ligne ininterrompue qui coupe le continent européen dans la direction du Nord-Ouest au Sud-Est : cette ligne marqua pendant longtemps la frontière septentrionale moyenne de l'empire romain, lequel n'établit jamais d'une manière durable sa puissance plus au Nord ou plus à l'Orient, sauf dans quelques districts de la Dacie (l'actuelle Roumanie) ¹). Elle partage l'Europe (y compris ses dépendances d'Asie et d'Afrique soumises à Rome) en deux parties presque égales : c'est, je le répète, dans la partie sud que s'opéra la grande transfusion du sang; et nous souvenant du titre choisi par Maspero pour un volume de son Histoire des peuples de l'Orient classique, nous pourrions à bon droit parler ici d'une « seconde mêlée des peuples ». En Grande-Bretagne, il est vrai, de même qu'en Rhétie et dans la Gaule la plus septentrionale, il n'y eut pas, semble-t-il, de pénétration réelle malgré la domination romaine; et dans le reste de la Gaule, ainsi qu'en Espagne, les nouveaux éléments importés de Rome eurent du moins quelques siècles de relatif isolement pour se fondre avec les habitants de ces pays avant qu'il en vînt d'autres, circonstance qui permit la formation d'une race inédite et fort caractéristique, la race gallo-romaine. Dans le Sud-Est, au contraire, et notamment dans tous les centres de culture (je viens de rappeler qu'il n'en existait pas ailleurs), la « mêlée » fut générale et l'abâtardissement d'autant plus profond, d'autant plus désastreux, que les
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    ¹) Rome, il est vrai, circonscrivit de son vallum une marche transrhénane et transdanubienne; le limes alors, d'un point situé au-dessus de Ratisbonne, s'infléchissait vers l'occident et, du voisinage de Stuttgart remontant vers le nord, il atteignait le Main à l'ouest de Wurzbourg. Mais ce pays dit « Décumate » (parce qu'il payait à Rome la dîme de ses récoltes comme toutes les provinces qui se soumettaient volontairement}, ce n'étaient pas des Italiens, c'étaient, au dire de Tacite, « les plus légers des Gaulois » qui y avaient formé un établissement hasardeux (Levissimus quisque Gallorum, et inopia audax, dubiae possessionis solum occupavere. Voir Moeurs des Germains XXIX). Cf. Wietersheim : Völkerwanderung I, 161 et suiv.

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masses affluant de l'Orient étaient composées elles-mêmes uniquement de demi-sang. Ainsi, par exemple, sous l'espèce des Syriens d'alors, il ne faut nous représenter ni une nation déterminée, ni un peuple quelconque, ni une race, mais une agglomération hétérogène de bâtards pseudohittites, pseudosémitiques, psendogrecs, pseudopersans, pseudoscythes. Un certain brillant, de la facilité, souvent cette sorte de beauté singulière à laquelle ses admirateurs trouvent un « charme troublant », distinguent un peu partout les bâtards (témoin ceux qu'on peut observer chaque jour dans des villes qui, comme Vienne, sont le rendez-vous des peuples les plus divers); mais ce qui les trahit aussi, c'est leur extraordinaire inconsistance, le faible degré de leur force de résistance, le manque de caractère; ce sont, en un mot, tous les signes de dégénérescence morale. Si je mentionne particulièrement le Syrien, c'est qu'un exemple me parait préférable à une verbeuse énumération : or le Syrien est le type du bâtard déraciné, de celui qui a perdu toute connexion ethnique; et voilà précisément pourquoi il joue un grand rôle jusqu'à l'invasion des Germains — et encore après. Nous trouvons des Syriens sur le trône impérial : le demi-Africain Caracalla leur appartient par sa mère, Julia Domna d'Emèse, et c'est d'Emèse que fut importé à Rome le monstre Elagabale, vêtu d'une robe d'or et de soie qui flottait à la mode des Phéniciens, peinturluré comme les danseuses qui formaient sa suite, et accompagné de la Pierre noire dont il avait exercé le sacerdoce sous le nom de Bassianus. Nous trouvons des Syriens dans tous les postes de l'administration, dans toutes les préfectures. Avec leur pendant, le bâtard africain, ils ont une main dans la codification du Droit, ils ont la haute main dans la constitution de l'Église romaine universelle. Considérons de plus près un de ces hommes : ce sera le meilleur moyen d'obtenir une vive image de l'Europe civilisée qui fut leur et de ses industrieux commis-voyageurs en culture. Nous plongerons ainsi le regard dans l'âme du chaos ethnique.

405 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

LUCIEN

    Il n'est personne qui ne connaisse, au moins de nom, l'écrivain Lucien de Samosate : son brillant talent force l'attention. Né sur les bords de l'Euphrate, non loin des premiers contreforts de la chaîne taurique (où habitaient encore des peuplades énergiques d'origine indo-européenne), il apprend
à baragouiner le grec en même temps qu'à parler le syrien, qui est la langue du pays. Tout enfant, il montre des dispositions pour le dessin et le modelage, et il commence un apprentissage de sculpteur — non pas toutefois sans qu'un conseil de famille ait délibéré sur les moyens par lesquels il arriverait le plus vite à gagner le plus d'argent possible. Cette préoccupation de l'argent sera pendant toute sa vie, et nonobstant les richesses qu'il accumulera plus tard, l'étoile conductrice — non ! ce serait abuser de la comparaison — le mobile dirigeant du talentueux Syrien. Dans son dialogue Nigrinus il avoue avec une enviable franchise que l'argent et la gloire sont ce qu'il préfère en ce monde, et il tient en sa vieillesse un langage tout pareil, déclarant expressément que c'est le profit pécuniaire qui l'incite à accepter un haut poste de fonctionnaire, mis à sa disposition par Commode (l'empereur gladiateur). Mais retournons à ses jeunes années. Il se destinait à l'art, ce projet n'a pas de suites. Dans un écrit illustre — encore qu'à ma connaissance nul historien n'en ait apprécié l'intérêt véritable — dans Le Songe ¹), Lucien nous informe des raisons pour lesquelles, abandonnant l'art, il préféra devenir juriste et littérateur. Deux femmes lui étaient apparues en rêve : l'une évoquait une répugnante idée de travail, avec ses mains pleines de durillons, avec sa robe retroussée et couverte de plâtre; l'autre se recommandait par un maintien noble et décent comme par l'élégance des voiles flottants dans lesquels elle se drapait avec grâce; l'une était l'Art et l'autre.... (que le lecteur ne cherche pas, s'il l'ignore : il ne devinerait jamais) l'autre était — la CULTURE ! ²) L'Art
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    ¹) Ne pas confondre avec Le Songe du savetier Micylle, qui est un dialogue entre le personnage de ce nom et son coq.
    ²) On détourne de son sens le mot παιδεία en le traduisant par


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présente à son nouveau disciple, pour enflammer son zèle, l'exemple de Phidias et de Polyclète, de Myron et de Praxitèle : pauvre Art ! vains efforts ! La Culture établit de façon péremptoire que le travail de l'artiste n'est pas une occupation noble : vêtu d'une souquenille crasseuse, courbé tout le jour sur sa besogne, celui-ci mène une vie d'esclave et, fût-il Phidias, on ne le tiendra jamais que pour un « vil ouvrier », pour un homme « qui vit du travail de ses mains ». Combien avisé, en revanche, celui qui préfère à l'Art la Culture ! À ses yeux s'ouvre une merveilleuse perspective d'honneurs, de louanges, de distinctions, de grands et fructueux emplois. « Si tu suis mes conseils.... toi dénué, toi fils d'un homme inconnu, toi qui délibères si tu embrasseras un état ignoble, je te prédis que tu seras sous peu l'objet de l'envie et de la jalousie universelles.... On admirera ton costume aussi riche que le mien.... On te déférera partout la première place.... Quand tu te montreras dans les rues, quiconque t'apercevra, poussant du coude son voisin et te désignant du doigt, dira : le voilà., c'est lui ! » ¹) La Culture parlait encore que déjà Lucien, convaincu, avait opté pour elle : « Sans attendre la fin du discours, je prononçai. J'abandonnai la laide ouvrière et l'ingrat labeur, pour passer du côté de la Culture. » Aujourd'hui sculpteur, demain avocat : à qui est né sans orientation déterminée, tous les choix sont possibles; pour qui dirige sa course vers l'argent et la gloire, nul besoin de regarder en haut — nul risque non plus de tomber dans un puits, comme ce brave homme d'astrologue contre qui LaFontaine, qui lui ressemble, avoue s'être trop emporté, car il y admire l'image
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Science ou par Éloquence; et le contexte prouve qu'il ne s'agit pas ici d'éducation d'enfant. — Quant à la femme qui s'intitule au début non pas « l'Art » tout court., mais « l'Art de tailler des Hermès », elle se désigne plus tard par le mot Τέχνη seul; d'ailleurs les allusions à Phidias et aux autres sculpteurs ne laissent place à aucun doute.
    ¹) De ce couplet le dix-neuvième siècle a entendu un écho affaibli : « quand on nomme les meilleurs noms, alors on nomme aussi le mien » Henri Heine).


407 LES HÉRITIERS — LE CHAOS ETHNIQUE

« De ceux qui bâillent aux chimères
Cependant qu'ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires. »
    On se tromperait en prêtant au Songe de Lucien une arrière-pensée de satire : il en fit la matière d'un discours prononcé plus tard dans sa ville natale, — alors qu'il s'y remontrait chargé d'or et de lauriers — et il proposa sa propre carrière en exemple — c'est lui qui nous le dit — à la jeunesse de Samosate. La satire, elle est dam cette carrière même : toute la destinée d'un Lucien et de ses pareils semble une satire — et combien amère ! — de la vie des vrais grands hommes : mais à cette satire-là un Lucien ou ses pareils, avec tout leur esprit, ne comprendront jamais rien ¹).
    Ayant choisi la Culture, Lucien, pour se cultiver, se rendit à Antioche. Sans doute Athènes n'avait pas cessé d'être la vraie école du savoir et du goût; mais un certain snobisme la réputait vieux jeu, et la jeunesse cosmopolite de l'empire romain subissait beaucoup plus fortement l'attrait de la syrienne Antioche ou d'Éphèse, la soi-disant hellénique, en réalité complètement adultérée dès le IIe siècle. À Antioche, Lucien étudia le droit et l'éloquence; trop intelligent pour ne pas s'offusquer des attentats contre la langue grecque que commettaient innocemment ses maîtres, il conçut la valeur d'un style pur et partit pour Athènes. À peine y avait-il suivi quelques leçons qu'il s'enhardit — trait significatif — à se produire publiquement comme avocat et comme orateur. Si prompt qu'il fût à s'instruire, il avait omis d'apprendre une chose : ce qui sied. Les Athéniens le lui firent entendre; ils rirent du « barbare » qui voilait sa nudité sous les oripeaux d'une culture empruntée, et le « barbare » distingua dans cet accueil un signe du ciel. Il repartit, cette fois à la recherche d'un lieu où l'on se montrerait moins exigeant en matière de goût, et, sitôt débarqué à Massilia, comprit
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    ¹) Comment sans cela un Henri Heine oserait-il, ainsi que je viens de le rappeler, s'égaler à un Goethe !

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qu'il l'avait trouvé. Ce port phénico-diasporique, où venaient d'arriver des milliers de Juifs palestiniens, avait reçu d'eux une empreinte si marquée qu'on l'appelait « la Ville des Juifs », encore qu'il présentât bien d'autres exemplaires d'humanité : Gaulois, Romains, Espagnols, Ligures — et le reste ! Malgré la diversité de leur origine, les Marseillais de ce temps paraissent s'être accordés sur l'opinion qu'ils se faisaient de leur mérite, car Massilia prit dans leur bouche le nom de Nouvelle-Athènes. Or la nouvelle Athènes consola Lucien de l'outrage que lui avait infligé l'ancienne. Il y demeura plusieurs années et y fit une fortune. Non pas, il est vrai, comme avocat; dans cette profession, qui eût exigé une étude sérieuse du latin, la concurrence était grande et, à Antioche même, Lucien ne s'était point distingué particulièrement comme juriste. Ce dont avaient le plus besoin les marchands enrichis qui peuplaient son actuelle résidence, c'était — il s'en avisa tout de suite — de culture, de culture « moderne » et de « moderne » savoir-vivre. Eh bien, la Culture n'était-elle pas l'idéal de Lucien, son rêve ? N'avait-il pas étudié à Antioche et « parlé en public » à Athènes ? Il donna des conférences et les Néo-Athéniens, loin de lui rire au nez, payèrent tous les cachets qu'il lui plut d'exiger. Et puis il parcourut la Gaule entière avec un assortiment de discours d'apparat pour toutes les occasions imaginables; on gagnait gros à ce métier, que bien d'autres exerçaient alors : célébrant aujourd'hui les vertus d'un mort qu'ils n'avaient jamais rencontré vivant, le lendemain rehaussant l'éclat d'une fête religieuse donnée en l'honneur de quelque divinité locale gallo-romaine, dont un Syrien ne pouvait pas même prononcer le nom. Si le lecteur veut se faire une idée de tout ce verbiage, qu'il se procure la Florida d'Apulée, un contemporain, également métis, mais africain ¹) : c'est un
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    ¹) Apulée se vante expressément de ses origines mélangées. Ayant d'ailleurs étudié, lui aussi, en Syrie et en Égypte, et voyagé en Grèce, il se rapproche beaucoup de Lucien par la marche de son éducation et le degré de sa culture.

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recueil de couplets oratoires plus ou moins développés, de morceaux à effet pouvant s'intercaler dans n'importe quelle harangue à cette fin que l'auditoire, qui les impute à une soudaine et magnifique inspiration de l'orateur, éclate en transports ou demeure abasourdi devant ces témoignages d'un vaste savoir, d'une verve imprévue ou d'une vibrante sensibilité. Il y a là, en stock, de quoi répondre à tous les besoins : qui demande une pensée profonde ? qui, un trait de satire ? qui, une anecdote spirituelle ? Voici les compliments empressés d'un humble et respectueux sujet; préférez-vous des menaces, s'agit-il d'attiser des convoitises, tournez la page, passez au comptoir « Liberté »; ou s'il vous faut simplement quelque phrase bien tournée pour vous excuser de n'avoir rien préparé, voyez à gauche; on y débite aussi des formules de remerciements pour les surprises que pourraient vous ménager vos admirateurs.... Ces choses-là peignent un homme, et non seulement lui, mais — pour parler avec Lucien — toute une « culture ». Si par hasard quelque lecteur a entendu le prince Bismarck, dans un de ses grands discours, chercher péniblement ses mots, il me comprendra.
    Aux approches de la quarantième année, Lucien quitte la Gaule. Se fixer en un lieu détermine, lier durablement son destin à celui d'un pays quelconque, il n'y songe pas; d'ailleurs son époque est veuve de nations. S'il fait à Samosate une passagère apparition, ce n'est pas qu'il cède à un besoin de son cœur, c'est tout simplement, nous avoue-t-il, « pour se montrer riche et bien mis à ceux qui l'ont connu pauvre ». Puis il retourne à Athènes, mais cette fois il s'y impose un prudent silence et s'y voue pour longtemps à l'étude de la philosophie et de la science, s'efforçant sincèrement de découvrir enfin ce que peut bien recéler cette culture hellénique tant vantée. Et, certes, c'est de la part de cet homme un trait presque touchant qu'il reconnaisse, après vingt ans passés à enseigner la « culture » hellénique moyennant finances, n'en avoir pas compris le premier mot. J'y vois la preuve de dons peu communs, et c'est bien pourquoi je l'ai choisi

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entre tant d'autres. Dans ses écrits, outre le talent de conter prestement, on note mainte remarque pénétrante insérée au milieu des bons mots et des facéties sans nombre; parfois même on perçoit dans le rire l'accent de la douleur. Mais que pouvait-il résulter de ces efforts ? Peu de chose, ou même rien. Les âmes humaines ne sont pas déplaçables à volonté comme des dames sur un damier. Croire qu'un homme donné devenait à Athènes un autre homme par l'effet d'une instruction supérieure, c'était aussi raisonnable qu'il l'est aujourd'hui d'espérer, avec le professeur Virchow, que les étudiants de Berlin deviendront de « belles personnalités » grâce à l'influence universitaire, s'ils n'en étaient pas déjà lors de leur immatriculation. Le savoir de l'homme ne se rattache à rien si étroitement qu'à son être ou, en d'autres termes, qu'à sa particulière façon d'être, qu'à son organisation déterminée. Savoir, dit Platon, c'est se souvenir : la biologie actuelle a modifié légèrement cette formule, mais elle ratifie au fond l'opinion du philosophe. À prendre les mots dans leur sens le plus propre et le plus plein, on peut affirmer que chaque homme n'est capable de SAVOIR que ce qu'il EST. Lucien éprouva lui-même que tout ce qu'il avait appris et enseigné jusque là n'était que faux semblant : une poussière de faits, non l'âme d'où ces faits émanent; l'enveloppe, sans le corps; la coque, sans l'amande. Lorsqu'il s'en fut bien convaincu et qu'il brisa la coque, que trouva-t-il ? Rien. Naturellement ! La nature commence par former l'amande, et la coque n'est qu'une accrescence ultérieure; le corps, d'abord, naît : alors on l'enveloppe; il faut que batte un cœur de héros pour que s'accomplissent les actes héroïques. Lucien ne trouva rien sous la coque brisée, ou plutôt ne trouva que cela qu'il y pouvait trouver : Lucien lui-même; dès qu'il eut arraché de son corps les oripeaux de droit romain et de poésie hellénique qui en voilaient la nudité, il découvrit un métis syrien doué de talents divers, un bâtard issu de cinquante mixtions s'adultérant l'une l'autre, le même personnage qui jadis — avec le sûr instinct

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de la jeunesse — avait méprisé Phidias comme vil ouvrier et choisi sa propre voie de manière à parvenir, avec un minimum de peines, à un maximum de biens — y compris l'admiration de la foule.
    Quand tous les philologues du monde m'assureraient que Lucien fut un adversaire hardi de la superstition, qu'il abonde en remarques profondes sur la religion ou la philosophie, etc., cela ne changerait rien à mon opinion. Il m'apparaît proprement incapable de savoir même ce que signifie la philosophie ou la religion. Dans plusieurs de ses écrits — par exemple dans Icaroménippe ou Le voyageur aérien, dans Les sectes à l'encan, etc. — il expose coup sur coup tous les « systèmes » dont il a connaissance : or, ce qu'il en a retenu, ce sont les traits les plus superficiels, les formules sans lesquelles la manifestation d'une pensée serait impossible, mais qui ne sauraient en vérité être confondues avec elle. Et quand il traite de religion, il fait de même. Aristophane avait raillé comme raillera Voltaire : chez ces deux hommes la satire procède d'une pensée positive et constructrice; partout perce leur amour fanatique pour la sorte particulière de peuple à laquelle ils appartiennent, pour cette communauté formée par des liens de sang solides et déterminé, qui entoure et soutient chacun d'eux de tout ce qu'elle comporte de traditions, de foi, de gloires nationales. Lucien, lui, raille comme raillera Heine ¹) : c'est chez l'un et l'autre la même absence de propos élevé, de conviction profonde ou même de réelle compréhension. Telle une épave sur l'océan, Lucien erre sans but à travers le monde et ne se sent chez lui nulle part. Il ne manque pas de nobles aspirations, mais d'un objet auquel il se pourrait sacrifier; excessivement instruit, il n'en est pas moins le type de ces ratés de la culture dont Caldéron dit qu'ils savent tout et ne comprennent rien.
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    ¹) Seulement cette seconde comparaison est quelque peu boiteuse, attendu que Heine appartenait à un peuple déterminé et, par suite, possédait une physionomie plus nettement accusée.

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    Je me trompe. Il comprenait quelque chose — et c'est cela qui fait pour nous toute sa valeur d'écrivain. Il comprenait l'esprit congénère du sien. Ce monde abâtardi, perverti, déchu qui l'entourait, il l'évoque et il le fouaille comme seul le pouvait faire un homme qui y appartenait et qui en connaissait par expérience les motifs et les méthodes : ICI, l'amande n'est pas absente de la coque. Voyez les délectables satires contre les critiques d'Homère, contre la classe des savants corrompue jusqu'aux moelles, contre les charlatans de tout ordre : religion, médecine, etc., contre les parvenus ignares et gonflés de vanité — on pourrait allonger la liste à plaisir, mais il suffit pour rappeler ce dont Lucien était capable, quand l'expérience qu'il avait du monde fournissait un aliment à son talent. Et je crois qu'il apparaîtra complet au regard du lecteur si j'ajoute que son second séjour dans la ville d'Athènes, à défaut de lui apprendre en quoi consiste la mythologie ou la métaphysique et de quel bois sont faits les héros, lui devint pourtant une source de nouveaux et considérables revenus. C'est là, en effet, qu'il se mit à écrire avec assiduité, c'est là qu'il donna ses dialogues des dieux et ses dialogues des morts, c'est là qu'il composa très probablement la plupart de ses meilleurs ouvrages. Pour avoir adapté à un genre léger cette forme dialoguée qu'il manie d'ailleurs avec une remarquable aisance, il se décerna à lui-même un titre honorifique et se dit « le Prométhée des Écrivains ». Le premier Prométhée nous avait dotés du feu. Reconnaissons que nous devons au deuxième le feuilleton. Son invention lui rapporta gros, d'autant qu'il y joignit, pour la mieux exploiter, la carrière de conférencier. Ayant repris sa vie nomade, il fut le commis-voyageur de ses écrits et les débita au public, chemin faisant. Puis cette mode passa, ou peut-être est-ce lui qui se fatigua d'errer de lieux en lieux. Alors, se désintéressant de la part de notre héritage que constituent l'art et la philosophie grecs, il recueillit l'autre part et se voua tout entier au droit romain. On le retrouve en Égypte, nanti par Marc Aurèle d'un

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emploi qu'il ne nomme pas (procureur général, supposent les uns; président de tribunal, conjecturent les autres), mais qu'il définit ainsi : « introduire les causes, leur assigner le rang qu'elles doivent avoir; tenir des registres fidèles de tout ce qui se dit, de tout ce qui se fait; maintenir dans toute leur intégrité les décrets de l'empereur et veiller à leur exécution. » Il exerce ces fonctions jusqu'à la mort de Marc Aurèle, peut-être au delà, et meurt très âgé, peut-être octogénaire.
    Pour qui tente de pénétrer dans le chaos psychique que revêtait d'une apparence uniforme la rigueur administrative de l'Imperium, une seule carrière comme celle-là vaut toutes les dissertations savantes. On ne peut pas dire d'un Lucien qu'il fut immoral, non : mais ce dont on se rend compte en étudiant sa nature et sa destinée, c'est que la morale et l'arbitraire sont des notions qui s'excluent. Un homme qui n'a pas hérité avec son sang quelque idéal déterminé ne saurait être dit immoral ni moral : il est « amoral », simplement, ou si l'on préfère (puisque l'expression de Nietzsche est devenue courante) il est « en deçà du bien et du mal »; et puis aussi en deçà du beau et du laid, en deçà du profond et du plat. Un idéal de vie, une loi morale, ce sont choses sans consistance à moins qu'elles n'aient CRU comme croissent les êtres vivants : l'isolé, coupé de ses racines, ne saurait se créer ni l'une ni l'autre artificiellement. Aussi Lucien fut-il bien inspiré en répudiant dès son jeune âge, nonobstant ses heureuses dispositions, le propos d'égaler Phidias. Un professeur de rhétorique pour les Marseillais, un président de tribunal pour les Égyptiens — voilà ce qu'il pouvait devenir; un artiste, jamais; un penseur, pas davantage.

SAINT AUGUSTIN

    J'entends ici une objection. Il est incontestable que du chaos ethnique ont surgi des hommes très éminents, lesquels ont agi sur les générations suivantes d'une façon plus profondément pénétrante que Lucien, et dont l'influence persiste même aujourd'hui. Mais il ne s'ensuit pas du tout que nous ayons exagéré l'importance de la race pour l'espèce,

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humaine. Rien n'empêche qu'au milieu du chaos on ne rencontre quelques individus dont la pureté de race ne soit pas encore adultérée ou chez qui, du moins, prédomine nettement une race déterminée. Un Ambroise, par exemple, présente tous les caractères d'une noble extraction et l'on ne peut douter qu'il soit issu de cette race forte qui avait fait la grandeur de Rome : la preuve est impossible, c'est vrai, puisque entre tous les hommes qui ont marqué dans ces temps chaotiques il n'en est pas un dont l'histoire établisse avec certitude les origines; mais comme nul ne saurait non plus prouver le contraire, c'est la personnalité même qui fournit ici le seul élément décisif d'appréciation. Et puis ne laissons pas d'observer que, sauf cas de mixtions tout à fait désordonnées et sans mesure, les traits les plus accentués de la race prédominante persistent pendant des générations, qu'ils ne s'effacent que graduellement, que parfois ils se ravivent chez des individus particulièrement marqués d'atavisme. Il n'est pas un éleveur qui ne puisse citer de ce fait quantité d'exemples empruntés à son expérience. Le lecteur n'a qu'à prendre une feuille de papier et dessiner un arbre généalogique; il constatera qu'en remontant de quatre générations seulement un individu compte déjà trente ancêtres (père et mère, quatre grands-parents, huit bisaïeuls, seize trisaïeuls), trente être humains de qui le sang coule dans ses veines. Si maintenant le lecteur suppose deux races, A et B, il reconnaîtra aisément, en se reportant à sa figure, combien divers doivent être les degrés d'abâtardissement résultant d'un mélange de peuples, depuis le complet bâtard, mixture directe d'A et de B, jusqu'au sujet qui ne compte qu'un bâtard entre ses seize trisaïeux. En outre, il arrive chaque jour que des hommes d'une beauté et d'un talent exceptionnels, naissent précisément de tels croisements : mais ce n'est pas l'individu seul qui est en cause ici, c'est — je l'ai déjà indiqué — son rapport à d'autres individus, à un complex homogène. Si ce bâtard particulier naît dans un milieu racial déterminé, il pourra réagir sur ce milieu d'une manière

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rafraîchissante; s'il s'ajoute à un TAS d'hommes aussi dépourvu d'unité organique qu'un tas de bois, il sera bûche entre des bûches, il ne sera pas rameau d'un arbre vivant. Et puis enfin, faisons entrer en ligne de compte l'incommensurable PUISSANCE DES IDÉES. Sans doute, aux mains d'héritiers indignes, elles sont travesties, mutilées, profanées — nous l'avons vu par l'exemple des juristes pseudoromains et des philosophes néoplatoniciens — mais elles n'en demeurent pas moins un facteur de configuration. Qu'est-ce donc qui maintenait encore cette agglomération de peuples et qui en retarda la dissociation jusqu'à l'arrivée libératrice de l'énergique Ostrogoth Didier de Berne (Théodoric), sinon l'agonie de l'idée impérialiste, vieille de tant de siècles qu'elle semblait immortelle ? D'où ces hommes du chaos ethnique tiraient-ils pensées et religions ? Non, certes ! de leur propre fonds, mais des Juifs et des Grecs. Et c'est ainsi que tout principe propre à entretenir la vie, que tout élément de liaison, ils l'empruntaient à l'héritage de quelques grandes races.
    Prenons pour exemple une des plus grandes figures du chaos ethnique, un homme vénérable, également distingué par les dons de l'esprit et par la qualité du tempérament, SAINT AUGUSTIN. Pour préserver notre jugement de tout parti pris, faisons d'abord abstraction du point de vue purement religieux et demandons-nous si, en vérité, le chaos ne règne pas dans cette tête d'ailleurs éminente. La foi juive en Iahveh, la mythologie grecque, le néoplatonisme alexandrin, la hiératique romaine, la théophanie paulinienne, la contemplation du Crucifié.... tout cela trouve place et cohabite pêle-mêle dans le monde de ses représentations. Entre les idées religieuses d'un Origène il fait un choix, car le matérialisme hébraïque dont il est imbu l'oblige d'en rejeter plusieurs qui sont d'une élévation fort inégale (Origène, on l'a vu, présente, avec les traits qui dénotent la pureté de race, les limitations qui en sont inséparables); mais en même temps c'est lui qui introduit dans la théologie, sous les espèces de la Prédestination, l'antique conception aryenne

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de la Nécessité, battant ainsi en brèche le dogme primordial d'où découle tout judaïsme, celui de l'arbitraire absolu de la volonté ¹). Il travaille douze ans de suite à un livre contre les dieux païens, et néanmoins croit à leur existence, à leur palpable réalité, dans un sens plus littéral et plus fétichiste qu'aucun Grec cultivé n'y crut jamais, ou depuis mille ans au moins. Il les tient pour des démons et, à ce titre, les dit créatures de Dieu; mais ce qu'il juge condamnable, c'est de les tenir pour créateurs (immundos spiritus esse et perniciosa daemonia, vel certe creaturas non Creatorem, veritas christiana convincit). Dans son principal ouvrage — De civitate Dei — il engage avec son compatriote Apulée une controverse, qui dure plusieurs chapitres, sur la nature des démons et de diverses autres sortes de bons et mauvais esprits; tout son effort tend non pas à établir l'inexistence de ces puissances imaginaires, mais à les dénigrer, à les représenter comme un élément de médiocre importance qui n'influe pas réellement sur le train du monde, et cela dans le dessein de substituer la vraie religion à de folles superstitions; mais il n'en incline pas moins à admettre très sérieusement qu'Apulée fut changé en âne par l'onguent d'une sorcière thessalienne, ce qui produit sur le lecteur un effet d'autant plus comique qu'Apulée lui-même, encore qu'il ait beaucoup écrit sur les
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    ¹) Sans doute, Augustin y met toute la prudence possible. Ainsi, par exemple, sur la contradiction qu'on aperçoit entre la prescience de Dieu et le libre arbitre de l'homme il écrit : « Nous embrassons les deux convictions, nous les professons toutes deux dans un esprit de fidélité et de vérité — celle-là, pour être orthodoxes; celle-ci, afin de vivre vertueux » (illud, ut bene credamus; hoc, ut bene vivamus. Cf. De civ. Dei V, 10). À cette question se rattache étroitement celle de savoir si Dieu lui-même est libre ou s'il est soumis à la loi : chez Augustin, l'intellect penche pour la seconde solution, mais son dogmatisme l'incite à admettre la première. Une action est-elle mauvaise parce que Dieu l'a défendue, ou Dieu a-t-il dû la défendre parce qu'elle est mauvaise ? Dans son écrit Contra mendacium, ch. 15, Augustin se prononce pour le second terme de l'alternative; dans tous ses autres écrits il s'arrête à la conclusion contraire.

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démons, ne s'était jamais avisé qu'on prendrait cette transformation pour une réalité, quand il composa son roman : Les Métamorphoses ou l'Âne d'or ¹). Je ne peux malheureusement m'étendre ici sur cet objet : il m'entraînerait trop loin, il exigerait à lui seul tout un livre. Et pourtant, une caractéristique détaillée de la mentalité qu'accusent les plus nobles entre les fils du chaos formerait un complément opportun à l'esquisse que j'ai tracée du frivole Lucien ²). On constaterait partout une rupture d'équilibre : chez Lucien, c'est l'intellect débridé qui gouverne et c'est le manque de force morale qui déjoue l'effort des plus belles aptitudes; chez saint Augustin, le caractère lutte désespérément pour vaincre la pensée et, finalement, l'enchaîne.
    Tels apparaissent à nos yeux les hommes par qui fut transmis, à nous, modernes, l'héritage de l'antiquité. « Nous sommes pareils à des naufragés qu'un furieux ressac a jetés au rivage », s'écrie Ambroise en sa douleur. Ce sont ces naufragés qui remanièrent philosophie et droit, idées sur l'État, sur la liberté, sur la dignité humaine; ce sont eux qui conférèrent la dignité de dogmes établis à des superstitions qu'on ne rencontrait jusqu'alors que parmi l'écume des populations les plus ignorantes (démonisme, sorcellerie, etc.); ce sont eux qui amalgamèrent ces éléments disparates pour forger une religion nouvelle et qui dotèrent le monde de cette Église où renaît l'image de l'incube dont elle est issue — l'idée de l'Imperium romain; et ce sont eux qui, en même temps, avec une fureur d'impuissants, s'acharnèrent à supprimer tous les témoignages de la beauté qu'avait créée le passé, anéan-
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    ¹) Ce conte était alors, semble-t-il, fort répandu. Lucien, lui aussi, est l'auteur d'un Âne enchanté qu'on dirait fabriqué avec des morceaux d'Apulée. Saint Augustin observe, touchant la métamorphose : aut finxit, aut indicavit, mais il incline manifestement à croire qu'Apulée n'a rien inventé.
    ²) Sur les irréductibles contradictions qu'on relève dans la pensée et le sentiment religieux de saint Augustin je reviendrai au chap. VII, comblant ainsi en quelque mesure la lacune que l'on sent ici.


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tissant, partout où ils le purent, jusqu'au souvenir de ces grandes générations. On enseigna la haine et le mépris de ce qui représentait, sous n'importe quelle forme, une conquête des races pures : un Lucien bafoue la pensée grecque, un Augustin outrage l'héroïsme romain, un Tertullien jette à Homère cette épithète : « menteur ! » Dès l'avènement au trône des empereurs orthodoxes (Constance, Théodose, etc., tous, sans exception, de race bâtarde : il n'y a plus un seul empereur de sang pur depuis le grand Dioclétien) commence la destruction systématique des monuments de l'antiquité; et c'est de là aussi que date la consécration du MENSONGE — du mensonge conscient — comme instrument de la vérité. Des Pères de l'Église aussi considérables que Jérôme ou Chrysostome encouragent la « fraude pieuse », et ces encouragements sont si bien entendus que l'on s'avisera bientôt de fonder la puissance et le droit du Siège romain non sur le courage viril et sur la victoire, mais sur une falsification de documents méthodique, qui atteint des proportions grandioses. Déjà Eusèbe, l'honorable historien, n'avait-il pas avoué, avec une naïveté digne d'un meilleur emploi, qu'il « remodelait » l'histoire chaque fois que cette opération pouvait profiter à la « bonne cause » ? Effrayant spectacle, en vérité, que celui du chaos où collaborent ces deux facteurs : le mélange adultérin des races et la funeste chimère de l'universalisme antinational !

LA CHIMÈRE ASCÉTIQUE

On n'indique presque jamais, du moins à ma connaissance, que l'épidémie d'ascétisme qui envahit soudain ce monde effroyable fut en rapport direct avec le dégoût qu'il inspirait. On parle de maladie religieuse, ou bien de réveil religieux, mais c'est là une manière tout allégorique d'interpréter les faits, car la religion et l'ascétisme ne sont pas des phénomènes nécessairement associés. Rien, dans l'exemple du Christ, ne pouvait inciter à l'ascétisme; et deux cents ans après le Christ, Tertullien marquait encore : « Nous, chrétiens, nous ne ressemblons pas aux brahmanes et gymnosophistes de l'Inde, nous ne vivons pas dans les forêts, ni bannis de la société des

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hommes; nous sentons que nous devons rendre grâces à Dieu, le Seigneur et le Créateur, pour tout ce qu'Il a créé; et il n'est aucun de Ses ouvrages dont nous nous interdisions la jouissance. Seulement nous nous modérons, afin de ne pas jouir de ces choses plus qu'il ne sied et de n'en pas faire un mauvais usage » (Apologeticus, ch. 42). Comment donc expliquer cette irruption subite, dans le christianisme, d'un ascétisme nullement chrétien ? Je tiens, pour ma part, que des causes physiques entrent ici en jeu. Issu, dès avant le Christ, de l'Égypte et de la Syrie complètement abâtardies, l'ascétisme avait pris pied partout où le sang était le plus mêlé. Pakhôme, qui fonda le premier cloître chrétien proprement dit (pour la congrégation de cénobites formée par lui dans l'île de Tabenna sur le Nil), Pakhôme, qui institua la première Règle monastique, avait été membre d'une confrérie sérapiste de la Haute-Égypte, et il transposa dans le mode pséudochrétien les pratiques de jeûne et de macération dont il s'était instruit à cette école ¹). Tout homme en qui brillait encore quelque étincelle de nobles aspirations devait se prendre lui-même en aversion dans ce monde du chaos dénationalisé. On n'a pas d'exemple que la chasteté absolue ait jamais été préconisée dans un milieu où régnaient de saines conditions d'existence. Aryens, Sémites, Mongols, tous les peuples anciens, guidés par le même instinct merveilleux, s'accordent au contraire sur ce point qu'il faut considérer la procréation d'enfants comme un des devoirs les plus sacrés : ils croient maudit l'homme qui meurt sans laisser de fils. Sans doute, l'Inde ancienne a connu des ascètes, mais ceux-ci n'obtenaient le droit de se retirer dans la solitude des forêts qu'après qu'était né à leur fils un fils : restriction sous laquelle on discerne une idée et une intention presque diamétralement opposées à l'ascétisme syrochrétien. Aujourd'hui nous comprenons cela, parce que nous avons constaté que l'unique moyen d'ennoblir l'homme était de produire des races pures et de fonder des nations détermi-
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    ¹) Cf. Otto Zöckler : Askese und Mönchtum (1897) I, 193.

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nées. Engendrer des fils — les fils de « justes » noces — voilà indiscutablement le devoir le plus sacré de l'individu envers la société : de quelques créations qu'il la dote en outre, aucune ne sera d'aussi durable et ineffaçable influence que sa contribution à l'ennoblissement croissant de la race. Du point de vue borné et faux de Gobineau, c'est naturellement chose assez indifférente, car nous sommes voués à une déchéance plus ou moins, rapide; et si Gobineau se trompe dans sa conclusion pessimiste, parce qu'elle découle de prémisses erronées, on se trompe encore davantage quand on prétend le réfuter tout en admettant son postulat hypothétique des races originellement pures. Mais celui qui s'est rendu compte de la manière dont se forme la noblesse de race, celui-là sait qu'elle peut à chaque instant commencer de se former : cela dépend de nous; la nature, ici, nous a clairement montré notre devoir — un devoir auguste.
    Ces hommes du chaos, qui dénonçaient la procréation comme un péché et qui tenaient l'abstention totale pour la plus haute des vertus, commettaient donc un crime contre la loi la plus sacrée de la nature; en s'efforçant d'obtenir que tous les êtres nobles et bons parmi leurs contemporains des deux sexes demeurassent sans postérité, tandis que les mauvais se multiplieraient seuls, ils firent ce qui dépendait d'eux pour que l'espèce humaine, loin de s'améliorer, EMPIRAT. On conçoit qu'un Schopenhauer collectionne avec joie les dénonciations des Pères de l'Église contre le mariage et les cite à l'appui de son pessimisme; pour moi, j'y vois tout autre chose : cette horreur soudaine contre les instincts les plus naturels de l'homme, ce parti pris de faire du plus sacré des devoirs le plus honteux des péchés, ce sont moins des idées que des sentiments, et des sentiments qui, par leurs racines, atteignent au tréfonds de notre être, plongent en ces sources insondables où le physique et le métaphysique ne sont pas encore séparés l'un de l'autre. La statistique nous apprend qu'après des guerres ou des pestes les naissances augmentent anormalement : la nature se vient en aide à elle-même; dans

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ce chaos, qui menaçait de détruire à jamais toute culture, il fallait que les naissances, autant que possible enrayées, diminuassent. Les êtres nobles se détournaient avec un haut-le-cœur de ce monde d'abomination, se terraient dans les déserts, se cachaient dans les cavernes des rochers, cherchaient l'isolement jusque sur le faite de colonnes élevées, mortifiaient leur chair et faisaient pénitence. Puis ils disparaissaient sans laisser d'enfants ¹). Là précisément où la société humaine est en vole de dissolution, nous remarquons une grande continuité; chaque pensée, chaque acte de l'individu apparaît susceptible d'une double interprétation : par rapport à lui, par rapport à l'ensemble.

SAINTETÉ DE LA RACE PURE

    Nous touchons maintenant à un domaine mystérieux, sinon impénétrable; nous sommes sur le point de scruter le secret le plus important de toute l'histoire humaine. Si je dis que l'homme ne devient « homme », au sens véritable de ce mot, qu'en connexion avec l'homme, j'exprime, tant bien que mal, un fait que chacun aperçoit aisément, car il est plus facile de l'apercevoir que de l'exprimer. Beaucoup ont compris aussi le mot profond de Jean Paul, pris pour épigraphe d'un chapitre précédent : « Ce n'est que grâce à l'homme que l'homme parvient au PLEIN JOUR de la vie »; mais plus rares sont ceux qui ont conçu que cette genèse humaine, cette accession au « plein jour de la vie », dépend de certaines conditions organiques qui en déterminent les degrés divers, conditions qui ont été autrefois observées inconsciemment par l'instinct, mais qu'il nous incombe de reconnaître et d'observer consciemment, maintenant que les suggestions
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    ¹) Au IVme siècle, c'est par centaines de mille que se comptent dans l'empire romain les moines et les nonnes. Il n'est pas rare qu'un supérieur de couvent réunisse dans son cloître 10000 moines; on signale, en l'an 373, dans la seule ville égyptienne d'Oxyrynchus, 20000 moines et 10000 nonnes ! En comparant ces chiffres avec ceux de la population totale à la même époque, on mesurera l'importance de l'épidémie ascétique en tant qu'obstacle à la multiplication des générations bâtardes. Cf. Lecky : European Morals, 11e éd., II, p. 105 et suiv.

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de l'instinct ont perdu de leur force en raison de l'accroissement de notre savoir et du développement de notre pensée. En considérant le chaos ethnique de l'empire romain nous constatons, notamment, que la RACE — et, avec elle, la nation qui lui garantit la possibilité de s'épanouir — ne possède pas seulement une signification au point de vue physico-mental, mais, de plus, au point de vue moral : c'est ici, c'est dans ce fait mystérieux de la signification morale de la race, qu'apparait à l'œuvre ce qu'on peut bien appeler une LOI SAINTE, la loi sainte de la genèse humaine : une « loi », car elle s'atteste dans toute la nature; « sainte », pour autant du moins qu'elle nous concerne, nous hommes, car c'est à notre libre volonté qu'est remise la décision d'où dépendra pour la race ennoblissement ou dégénérescence. Or cette loi nous enseigne à chercher dans la constitution PHYSIQUE le principe de tout ennoblissement. Qu'est-ce en effet que cela : une quantité morale, si on la suppose séparée de toute quantité physique ? que serait une âme sans corps ? Je n'en sais rien. Si notre sein recèle un germe immortel, si nos pensées d'hommes atteignent jusqu'à une réalité transcendante devant laquelle nous demeurons tels qu'un aveugle qui palpe avidement l'objet de son ardent désir et qui jamais ne le contemplera, si notre cœur est l'arène où se rencontrent le fini et l'infini, comment se pourrait-il que ce corps — sein, cerveau, cœur — ne fût d'une incommensurable importance ? « De quelque nature que soit en réalité le puissant et obscur arrière-fond des choses, l'accès ne nous an est ouvert que dans cette vie uniquement, dans cette pauvre vie qu'il nous est donné de vivre. De là le sens profond et grave que renferme inévitablement notre passagère activité » : ainsi parle Solon dans le beau dialogue d'Henri de Stein ¹), et ses paroles méritent attention. « Dans cette vie uniquement ! » Mais avec quoi vivons-nous, sinon avec notre corps ? Et même il n'est pas nécessaire qu'ici,
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    ¹) Helden und Welt : dramatische Bilder (1883).

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avec le Solon de Stein, nous élevions nos regards vers un au-delà que beaucoup pourraient juger problématique : car, de toute évidence, c'est aussi l'accès à cette vie terrestre qui nous est ouvert par notre corps, et par lui seul; et cette vie sera pour nous pauvre ou riche, laide ou belle, de médiocre valeur ou de grand prix, selon la constitution de cet organe vital qui en perçoit toutes les formes et par lequel seul nous les embrassons. Or on a vu plus haut, par des exemples empruntés à l'élevage méthodique ou tirés de l'histoire humaine, comment se forme une RACE, comment elle s'ennoblit progressivement, comment d'autre part elle se dégrade et périt : mais cette race, qu'est-ce donc, sinon, groupés sous un concept collectif, une série de corps particuliers ? Ce concept, toutefois, n'est point une construction arbitraire de la pensée, une fiction vide de substance, car les individualités qu'il inclut sont enchaînées les unes aux autres par une puissance tout à fait réelle, encore qu'invisible, et fondée sur des faits de l'ordre matériel. Sans doute la race se compose d'individus; mais l'individu lui-même ne peut parvenir au plein développement de ses facultés, à leur plus noble épanouissement, que sous certaines conditions déterminées qui se résument dans le mot « race ». La loi qui gouverne ces phénomènes, simple au fond, s'atteste à la fois dans deux directions. La nature organique tout entière, végétale aussi bien qu'animale, témoigne que le choix des sujets associés pour la reproduction a une influence tout à fait décisive sur la qualité de l'individu reproduit; mais, de plus, que le principe ici opérant est UN PRINCIPE COLLECTIF ET PROGRESSIF : il faut d'abord, en effet, que soit formée peu à peu la souche typique commune, d'où procèdent, également peu à peu, des individus d'une valeur plus haute que ce n'eût été le cas en dehors de cette association; alors naîtront, parmi ceux-ci, de nombreux sujets doués de qualités vraiment « surabondantes ». Cet enchaînement de faits constitue un procédé de la nature, au même titre que n'importe quel autre; seulement, comme il arrive de tous les phénomènes de la vie, nous

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sommes fort éloignés de pouvoir analyser et interpréter celui-ci. Maintenant, s'agissant de l'espèce humaine, n'oublions pas que les réactions les plus importantes sont les réactions morales et mentales : aussi le manque de connexion raciale organique implique-t-il avant tout, pour nous, hommes, l'incohérence de l'esprit et de la volonté. Celui-là ne va nulle part, qui ne vient de nulle part. La vie de l'individu est trop courte pour lui permettre de se fixer un but et d'y atteindre. La vie de tout un peuple serait trop courte également, si l'unité de race ne lui conférait un caractère déterminé et borné, si la plus surabondante floraison de dons — même divergents et multiformes à l'extrême — ne se contenait dans les limites de cette unité ethnique, qui en assure la maturité graduelle, le graduel développement dans des directions prescrites, de façon que l'individu le plus doué vit pourtant, en définitive, une vie dédiée à quelque but dépassant sa conception individuelle.
    On pourrait comparer la race, telle qu'elle se forme et se comporte dans le temps et dans l'espace, avec le champ d'attraction d'un aimant. Si l'on approche un aimant d'un tas de limaille de fer, cette limaille dispose ses parcelles suivant un arrangement déterminé et dessine une étoile, avec un centre clairement marqué d'où rayonnent des lignes dans toutes les directions; plus on rapproche l'aimant, plus la figure prend de consistance et de rigueur mathématique; peu de parcelles se sont placées exactement dans le même sens et pourtant — par la possession d'un centre commun et par ce fait que la position de chaque individu relativement aux autres est non point arbitraire, mais conforme à la loi — toutes se rattachent à une unité à la fois effective et idéale; et voilà, ce n'est plus un tas, c'est une construction. Ainsi se distingue d'une agglomération d'hommes une race humaine, une vraie NATION. La caractère racial qui s'empreint toujours plus fortement par l'effet d'une discipline épurante, c'est l'approche de l'aimant. Si différentes que soient les aptitudes des divers membres de la nation et les directions

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dans lesquelles rayonne leur activité, ils n'en forment pas moins tous ensemble une unité solidement construite et nettement configurée, et la force — ou disons plutôt : la signification — de chaque individu est multipliée à l'infini par sa connexion organique avec d'autres.
    Nous avons vu le brillant Lucien gaspiller des dons précieux et, en somme, perdre sa vie; nous avons vu le noble Augustin osciller entre les pensées les plus sublimes et la superstition la plus grossière, la plus stupide même, sans espoir de trouver un équilibre stable : pauvres bâtards entre des bâtards, ces déparentés, ces déracinés se trouvent dans une situation presque aussi contre nature qu'une malheureuse fourmi que l'on aurait emportée à des kilomètres de son nid, et déposée là. Encore la fourmi ne serait-elle victime que de circonstances extérieures : mais eux, c'est leur constitution même, c'est la nature intime de leur être, qui les condamne à la peine du bannissement perpétuel, hors de toute connexion, de toute appartenance nécessaire. Spectacle bien propre à nous faire comprendre — quoi que nous pensions d'ailleurs sur la cause finale de l'existence — que l'individu humain ne saurait en aucun cas remplir sa plus haute destination isolément et en sa seule qualité individuelle, comme une dame échangeable à plaisir sur les cases d'un damier, mais uniquement en tant que partie d'un tout organique, d'une race particulière ¹).

LES GERMAINS

    N'en doutons pas. Le chaos ethnique du bas empire romain, cette humanité destituée de race et de nationalité, dénotait un état morbide, fécond en germes corrupteurs, et constituait une offense à la nature. Un SEUL rayon de lumière brilla sur ce monde dégénéré. Il vint du Nord. Ex septentrione lux ! Si l'on consulte une carte représentant l'Europe du IVme siècle, celle-ci, il est vrai, n'apparaît pas d'abord beau-
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    ¹) « Les individus et la communauté totale sont identiques », avaient enseigné les sages hindous (voir Garbe : Sâmkhya-Philosophie, p. 158).

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coup moins chaotique, passé la frontière septentrionale de l'Imperium : quelle mosaïque, en ces régions aussi, de peuples divers — Alamans, Marcomans, Saxons, Francs, Burgondes, Goths, Vandales, Huns, bien d'autres encore — et quel incessant va-et-vient entre eux ! Oui, mais ce qui est chaotique ici, ce sont les circonstances POLITIQUES; les peuples appartiennent à des races épurées et définies; les hommes transplantent avec eux leur noblesse, qui est leur seul bien, partout où le destin les pousse. J'aurai à parler d'eux dans un des prochains chapitres. Pour l'instant, je mets en garde le lecteur contre une opinion assez généralement accréditée dans les milieux de culture superficielle : elle consiste à croire que les « barbares » firent brusquement « invasion » dans l'empire romain, et que la conséquence de cette invasion, ce furent les « ténèbres du moyen âge ». Ni l'une ni l'autre de ces thèses n'est conforme à la réalité des faits. Ce sont de purs mensonges historiques, d'où résulte que beaucoup méconnaissent l'action pernicieuse d'une époque caractérisée par l'absence de nations, et qu'ils prennent pour un destructeur le vainqueur du monstre enfanté par ces ténèbres. Il y avait des siècles que les Germains pénétraient dans l'empire romain, et si ce fut parfois comme une force hostile, ils n'y incarnaient pas moins, en somme, l'unique principe de vie et d'énergie. Cette pénétration graduelle, qui les rapprochait sans cesse du moment où ils disposeraient d'une puissance décisive, s'était poursuivie dès lors en même temps que se développait, graduellement aussi, leur civilisation ¹). Au IVme siècle déjà, on comptait de nombreuses colonies de soldats recrutés des peuplades germaniques les plus diverses (Bataves, Francs, Suèves, etc.) dans toute la partie euro-
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    ¹) Arminius est un cavalier romain, il a étudié l'art romain de l'administration, il parle le latin couramment, et c'est le cas de beaucoup de princes germaniques. Leurs troupes aussi sont chez elles dans toute l'étendue de l'Imperium et, par suite, longtemps avant que le Germain trousse son sac et ses quilles pour s'y établir définitivement, il est familiarisé avec les mœurs des « civilisés ».

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péenne de l'Imperium ¹); en Espagne, en Gaule, en Italie, en Thrace — souvent même en Asie mineure — ce sont principalement des Germains qui, en fin de compte, soutiennent l'effort de la lutte contre les Germains; ce sont des Germains qui, toujours de nouveau, par leur héroïque résistance, détournent de l'Empire d'Orient le péril asiatique; ce sont des Germains qui, sur les champs catalauniens, sauvent du péril hun l'Empire d'Occident. Le IIIme siècle n'est pas bien avancé que déjà, investi du titre d'imperator, un pâtre d'entre les Goths porte fièrement cette dignité. Un coup d'œil jeté sur une carte de l'Europe, telle qu'elle apparaît vers la fin du Vme siècle, nous instruit immédiatement de l'action bienfaisante qu'a commencé d'exercer dans un monde informe le nouveau facteur de configuration. Non moins frappante est la différence qui s'y atteste, à mille indices, entre la distinction innée, le goût, l'intuition de races frustes, mais pures et nobles, et la barbarie psychique des métis civilisés. Théodose, ses suppôts (les fanatiques chrétiens) et ses successeurs avaient fait leur possible pour anéantir tous vestiges de l'art; au contraire, le premier soin de l'Ostrogoth Théodoric est d'assurer, par un ensemble de mesures se complétant entre elles, la protection et la restauration des monuments romains. Cet homme ne savait pas écrire, il se servait d'un patron en métal pour « dessiner » sa signature : mais la beauté, qui passait inaperçue des bâtards uniquement occupés de leur prétendue « culture », de leur chasse aux emplois fructueux et aux honneurs, de leur passion pour l'or, la beauté que dénonçaient comme une œuvre diabolique les fils les plus nobles du chaos ethnique, lui, Goth, sut du premier coup l'apprécier, et les statues qui ornaient la ville de Rome excitèrent à tel point son admiration qu'il institua des fonctionnaires spéciaux chargés de leur conservation. Il en est de même de la tolérance religieuse, dont les passagères lueurs
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    ¹) Voir le tableau résumé de cette situation dans Gobineau : Inégalité des races humaines, Liv. VI, ch. 4.

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apparaissent partout où domine le Germain non encore adultéré. Et quand surgissent les grands apôtres missionnaires du christianisme, qui vont en propager la connaissance dans toute l'Europe, il se trouve que ce sont tous des hommes venus du Nord — on peut dire, pour l'époque, de l'extrême Nord — des hommes qui ne recourent pas, pour convertir, aux mensonges pieux, mais qui suscitent la conviction par la pureté de leur cœur.
    C'est uniquement, je le répète, cette conception erronée d'un « moyen âge », jointe à la méconnaissance de la signification que comporte la race, qui a conduit à présenter l'arrivée des rudes Germains comme le point de départ d'une ère de ténèbres pour l'Europe. Il est incompréhensible que des hallucinations de ce genre persistent aussi longtemps. Pour imaginer les résultats culturels qu'aurait produits en se prolongeant la civilisation impériale, n'a-t-on pas dans l'histoire, la littérature et la science de l'arrière-Byzance (sur quoi précisément nos historiens actuels travaillent avec une patience digne d'une meilleure cause) l'exemple le plus instructif ? Et combien ce spectacle n'est-il pas lamentable ! Au contraire, dès la prise de possession de l'Empire d'Occident par les Barbares, il semble qu'ait retenti le fiat lux de la Bible. Sans doute — il le faut bien — leur énergie s'applique d'abord
à la configuration POLITIQUE et non proprement civilisatrice, et c'est là une tâche difficile, qui n'est pas encore tout à fait achevée : mais en niera-t-on l'importance ? Par quoi l'Europe a-t-elle acquis physionomie et signification, par quoi sa prépondérance morale et intellectuelle, sinon par la fondation de NATIONS et par la mise en œuvre du principe qui y est impliqué ? C'est l'accomplissement de cette tâche qui nous a proprement délivrés du chaos. Si nous sommes quelque chose aujourd'hui, si nous pouvons espérer de devenir peut-être davantage encore, nous le devons en première ligne à cette transformation politique qui commence au Vme siècle (après de longues préparations) et d'où procédèrent, au cours des âges, de nouvelles et gran-

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des races ethniques, de nouvelles et magnifiques langues, une nouvelle culture pleine de promesses qu'à peine nous osons concevoir. Didier de Berne, le fort et l'avisé, l'ignorant mais clairvoyant ami de l'art et de la science, le tolérant représentant de la liberté de conscience au sein d'un monde où les chrétiens s'entre-déchiraient comme des hyènes, nous est comme un premier garant que le jour devait finir par se lever de nouveau sur cette pauvre terre. Et dans la période de lutte acharnée qui commence, dans cette crise fébrile qui seule pouvait guérir l'humanité européenne et, en dissipant le cauchemar des siècles décadents et maudits où fermentait le chaos sous une apparence d'ordre, l'éveiller à une vie nouvelle, fraîche, saine, intense — nationale ! — si alors l'érudition et l'art passèrent presque en oubli, à mesure que s'effaçait le vernis d'une prétendue civilisation, cela — j'en prends Dieu à témoin ! — ne dénote pas que la nuit tombe, mais bien que le jour se lève. C'est un travers de plumitif que de dédaigner toute autre arme qu'une plume; à la moindre aventure on s'instruit de cette erreur. Ici l'aventure est d'autant plus instructive qu'elle revêt des proportions gigantesques : notre monde européen, ce ne sont pas au premier chef des philosophes, des compositeurs de livres, des peintres d'images qui l'ont fait, ce sont des princes germaniques, ce sont des hommes de guerre et des hommes d'État. Ou encore : c'est le processus évolutif d'où sont issues nos nations actuelle que l'on doit tenir pour capital et décisif; donc, manifestement, le processus politique. Ne perdons pas de vue que tout le reste, tout ce dont la possession avait quelque prix, nous le devons aussi à ces nobles champions de la vérité. Chacun de ces siècles, le VIIme, le VIIIme, le IXme, a de grands savants : qui lés protège et les encourage ? les princes. On fait généralement gloire à l'Église d'avoir sauvé notre culture : cela n'est vrai qu'avec bien des restrictions. Il faut se garder — j'y reviendrai ailleurs — de considérer l'ancienne Église chrétienne comme un organisme simple et homogène et de l'imaginer, même en dedans des limites de l'Empire d'Occi-

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dent, plus une qu'elle ne fut réellement : la centralisation actuelle, l'aveugle obéissance à l'égard de Rome, étaient complètement inconnues. Sans doute, presque tout ce qui pouvait passer pour art ou pour érudition appartenait à l'Église; ses cloîtres et ses écoles servaient d'asile et de laboratoire à la pensée pacifique, pendant les siècles de violence. Mais, d'autre part, l'entrée dans l'Église, fût-ce au titre régulier ou séculier, ne signifiait guère autre chose que l'admission dans une classe privilégiée, laquelle n'imposait au privilégié, en échange des avantages et de la protection qu'elle lui assurait, aucune obligation notable. Tout homme cultivé, tout professeur et tout étudiant, tout médecin et tout juriste, fut, jusqu'au XIIIme siècle, membre du clergé : mais ce n'était là qu'une affaire de forme (dont le motif réside dans certaines circonstances de droit) — à telles enseignes que toutes les révoltes contre l'Église naissent précisément parmi les hommes de cette classe, qui la connaissaient à merveille, et que les universités devinrent les foyers de l'émancipation des nations. Les princes ont protégé l'Église, au lieu que les clercs l'ont attaquée. Mais on sait assez que l'Église n'a pas laissé de se défendre elle-même, et qu'elle ne cessa de lutter CONTRE les grands esprits qui, pour travailler en paix, avaient cherché sa protection : s'il n'avait tenu qu'à elle, jamais savoir ni culture n'auraient repris leur essor. Cependant les mêmes princes, qui protégeaient l'Église, protégeaient les savants persécutés par elle. Au IXme siècle déjà, voici surgir des lointaines contrées du Nord (il sort des écoles d'Angleterre, fécondes alors, comme depuis, en hommes éminents) le grand Scot Erigène : l'Église fait ce qu'elle peut pour éteindre une si vive lumière; mais Charles le Chauve (de qui certains historiens assurent qu'il avait fait au pape d'importantes donations) étend sur Scot sa main et le couvre de sa double autorité de prince et de théologien, car il est réputé expert en cette science; puis, si nous en croyons une légende qui était de l'histoire hier et qui en sera peut-être demain, un autre protecteur s'offre à Scot en la per-

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sonne du roi Alfred, et il achève sa vie en Angleterre où, toujours d'après la légende, il rehausse l'éclat d'Oxford avant de tomber sous le poignard d'un moine. Du IXme siècle jusqu'au XIXme — de la persécution de Scot Erigène jusqu'à la promulgation du Syllabus — il n'y aura aucun changement dans la position relative des parties. La renaissance intellectuelle est, en dernière instance, l'œuvre de la race par opposition à l'Église universelle qui ignore ou qui nie la race — l'œuvre du Germain qui s'y manifeste sous son double caractère : une soif de savoir proprement inextinguible, un instinct de liberté qui ne se satisfait que dans la diversité nationale.
    Certes, on voit apparaître sans interruption de grands hommes, issus du sein de la religion catholique : des hommes que la pensée spécifiquement catholique, d'une si puissante envergure, d'une structure si harmonieuse, d'un contenu symbolique si riche et si beau, a soutenus et grandis, et qui n'auraient pas, il faut le reconnaître, atteint sans elle à cette grandeur; mais l'Église catholique comme telle — je veux dire comme théocratie temporelle organisée — s'est toujours comportée en fille de l'Imperium déchu, en héritière et dernière représentante du principe universaliste antinational. Charlemagne a contribué plus que tous les moines du monde à répandre l'instruction. Un recueil complet de la poésie nationale des Germains avait été composé sur son ordre : l'Église le détruisit. Je nommais à l'instant Alfred le Grand. Où est le prince de l'Église, où est le scolastique, qui ait fait autant que lui pour éveiller de nouvelles forces intellectuelles, pour clarifier et fixer des idiomes vivants, pour doter son peuple de ce qu'il requérait avant tout : une conscience nationale ? Le plus éminent entre les historiens récents de l'Angleterre résume d'un mot la personnalité de ce grand Germain : « C'était un vrai ARTISTE » ¹).
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    ¹) Green : History of the English People Liv. I, ch. 3. « Il ne se donne pas à la science par vanité ou désœuvrement, il veut tirer d'elle

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Quel est l'homme du chaos ethnique à qui se pourrait appliquer ce terme ? Dans ces siècles de prétendues ténèbres, s'accuse une vie intellectuelle d'autant plus intense que nous remontons davantage vers le Nord, c'est-à-dire que nous nous éloignons du foyer de la pernicieuse « culture » (au sens où Lucien l'entendait) et que nous rencontrons des races moins mêlées. La plus grandiose littérature se développe, en même temps que l'ordre et que la liberté dignes de créatures humaines, dans la lointaine république d'Islande dès le IXme siècle et jusqu'au XIIIme; et, de même, dans l'Angleterre isolée, éclosent pendant les VIIme, VIIIme, et IXme siècles des fleurs de vraie poésie populaire qui ne refleuriront plus que rarement ¹). L'amour passionné de la musique, qui s'y dénote, nous touche comme si nous percevions les battements d'aile d'un ange descendant lentement du ciel, d'un ange annonciateur de temps futurs. Quand nous entendons le roi Alfred mêler sa voix à son chœur de chanteurs d'élite, quand nous voyons Dunstan, un savant acharné aux disputes d'école et un homme d'État passionné de politique, ne quitter sa harpe ni à cheval ni au conseil, alors nous nous souvenons que chez les Grecs aussi HARMONIA était fille d'Arès, dieu de la guerre. Il est vrai : à la place d'un ordre apparent nos rudes ancêtres apportèrent la guerre; mais aussi, du même coup, la force créatrice à la place de la stérilité. Et de fait, chez tous les princes les plus éminents de ce temps-là nous admirons une puissance d'imagination particulièrement marquée : ce sont précisément des configurateurs. On aurait tout lieu de comparer ce que fut et ce que fit Charlemagne, à la limite du VIIIme et du IXme siècle, avec ce que fut et ce que fit Goethe,
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des fruits substantiels pour son peuple et pour lui », dit Jusserand (Histoire littéraire du peuple anglais, tome I. p. 84), et il note encore : « Alfred se montra avant l'heure un vrai Anglais. » Après la conquête normande, on l'appelle encore Englene derling, « le chéri de l'Angleterre » (p. 89).
    ¹) Cf. notamment Oliver F. Emerson : History of the English Language, p. 54.


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à la limite du XVIIIme et du XIXme. Tous deux sont des chevaliers combattant les puissances du chaos, tous deux des configurateurs; et tous deux témoignent appartenir « à la race qui des ténèbres s'efforce vers la lumière ».
    Non. L'abolition de ce monstrueux contre-sens d'un État-fantôme sans substance nationale, la destruction de cette forme sans contenu, de cet agrégat humain sans âme, de cette association de bâtards que ne liait point la communauté des origines et des palpitations, mais seulement celle des impôts et des superstitions, l'anéantissement de ce qui constituait une offense à la nature, un crime contre l'espèce, et que nous avons résumé dans le terme « chaos ethnique » — non, mille fois non ! cela ne signifiait pas la tombée de la nuit, mais le lever d'un jour nouveau, en même temps que la résurrection d'un grand héritage de vie, arraché aux mains indignes entre lesquelles il périclitait.
    Seulement nous, les héritiers substitués, nous n'avons pas encore réussi à expulser de notre sang tous les poisons du chaos : il conserva son emprise sur de vastes domaines, où il règne encore à cette heure. Partout où les Germains ne s'établirent pas en nombre suffisant pour l'emporter physiquement sur les autres habitants par assimilation, c'est-à-dire avant tout dans le Sud, l'élément chaotique gagna toujours plus de terrain. Il suffit d'un coup d'œil sur l'état de choses actuel pour que nous apercevions où réside la force, où elle fait défaut, et dans quelle étroite mesure elle dépend de la composition des races. Je ne sais si le lecteur a remarqué la coïncidence étonnamment exacte de la frontière bornant aujourd'hui l'empire de l'Église romaine universelle avec la frontière moyenne, indiquée plus haut, de l'Imperium romain ou, si l'on veut, de l'abâtardissement chaotique : ainsi, par exemple, le vieux Rhin, qui n'est plus qu'un étroit canal, marque néanmoins encore la limite entre catholiques et protestants. Il faut naturellement excepter la partie orientale, parce que dans cette région (Serbie, Bosnie, etc.) les immigrants slaves du
VIIme siècle et les Bulgares ont détruit

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tout élément étranger : il est peu de contrées, dans l'Europe actuelle, où la race soit si peu adultérée, et les Slaves PURS n'ont jamais appartenu à l'Église romaine. Ailleurs aussi on constate en quelques endroits des empiétements dans un sens ou dans l'autre, mais ils sont relativement insignifiants et trouvent leur explication suffisante dans les circonstances historiques. En somme, les frontières concordent d'une façon assez frappante pour nous fournir matière à de sérieuses réflexions : l'Espagne, l'Italie, la Gaule, les contrées du Rhin, les pays au sud du Danube... ! Notre jour n'en est qu'à son aurore : toujours encore, et toujours de nouveau, les puissances de ténèbres allongent leurs bras de pieuvres pour nous saisir et, par l'aspiration de leurs ventouses s'appliquant sur tout ce qu'elles peuvent atteindre, nous ramener dans la nuit d'où nous nous efforcions d'émerger.
    Pour l'intelligence de ces phénomènes et de leurs rapports, qui semblent compliqués et qui sont en réalité si transparents, mieux vaut un clair aperçu des données historiques fondamentales résumées dans ce chapitre qu'une connaissance minutieuse des innombrables faits qu'enregistre la chronique avec des noms et des dates.


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Dernière mise à jour : 16 mars 2008