Here
under follows the transcription of chapter 4 of Houston Stewart
Chamberlain's La
Genèse du XIXme siècle,
6th. ed.,
published
by Librairie Payot, 1913.
TABLE DES MATIÈRES
|
351
CHAPITRE IV
LE CHAOS
ETHNIQUE
On peut selon toute
vraisemblance — et n'en
déplaise
à une prétendue
philanthropie — affir-
mer que
le mélange des races, qui oblitère peu
à
peu les caractères, n'est pas profitable au
genre
humain.
Kant.
352
(Page vide)
353
CONFUSION SCIENTIFIQUE
À ce chapitre sur le
chaos ethnique de l'empire romain en décadence, une
préface est inutile. Par les remarques qui se rapportent
à son objet, dans l'Introduction
général à
la deuxième section de mon ouvrage, le lecteur sait
déjà comment se définit, dans le temps et dans
l'espace, ce terme de chaos ethnique. Ici encore je suppose connues, du
moins en leurs grandes lignes, les circonstances historiques. Mais de
plus, désirant que ce livre réponde avant tout au besoin
de mieux comprendre et de mieux apprécier le dix-neuvième
siècle, il me paraît expédient d'aborder la
présente étude en examinant une question d'actuelle
importance. La nation, la race, ne sont-ce là que des mots ?
Est-il vrai, comme l'affirme l'ethnographe Ratzel, que nous devions
appeler de nos vœux, concevoir pour but et pour tâche, la fusion
de tous les hommes en une unité ? N'apprenons-nous pas
plutôt, soit par l'exemple de la Grèce et de Rome, soit
par celui de l'Imperium pseudoromain, et par maint autre exemple de
l'histoire, que l'homme ne donne toute sa mesure qu'en dedans des
bornes où se forment et se circonscrivent, pour chaque
différent peuple, des caractères nettement empreints et
strictement individualisés ? Se peut-il qu'en l'état
où nous la voyons, avec la multiplicité de ses idiomes si
diversement constitués, développant chacun une
littérature particulière et significative, exprimant
chacun une âme populaire déterminée et unique en
son genre, se peut-il que notre Europe marque un recul sur le temps
où le latin et le grec, volapuks jumeaux, servaient de lien
à tous les sujets romains, devenus autant de sans-patrie ? La
communauté du sang
354 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
n'est-elle rien ? La
communauté du souvenir, la communauté de la foi, se
remplacent-elles par quelque idéal abstrait ? Mais d'abord et
surtout, s'agit-il d'une affaire qui dépende de notre bon
plaisir, et n'existe-t-il pas une loi naturelle aisément
discernable dont il FAUT que notre jugement tienne
compte ? Les
sciences biologiques ne nous enseignent-elles pas que, dans toute
l'étendue du monde animal et végétal, les
variétés exceptionnellement nobles — c'est-à-dire
douées d'énergies corporelles et psychiques
extraordinaires — n'apparaissent que sous des conditions
déterminées qui gouvernent, comme des règles
restrictives, la production de nouveaux individus ? En
considérant cet ordre de phénomènes, tant humains
qu'extrahumains, n'arriverons-nous pas à dégager la
réponse qui convient à cette question : QU'EST-CE
QUE LA RACE ? Et de la conscience de ce qu'est la race, comment
ne procéderait pas l'intelligence de ce que signifie pour
l'histoire l'absence de races ? Voilà bien des points
d'interrogation : c'est le spectacle de ces héritiers directs du
grand patrimoine antique qui nous incite vivement à les poser.
Occupons-nous en premier lieu des races, au sens le plus
général : nous aurons ensuite plus de chances
d'étudier avec profit les circonstances spéciales qui
sont ici en cause et leur influence sur le cours de l'histoire,
c'est-à-dire aussi sur le dix-neuvième siècle.
Qu'entend-on par des
races pures ? D'où viennent-elles ? Signifient-elles quelque
chose historiquement ? quelle étendue faut-il donner à ce
concept ? qu'en sait-on et comment le sait-on, si tant est qu'on en
sache quoi que ce soit ? Y a-t-il un rapport, et lequel, entre ce qu'on
appelle race et ce qu'on appelle nation ? J'avoue que sur tous ces
points je n'ai jamais rien lu qui ne fût plein
d'incohérences et de contradictions, sauf peut-être dans
les ouvrages de quelques spécialistes voués à
l'étude de la nature, mais qui rarement faisaient application
à l'espèce humaine de leur vaste et clair savoir.
Il ne se passe pas d'année sans que des économistes, des
ministres, des évêques, des naturalistes siégeant
en con-
355 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
grès
internationaux, nous assurent qu'il n'y a entre les peuples aucune
différence, aucune inégalité. Des Germains, qui
insistent sur l'importance de la parenté de race, des Juifs, qui
se sentent étrangers parmi nous et rêvent de retrouver
leur patrie asiatique, rencontrent précisément dans les
hommes de science leurs adversaires les plus sévères ou
les plus ironiques. Pour le professeur Virchow, par exemple, les
agitations par où se traduisent ces états d'âme
indiquent « l'éclipse de la saine intelligence humaine
»; il demeure stupide « devant une énigme dont nul
ne sait ce qu'elle signifie proprement, en ce temps
d'égalité des droits ». Cet homme savant n'en
termine pas moins le discours auquel j'emprunte ces citations par le
vœu qu'apparaissent « de belles personnalités,
tranquillement appuyées sur elles-mêmes » ¹).
Comme
si l'histoire entière ne nous démontrait pas que la
personnalité tient à la race de la façon la plus
étroite, que la nature de la personnalité est
déterminée par la nature de la race, et que sa puissance
se lie à de certaines conditions de sang ! Comme si
l'élevage scientifique des animaux et des plantes ne nous
fournissait pas d'assez riches et solides matériaux pour
apprendre à connaître les conditions et le sens de la race
! Est-ce que les races animales dites « nobles » (et fort
justement nommées ainsi), les chevaux de trait du Limousin, les
trotteurs américains, les coureurs irlandais, les chiens de
chasse absolument sûrs, sont un produit du hasard et naissent de
la promiscuité ? Est-ce qu'on les obtient en octroyant
l'égalité des droits aux animaux, en leur
présentant la même nourriture, en les soumettant à
la même discipline ? Non. Elles proviennent d'une
sélection sexuelle, confirmée par de strictes mesures
tendant à préserver la pureté de la
variété
—————
¹) Der Uebergang aus dem
philosophischen in das naturwissenschaftliche Zeitalter,
discours
universitaire 1893, p. 30 et suiv. — Je cite cet exemple entre des
centaines, parce que Virchow est l'un des anthropologues et des
ethnographes les plus travailleurs du dix-neuvième
siècle, et que sa vaste expérience aurait dû, sur
ce point justement, l'inspirer mieux.
356 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
obtenue. Et les chevaux,
mais surtout les chiens, nous donnent toute facilité d'observer
que les qualités d'ordre spirituel vont de pair avec les
qualités physiques; cela est vrai surtout des dispositions MORALES
: on voit des chiens bâtards fort avisés, on n'en
connaît pas qui méritent pleine confiance; ce sont
toujours des coquins. Une promiscuité prolongée entre
deux races supérieures d'animaux conduit fatalement à
l'annihilation des caractères supérieurs de l'une et de
l'autre ¹). Pourquoi l'humanité ferait-elle seule exception
à cette règle ? Un Père de l'Église ne
serait pas
embarrassé de nous l'expliquer, mais convient-il à un
illustre naturaliste contemporain de jeter le poids de sa grande
influence dans la balance de la superstition et de l'ignorance
moyenageuse ? On souhaiterait vraiment à nos autorités
scientifiques, comme remède au dénuement philosophique
dont elles souffrent (ou dont nous souffrons pour elles}, un cours de
logique par Thomas d'Aquin !
En
réalité,
et nonobstant la vaste substructure qui leur est commune, les races
humaines font paraître quant à leur caractère,
quant a leur mentalité, avant tout quant au degré de
leurs aptitudes particulières, des différences aussi
tranchées que celles par où se distinguent entre eux un
lévrier, un bouledogue, un caniche et un terre-neuve.
L'inégalité est un état que le travail de la
nature continue partout d'entretenir; rien d'extraordinaire ne se
produit sans « spécialisation »; chez l'homme,
exactement comme chez l'animal, c'est la spécialisation qui
suscite les races nobles; l'histoire et l'ethnographie
dévoileraient ce secret à l'œil d'un aveugle ! Chaque
race
pure n'a-t-elle pas sa physionomie propre, souveraine, incomparable ?
Comment, sans les Grecs, serait né l'art grec ?
—————
¹) Voir notamment
Darwin : Animals and Plants under
Domestication ch. XV et XIX.
« Free
crossing obliterates characters. » Sur les « soins
superstitieux »
que prennent les Arabes pour conserver la pureté de leur race
chevaline et sur son histoire, on trouve d'intéressants
détails dans Gibbon : Roman Empire, ch.
L; Cf. aussi le Voyage à la
Mecque de Burton, ch. 29.
357 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
Combien la jalouse
hostilité régnant entre les diverses villes de la petite
Hellade eut tôt fait d'imprimer à chacune un aspect
particulier du type familial, un cachet distinctif, une
individualité ! et combien rapidement s'effacèrent ces
différences quand les Macédoniens, puis les Romains,
eurent appesanti sur ce pays leur main niveleuse ! Que resta-t-il,
enfin, de tout ce qui avait conféré un sens
éternel au mot « hellénisme », quand se
furent mêlés avec les vrais Hellènes les flots
toujours accrus d'immigrés non apparentés à eux !
L'égalité, cette idole devant laquelle le professeur
Virchow vaque à ses rites de bonze, trônait maintenant
dans la Grèce cosmopolite : on avait rasé tous les murs,
aboli toutes les frontières. Et la philosophie, pour la plus
grande joie du savant allemand, avait cédé la place
à une « saine intelligence humaine » — si saine
qu'elle n'hésite pas à défier le bon sens.
Seulement la belle personnalité hellénique, sans laquelle
nous ne serions tous encore que des barbares plus ou moins
civilisés, s'était évanouie, évanouie
à jamais. Crossing
obliterates characters.
Si les
hommes qui
seraient le mieux placés pour nous instruire de la nature et de
l'importance des races témoignent d'un tel manque de jugement,
s'ils opposent aux résultats les plus certains de l'observation
la plus abondante des phrases creuses où se trahit un parti pris
politique, quoi d'étonnant que les autres, ignorants des
arguments scientifiques qui viendraient à l'appui de leur secret
instinct, hésitent à le suivre et, ne se résignant
pas à se taire, disent beaucoup de sottises ? Car la question
des races éveille un intérêt de plus en plus
général et, du moment que le savant se dérobe, il
faut bien que le public essaye de s'en tirer tout seul. Lorsque le
comte Gobineau publia, au milieu du siècle dernier, son
génial ouvrage sur l'inégalité des races humaines
¹), personne n'y fit attention, personne ne soupçonna ce
dont il
—————
¹) Essai sur
l'inégalité des races humaines, 1853-55; la
seconde
édition ne parut qu'en 1884, deux ans après la mort de
l'auteur.
358 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
s'agissait; on demeura,
comme le pauvre Virchow, stupide devant une énigme.
Aujourd'hui, tout a changé : l'énigme est
précisément de celles auxquelles la partie la plus
vivante et la plus agissante des nations accorde une attention
passionnée. Mais dans quel dédale de contradictions,
d'erreurs, de préjugés chimériques, se meut encore
l'opinion publique ! Ne voit-on pas Gobineau lui-même — si
étonnamment riche en pressentiments intuitifs que l'avenir
devait confirmer, et si bien, armé de connaissance historiques
— fonder son exposé sur le dogme du peuplement du monde par Sem,
Kham et Japhet : or il suffit d'un seul manque de discernement si
criant
pour qu'une œuvre grave se trouve classée, malgré la
solidité de sa documentation, au nombre des «
fantasmagories scientifiques ». À la première
aberration
de Gobineau s'en rattache une seconde : il postule la pureté et
la noblesse originelle des races, et tient qu'en se mélangeant
dans le cours de l'histoire elles deviennent à chaque
mélange irrévocablement moins pures et moins nobles,
d'où le pessimisme fatal et sans remède de ses vues sur
l'avenir de l'humanité : mais son postulat repose sur une
complète ignorance du sens physiologique que comporte le mot
« race ». Une race noble ne tombe pas du ciel, mais au
contraire elle DEVIENT noble petit à petit, tout
comme le
deviennent les arbres fruitiers; et ce processus d'ennoblissement peut
commencer de nouveau à chaque moment, si une circonstance
d'ordre géographique, historique, etc., ou bien encore un plan
arrêté (comme chez les Juifs), crée les conditions
voulues.
Nous
rencontrons à
chaque pas de semblables contresens. Voilà, par exemple, le
puissant mouvement qui s'intitule « antisémite » :
quoi ! y a-t-il donc identité entre les Juifs et les
Sémites ? Les Juifs ne se sont-ils pas
différenciés par leur développement au point de
constituer une race particulière, une race qui peut et doit
être dite pure ? Est-il certain (nous aurons lieu de le
rechercher) qu'à la formation de ce peuple n'ait pas
préludé quelque important croisement ? Qu'est-ce, d'autre
part,
qu'un Aryen ? Beaucoup en parlent
359 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
et quelques-uns donnent
des précisions. Au Sémite, que nous concevons dans la vie
courante sous l'espèce unique du Juif (et c'est du moins une
représentation concrète, issue de notre
expérience), nous opposons l'Aryen : quelle sorte d'homme est-ce
là ? à quelle représentation concrète
correspond-il ? Il ne faut rien savoir de l'ethnographie pour se
flatter de formuler une réponse catégorique à
cette question. Dès qu'on n'applique pas le terme
« aryen » aux seuls Indo-Iraniens, indubitablement parents
entre eux ¹), on tombe dans l'hypothèse. Les peuples que
nous
avons appris à ranger sous la dénomination de «
peuples
aryens » présentent au point de vue physique de fortes
divergences : on constate chez eux les formes de crâne les plus
variées, et ils diffèrent par la couleur de la peau, des
veux, des cheveux. En admettant même qu'il y ait jamais eu une
protorace indo-européenne commune, comment
méconnaître la signification des matériaux sans
cesse accrus qui font présumer, si loin que l'on remonte dans
la préhistoire de nos nations dites « aryennes », la
coexistence de types non parents, richement représentés
parmi elles, en sorte qu'on pourrait tout au plus affirmer l'aryanisme
de certains individus, mais nullement celui de tout un peuple. La
parenté de langue ne constitue en aucune manière une
preuve péremptoire de la communauté de sang;
l'immigration d'Asie en Europe des groupes que nous appelons «
indo-européens », supposée sur de faibles indices
²), soulève de si grandes difficultés que la science
—————
¹) Même en me
bornant à une affirmation si modeste, puisée aux
meilleures sources qui me fussent connues, il semble bien que j'aie
dépassé les limites de la certitude scientifique. Voici,
en effet, ce qu'écrit Charles de Ujfalvy dans un travail
spécial paru en 1896 sous ce titre : Les Aryens au nord et au
sud de l'Hindou-Kousch : « Le terme aryen est de pure
convention; les peuples iraniens au nord et les tribus hindoues au sud
du Caucase indien, diffèrent absolument comme type et
descendent, sans aucun doute, de deux races différentes »
(p.
15).
²) Et en vertu
d'aphorismes comme l'ex oriente lux
de Pott ou l'« impulsion
irrésistible vers l'Ouest » de Grimm.
360 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
incline de plus en plus
à présumer la résidence immémoriale en
Europe des « Aryens » de ce continent ¹), et
l'hypothèse inverse, d'une colonisation des Indes par l'Europe,
manque de tout fondement.... Bref, cette question est un terrain
mouvant, sur lequel on ne s'aventure volontiers qu'à condition
d'ignorer le péril ! Plus on s'en informe auprès des
spécialistes, moins on y voit clair. À l'origine, ce
furent les
linguistes qui inventèrent ce concept collectif d'« aryen
». Puis vinrent les anthropologues anatomistes; l'incertitude des
inductions linguistiques une fois démontrée, on passa aux
mensurations craniennes; la craniométrie devint une profession
et mit au jour une masse énorme de matériaux
intéressants, mais voici qu'aujourd'hui l'« anthropologie
somatique » paraît menacée du sort que subit la
linguistique. Il a fallu que les anthropologues se fissent voyageurs,
qu'ils entreprissent sur l'homme VIVANT des
observations
méthodiques, et ces observations nous attestent que nous avions
attribué une importance exagérée à la
mensuration des os. Un des meilleurs élèves de Virchow
est arrivé à la
—————
¹) O. Schrader
(Sprachvergleichung und Urgeschichte,
2e éd. 1890), qui a
étudié la question du point de vue purement linguistique
après les Latham, les Benfey, les de Saussure, les Sayce et
beaucoup d'autres, conclut que « la résidence
immémoriale
des Indo-Européens en Europe est prouvée »;
Johannes Ranke (Der Mensch),
accentuant la réaction
commencée par les travaux d'ethnographes comme d'Omalius
d'Halloy
et d'anthropologues comme Broca, tient pour assuré qu'une
grande partie au moins des habitants de l'Europe « furent des
Aryens » dès l'âge de la pierre; et Virchow, dont
l'autorité est d'autant plus grande dans le domaine propre de sa
science qu'il marque un absolu respect des faits et s'interdit de
bâtir des hypothèses darwiniennes sans substance comme
font Huxley et tutti quanti,
Virchow estime que les documents anatomiques
en notre possession autorisent à affirmer : « Les plus
anciens troglodytes d'Europe furent de race aryenne ! »
(cité
d'après J. Ranke, der Mensch
II, 578). — Pour un historique de
la controverse aryenne, voir notamment Isaac Taylor : L'origine
des Aryens, trad. de Varigny (1895); et pour un
résumé
de la question telle qu'elle se présente actuellement; cf.
Deniker : Les races et les peuples
de la terre (1900) p. 375 à
379.
361 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
conviction que c'est une
prétention stérile de vouloir résoudre des
problèmes d'ethnographie en mesurant des crânes ¹).
Toute
cette évolution s'est produite dans la seconde moitié du
dix-neuvième siécle : qui sait ce qu'en l'an 1950 on
enseignera sur l'« Aryen » ? Pour l'instant, je le
répète, le silence s'impose au non-spécialiste
²).
Mais si les spécialistes seuls ont la parole, ne laissons pas de
remarquer qu'ils en font un usage déconcertant, celui-ci nous
certifiant que les Aryens sont « une invention du cabinet de
travail
et non pas du tout un peuple primitif ³) », celui-là
se
portant garant de l'effective parenté de sang des
Indo-Européens, mise hors de doute par la communauté de
leurs caractéristiques partout où on les relève,
de l'Océan Atlantique jusqu'aux Indes 4).
—————
¹) Ehrenreich
: Anthropologische Studien über
die Urbewohner Brasiliens (1897).
²) Quand j'emploie dans
ce livre le mot « aryen », je le prends au sens originel du
sanscrit ârya, « qui appartient aux amis », sans
m'inféoder
à aucune théorie. La parenté dans les
façons de penser et de sentir signifie en tous cas une «
appartenance ». J'ai indiqué dans une note, au
début du chapitre sur le
Droit romain, l'existence d'un
aryanisme MORAL constatée par les grands
juristes Savigny, Mommsen, Jhering, Leist, etc., et consistant dans un
ensemble de
notions juridiques par où se distingue spécifiquement des
Sémites, des Khamites, etc., un certain groupe d'hommes, quelque
diverse que puisse être d'ailleurs, au point de vue linguistique
ou anthropologique, sa composition.
³) R. Hartmann : die
Negritier (1876), p. 185. De même v. Luschan et beaucoup
d'autres
: « Parler d'une race aryenne d'il y a trois mille ans, c'est
émettre une hypothèse gratuite : en parler comme si elle
existait encore aujourd'hui, c'est dire tout simplement une
absurdité », écrit Salomon Reinach dans L'Origine des
Aryens (1892), p. 90.
4) Ratzel, J. Ranke,
Ehrenreich, etc., en général les plus récents
ethnographes et ceux qui ont le plus voyagé. Mais cette opinion
comporte toutes sortes de nuances et d'atténuations, attendu que
la parenté peut résulter de croisements et n'implique pas
nécessairement une origine commune. Ratzel, par exemple, qui
affirme quelque part l'unité de la race indo-européenne
entière (voir Litterarisches
Centralblatt, 1897, p. 1295) dit
ailleurs (Völkerkunde,
1895, II, 751) : « Il n'est ni
nécessaire ni vraisemblable d'admettre que tous ces peuples
soient d'une seule et même origine. » — Il est curieux que
les
négateurs de la race aryenne continuent néanmoins de
parler d'elle, tant elle paraît indispensable
362 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
Voilà,
j'espère, le lecteur suffisamment informé de la grande
confusion qui règne aujourd'hui parmi nous touchant
l'idée de race ¹). Cette confusion n'est pas
nécessaire —
elle
—————
comme working
hypothesis. Ainsi Reinach, après qu'il a
démontré
qu'elle n'exista jamais, disserte plus tard, dans un moment d'oubli,
sur « l'origine commune des Sémites et des Aryens » (op. cit. p. 98). — Ujfalvy, que
nous entendions tout à l'heure
contester la parenté de race des Indo-Iraniens des deux versants
de l'Hindou-Kousch, est arrivé pourtant à une conclusion
générale opposée : il croit à une grande
famille aryenne. De fait, anthropologues ou ethnographes,
historiens
de la religion ou du droit, linguistes, et même les historiens
tout court, peuvent de moins en moins se passer de ce concept de
l'« Aryen ». Ce qui n'empêche pas qu'un
écrivain qui en fait usage, même si cet usage est le plus
prudent et le plus strictement limité, s'expose aux railleries
des scribes universitaire, voire aux outrages de folliculaires
anonymes. Puissent les lecteurs de ce livre mettre leur confiance en la
science plutôt qu'en ses vulgarisateurs patentés et qu'en
tous ceux qui font métier d'entretenir la confusion
anti-aryenne ! Au demeurant, si même il était
prouvé
qu'il n'y eut jamais de race aryenne dans le passé, nous voulons
qu'il y en ait une dans l'avenir : pour des hommes d'action,
voilà le point de vue décisif.
¹) Il s'instruira du
degré où peut atteindre cette confusion dans certaines
têtes en feuilletant Le
Préjugé des Races par
Jean Finot, et aussi le résumé des « opinions de la
presse » joint à la 3e
éd. de cet ouvrage, que MM.
Gabriel Monod, Charles Richet, Jules Claretie, Émile Faguet, Max
Nordau, George Brandès, Lombroso, Stead, H. G. Wells et
beaucoup d'autres seigneurs de moindre importance s'accordent à
proclamer un maître livre, un beau livre, un livre substantiel,
un livre opportun, un livre courageux, un livre bienfaisant, etc.,
etc., attendu qu'il démontre par des arguments
irréfutables « toute l'absurdité de la
théorie des
races » (M. Novicow), et « la vanité de tous les
raisonnements
basés sur l'histoire des peuples européens » (M.
Monod),
et l'inexistence de la science ethnographique (M. Faguet) et l'erreur
pernicieuse des stupidités anthropologiques (M. Wells),
réconciliant du même coup (M. Paulucci dit Calboli)
«
les données de la science avec les aspirations
généreuses de la charité chrétienne »
et
avec les désirs, non moins généreux « des
pacifistes et des humanitaires » (M. Louis Lumet). Or, de toutes
les
thèses du présent ouvrage que Le Préjugé
des Races « réfute » aux applaudissements de
cette galerie
de critiques, il n'en est pas une qui ne revête, en passant par
les mains de M. Pinot, un sens complètement étranger
à celui-qu'on y attache ici, et le lecteur qui m'a suivi se
divertirait à le voir pourfendre avec acharnement des moulins
à vent : soit
363 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
ne l'est pas, veux-je dire, de
notre point de vue d'hommes pratiques, d'hommes d'action,
d'hommes appartenant à la vie, car nous n'avons comme tels
aucunement besoin, pour interpréter les leçons de
l'histoire et comprendre le présent
—————
qu'il me
note de «
gobinisme » sur les points précisément où je
déclare bornés et faux les postulats de Gobineau (telle
la chimère des races originellement pures), soit qu'il oppose
triomphalement les Celtes à mes Germains (qui les incluent
suivant la définition que j'ai soin de donner de ce terme, pris
dans son acception anthropologique la plus vaste), soit qu'il
m'apprenne que l'Allemagne a mêlé à son sang
originel (? !) celui des peuples slaves et celtiques (mélange si
fécond, en effet, que je l'invoque à l'appui d'une loi
essentielle de la formation des races et que j'y insiste à
plusieurs reprises) etc., etc. Je ne perdrai pas le temps du lecteur ni
le mien à rectifier cette sorte d'erreurs — si c'est «
erreurs » qu'il faut dire. M. Finot découvre les motifs de
mes
opinions sur la psychologie des peuples — opinions condamnées,
on vient de le voir, par tant d'illustres autorités — dans le
désir de « plaire aux puissants du jour » :
s'attestant
incapable de concevoir le désintéressement de la
pensée, il autorise par là tous les soupçons sur
ses propres motifs — et c'est un objet dont je n'ai cure.
Dans un opuscule qui
complète son grand ouvrage et qui célèbre — tout
simplement — L'Agonie et la Mort des
Races, M. Finot ne se contente pas
de décocher à l'auteur des Grundlagen les
flèches les plus acérées de son carquois (il
l'appelle « l'anthropologiste favori de l'empereur Guillaume
», et
certes il le désarme par des arguments scientifiques de cette
force). Mais s'élevant aux considérations
métaphysique, il nous invite gravement à concevoir
«
notre supériorité sur les autres animaux » et il
ajoute : « comme notre passé historique ne nous permet
point de rêver à une pureté de sang des yorkshires
ou de certaines espèces de moutons (sic), consolons-nous
d'être des humains au sang mélangé, mais ayant une
âme toujours divine et par cela même perfectible, sans
limites.... » Nous renvoyons volontiers le lecteur à cette
âme divine, qui a donné pour épigraphe au dernier
volume témoignant de sa perfectibilité ces paroles
considérables : « De la vérité, toujours
plus
de vérité. » Dans son ouvrage très important
et rigoureusement objectif : Die
Juden und das Wirtschaftsleben
(1911), le professeur Sombart (que je cite sans nul parti pris, car il
me combat à diverses reprises) prend la peine de marquer en
quelques mots que M. Finot ignore jusqu'au sens scientifique du mot
« race » et ne soupçonne même pas les
véritables données du problème inclus dans sa
définition. Le lecteur peut se reporter à cet ouvrage (p.
400-401), s'il tient à s'édifier sur un objet pour moi
sans conséquence.
364 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
à la
lumière du passé, de nous mettre en quête
d'origines obscures et de causes cachées. J'ai
déjà cité ce mot de Goethe : «
S'enquérir vivement de la cause est à un haut
degré nuisible. » Ce qui apparaît clairement
à tous les yeux doit suffire, sinon pour la science, du moins
pour la vie. La science, il faut naturellement qu'elle continue
à suivre d'obstacles en obstacles, mais aussi de merveille en
merveille, son chemin difficile : elle ressemble à l'alpiniste
qui, chaque fois qu'il croit toucher la cime d'une montagne,
découvre au delà du point atteint, et supposé
culminant, un point plus élevé. Mais, la vie n'est
intéressée que fort indirectement au changement
perpétuel des hypothèses scientifiques; c'est même
une des plus fâcheuses aberrations de notre époque que
celle qui consiste à accorder, dans nos jugements, une
prépondérance excessive aux prétendus
« résultats de la science ». Sans doute, il se peut
que savoir ait pour effet d'éclairer, mais ce n'est pas toujours
le cas et par cette raison, notamment, que notre savoir est, de sa
nature, éternellement flottant. Comment des hommes tant soit peu
clairvoyants douteraient-ils qu'une grande partie de ce qu'ils
s'imaginent savoir aujourd'hui paraisse à leurs
après-venants dans cent, deux cents, cinq cents ans, un
monument de grossière et de grotesque ignorance ? Sans doute
encore il est certains faits que l'on peut tenir pour
définitivement acquis; mais de nouvelles acquisitions
éclairent les anciennes d'un jour nouveau; une étude plus
approfondie des faits connus établit entre eux des relations que
rien n'avait fait prévoir et en modifie la perspective : en
ajustant notre jugement à l'état présent de la
science, nous faisons ce que ferait un peintre qui considérerait
le monde dans les changeantes combinaisons d'images aperçues
à travers un caléidoscope transparent, au lieu de
l'observer avec ses seuls yeux. La science pure (par opposition
à la science appliquée) est un noble jouet; sa grande
valeur intellectuelle et morale réside — au moins pour
une part essentielle — en ceci précisément qu'elle ne
sert à rien : c'est sous ce rapport qu'elle se
révèle
365 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
analogue à l'art;
elle procède de la réflexion qui se tourne au dehors. Et
comme la nature est d'une richesse inépuisable, elle fournit au
moi des matériaux toujours nouveaux, elle en accroît le
stock de représentations, elle prépare à
l'imagination un nouveau monde de rêve en remplacement de
l'ancien, qui pâlit peu à peu ¹). La vie au
contraire,
envisagée purement comme telle, est un tout autre être que
le savoir systématique, un être beaucoup plus stable,
mieux fondé, embrassant davantage; c'est la somme de toute
réalité, tandis que la science même la plus
précise ne nous présente jamais que le réel
dilué, généralisé, et non plus
immédiat. J'entends ici par « vie »
l'équivalent de ce qu'on désigne aussi par le mot «
nature », quand par exemple on dit, avec la
médecine moderne, que par la fièvre la NATURE
accélère le processus d'assimilation et défend
l'homme contre la maladie qui l'a surpris. La nature est justement ce
que l'on nomme « auto-active »; ses racines plongent
à une profondeur où n'atteindra jamais le savoir. Or,
nous qui en tant qu'êtres pensants, sachant beaucoup de choses,
scrutant et rêvant hardiment ce que nous ne savons pas, faisons
certes partie intégrante de la nature non moins que les autres
êtres et objets, et que notre propre corps, je suis convaincu que
nous pouvons nous fier avec assurance à cette nature,
à cette vie. Quand bien même la science nous laisse dans
l'incertitude à une foule d'égards, quand bien même
elle tourne à tous vents comme un moderne parlementaire, et
raille aujourd'hui ce qu'elle donnait hier pour vérité
éternelle, ne nous troublons pas : nous en apprendrons toujours
autant qu'il nous en faut pour la vie. Et puis cette superbe
maîtresse est une compagne dangereuse; elle le exalte l'esprit,
mais elle l'enjôle; elle l'induit en extravagantes
chimères par ses tours de prestidigi-
—————
¹) Le physicien
Lichtenberg dit de même (Fragmentarische
Bemerkungen über
physikalische Gegenstände, 15) : « La science de la
nature est,
à mon sens, une sorte de fonds d'amortissement pour la religion,
quand notre téméraire raison fait des dettes. »
366 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
tation. La science et
l'art sont comme les chevaux qu'attelle Platon au char de Psyché
: et ce n'est pas le moindre rôle de cette « saine
intelligence humaine », dont le professeur Virchow déplore
l'éclipse, que de serrer les rênes de ces nobles coursiers
et de modérer leur allure, crainte qu'ils ne fuient en emportant
sans retour son simple bon sens et son jugement naturel. Par le seul
fait que nous avons qualité d'êtres vivants, nous
possédons une infiniment riche et sûre aptitude à
trouver les solutions justes au moment opportun, même sans le
secours d'aucune érudition. Celui qui interroge sans
prévention, et en toute naïveté., la mère
nature —
« les mères », ainsi que parlent les anciens mythes
— peut être certain de recevoir la réponse qu'une
mère donnerait à son fils : réponse d'une
logique pas toujours rigoureuse, mais réponse essentiellement
juste, intelligible, et visant avec un sûr instinct le bien de
celui qui l'a sollicitée. Il en est ainsi de la question sur le
sens de la RACE : une des plus importantes,
peut-être la plus
vitale, de toutes celles qui se posent pour l'homme.
CE QUE SIGNIFIE LA RACE
Posséder sa
« RACE » dans sa PROPRE
conscience, cela certes est plus
directement convaincant que tous les raisonnements. Celui qui
appartient à une race déterminée, à une
race pure, l'éprouve chaque jour. Le génie de son groupe
ne le quitte pas : ce génie le soutient quand son pied
chancelle, et, comme le daïmon socratique, l'avertit au moment
où il risquait de s'égarer; ce génie exige son
obéissance, et souvent le contraint à des actions qu'il
n'eût point osé entreprendre, parce qu'il n'en concevait
pas la possibilité. Faible et faillible comme tout ce qui est
humain, un tel homme se reconnaît pourtant lui-même (et de
bons observateurs le reconnaissent) à la SÛRETÉ
de son
caractère, et puis au fait que toute sa manière d'agir
porte une empreinte de grandeur simple, qui trouve son explication dans
l'élément typique dépassant la
personnalité. La race élève un homme au-dessus de
lui-même, elle lui confère des capacités
extraordinaires, j'allais dire : surnaturelles, tant elle le
différencie de l'individu issu d'un
367 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
pêle-mêle
chaotique de toutes sortes de peuples; et si d'aventure il se trouve
que cet homme, produit d'une sélection ennoblissante, soit
extraordinairement doué, alors son appartenance raciale le
fortifie, l'exalte de toutes parts, et il devient un génie
dominant l'humanité entière : non parce qu'un caprice de
la nature l'a jeté sur la terre comme un météore
flamboyant, mais parce qu'il s'est dressé vers le ciel comme un
arbre nourri par des milliers et des milliers de racines, vigoureux,
élancé, inflexiblement droit — et ce n'est point
là proprement un individu isolé, mais la somme vivante
d'innombrables âmes tendues dans la même direction.
Quiconque a des yeux pour voir reconnaît d'emblée la
« race » chez les animaux. Elle se montre dans tout leur
habitus, s'atteste en des centaines de détails qui
échappent à l'analyse; mais, en outre, elle se traduit
dans la qualité de leurs actes, car sa possession conduit
toujours à des résultats exceptionnels, extrêmes;
disons même, si l'on veut, exagérés: et cela, du
fait de leur unilatéralité. Goethe soutient quelque part
que c'est la surabondance qui fait la grandeur ¹); la
surabondance,
voilà précisément ce qu'assure aux individus la
race, constituée par sélection de matériaux
excellents. Et, en vérité, ce que nous enseigne tout
cheval de course, tout fox-terrier, tout coq de Cochinchine ennobli par
l'élevage, n'est-ce pas aussi l'éloquente leçon
qui ressort de l'histoire de notre propre espèce ? La floraison
du peuple hellène ne témoigne-t-elle pas d'une
surabondance sans pareille ? cette surabondance ne date-t-elle pas du
moment où s'interrompent les immigrations du Nord et où
les divers groupes d'hommes vigoureux qui ont peuplé la
presqu'île, maintenant isolés, se fondent en une race —
plus riche et plus nuancée là où le sang
apparenté a conflué de sources plus diverses, comme
à Athènes, plus simple et plus résistante
là où une digue a été opposée
à ce mélange, comme à Lacédé-
—————
¹) Materialien zur
Geschichte der Farbenlehre, dans la section sur la
personnalité
de Newton.
368 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
mone ? Et
n'assistons-nous pas à l'extinction de la race, du moment que le
pays, incorporé à un tout plus grand, se voit
arraché à son fier exclusivisme ? ¹)
N'apprenons-nous pas
de Rome la même chose ? N'est-ce pas, ici aussi, d'un
mélange particulier ²) que procède une race tout
à
fait nouvelle, différente de toutes celles qui se formeront plus
tard par ses aptitudes et ses facultés, et douée d'une
surabondance de force ? et la victoire n'accomplit-elle pas ici ce
qu'accomplit ailleurs la défaite — seulement avec une
rapidité bien plus grande encore ? Comme une cataracte le sang
étranger inonda la Rome presque dépeuplée et, du
coup, les Romains cessèrent d'être. S'imagine-t-on
qu'entre tous les Sémites un seul peuple, et le plus
infinitésimal, fût devenu une puissance capable
d'étreindre le monde; si la pureté de la race n'avait
constitué sa loi fondamentale et inébranlable ? En ces
jours où l'on débite tant d'absurdités sur la
—————
¹) Chacun sait que cette
extinction ne se produisit que graduellement, et cela malgré une
situation politique qui eût extirpé instantanément
du monde le caractère hellénique, si les aptitudes de
race n'eussent été ici déterminantes. Longtemps
encore durant l'époque chrétienne, Athènes
demeura le centre de la vie intellectuelle de l'humanité;
Alexandrie faisait plus parler d'elle, il est vrai (le fort contingent
sémite de ses habitants y pourvoyait !), mais quiconque
désirait étudier sérieusement se rendait à
Athènes, jusqu'à ce que l'intolérance
chrétienne fermât pour jamais ses écoles, en l'an
529; on rapporte qu'en ce temps même l'homme du peuple s'y
distinguait encore par « la vivacité de son esprit, la
pureté de son langage et la sûreté de son
goût » (Gibbon, ch. 40). — Un exposé
détaillé et fort attachant des circonstances qui
conduisirent à l'anéantissement de la race
hellénique par l'immigration étrangère est celui
que donne George Finlay : Medieval
Greece, ch. I. Dans le pays
s'étaient installés tout à tour des colonies
militaires romaines de toutes les parties de l'empire, puis des Celtes,
des Germains, des Esclavons, des Bulgares, des Valaques, des Albanais,
etc., qui s'étaient mélangés avec la population
primitive. Les Zakons, nombreux encore au XVme
siècle,
aujourd'hui presque entièrement disparus, passent pour
être les seuls Hellènes purs.
²) Je
résume
à ce sujet l'opinion de Mommsen dans la troisième note
ajoutée au texte de la section intitulée « Idéals
romains », chap. II du présent ouvrage.
369 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
question qui nous
occupe, laissons-nous instruire par Disraéli, qui proclame que
toute la signification du judaïsme réside dans la
pureté de la race, qu'elle seule lui assure force et consistance
et que, comme il a survécu aux peuples de l'antiquité,
il survivra aussi, grâce à sa connaissance de cette loi de
nature, aux groupes ethniques du présent, qui se
mélangent sans mesure et sans méthode ¹).
Que
nous importent les
vastes enquêtes scientifiques sur le point de savoir s'il y a
réellement des races distinctes ? si la race a une valeur ?
comment il se peut qu'elle en ait, etc. ? Remettons les bœufs devant la
charrue et disons : c'est l'évidence même
qu'il y a des races; c'est un fait d'expérience directe que la
qualité de la race possède une valeur décisive; il
vous appartient de rechercher le comment et le pourquoi de ce qui est,
non de le nier pour gratifier votre ignorance. Un des ethnographes les
plus éminents de notre temps, Adolphe Bastian, déclare :
« Ce que nous observons dans l'histoire, ce n'est pas une
transformation des races l'une dans l'autre, ce sont au contraire des
créations nouvelles et complètes que fait surgir de
l'invisible Hadès la force productrice éternellement
jeune
de la nature » ²). À faire la petite traversée
Calais-Douvre, on
croit changer de planète, tant diffèrent entre eux les
Anglais et les Français, malgré leurs multiples liens de
parenté. Et par cet exemple l'observateur s'instruit aussi
de la valeur que possède pour une race son mode de reproduction
le plus pur, celui qui se fonde sur l'endogamie. L'Angleterre est comme
coupée du monde par sa situation insulaire; sa dernière
invasion (pas très nombreuse) remonte à huit
siècles; depuis lors y ont seuls émigré quelques
milliers de Néerlandais, puis quelques milliers de
—————
¹) Voir les romans
Tancred et Coningsby. Dans ce dernier, Sidonia
dit : « La
race est tout; il n'y a pas d'autre vérité. Et toute race
court à sa ruine, qui se montre insoucieuse de préserver
son sang des mélanges. »
²) Das Beständige in den
Menschenrassen und die Spielweite ihrer Veränderlichkeit
(1868), p. 26.
370 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
Huguenots, dans les deux
cas des parents de race : et c'est ainsi que s'est produite la race
indubitablement la plus forte de l'Europe actuelle ¹).
Mais
l'expérience
directe nous vaut encore une quantité d'observations de sorte
différente grâce auxquelles notre savoir revêt une
forme plus déterminée, en même temps que plus
étendue. Considérons, par exemple, en opposition à
la race anglo-saxonne qui est nouvelle et que nous voyons se fixer, les
SEFARDIM ou, comme on dit couramment, les « Juifs
espagnols » ²) : nous apprendrons par eux comment une race
fixée peut, en persévérant dans sa pureté,
se maintenir noble durant des centaines et des milliers
d'années, mais aussi combien il est nécessaire de
distinguer dans un peuple entre les produits de culture noble et les
autres. En Angleterre, en Hollande et en Italie, il existe encore
d'authentiques
—————
¹) « La plupart des
races historiques de l'Europe sont encore en voie de formation.... Seul
l'Anglais actuel représente une race presque entièrement
fixée », note Gustave Le Bon dans ses Lois psychologiques de
l'évolution des peuples, p. 48-49. — Au Japon aussi, un
heureux
mélange, puis l'isolement insulaire, ont été les
facteurs de formation d'une race beaucoup plus forte et (en dedans de
la sphère de possibilités mongoloïdes) beaucoup
mieux douée encore que ne se plaisaient à croire les
Européens. Ils en ont reçu d'assez éloquentes
preuves, depuis que parut la première édition de cet
ouvrage. Aux lecteurs désireux de connaître intimement
l'âme japonaise, on ne saurait recommander un meilleur guide que
Lafcadio Hearn, dont les livres (Kokoro,
Kwaïdan, Chita, Kotto, etc., ont commencé de
paraître en traduction
française (éd. du Mercure
de France).
²) Et portugais. Le mot
Sefarad, qui figure dans le prophète Abdias, v. 20, et en aucun
autre passage de la Bible, a été interprété
comme désignant la ville de Sardes ou celle de Sparte, le
Bosphore — et finalement l'Espagne. Quant aux Askenazim, ou Juifs
allemands et polonais, ils tirent leur nom d'Askenaz, fils de Gomer,
Genèse X, 3: cf. Jérémie LI, 27,
où,
Askenaz s'applique à une contrée voisine de la mer Noire
(d'où les assimilations plus ou moins aventureuses
tentées par des commentateurs avec les divers Ascagne d'Asie
mineure, avec la « lointaine Ascanie » d'Homère,
avec Ascanius
fils d'Enée : quelques-uns, considérant que les Juifs
n'ont pas d'autre nom pour désigner les Allemands, pensent
même trouver une assonance entre Askenaz, Saxons et Scandinaves !)
371 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
Sefardim, mais eu petit
nombre, car ils ne peuvent presque plus éviter le mélange
avec les Askenazim, ou « Juifs allemands » : ainsi les
Montefiore de la génération actuelle ont tous
épousé des représentantes de ce dernier groupe.
C'est dans l'Europe orientale, où les Sefardim non
adultérés fuient le contact des autres Juifs et marquent
une horreur presque comique pour les Askenazim, qu'il faut les
étudier : quiconque a eu l'occasion de le faire me comprendra,
si
j'affirme qu'au spectacle de ces hommes m'est devenue pour la
première fois intelligible la signification du judaïsme
dans l'histoire du monde. Voilà de la noblesse au plein sens du
mot, voilà l'authentique noblesse de race ! Belles statures,
nobles têtes, dignité parfaite dans le discours et dans le
maintien. Le type est « sémitique » — dans
l'acception que nous donnons à ce terme en l'appliquant à
certains Arabes ou Syriens de la catégorie la plus
élevée. Un coup d'œil, et j'avais compris que du milieu
de telles gens eussent pu surgir des prophètes et des
psalmistes, chose qui, je l'avoue, ne m'avait jamais réussi
à l'examen, pourtant attentif, de centaines de « Bochers
» ¹) qu'on rencontre à Berlin le long de la
Friedrichstrasse. Et en effet, si nous lisons avec quelque attention
les livres sacrés des Juifs, nous constatons que la
transformation de leur « monopolythéisme » en un
réel monothéisme cosmique — représentation certes
grandiose, encore que trop mécaniquement matérialiste
pour notre sentiment — ne fut pas l'œuvre du peuple en son ensemble,
mais celle d'une minorité. Bien plus. Cette minorité dut
mener contre la majorité une lutte incessante, et c'est par la
force qu'elle lui imposa sa conception plus noble de la vie : par
quelle force ? par la plus haute puissance humaine, par la
puissance de la personnalité. Le gros du peuple fait
l'impression d'une masse extraordinairement vulgaire,
destituée de toute haute
—————
¹) « Bocher » (de bachur,
« jeune homme ») désigne en hébreu vulgaire
l'étudiant du Talmud, ou simplement l'étudiant, par
opposition à dardeka,
le collégien.
372 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
aspiration : les riches,
durs — de col roide et de faible foi; les pauvres, versatiles, et sans
cesse repris du désir de s'adonner à la plus lamentable,
à la plus répugnante idolâtrie; à moins
toutefois que les prophètes n'aient énormément
exagéré. Mais le cours de l'histoire juive assura la
sélection des éléments moralement
supérieurs; par l'exil, par le processus d'élimination
continuelle dans la Diaspora, conséquence de la pauvreté
du pays et des périls de sa situation, seuls demeurèrent
(d'entre les meilleures classes) les plus fidèlement
attachés à l'idéal national, et ceux-ci tenaient
pour
abominable toute union conjugale — même avec des Juifs ! — dans
laquelle les deux parties ne pouvaient établir incontestablement
leur descendance d'une des tribus d'Israël et confirmer la
pureté de leur extraction par la rigueur de leur orthodoxie
¹).
Aussi leur restait-il peu de choix; car leurs plus proches voisins, les
Samaritains, étaient hérétiques, et dans les
districts plus éloignés, si l'on excepte les
lévites qui se maintenaient en état d'isolement, la
population était
fort
mélangée par de multiples croisements. C'est de cette
façon que la race fut soumise à une véritable
discipline d'élevage. Et quand vint la dispersion finale, ces
seuls Juifs authentiquement purs furent tous, ou presque tous,
déportés en Espagne. Les Romains, en effet,
étaient des politiques trop avisés pour ne pas faire la
distinction nécessaire : et c'est dans l'extrême Occident,
aussi loin que possible du berceau de la race ²), qu'ils
transférèrent ces dangereux fanatiques, ces hommes fiers
dont un simple regard courbait la foule à l'obéissance,
tandis que le peuple juif, en
—————
¹) Les enfants
illégitimes ne sont pas admis dans la communauté par les
Juifs croyants. Chez les Sefardim actuels de l'Europe orientale, une
jeune fille qui est réputée avoir failli n'a pas de
pitié à attendre : des
plénipotentiaires de la
communauté la transfèrent dans un pays étranger,
et l'on ne doit plus entendre parler de la mère ni de l'enfant,
qui désormais passent pour morts. On protège ainsi
l'intégrité du sang contre l'aveuglement de la passion.
²) Voyez, par ex., Graetz
: op. cit., ch. 9 : «
La période diasporique. »
373 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
dehors des limites
étroites de la Judée, ne fut pas exposé à
plus de rigueur que les Juifs de la Diaspora ¹). Et voilà
en
vérité une intéressante leçon de choses sur
l'origine et la valeur d'une « race » : car, de tous
les hommes que nous avons accoutumé d'appeler « Juifs
», il en est relativement bien peu qui descendent de ces purs et
nobles Hébreux; la grande majorité se rattachent aux
Juifs de la Diaspora, à des Juifs qui n'ont pas pris part aux
dernières luttes héroïques, ni même à
celles du temps des Macchabées : ce sont ces Juifs-là, et
puis le pauvre peuple de campagnards demeurés en Palestine et
qui, plus tard, durant les siècles chrétiens, fut
expulsé ou s'enfuit, ce sont eux, les ancêtres de presque
tous « nos Juifs ». Et j'ajouterai : si quelqu'un
désire connaître, par le témoignage de ses yeux, ce
qu'est une race noble et ce qui n'en est pas une, qu'il fasse venir de
Salonique ou de Sarajevo le plus pauvre des Sefardim (ces gens
possèdent rarement de grandes richesses, car ils sont d'une
nonnêteté scrupuleuse) et qu'il le confronte avec un baron
Rotschild ou un baron Hirsch de son choix : il apercevra
aussitôt la différence entre la noblesse que
confère la race et celle qu'octroie un monarque ²).
—————
¹) Ainsi une école
de rabbins très influente subsista longtemps à
Tibériade. Sur cette politique des Romains, voir Théodore
Reinach : Histoire des
Israélites (3me éd.
1903), p. 15
et 16. Sauf le « fisc judaïque » (impôt de 2
francs
par tête versé au trésor de Jupiter Capitolin) et
« quelques actes de persécution isolés et
temporaires »,
Rome, dit l'auteur, « témoigna aux Juifs, comme à
tous
les peuples soumis à sa domination, une parfaite
tolérance. Ils eurent partout le droit de s'assembler librement,
de célébrer des repas communs, de se cotiser pour
subvenir aux besoins du culte, de bâtir des cimetières et
des lieux de prière; on les dispensa du service militaire, peu
compatible avec l'observation rigoureuse de leurs pratiques
cérémonielles. On enleva aux communautés la
juridiction pénale, considérée comme un attribut
de la puissance politique, mais on laissa subsister la juridiction
civile.... » — Sur l'ennoblissement des Sefardim par le sang
gothique,
voir ci-dessous.
²) Les Goths, qui plus
tard passèrent en masse à l'islamisme dont ils furent
les plus nobles et les plus fanatiques champions, avaient auparavant
adopté en grand nombre le judaïsme; un spécialiste
en la
matière,
374 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
LES CINQ LOIS
FONDAMENTALES
On pourrait citer quantité d'autres
exemples. Mais je
crois que
nous avons réuni des données suffisantes pour
procéder
à une analyse méthodique de nos connaissances sur la
race, et pour dégager les principes qui doivent servir de base
à un jugement réfléchi et qualifié touchant
cet objet. Loin de déduire les possibles conséquences
d'états originels hypothétiques, nous suivons la marche
inverse et, de quelques faits positifs, nous inférons les causes
directes de ces faits. L'inégalité des aptitudes,
même entre groupes ethniques manifestement proches parents, est
évidente; mais en outre, pour quiconque y regarde d'assez
près, il est tout aussi évident que parfois, en tel ou
tel lieu, durant tel ou tel laps de temps, un groupe non seulement se
différencie des autres, mais les dépasse et marque avec
éclat sa supériorité, parce qu'en lui s'atteste
une surabondance de dons d'énergie productive. Par quelques
exemples, que chacun multiplierait à plaisir, j'ai essayé
de montrer qu'un pareil phénomène trouve son explication
dans une certaine discipline de la race. Précisant maintenant ce
que nous savons de cette discipline, je vais énoncer les cinq
lois de nature dont nous apparaît dépendante la formation
des races nobles.
1º La condition
essentielle, c'est, sans contredit, l'existence d'une
matière première d'EXCELLENTE QUALITÉ.
Où
il n'y a rien, le roi perd
ses droits. Mais si quelqu'un me demandait d'où vient cette
matière première, je lui répondrais que je n'en
sais absolument rien et que je suis sur ce point tout aussi ignorant
que si j'étais le plus grand des savants. Et puis j'invoquerais
le témoignage du plus universel sage du dix-neuvième
siècle et je dirais avec Goethe : « Cela dont la naissance
se dérobe à nous dans la nuit des temps, il nous
—————
professeur
à
l'université de Vienne, m'assure que la
supériorité morale et intellectuelle, autant que
physique, des Juifs dits « espagnols » et «
portugais », s'expliquerait par ce riche appoint de sang
germanique plus encore que par cette discipline
raciale dont j'ai parlé et dont il ne méconnaît
point au
reste la considérable importance. Je suis incompétent
pour décider si cette opinion est justifiée.
375 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
est impossible de le
concevoir naissant; ce qui est déjà né, ce qui
nous entoure, passe notre intelligence » ¹). Si loin
qu'atteignent nos regards, nous voyons des hommes, nous voyons qu'ils
diffèrent profondément entre eux par leurs aptitudes,
nous voyons que quelques-uns présentent des germes de croissance
plus vigoureux que les autres — et c'est tout. Une seule affirmation
est possible sur le terrain de l'observation historique : c'est qu'un
haut degré d'excellence ne devient manifeste que peu à
peu, grâce au concours de circonstances spéciales, c'est
que cette excellence s'accroît lorsqu'elle est forcée de
se dépenser, tandis que d'autres circonstances ont pour effet
qu'elle dégénère complètement. La lutte par
où s'épuise et périt une matière humaine
qui était faible de nature, cette même lutte trempe les
forces de celle qui était forte; en outre, la lutte pour
l'existence fortifie encore cette souche forte par élimination
des éléments plus faibles. L'enfance des grandes races
connaît toujours les orages de la guerre — même l'enfance
des Hindous métaphysiciens.
2º Mais il s'en faut
qu'il suffise d'hommes braves pour produire cette « surabondance
» qui caractérise la vraie grandeur. Des races comme les
Grecs, les Romains, les Francs, les Souabes, les Italiens et les
Espagnols de l'époque brillante, les Maures, les Anglais, des
anomalies comme les Aryens de l'Inde et comme
les Juifs, sont dues à un RÉGIME
ENDOGÉNIQUE
prolongé : elles se font et se défont sous nos yeux. Si
j'emploie ici, faute d'un meilleur, le mot « endogénie
» (signifiant proprement : mariage au sein du clan), c'est en
élargissant l'acception tribale qui le particularise dans le
langage anthropologique. Il s'agit d'indiquer un état dans
lequel, n'y ayant de relations procréatrices qu'entre les plus
proches parents de race, et toute immixtion de sang étranger se
trouvant ainsi exclue, la race multiplie en
—————
¹) « Was nicht
mehr entsteht, können wir uns als entstehend nicht
denken. Das Entstandene begreifen wir nicht. »
376 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
dedans de la race :
Inzucht, dit l'allemand. On en
a fourni plus haut de frappants
exemples.
3º Mais la reproduction de la race par voie
endogénique, ne conduirait pas au but,
si, dans ce régime de conservation et d'accumulation, ne
s'opérait d'autre part le triage des éléments
à reproduire et de ceux à éliminer. La
SÉLECTION est une loi qui se comprend d'autant
mieux que l'on a
plus de familiarité avec les principes de l'élevage, tel
qu'il se pratique artificiellement pour les plantes et pour les
animaux. On ne saurait trop recommander l'étude de ces
principes, car rien n'enrichit autant nos conceptions des
possibilités plastiques de la vie ¹). Une fois qu'on s'est
instruit des merveilles qu'accomplit la sélection, une fois
qu'on l'a vue à l'œuvre pour produire un cheval de course, ou un
basset, ou quelque « surabondant » chrysanthème,
par élimination méthodique de tout caractère
d'infériorité, on n'aura pas de peine à
reconnaître dans l'espèce humaine l'action du même
phénomène, encore qu'il ne s'y puisse naturellement
manifester avec la même clarté et précision. J'ai
invoqué l'exemple des Juifs : l'exposition des enfants
chétifs en est un autre, et l'on ne saurait nier en tous cas les
bienfaits de cette loi chez les Grecs, les Romains et les Germains; la
dureté des temps auxquels ne survivent que l'homme le plus
robuste et la femme la plus endurante agit dans le même sens
²).
4º
Une autre loi
fondamentale, moins généralement reconnue, paraît
ressortir avec évidence de l'histoire et trouve sa confirmation
dans l'expérience des éleveurs : on peut la formuler an
disant qu'à la formation de toute race extraor-
—————
¹) La littérature
du sujet est énorme. Tout le monde devrait lire au moins
l'ouvrage de Darwin intitulé Animals
and Plants under
Domestication, qui a le mérite d'être simple,
aisément intelligible, et d'une étonnante
variété dans ses exemples. Dans l'Origine des
Espèces le même thème est traité
d'une
manière plus condensée et plus tendancieuse.
²) Jhering
établit avec force que, par exemple, les siècles de
migration eurent pour les Germains le sens d'une sélection de
plus en plus ennoblissante (Vorgeschichte,
p. 462).
377 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
dinaire prélude
sans exception un MÉLANGE
DE SANG. Comme
dit finement Emerson :
« We are
piqued with pure descent, but nature loves inoculation.
» Il est impossible naturellement de rien affirmer à cet
égard touchant les Aryens de l'Inde : leur préhistoire se
perd dans les nuages; par contre, les faits témoignent avec une
parfaite
clarté en ce qui concerne les Juifs, les
Hellènes, les Romains, et ils ne sont pas moins probants quant
aux
nations d'Europe qui se sont distinguées par l'action collective
ou par la production d'un grand nombre d'individus «
surabondamment » doués. Le
prochain chapitre traitera des
Juifs, et j'ai déjà entretenu souvent le lecteur des
Grecs, des
Romains, des Anglais, considérés à ce point de
vue. Je ne
voudrais pas, pourtant, lui épargner la peine de lire une fois
attentivement dans Curtius et dans Mommsen ces chapitres de
début qu'on a coutume de feuilleter plutôt que
d'étudier, parce qu'on se laisse rebuter par l'aspect
rébarbatif des pages hérissées de noms et par le
désordre
même des événements exposés. Jamais, de
fait, n'a eu lieu un mélange aussi accentué et aussi
favorable qu'en Grèce : issues
d'une souche commune, des variétés
caractéristiquement différenciées
se forment dans des plaines diverses que
séparent mers ou montagnes — ici s'adonnant à la chasse,
ailleurs à la navigation, ailleurs encore vaquant paisiblement
aux travaux
de l'agriculture, etc. Puis c'est, entre ces groupes
différencies, un va-et-vient continuel, une
interpénétration
telle que les artifices de l'élevage, s'ils se fussent
employés
ici, n'eussent pu la réaliser plus complètement. Aux
migrations de
l'Est à l'Ouest succèdent des migrations inverses
à travers
la mer Égée. Mais entre temps les groupes de
l'extrême
Nord (en première ligne les Doriens) se sont avancés
jusqu'à l'extrême Sud, refoulant de ce Sud vers leur point
de
départ beaucoup de ses habitants les plus nobles, rebelles
à leur
joug, à moins que ceux-ci ne préférassent prendre
la mer et gagner
les îles ou les côtes helléniques de l'Asie. Or
chacun de ces
déplacements est l'occasion de croisements. Ainsi, par exemple,
loin que les Doriens aillent
378 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
tous peupler le
Péloponèse, beaucoup demeurent en arrière à
chaque étape de leurs longues migrations et se mêlent aux
habitants qu'ils trouvent établis dans ces diverses stations.
Bien plus : ces Doriens primitifs eux-mêmes, que nous nous
imaginons comme un tout uniforme, possédaient une vieille
tradition qui les représentait formés de trois souches
distinctes, et encore une de ces souches était-elle dite race
des « Pamphyles », ou des « gens de toute extraction
» ! Là où se produisit le plus heureux
mélange, c'est là qu'éclate la «
surabondance » des dons : dans la Nouvelle-Ionie et dans
l'Attique. Dans la Nouvelle-Ionie s'ajoutaient des Grecs à des
Grecs, « des Ioniens rentraient dans leur ancienne patrie, mais
ils y rentraient si transformés que, de cette nouvelle fusion
d'éléments originairement apparentés, allait dater
pour la vieille terre ionienne un développement tout à
fait national, mais en même temps extraordinairement
intensifié, riche et — dans ses résultats —
complètement nouveau. » Plus instructive encore est
l'histoire de la formation du peuple attique et tout
spécialement du peuple athénien. En Attique
précisément (comme en Arcadie et nulle part ailleurs), la
population primitive dés Pélasges était
demeurée en place, « elle ne fut jamais expulsée
par une force étrangère ». Mais par son littoral formant
une dépendance de l'archipel, le pays invitait à
l'immigration : elle ne manqua pas de se produire, et de toutes parts.
Si les Phéniciens — des étrangers — se bornèrent
à fonder leurs comptoirs de commerce sur les îles
voisines, des
parents de race, des Grecs, venant de l'un ou de l'autre
côté de la mer, affluèrent dans l'intérieur
et se mélangèrent peu à peu avec ses habitants.
Puis vint l'époque de l'invasion dorienne, facteur de
transformations si profondes et si durables; l'Attique seule fut
épargnée : et c'est vers elle que convergèrent les
fugitifs accourus de tous les points de l'horizon, de Béotie,
cl' Achaïe et de Messénie, d'Argos et d'Égine, etc.
Cette
nouvelle immigration n'est plus celle de populations entières,
mais d'individus qui sont pour la plupart des hommes d'élite,
appartenant à des
379 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
familles
distinguées ou même royales : d'où, pour le petit
pays où ils se fixent, un extraordinaire enrichissement de la
race, ainsi accrue d'éléments nobles et dès
longtemps sélectionnés. Alors seulement, produit de ce
mélange bigarré, nait Athènes, l'harmonieuse
Athènes envers laquelle l'humanité a plus d'obligations
qu'elle n'en établira jamais le compte ¹).
Un peu
de
réflexion nous convaincra que la même loi s'affirme chez
les Allemands, les Français, les Italiens et les Espagnols.
N'est-il pas vrai, par exemple, que les diverses tribus germaniques
sont comme une force élémentaire et purement brutale
jusqu'à ce qu'elles commencent à se mêler entre
elles ? Qu'on voie comment la Bourgogne, si riche en hommes
éminents, doit sa population particulière au
mélange intime des éléments germain et roman, et
en développe l'individualité caractéristique
grâce à son isolement politique prolongé ²).
Les Francs
atteignent la plénitude de leur force, ils dotent
l'humanité d'un type nouveau de l'humain, là où
ils se fondent avec les tribus germaniques qui les ont devancés
et avec les Gallo-Romains, ou encore,
—————
¹) Cf. Curtius :
Griechische Geschichte l. I,
ch. 4 et l. II, ch. 1 et 2. — Le fait que
Gobineau attribue à une infiltration de sang sémitique
les dons intellectuels extraordinaires des Grecs, et en particulier
leurs aptitudes artistiques, est un exemple illustre des
insanités auxquelles se trouvent conduits les plus clairvoyants,
quand ils prennent pour point de départ des hypothèses
erronées, artificielles, contredisant l'enseignement de
l'histoire et celui de la nature.
²) Ce mélange
intime se produisit par le fait que les Burgondes, en se fixant dans le
pays, y vécurent en colons isolés, chacun devenant
l'hospes d'un habitant dont il
s'appropriait deux tiers des terres
cultivées, une moitié des bâtiments et jardins,
tandis que forêts et pâturaux restaient bien commun. Si
faible qu'ait dû être, au début, la sympathie entre
l'aborigène et son hôte malvenu, ils n'en vivaient pas
moins porte à porte, et se sentaient solidaires chaque fois
qu'éclatait avec des tiers une querelle sur des questions
de frontières ou d'autres points de droit ayant rapport à
la propriété : aussi la fusion ne fut-elle pas longue à
s'opérer (Cf. entre autres Savigny : Geschichte des römischen Rechts im
Mittelalter, ch. 5 § 1).
380 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
comme en Franconie,
là où ils forment précisément le point de
réunion des éléments allemands et slaves les plus
différents, la Souabe, patrie de Mozart et de Schiller, a pour
habitants des demi-Celtes; la Saxe, qui a donné au peuple
allemand un si grand nombre de ses gloires, renferme une population
presque complètement imprégnée de sang slave; et
l'Europe n'a-t-elle pas assisté depuis trois siècles
à l'essor d'une nation nouvelle — la Prusse — qui,
procédant de mélanges de sang encore bien plus
accentués, est devenue par la supériorité de sa
force le chef de l'empire allemand ?
Préciser par des
détails ces rapides indications m'entraînerait trop loin
de mon objet. Pourtant, s'agissant de la haute valeur qui s'attache aux
races pures et des moyens par lesquels elles s'obtiennent, je ne
saurais laisser d'insister sur la nécessité, ou au moins,
l'utilité des mélanges de sang. Ce n'est pas seulement
pour prévenir le reproche de ne voir qu'un côté des
choses et d'obéir à un parti pris apriorique, c'est parce
que je crois que les défenseurs de la race ont nui à leur
cause en méconnaissant précisément l'importante
loi des mélanges. Ils sont tombés dans l'erreur qui
consiste à postuler la « race pure » en soi, et
c'est là un concept mystique dépourvu de toute substance,
qui paralyse la pensée au lieu de la stimuler. Ni l'histoire, ni
la biologie expérimentale, ne prononcent en faveur de cette
chimère. La race des pur-sang anglais a été
obtenue par croisement d'étalons arabes avec des juments
anglaises ordinaires (naturellement choisies avec soin), et par
endogénie subséquente, sous cette réserve
toutefois qu'un nouveau croisement entre variétés
s'écartant peu du type, ou avec des arabes, apparaît de
temps en temps désirable; un des êtres les plus nobles
dont se puisse enorgueillir la nature, le « vrai »
terre-neuve, comme on dit, s'est formé par croisement d'un chien
d'Esquimaux avec un chien courant français, puis, grâce
à la situation isolée de Terre-Neuve, il a atteint
à la fixité et à la pureté de son type par
l'effet d'une endogénie prolongée, et enfin,
381 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
lorsque des exemplaires
de sa race ont été introduits en Europe par des amateurs,
le type y est parvenu par sélection au plus haut degré
d'ennoblissement.
Peut-être le
lecteur sourit-il de ce que je cherche si souvent dans l'élevage
des animaux exemples ou analogies ? Mais je tiens que les lois de la
vie sont de grandes et simples lois, qu'elles embrassent et configurent
tout ce qui vit. Nous n'avons pas le moindre
prétexte pour considérer l'espèce humaine comme
une exception; Et puisque en cette matière de
l'élevage — ou de la discipline — des races, nous ne sommes pas
en
mesure d'expérimenter sur l'homme, il faut bien que nous
prenions conseil des essais tentés sur l'animal et sur la
plante. — Mais je n'en ai pas fini avec la loi des mélanges : il
importe d'en considérer encore un aspect. Un
régime d'endogénie persistante, quand il se maintient
dans un cercle très étroit, conduit avec le temps
à la dégénérescence et, notamment, à
la stérilité. D'innombrables expériences dans
l'élevage animal le prouvent. Alors il suffit parfois d'un seul
croisement — borné, par exemple, à quelques sujets dans
toute une meute — pour que la race affaiblie redevienne florissante et
que la puissance prolifique renaisse. Chez les hommes,
l'espiègle Éros pourvoit si libéralement au
rafraîchissement du sang, qu'on a moins l'occasion d'observer les
effets d'un consanguinisme prolongé, encore qu'ils apparaissent
chez certaines familles très nobles, ou royales ¹), dans la
déchéance des aptitudes spirituelles et physiques
²). Il
—————
¹) Voir les indications
dans Haeckel: Natürliche
Schöpfungsgeschichte (8e
leçon); le lecteur français en trouvera de beaucoup plus
détaillées dans P. Jacoby : Études sur la
sélection dans ses rapports avec l'hérédité
chez l'homme.
²) Beaucoup de savants
s'accordent, et surtout s'accordaient, à signaler les suites
fâcheuses des mariages entre proches parents; ce sont les organes
des sens (comme en général le système nerveux)
et les organes sexuels qui paraissent en souffrir le plus. Voir
à ce sujet les cours de George H. Darwin, parus en allemand
sous ce titre : Die Ehen zwischen
Geschwisterkindern und ihre Folgen (Leipzig, 1876). Tout
récemment, un savant qui fait son
étude de la tuberculose, Pettidi, a incri-
382 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
suffit d'ailleurs que les
conjoints ne soient pas trop étroitement apparentés pour
que, appartinssent-ils exactement au même type, la race
bénéficie des précieux avantages de
l'endogénie sans être exposée à ses
inconvénients. Chacun pourtant voit bien qu'ici s'atteste
quelque loi mystérieuse de la nature — une loi si pressante que,
dans le règne végétal où
l'autofécondation (c'est-à-dire la fécondation du
stigmate femelle par le pollen mâle tombé des
anthères qui l'entourent dans la même corolle)
paraît à première vue chose naturelle et
inévitable, on rencontre le plus souvent des appareils
extrêmement compliqués assurant la fécondation
croisée (dans laquelle la poussière de pollen est
transférée d'un individu à un autre par des
insectes, à moins qu'elle ne s'envole au vent ¹). À
considérer cette loi si manifestement essentielle, on peut
présumer que ce n'est pas pur hasard si les races
exceptionnelles procèdent toutes — à l'origine de leur
formation — d'une interpénétration de
variétés diverses : bien
—————
miné
de ce chef
les mariages consanguins, en citant de terribles exemples à
l'appui de sa thèse.
¹) Aux lecteurs que n'a
pas encore passionnés l'histoire naturelle, je ne saurais trop
recommander l'ouvrage de Christian Konrad Sprengel, paru, dès
1793, sous ce titre : Das entdeckte
Geheimnis der Natur im Bau und in
der Befruchtung der Blumen, et qui devrait être
considéré comme une gloire nationale par toute
l'Allemagne; il en existe depuis 1898 une édition en facsimile
(Berlin, Mayer u. Müller). Parmi les publications relativement
récentes, je mentionnerai, de Hermann Müller :
Alpenblumen, ihre Befruchtung durch
Insekten und ihre
Anpassungen an dieselben, avec d'excellentes illustrations qui
sont
chose importante en l'espèce, et Blumen und
Insekten, qui comprend les plantes extraeuropéennes. Sans
doute
y a-t-il peu d'observations qui, pour nous initier aux merveilles les
plus secrètes de la nature par une voie rapide et sûre,
vaillent l'étude des relations vitales réciproques entre
le monde végétal et animal. Que signifie notre savoir,
que signifient nos hypothèses en face de pareils
phénomènes ? Ils nous avertissent d'observer avec plus de
fidélité encore et aussi de modestie, contents de nous
mouvoir uniquement dans le cercle de ce qui nous demeure accessible.
Le présent ouvrage
s'imprimait quand Knuth a publié son Handbuch der
Blütenbiologie. Aux lecteurs français sans doute
est-il
superflu d'indiquer l'Intelligence
des fleurs par Maurice Maeterlinck.
383 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
au contraire, les faits
historiques fournissent de nouveaux motifs d'admettre que le
mélange de sang crée des conditions physiologiques
particulièrement favorables à la constitution de races
nobles ¹).
5º La cinquième
loi, sans introduire d'éléments nouveaux dans le
problème des races, précise, en le restreignant, le sens
de la quatrième : seuls des mélanges de sang tout
à fait DÉTERMINÉS ET LIMITÉS contribuent
à
l'ennoblissement d'une race donnée ou à la formation
d'une race nouvelle. Ici aussi, l'élevage des animaux nous offre
des exemples d'une clarté non équivoque. Il nous enseigne
que le mélange du sang doit être non seulement
limité dans le temps, mais conforme au but poursuivi, et que
l'ennoblissement ne résulte pas de mixtions quelconques et
fortuites, mais rigoureusement dosées et
déterminées. Limité dans le temps, cela veut dire
que l'infusion du sang nouveau doit s'effectuer aussi rapidement que
possible, puis cesser : un mélange persistant mène la
race la plus forte à sa ruine. Ainsi en Angleterre (c'est un cas
extrême) la plus célèbre meute de lévriers,
ayant été croisée UNE SEULE ET UNIQUE FOIS
avec des
bouledogues, gagna en courage et en endurance; mais
l'expérience prouva que ces deux races, en continuant de se
croiser, perdaient leurs caractéristiques respectives, et qu'il
ne restait que des bâtards sans caractère d'aucune sorte
²). Crossing obliterates characters.
Conforme au but poursuivi, cela signifie que CERTAINS
croisements,
mais non pas tous, ennoblissent : il y en a qui, loin d'exercer une
influence ennoblissante, détruisent les deux races en cause;
mais, de plus, il arrive souvent que les caractères
spéciaux et précieux de deux types différents se
montrent rebelles à la fusion, en sorte
—————
¹) Sur cette question de
la nécessité d'un mélange de sang comme
prélude à la formation des races les plus douées
d'énergie productive, consulter notamment Reibmayr : Inzucht und Vermischung beim Menschen,
1897.
²) Darwin : Animals and
Plants under Domestication, ch. 15.
384 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
qu'une partie de la
progéniture reproduit le type d'un des parents, et l'autre le
type de l'autre, mais naturellement sous des traits
altérés, ou bien qu'apparaissent des bâtards
proprement dits, de ces êtres dont le corps fait l'impression
d'un assemblage de pièces disparates, et dont la constitution
spirituelle répond à la corporelle ¹). Notons encore
que
la conjonction de bâtards entre eux entraîne avec une
promptitude vertigineuse la complète décadence de toute
qualité de race saillante et distinctive. Il faut donc se garder
de croire que par l'infusion d'un sang différent la race
s'ennoblisse en tout état de cause et que ses aptitudes
s'enrichissent par l'appoint d'aptitudes étrangères. Ce
n'est le cas que sous de certaines conditions précises et rares,
et moyennant des restrictions rigoureuses : dans la règle, le
mélange de sang a pour effet la
dégénérescence. On remarque notamment ce fait que
la mixtion de deux sortes d'êtres fort
hétérogènes ne conduit à la formation d'une
race noble qu'au cas où elle s'effectue très rarement et
où elle est suivie d'un régime strictement
endogénique (témoin le pur-sang anglais, témoin le
terre-neuve); hors ce cas, le seul mélange
généralement assuré de succès est celui qui
s'effectue entre proches parents, entre représentants du
même type fondamental.
Ici
encore, pour peu que
l'on se tienne au courant des résultats obtenus par
l'élevage, on ne saurait douter que l'histoire des hommes, celle
de nos contemporains comme celle de nos devanciers, n'obéisse
à la même loi. Mais naturellement cette loi ne se discerne
pas aussi aisément dans notre espèce que dans le monde
animal. Nous ne sommes pas en position de parquer un certain nombre
d'hommes et de les prendre pour sujets d'expériences qu'il
faudrait poursuivre pendant plusieurs générations ! Et
puis, ce qu'est au cheval sa vitesse, au chien sa forme d'une
mobilité plastique si
—————
¹) De ce fait aussi
Darwin cite de nombreux exemples. Chacun d'ailleurs en a sous les yeux,
qui observe et compare les chiens de son quartier.
385 LES
HÉRITIERS — LE CHAOS
ETHNIQUE
étonnante, c'est
l'esprit qui en tient lieu à l'homme : c'est là
qu'afflue chez lui toute la force vitale et que, partant, se concentre
sa variabilité; or les différences de caractère et
d'intellig