Here under follows the transcription of chapter 5 of Houston Stewart Chamberlain's La Genèse du XIXme siècle, 6th. ed., published by Librairie Payot, 1913.

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Texte original : Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts
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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACES
INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIÈRE SECTION : L'HÉRITAGE
INTRODUCTION
CHAPITRE I : L'ART ET LA PHILOSOPHIE HELLÉNIQUES
CHAPITRE II : LE DROIT ROMAIN
CHAPITRE III : LE CHRIST

DEUXIÈME SECTION : LES HÉRITIERS
INTRODUCTION
CHAPITRE IV : LE CHAOS ETHNIQUE
CHAPITRE V : L'AVÈNEMENT DES JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
CHAPITRE VI : L'AVÈNEMENT DES GERMAINS DANS L'HISTOIRE UNIVERSELLE

TROISIÈME SECTION : LA LUTTE
INTRODUCTION
CHAPITRE VII : RELIGION
CHAPITRE VIII : ÉTAT
CHAPITRE IX : DE L'AN 1200 À L'AN 1800
A. Les Germains comme créateurs d'une culture nouvelle
B. Aperçu historique
1. Découverte
2. Science
3. Industrie
4. Économie sociale
5. Politique et Église
6. Conception du monde et religion
7. Art
ANNEXE
INDEX


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CHAPITRE V


L'AVÈNEMENT DES JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE

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Oublions d'où nous tirons notre origine. Qu'il
ne soit plus question de Juifs « allemands » et
« portugais » ! Disséminés à la surface du globe,
nous ne formons pourtant qu'un seul et unique peuple !

Le rabbin Salomon Lipmann-Cerfberr

(Discours prononcé le 26 juillet 1806 pour l'ou-
verture de l'assemblée préparatoire du Sanhé-
drin de l'an 1807 convoqué par Napoléon).


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LA QUESTION JUIVE

    Si j'avais écrit cent ans plus tôt sur la genèse du monde moderne, il est peu probable que je me fusse avisé de consacrer un chapitre spécial à l'avènement des Juifs dans l'histoire européenne. Sans doute, la part qu'ils ont prise à la formation du christianisme en lui infusant un esprit particulier, tout à fait étranger au génie aryen, eût mérite considération, ainsi que leur rôle économique dans tous les siècles chrétiens. Mais il eût suffi de mentionner ces choses occasionnellement; trop d'insistance eût paru disproportionnée. Herder, alors, pouvait écrire: « L'histoire juive occupe plus de place et requiert plus d'attention dans notre histoire générale qu'elle n'y aurait droit par elle-même » ¹). Mais un grand changement s'est produit depuis : les Juifs jouent en Europe, et partout où atteint l'effort européen, un autre rôle aujourd'hui qu'il y a cent ans; selon l'expression de Viktor Hehn, nous vivons dans un « âge juif » ²). Quelque jugement que l'on porte sur l'histoire passée des Juifs, c'est un fait que leur histoire présente occupe tant de place dans la nôtre que nous ne saurions lui refuser notre attention. Herder même, en dépit de son humanisme déclaré, avait écrit encore : « Le peuple des Juifs est — et il l'est demeuré en Europe — Peuple ASIATIQUE, ÉTRANGER à notre partie
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    ¹) Von den deutsch-orientalischen Dichtern, § 2.
    ²) Gedanken über Goethe, 3e éd., p. 40. Voici le passage complet : « Lorsque Goethe mourut, le 22 mars 1832, Borne data de ce jour la liberté de l'Allemagne. En réalité, ce jour marquait la fin d'une époque, et avec lui commençait l'âge juif, dans lequel nous vivons. »


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du monde, lié à cette antique LOI qui lui fut donnée sous d'autres cieux et qui, de son propre aveu, tient à lui indissolublement » ¹). C'est juste. Mais ce peuple étranger, éternellement étranger parce qu'indissolublement lié — comme le note Herder — à une loi étrangère hostile à tout autre peuple, n'en est pas moins devenu, dans le cours du dix-neuvième siècle, un élément constitutif de notre vie et peut-être même, en bien des domaines, son facteur dominant. Il y a cent ans, le même témoin avouait avec mélancolie que « les nations les plus grossières de l'Europe s'étaient faites esclaves volontaires de l'usurier juif » ²); il pourrait à cette heure en dire autant de la partie de beaucoup la plus considérable du monde civilisé. La possession de l'argent n'est en soi que peu de chose : ce sont nos gouvernements, notre justice, notre science, notre commerce, notre littérature, notre art.... à peu près toutes les formes de notre activité qui sont devenues esclaves plus ou moins volontaires des Juifs et qui traînent au pied — quelquefois aux deux pieds — là chaîne de servitude. En outre, ce caractère « étranger » souligné par Herder apparaît toujours plus saillant; il y a cent ans, on ne pouvait guère que le pressentir; maintenant il s'est développé et affirmé au point de s'imposer à l'observation du spectateur le moins perspicace. Obéissant à des motifs d'ordre idéal, l'Indo-Européen a ouvert amicalement la porte; le Juif s'y est précipité comme un ennemi, il a pris d'assaut toutes les positions, et sur les brèches — je ne veux pas dire sur les ruines — de notre individualité propre, il a planté le drapeau de cette autre individualité qui nous demeure éternellement étrangère.
    Allons-nous, de ce chef, vitupérer les Juifs ? Ce serait manquer de noblesse, autant que de dignité et de raison. Les Juifs méritent l'admiration, car ils ont agi avec une
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    ¹) Bekehrung der Juden, § 7 des Unternehmungen des vergangenen Jahrhunderts zur Beförderung eines geistigen Reiches.
    ²) Ideen zur Geschichte der Menschheit, IIIe partie, l. 12 § 3.


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absolue sûreté selon la logique et la vérité de leur être, et jamais le verbiage humanitaire (auquel ils ne se sont associés qu'autant qu'ils y trouvaient avantage) ne leur a fait oublier un seul instant la sainteté des lois physiques. Sachons reconnaître avec quelle maîtrise ils utilisent la LOI DU SANG pour répandre leur domination : la souche principale reste sans tache, pas une goutte de sang étranger ne s'y infuse — ne lit-on pas dans la Thora : « Le bâtard n'entrera point dans la maison de Iahveh, même sa dixième génération n'y entrera point » (Deutéronome XXIII, 2) ? — mais en même temps des milliers de rameaux secondaires sont détachés du tronc, qui servent à imprégner de sang juif les Indo-Européens. Si cela continuait ainsi pendant une couple de siècles, l'Europe ne compterait plus un seul peuple de race pure, hormis celui des Juifs : tout le reste ne formerait qu'une masse amorphe de métis pseudohébraïques, c'est-à-dire un troupeau humain indubitablement dégénéré au point de vue physique, intellectuel et moral. Même un judéophile avéré, comme Renan, doit en convenir : « Je suis le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine « ¹). Et dans un des écrits où il précise le plus nettement sa pensée à cet égard, le même savant ajoute : « L'épouvantable simplicité de l'esprit sémitique rétrécit le cerveau humain, le ferme à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d'une éternelle tautologie : Dieu est Dieu » ²). Renan expose alors qu'il ne saurait y avoir d'avenir pour la culture indo-européenne qu'à condition qu'elle « s'éloigne de plus en plus de l'esprit sémitique » et que notre religion « devienne
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    ¹) Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, 5e éd., p. 4. — Le fait que les Juifs ne sont pas de purs Sémites, mais des demi-Syriens (comme je l'exposerai tout à l'heure), n'est pas de nature à modifier sensiblement ce jugement en ce qui les concerne.
    ²) De la part des peuples sémitiques dans l'histoire de la civilisation, p. 39.


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de moins en moins juive. » C'est donc un fait indiscutable, le mélange implique ici, nécessairement, dégénérescence : dégénérescence du Juif, dont le caractère est beaucoup trop étranger, trop fixé, trop vigoureux pour que le sang germanique puisse contribuer à le rafraîchir ou à l'ennoblir en quelque manière; dégénérescence de l'Européen qui, naturellement, ne peut que perdre au croisement avec un type « inférieur » — je préférerais dire : avec un type de constitution trop différente. Mais pendant que s'effectue ce mélange, la souche principale des Juifs purs et non adultérés demeure, je le répète, parfaitement intacte. Lorsqu'au début du dix-neuvième siècle Napoléon — mécontent de ce que les Juifs persistaient malgré leur émancipation dans un orgueilleux isolement, irrité de ce qu'ils continuaient à sucer l'Alsace aux quatre veines par une usure effrontée, bien que toutes les carrières leur eussent été ouvertes — envoya un ultimatum au Conseil de leurs Anciens et exigea leur fusion avec les autres nations, les délégués des Juifs de France acceptèrent tous les articles qui leur étaient notifiés, sauf un : celui qui visait le mariage sans restriction avec les chrétiens. Leurs filles, oui, elles pouvaient contracter mariage en dehors du peuple d'Israël; leurs fils, non : et le dictateur de l'Europe dut céder ¹). Telle est la loi digne d'admiration par laquelle
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    ¹) C'est dans la partie de notre ouvrage relative au dix-neuvième siècle lui-même qu'il y aura lieu de revenir sur ce fameux « Grand Sanhédrin » et sa distinction casuistique entre les dispositions religieuses et les dispositions politiques de la Loi mosaïque, distinction que ne reconnaît ni la Thora ni le Talmud. — Antérieurement au Grand Sanhédrin, Napoléon avait soumis au Conseil d'État l'examen de la législation concernant les Juifs et rendu un décret suspendant pour un an l'exécution des jugements rendus en faveur de prêteurs israélites dans les départements du Haut et du Bas Rhin, ainsi que dans les provinces rhénanes récemment conquises. Voici comment il s'exprimait à ce sujet dans le préambule au décret du 30 mai 1806 : « Sur le compte qui nous a été rendu que, dans plusieurs départements septentrionaux de notre empire, certains Juifs n'exerçant d'autre profession que celle de l'usure ont, par l'accumulation des intérêts les plus immodéré, mis beaucoup de cultivateurs de ces pays dans un grand état de détresse,

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fut fondé le judaïsme proprement dit. Sans doute, prise en son acception la plus stricte, elle exclut tout mariage entre Juifs et Non-Juifs; ainsi nous lisons, Deutéronome VII, 3 : « Tu ne donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras point leurs filles pour tes fils »; mais en général c'est la seconde prescription qui est seule accentuée, témoin le passage de l'Exode (XXXIV, 16) où il est défendu aux fils de prendre des filles étrangères, mais non aux filles de prendre des fils étrangers, et le chapitre XIII de Néhémie où figure bien la double défense, mais où seule l'union du FILS avec une femme étrangère est qualifiée de « péché contre notre Dieu ». Conception parfaitement juste d'ailleurs. Par le mariage de la fille avec un Goï, la pureté de la souche juive n'est en aucune façon altérée et, de plus, cette race prend pied dans le camp étranger; au contraire; le mariage du fils avec une Goya a pour effet, selon l'énergique expression du livre d'Esdras (IX, 2), de souiller la semence de la race sainte en la mêlant au sang d'autres peuples. L'adhésion de la Goya en question au judaïsme n'y changerait rien : l'idée même d'une telle adhésion est étrangère à l'ancienne Loi — à bon droit, car il s'agit ici du fait physique de la descendance — et la Loi nouvelle déclare tout net, avec une enviable sagacité : « Les prosélytes sont aussi nuisibles pour le judaïsme que les abcès pour le corps sain » ¹). C'est ainsi que s'est conservée et que
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nous avons pensé que nous devions venir au secours de ceux de nos sujets qu'une avidité injuste aurait réduits à ces fâcheuses extrémités. » Le Grand Sanhédrin ordonna, comme loi religieuse, de ne faire désormais aucune distinction, en matière de PRÊT d'argent, entre coreligionnaires, et interdit l'USURE même avec les étrangers. — Un détail curieux, qui montre avec quelle ardeur Napoléon désirait la fusion des éléments juifs et non-juifs, c'est qu'il avait d'abord exigé que sur trois mariages contractés par des Juifs il y en eût désormais obligatoirement un avec un conjoint chrétien — exigence qui ne fut pas maintenue (Cf. Th. Reinach : Histoire des Israélites, 3e éd. 1903, p. 295 et suiv.)
    ¹) Du Talmud, d'après Dollinger : Vorträge I, 237; le Talmud dit ailleurs que les prosélytes sont un « fardeau » (voir Israelitische Religionslehre du Juif Philippson, II, 189).


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se conserve encore aujourd'hui la pureté de la race juive : des filles de la maison Rothschild ont épousé des barons, des comtes, des ducs, des princes, elles n'ont point eu d'objection à recevoir le baptême; mais jamais un fils n'a épousé une Indo-Européenne, il s'exclurait ainsi de la maison de ses pères et de la communauté de son peuple ¹).
    Ces considérations appartiendraient proprement à une autre partie du présent ouvrage. Si je les résume ici rapidement, c'est qu'il m'importait de prévenir tout de suite, et par la voie la plus courte, une objection qui ne manque jamais de se produire dès que l'on soulève la « question juive » : à savoir que cette question n'existe simplement pas — d'où il suivrait que l'avènement des Juifs dans notre histoire ne signifie rien du tout. D'autres parlent de religion, prétendant qu'il ne s'agit en l'espèce que de différences de cet ordre. Ils oublient qu'il n'y aurait pas de religion juive s'il n'existait pas de nation juive. Mais cette nation existe. La nomocratie (la domination de la Loi) unit les Juifs — si dispersés qu'ils soient parmi les peuples du monde — en un organisme solide, homogène, tout à fait politique, dans lequel la communauté du sang atteste la communauté du passé et garantit la communauté de l'avenir. Encore que bien des éléments ne soient pas purement juifs au sens le plus étroit du mot, la puissance de ce sang, jointe à l'incomparable force de l'idée juive, est néanmoins
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    ¹) Pour se rendre compte à quel point la race juive est encore pure de nos jours, il faut consulter les résultats de la grande enquête anthropologique à laquelle procéda Virchow sur tous les écoliers de l'Allemagne. Ranke écrit à ce sujet (Der Mensch, 2e éd., II, 293): « Plus une race est pure, plus faible est le nombre des formes métissées. À cet égard, c'est assurément un fait très important que le nombre le plus faible des métis ait été trouvé chez les Juifs : ainsi s'atteste, en opposition aux Germains parmi lesquels lis habitent, leur volontaire isolement comme race. » Les mensurations qui ont eu lieu dès lors en Amérique ont permis de constater que, là aussi, « la race juive s'est conservée complètement pure (American Anthropologist t. IV, cité d'après la Politisch-Anthropologische Revue 1904, mars, p. 1003).

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si grande que ces éléments étrangers ont été dès longtemps assimilés : n'y a-t-il pas —près de deux millénaires d'écoulés depuis que les Juifs renoncèrent à leur propos momentané de prosélytisme ? Sans doute il faut distinguer, comme je l'ai fait au chapitre précédent, entre Juifs d'extraction plus ou moins noble : mais ce qui relie entre eux les fragments disparates, c'est (sans parler d'une fusion graduelle) l'existence et la persistance opiniâtre de l'idée nationale. Cette idée nationale culmine dans l'espoir inébranlable en la domination universelle promise aux Juifs par Iahveh. De naïfs « chrétiens-nés » (comme s'exprime Auerbach dans son esquisse biographique de Spinoza) imaginent que les Juifs ont abandonné cet espoir : ils se trompent fort ! car « l'existence du judaïsme a pour condition l'attachement à l'espérance messianique », ainsi que l'écrivait, il n'y a pas bien longtemps, un des plus modérés et des plus libéraux d'entre eux ¹) : la religion juive tout entière se fonde sur cet espoir. La foi du Juif en son Dieu, ce que chez ce peuple on peut nommer « religion » (et ce qui a droit à ce nom, en tant que source d'une moralité digne de respect), est une partie de cette idée nationale; non inversement. Soutenir qu'il y a une religion juive, mais qu'il n'existe pas de nation juive, c'est déraisonner ²).
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    ¹) Skreinka : Entwickelungsgeschichte der jüdischen Dogmen, p. 75.
    ²) Au congrès sioniste tenu à Bâle en 1898, le Dr Mandelstam, professeur à l'Université de Kiev, déclara dans un discours qui fut « l'événement » de la séance du 29 août qu'il ne voulait pas de l'assimilation des Juifs aux autres nationalités, mais qu'il souhaitait au contraire les sauver « en tant que nation », car les Juifs « ont une espérance commune que leur conscience nationale a gardée à travers toute leur histoire » (d'après le compte rendu d'un participant au Congrès, dans Le Temps du 2 septembre 1898). Les journaux viennois des 30 et 31 juillet 1901 résument un discours que le Dr Leopold Kahn, rabbin de Vienne, prononça au sujet du sionisme dans une salle de l'école orthodoxe juive à Pressbourg; j'y recueille cet aveu : « Le Juif ne se pourra jamais assimiler; il n'adoptera jamais les mœurs et usages d'autres peuples. Le Juif reste Juif en toutes circonstances. Toute assimilation n'est


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    L'avènement des Juifs dans l'histoire occidentale signifie ainsi, sans contredit, l'accession d'un élément particulier, entièrement différent de tous les peuples européens et en quelque mesure opposé à eux; d'un élément qui demeura essentiellement pareil à lui-même, tandis que les nations de l'Europe traversaient les phases de développement les plus diverses; qui dans le cours d'une histoire souvent dure et cruelle n'eut jamais la faiblesse de souscrire à des ouvertures de fraternité, mais — en possession de son idée nationale, de son passé national, de son avenir national — ressentit et ressent encore aujourd'hui comme une souillure le contact avec d'autres hommes; qui enfin, grâce à la sûreté d'un instinct né de la puissante homogénéité du sentiment national, réussit toujours à exercer sur les autres une influence profonde, alors que las Juifs eux-mêmes n'étaient jamais touchés qu'à fleur de peau par les événements de notre évolution culturelle. Pour caractériser du point de vue de l'Européen cette situation extrêmement singulière, nous ne pouvons que répéter avec Herder : le peuple des Juifs est, et demeure, un peuple ÉTRANGER dans notre partie du monde. Du point de vue du Juif, cette constatation se formule un peu autrement; nous avons vu ailleurs comment l'entendait le grand philosophe libéral Philon : « Seuls les Israélites sont
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jamais qu'extérieure, purement extérieure. » Paroles mémorables ! Dans la Festschrift zum 70. Geburtstage A. Berliner's, 1903, le Dr B. Felsenthal publie une série de Thèses juives au nombre desquelles celle-ci, qu'il soutient énergiquement et qui équivaut à dire que le judaïsme est UN PEUPLE, NON UNE RELIGION : « Le judaïsme est une race particulière et tout Juif est né au sein de cette race »; elle constitue « un des peuples ethniquement les plus purs qu'il y ait ». Felsenthal calcule que depuis Théodose jusqu'à l'an 1800 « il n'y a peut-être pas 300 Non-Sémites qui aient été admis dans le peuple juif » et — fait caractéristique — il conteste aux prosélytes le droit de se considérer comme des Juifs pur sang. « Le peuple juif, la race juive, voilà la donnée permanente, le substratum nécessaire, le noyau substantiel; la religion juive est une accrescence à ce noyau, un qualificatif — un accident, au sens philosophique du mot » (cité d'après le tirage à part publié chez Itzkowski à Berlin).

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des hommes au sens véritable de ce mot » ¹). Ce que le Juif profère ici dans le mode intolérant de son orgueil de race, c'est exactement la même chose qu'exprime en termes aimables notre grand Goethe, quand il conteste — si loin qu'on la recule — la communauté d'origine du Juif et de l'Indo-Européen : « Nous ne disputerons en aucune façon au peuple élu l'honneur de descendre d'Adam. Mais nous autres, nous avons certainement d'autres aïeux » ²).

LE « PEUPLE ÉTRANGER »

    De ces considérations résulte pour nous le droit et le devoir d'envisager le Juif comme un élément particulier, et proprement étranger dans notre vie. Extérieurement, il a hérité cela même que nous avons hérité; intérieurement, il a hérité un esprit foncièrement différent du nôtre. Un seul trait suffit pour nous faire apercevoir l'abîme béant qui sépare une âme de l'autre et pour en évoquer au regard de notre conscience l'effrayante profondeur : nous constatons que la figure du Christ apparaît au Juif dénuée de toute signification ! Je ne parle pas, naturellement, du sens qu'y peut attacher une pieuse orthodoxie. Mais qui ne se rappelle, par exemple, les merveilleuses paroles d'un Diderot sur le Crucifié et l'émotion de ce libre penseur devant l'image divine qu'il présente à l'homme dans l'instant de sa plus vive douleur : « Quelle profonde sagesse il y a dans ce que l'aveugle philosophie appelle la folie de la croix ! Dans l'état où j'étais, de quoi m'aurait servi l'image d'un législateur heureux et comblé de gloire ? Je voyais l'innocent, le flanc percé, le front couronné d'épines, les mains et les pieds percés de clous, et expirant dans les souffrances; et je me disais : voilà mon Dieu, et j'ose me plaindre ! » Eh bien, j'ai scruté une bibliothèque entière de livres juifs dans l'espoir d'y
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    ¹) Se reporter ch. III à la rubrique « Religion », où je cite Philon d'après Graetz.
    ²) Eckermann's Gespräche, 7 octobre 1828. Ainsi avait déjà opiné Giordano Bruno, qui tenait que les Juifs seuls descendaient d'Adam et Eve, tandis que les autres hommes provenaient d'une race beaucoup plus ancienne (cf. Lo spaccio della bestia trionfante).


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trouver quelque chose d'analogue — non pas, certes ! la foi en la divinité de Jésus-Christ, non pas la conception de la délivrance, mais le sentiment tout humain de la signification qui réside dans ce fait d'un Sauveur souffrant; mon espoir a été déçu. Un Juif qui éprouve ce sentiment cesse par là même d'être un Juif, il devient un négateur du judaïsme. Alors que nous trouvons dans le Coran même quelque pressentiment au moins de l'importance du Christ et les marques d'un profond respect devant cette apparition, un Juif cultivé, un Juif éminent du dix-neuvième siècle le désigne ainsi : « la nouvelle-naissance avec le masque de mort », cause de blessures nouvelles et douloureuses pour le peuple juif; c'est tout ce qu'il voit en lui ¹). Et le spectacle de la croix l'incite à nous assurer que « les Juifs n'ont nul besoin de cet ébranlement convulsif pour leur amélioration intérieure », sur quoi il ajoute : « notamment pas dans les classes moyennes des citadins. » Sa compréhension n'atteint pas plus loin. Dans un écrit du Juif espagnol Mose de Leon ²) réédité en 1880, Jésus-Christ est qualifié de « chien mort, enseveli dans un tas de fumier ». Durant les dix dernières années du dix-neuvième siècle ont été réédités également (en langue hébraïque, s'entend) plusieurs passages du Talmud longtemps omis pour cause de censure, dans lesquels le Christ est livré au mépris et à la haine comme « fou », « magicien », « athée », « idolâtre », «chien », « bâtard », « enfant de luxure », « fils de putain », etc., et où son auguste mère n'est pas mieux traitée ³). On le voit :
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    ¹) Graetz : Volkstümliche Geschichte der Juden I, 591.
    ²) L'éditeur et peut-être l'auteur du Zohar qui devint, comme on sait, le bréviaire de la Cabbale.
    ³) voir Laible : Jesus Christus im Talmud, p. 2 et suiv. (nº 10 des écrite de l'Institutum Judaicum de Berlin; on trouve en appendice les textes hébraïques originaux). Ce savant tout à fait impartial, et bien disposé pour les Juifs, note : « La haine et le mépris des Juifs s'attaquèrent toujours en première ligne à la personne de Jésus lui-même » (p. 25). « L'animosité des Juifs contre Jésus est un fait établi; seulement ils veulent la donner le moins possible en spectacle » (p. 3). Laible voit même dans cette haine de Jésus « le trait le plus national du judaïsme »

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nous ne faisons assurément pas tort aux Juifs en disant que la figure du Christ leur demeure simplement inintelligible et qu'elle leur est un sujet de scandale. Bien qu'issue en apparence de leur milieu, elle incarne néanmoins la négation de tout ce qui constitue leur être — et à cet égard les Juifs font preuve d'un sens beaucoup plus fin que nous. Si je signale ce profond abîme qui nous sépare d'eux, ce n'est pas pour transporter la question sur le terrain dangereux du parti pris religieux : mais il me semble que la comparaison de deux sortes de sensibilités si radicalement différentes est nécessaire pour nous faire mesurer la profondeur de cet abîme et pour nous préserver ailleurs, quand nous constaterons d'apparents rapprochements, d'oublier la séparation de fait.
    Mais une autre considération encore s'impose, dès lors que nous prenons conscience de cette séparation. Le Juif ne nous comprend pas, c'est certain; pouvons-nous espérer le comprendre et lui rendre justice ? Peut-être, s'il est vrai du moins que nous lui soyons supérieurs en fait, spirituellement et moralement, comme Renan l'affirmait dans le passage que j'ai cité de lui tout à l'heure, et comme d'autres savants, plus dignes encore de crédit, l'ont soutenu également ¹). Mais en ce cas nous devrions juger le Juif du haut de notre supériorité, non pas du point de vue de la haine et de la superstition, et bien moins encore au nom du malentendu dans lequel nos professeurs de religion barbotent depuis deux mille ans ainsi que dans un marécage. Prêter au Juif des pensées qu'il n'a jamais pensées, le révérer comme le por-
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(p. 86); les Juifs, dit-il, « furent saisis à l'approche du christianisme d'une fureur et d'une haine qui confinaient à la démence » (p. 72). Aujourd'hui encore, un Juif croyant ne doit ni proférer ni écrire le nom du Christ (p. 3 et 32); les cryptonymes les plus usités sont « LE bâtard », ou « LE fils de putain », ou « LE pendu », souvent aussi « Balaam ».
    ¹) Voir notamment le passage célèbre de l'Indische Altertumskunde de Lassen, où le grand orientaliste exprime et motive sa conviction que la race indo-européenne est « plus hautement et plus complètement douée » et qu'en elle seule s'est établi « l'harmonieux équilibre de toutes les forces psychiques ».


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teur des intuitions religieuses les plus grandioses — alors qu'elles lui demeurent plus étrangères peut-être qu'à aucune autre sorte d'hommes et qu'on en découvre tout au plus quelques traces éparses dans la conscience de ses prophètes isolés, d'où elles jaillissent en cri de révolte contre la dureté de cœur de ce peuple — puis le condamner pour être aujourd'hui si différent de ce qu'il devrait être d'après ces fables; c'est là, une injustice manifeste. Et ce n'est pas seulement une injustice, c'est une erreur propre à égarer de la manière la plus fâcheuse le sentiment public. Car en raison du rôle que nous avons gratuitement imputé au Juif dans notre vie religieuse, sa tête nous apparaît nimbée de gloire, et alors nous nous indignons de ne pas rencontrer un saint sous cette auréole postiche. Nous attendons de lui bien autre chose que de nous, simples enfants du paganisme ! Et cependant le témoignage du Juif sur le Juif est si peu fait pour encourager cette attente, que tout noble trait qui nous le semble contredire, que toute explication découverte à des crimes juifs, nous devient un sujet de nous réjouir sincèrement. Iahveh, par exemple, ne se lasse pas de déclarer : « Je vois que ce peuple est un peuple au col roide » ¹) et Jérémie donne de la complexion morale du dit peuple une description si montée en couleur que M. Édouard Drumont ne pourrait faire mieux : « Tout frère cherche à supplanter son frère et tout ami va calomniant son ami; chacun dupe l'autre et nul ne dit la vérité; ils exercent leur langue à mentir, ils s'étudient à faire le mal » ²); rien d'étonnant que Jérémie résume dans ce mot : « tas de perfides ! » son impression des gens qu'il nous peint de la sorte; rien d'étonnant qu'il ne connaisse plus qu'un désir : « Ah ! si j'avais au désert une cabane de voyageurs, j'abandonnerais mon peuple et je m'en éloignerais ! » Nous sommes donc seuls responsables de l'incroyable ignorance qui règne parmi nous quant à la
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    ¹) Exode XXXII, 9; XXXIV, 9; Deutéronome IX, 13, etc.
    ²) IX, 4 et 5.


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nature des Juifs. Jamais peuple ne donna de sa personnalité une image aussi achevée et aussi sincère que celle que nous a laissée l'Hébreu dans sa Bible, et cette image est encore complétée, quoique en un style plus terne, par le Talmud (pour autant du moins que j'en peux juger sur des fragments). Aussi, sans nous dissimuler combien il nous est difficile — issus d'autres « aïeux » — de porter un jugement équitable sur le peuple « asiatique, étranger à notre partie du monde », il nous faut reconnaître que les Juifs ont fait tout ce qui dépendait d'eux poux renseigner à leur sujet l'observateur exempt d'opinions préconçues : et c'est là une circonstance qui nous permet d'espérer que nous arriverons à distinguer les tendances essentielles de leur être. — À vrai dire, les événements qui se passent sous nos yeux pourraient suffire à nous instruire. Est-il possible de lire quotidiennement les journaux sans apprendre à connaître la mentalité juive, le goût juif, la morale juive, les buts juifs ? Une ou deux années des Archives israélites nous renseigneraient mieux que toute une bibliothèque antisémite, et non pas seulement sur les traits de caractère les moins plaisants des Juifs, mais aussi sur leurs qualités excellentes. Pourtant je ne veux pas mêler le présent à l'objet de ce chapitre. Afin d'évaluer en toute connaissance de cause l'importance qui appartint au Juif durant le dix-neuvième siècle, comme cohéritier et collaborateur, nous devons avant tout concevoir clairement ce qu'il EST. De ce qu'est un homme par nature suit avec une rigoureuse nécessité ce qu'il fera en des conditions données. Le philosophe dit : operari sequitur esse; et le proverbe, plus gracieusement : la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a.

APERÇU HISTORIQUE À VOL D'OISEAU

L'histoire pure ne saurait ici nous mener promptement ni sûrement au but; et ce n'est d'ailleurs pas ma tâche d'offrir au lecteur une histoire des Juifs. Dans ce chapitre pas plus que dans les autres je ne me soucie de faire œuvre de copiste. Chacun sait assez quand et comment les Juifs sont entrés dans l'histoire occidentale : d'abord par la Dias-

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pora, ensuite par la dispersion proprement dite. Leur sort changeant dans les divers pays et aux diverses époques est bien connu aussi : il est vrai qu'à cet égard on sait beaucoup de choses qui sont le contraire de la vérité, et qu'on en ignore beaucoup qu'il serait urgent de savoir. Mais assurément je n'ai besoin d'apprendre à personne qu'au cours des premiers siècles chrétiens les Juifs jouèrent un rôle important, bien que parfois restreint dans d'étroites limites. Dès le début de la période visigothique ils avaient su se créer, comme marchants d'esclaves et prêteurs d'argent, influence et pouvoir. S'ils ne devinrent pas partout, comme chez les Maures espagnols, de puissants ministres d'État qui peuplaient de « la foule de leurs frères » — à l'exemple de Mardochée — les postes les plus fructueux, s'ils ne se haussèrent pas toujours, comme dans l'Espagne catholique, jusqu'à la dignité d'évêque et d'archevêque ¹), leur influence n'en fut pas moins toujours et partout considérable. Dès le XIIIme siècle les princes de Babenberg donnaient à leurs successeurs l'exemple de faire administrer par des Juifs les finances du pays et de décerner des titres honorifiques à ces administrateurs ²); le grand pape Innocent III confiait â des Juifs des charges
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    ¹) Voir l'ouvrage du Juif David Mocatta paru en anglais et traduit en allemand par Kayserling (1878) sous ce titre : Die Juden in Spanien und Portugal, où l'auteur raconte comment, en Espagne, « vécurent des générations et des générations de CRYPTOJUIFS mêlés à toutes les classes de la société, occupant des situations de toutes sortes dans l'État
et EN PARTICULIER EN L'ÉGLISE ». — Au chap. XI de sa Bible in Spain, George Borrow évoque la figure mystérieuse du Juif Abarbenel qui l'entretient d'un archevêque de sa race, lequel « ne pouvait oublier ce qu'il avait appris à révérer en son enfance ». — « Avez-vous des raisons, demande Borrow, de supposer qu'il y ait beaucoup des vôtres dans le clergé ? » — « De le supposer, non, mais de le savoir », répond Abarbenel. Et il ajoute: « Il y a une fête particulière de l'année où quatre dignitaires de l'Église ne manquent pas de me rendre visite. Et alors, une fois les cérémonies accomplies, en sécurité derrière les portes closes, ils s'assoient par terre et maudissent. » Cet entretien a lieu en 1836.
    ²) Graetz : op. cit. II, 563.


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importantes de sa cour ¹); les chevaliers de France « ne pouvaient partir pour la Croisade qu'en empruntant aux Juifs ou en leur brocantant des objets de valeur » ²); Rodolphe de Habsbourg favorisa les Juifs de toutes manières, les revendiqua comme serfs « de sa chambre impériale » et, en les soustrayant à la juridiction commune, rendit fort difficile de faire recevoir une plainte contre un Juif ³); bref, ce que j'appelle l'avènement des Juifs dans notre histoire européenne n'a point cessé de se faire sentir à toute époque et en tout lieu. Quelqu'un qui étudierait l'histoire dans le seul dessein de démêler exactement l'influence juive serait conduit, si je ne m'abuse, à des résultats inattendus. Sans enquête détaillée, nous ne pouvons identifier nettement et incontestablement cette influence que là où les Juifs étaient en nombre supérieur. Au IIme siècle, par exemple, ils forment la majorité de la population dans l'île de Chypre; ils décident d'y fonder un État national et procèdent, à cette fin, d'après la méthode qui nous est connue par l'Ancien Testament : ils massacrent à jour dit tous les autres habitants — soit 240,000; et, pour que l'État insulaire ne demeure pas sans base continentale, — ils massacrent pareillement les 220,000 habitants non juifs de la Ville de Cyrène 4). En Espagne, ils tendent au même but avec plus de prudence, mais avec d'autant plus d'opiniâtreté. C'est précisément sous le règne du roi visigoth qui les avait comblés de bienfaits qu'ils appellent leurs frères de race, les Arabes d'Afrique : sans haine, uniquement parce qu'ils y voient leur profit, ils trahissent leur noble protecteur; et en effet, sous les califes, ils obtiennent une participation de plus en plus grande au gouvernement. « Ils con-
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    ¹) Israel Abrahams : Jewish Life in the Middle Ages.
    ²) André Réville : Les paysans au moyen-âge (1896), p. 3.
    ³) Voir entre autres Realis : Die Juden und die Judenstadt in Wien (1846), p. 18 etc.
    4) Mommsen : Römische Geschichte V. 543.


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centrèrent entièrement dans leurs mains les forces spirituelles aussi bien que les matérielles », écrit Heman, historien tout à fait judéophile : d'où il résulta que, spirituellement aussi bien que matériellement, le florissant État mauresque courut à sa ruine, mais rien n'était plus indifférent aux Juifs, qui, entre temps, avaient pris solidement pied dans l'État chrétien des Espagnols appelé à remplacer l'État mauresque. « La richesse mobilière du pays résidait toute en leurs mains; les biens-fonds passèrent de plus en plus dans les mêmes mains grâce à l'usure, et par l'achat des propriétés de la noblesse endettée. Depuis le poste de secrétaire d'État et celui de ministre des finances, toutes les fonctions qui avaient trait aux impôts ou aux affaires d'argent étaient tenues par des Juifs. L'Aragon presque tout entier était engagé à leurs usuriers. Dans les villes, ils formaient la majorité de la population possédante » ¹). Et pourtant, ici pas plus qu'ailleurs, ils ne se montrent tout à fait avisés. Ils avaient employé leur puissance à s'assurer des privilèges de toute sorte — ainsi, par exemple, le serment d'un seul Juif faisait foi pour établir le bien-fondé d'une poursuite pour dette intentée à un chrétien (comme, au reste, dans l'archiduché d'Autriche et en bien d'autres lieux), tandis que le témoignage d'un chrétien contre un Juif ne valait rien en justice, etc., etc. — mais ils abusèrent si démesurément de ces privilèges que le peuple finit par se soulever. Sans doute en eût-il été de même en Allemagne, si l'Église et des hommes d'État perspicaces n'eussent prévenu le mal pendant qu'il était temps. Charlemagne avait fait venir d'Italie des Juifs pour l'administration de ses finances; ceux-ci ne tardèrent pas à s'acquérir, comme fermiers de l'impôt, et richesses et influence, dont ils se servirent pour assurer à
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    ¹) Heman : Die historische Weltstellung der Juden (1882), p. 24 et suiv. — Cf. l'exposé autrement nuancé, mais absolument concordant quant aux faits, de Graetz dans sa Volkstümliche Geschichte der Juden II, 344 et suiv.

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leur nation d'Importants avantages : privilèges de commerce, réduction des peines édictées pour les crimes, etc.; on alla jusqu'à obliger la population de transférer au dimanche ses marchés, parce que le samedi, jour où elle avait coutume de les tenir, était désagréable aux Juifs à cause de leur Sabbat; il était alors de bon ton de fréquenter les synagogues ! Mais en Allemagne la réaction se produisit assez vite, et vigoureusement; et ce ne fut pas, comme la plupart des historiens l'exposant, par l'effet des excitations du clergé — de tels phénomènes ne constituent que l'enveloppe, non la substance de l'histoire — ce fut en première ligne parce que le Germain est né industriel et marchand, aussi bien qu'il est né guerrier : dès que ces instincts se furent éveillés en lui grâce à la formation des villes, il lut dans le jeu de son concurrent déloyal et, plein d'indignation, il en exigea l'éloignement. On pourrait de la sorte — si tel était l'objet de ce chapitre — noter le flux et le reflux de l'influence juive jusqu'à notre temps, jusqu'à ce dix-neuvième siècle où toutes les guerres apparaissent si singulièrement connexes aux opérations de la finance juive, témoin la campagne de Russie et le rôle de spectateur de Nathan Rothschild à la bataille de Waterloo, témoin la participation de MM. Bleichröder, du côté allemand, et Alphonse Rothschild, du côté français, aux négociations de paix de l'année 1871, témoin la Commune en laquelle tout homme clairvoyant a reconnu, dès le début, une machination judéo-napoléonienne.

CONSENSUS INGENIORUM

    Cette influence politico-sociale des Juifs a été appréciée de façon fort diverse, mais les plus grands politiques de tous les temps s'accordent à la juger néfaste. Cicéron par exemple (qui, s'il ne peut passer pour un politique de premier ordre, n'en est pas moins un homme d'État expérimenté),
Cicéron trahit une véritable terreur des Juifs. Quand une action juridique touche leurs intérêts, il parle si bas que les juges seuls l'entendent, car il sait, dit-il, comment les Juifs se soutiennent entre eux et comment ils s'entendent à perdre l'homme qui s'oppose à leurs manœuvres. Contre des Grecs,

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contre des Romains, contre les plus puissants de ses contemporains, il lance d'une voix tonnante les plus graves accusations; mais, s'agissant des Juifs, il conseille la prudence, il redoute leur force occulte et mystérieuse, il glisse aussi vite que possible sur « cette capitale du soupçon et de la calomnie : Jérusalem. » Ainsi opine un Cicéron sous le consulat d'un Jules César ! ¹) L'empereur Tibère, que maint historien nous représente comme le souverain le plus capable qu'ait possédé l'Imperium, reconnaissait dans l'immigration des Juifs (antérieurement donc, ici encore, à la destruction de Jérusalem) un péril NATIONAL; Frédéric II, le Hohenstaufe, sans nul doute un des hommes les plus géniaux qui aient porté la couronne et tenu l'épée, un monarque d'esprit plus libéral qu'aucun de ceux qui régnèrent au dix-neuvième siècle, un admirateur enthousiaste du Levant, un généreux patron des savants hébreux, estimait néanmoins qu'il y avait lieu (contrairement aux habitudes de l'époque) d'exclure de toutes fonctions publiques les Juifs, et il faisait remarquer le danger auquel on s'expose en leur confiant un pouvoir quelconque, dont ils abusent dès qu'ils le détiennent; c'est exactement ce que devait enseigner l'autre grand Frédéric II, le Hohenzollern, qui octroya toutes les libertés hormis une seule : celle des Juifs; c'est à peu près ce que déclara au Landtag, alors qu'il pouvait encore s'exprimer ouvertement (1847), le prince de Bismarck; et le grand historien Mommsen parle du judaïsme comme d'un « État dans l'État ». — Pour ce qui concerne spécialement l'influence sociale, je me contenterai d'invoquer deux sages et justes témoins, de qui l'opinion n'a rien qui la puisse rendre suspecte aux Juifs, Herder et Goethe. Le premier dépose : « Un ministère dans lequel un Juif a la haute main, un ménage dans lequel un Juif tient les clefs de la garde-robe ou les comptes de la maison, un département ou un commissariat dans lequel les Juifs mènent les affaires capitales.... sont des
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    ¹) Voir la Défense de Lucius Flaccus, § XXVIII.

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marais pontins qu'il n'y a pas moyen de dessécher »; et il considère que la présence d'une quantité indéterminée de Juifs est si délétère pour un État européen qu'on ne saurait, en l'espèce, « se laisser conduire par des principes généraux de philanthropie », mais qu'il s'agit là d'une question d'État et que chaque État a le devoir de déterminer « combien de membres de ce peuple étranger peuvent être tolérés sans dommage pour les indigènes » ¹ ). Goethe va davantage au fond des choses : « Comment concéderions-nous au Juif la participation à la culture supérieure dont il désavoue l'origine et la provenance ? » Et il est transporté de colère — d'une « colère passionnée » — lors de la promulgation de la loi (1823) qui autorise le mariage entre Juifs et Allemands; il prophétise qu'elle aura « les pires et les plus criants effets », notamment « l'extinction de tous sentiments moraux », enfin il dénonce dans cette « indécente niaiserie » l'action corruptrice de l'« omnipotent Rothschild » ²). Goethe et Herder sont donc exactement du même avis que le grand Hohenstaufe, que le grand Hohenzollern, et que tous les grands hommes avant ou après eux : sans faire tendancieusement, superstitieusement, grief au peuple juif de son originalité propre, ils le jugent un danger réel pour NOTRE civilisation et pour NOTRE culture : ils ne lui accorderaient pas une participation active à cette civilisation et à cette culture, dont il désavoue le principe même. Sur un tel consensus ingeniorum on ne peut passer purement et simplement à l'ordre du jour. Car à tous ces jugements mûrement pesés, que dictent aux esprits les plus éminents leur expérience et leur perspicacité, on n'oppose rien, en fin de compte, que les phrases creuses des « droits de l'homme » — un galimatias parlementaire ³).
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    ¹) Adrastea : Bekehrung der Juden.
    ²) Wilhelm Meister's Wanderjahre l. III, ch. II, et Conversation avec Müller du 23 septembre 1823.
    ³) J'ai borné à dessein mes citations, d'ailleurs destinées originairement aux seuls lecteurs de langue allemande. Mais je ne saurais passer


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PRINCES ET NOBLES

    Il est certain d'autre part, et bien digne d'attention, que la responsabilité encourue par les Juifs dans mainte sinistre
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outre sans invoquer le grand VOLTAIRE et protester par la même occasion contre la fable, trop généralement accréditée, suivant laquelle il aurait jugé favorablement, et du point de vue qui inspire les platitudes humanitaires chères à notre temps, l'influence des Juifs sur notre culture. Il est vraiment étonnant que des Juifs d'une culture aussi étendue qu'un James Darmesteter soulignent le nom de Voltaire (Peuple juif, 2e éd., p. 17) comme celui de l'instigateur spirituel de leur émancipation. C'est le contraire qui est vrai; Voltaire conseille maintes fois de renvoyer les Juifs en Palestine. Comme il appartient aux auteurs que je connais le mieux, je ne crois pas m'avancer beaucoup en disant que je pourrais lui emprunter des centaines de citations extrêmement agressives contre les Juifs. Dans son article du Dictionnaire philosophique (fin de la 1re section), il dit : « Vous ne trouverez dans les Juifs qu'un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. » Dans Dieu et les hommes (ch. X), il appelle les Juifs « la plus haïssable et la plus honteuse des petites nations ». Je crois qu'on n'en peut pas demander davantage pour s'éclairer sur son opinion ! Mais cette opinion mérite d'autant plus considération que Voltaire s'est occupé très spécialement de l'histoire juive dans des écrits nombreux et considérables — si spécialement qu'aujourd'hui ce prétendu « dilettante superficiel » est cité par des savants de premier ordre, comme Wellhausen. Prêtons-lui donc quelque attention quand il écrit (Essai sur les mœurs, ch. XLII) : « La nation juive ose étaler une haine irréconciliable contre toutes les nations, elle se révolte contre tous ses maîtres; toujours superstitieuse, toujours avide du bien d'autrui, toujours barbare — rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité. » Touchant les aptitudes mentales des Juifs, son jugement est bref et tranchant : « Les Juifs n'ont jamais rien inventé », assure-t-il (La défense de mon oncle, ch. VII); et dans l'Essai sur les Mœurs il expose, durant plusieurs chapitres, que les Juifs, toujours à l'école des autres nations, ne leur ont jamais rien enseigné; même leur musique, si généralement louée, lui est intolérable : « Retournez en Judée le plus tôt que vous pourrez.... vous y exécuteriez à plaisir dans votre détestable jargon votre détestable musique » (6me lettre du Dictionnaire). Ailleurs il explique la singulière stérilité intellectuelle des Juifs par leur passion sans mesure pour l'argent : « l'argent fut l'objet de leur conduite dans tous les temps » (Dieu et les hommes, XXIX). Il se moque d'eux en d'innombrables passages, par exemple dans Zadig (ch. X) où l'Hébreu remercie Dieu de lui avoir donné le moyen de tromper un Arabe; la plus mordante satire qui existe du judaïsme est, sans

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aventure historique, dans la déchéance de maint peuple héroïque et vigoureux, pèse plus lourdement encore sur ces Européens qui n'ont cessé, pour de méprisables motifs, de solliciter, de protéger, d'encourager l'activité dissolvante des Juifs : et ces Européens, ce sont au premier chef les princes et la noblesse, et ils ont persisté dans leur attitude depuis le 1er siècle de notre ère jusqu'à l'heure où j'écris. Que l'on considère l'histoire de n'importe quel peuple européen, et l'on entendra s'élever partout contre les Juifs — dès l'instant qu'ils se sentent en nombre et en force — des plaintes amères montant du peuple, de la classe marchande, du cercle des savants, des poètes, des voyants de toute sorte, et toujours et partout ce seront les princes et la noblesse qui couvriront l'accusé : les princes, parce qu'ils ont besoin d'ar-
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contredit, l'écrit intitulé Un Chrétien contre six Juifs. Encore Voltaire gardait-il, dans tous ces textes destinés à la publicité; certains ménagements; si l'on veut connaître son opinion sans aucune réserve, il faut voir, par exemple, sa lettre au chevalier de Lisle du 15 décembre 1773 (écrite donc vers la fin de sa vie, non pas dans la chaleur de la jeunesse) : « Que ces déprépucés d'Israël se disent de la tribu de Nephthali ou d'Issachar, cela est fort peu important; ils n'en sont pas moins les plus grands gueux qui aient jamais souillé la face du globe ! » On le voit : le véhément libre penseur n'est pas plus tendre pour les Juifs que n'importe quel prélat fanatique. Il s'en distingue tout au plus par cette restriction, qui revient souvent en manière de post-scriptum au bas de ses plus violentes diatribes : « Il ne faut pourtant pas les brûler. » Et puis il y a encore cette différence que l'homme qui s'exprime avec cette sévérité est essentiellement humain, tolérant et cultivé. Comment expliquer, de la part de ce libre et libéral esprit, un jugement à ce point sans pitié et qui, par son outrance, contraste défavorablement avec les citations que j'ai empruntées à des penseurs allemands ? C'est ici que nos contemporains pourraient s'instruire, s'il voulaient ! Car on voit que l'instinct d'égalitarisme révolutionnaire ne procède pas de l'amour de la justice ni du respect de l'individualité, et, en poursuivant la déduction, on arrive à cette conclusion : ce n'est pas d'un principe que naît la compréhension, ce n'est pas d'une philanthropie abstraite et générale que résulte la possibilité de vivre côte à côte dignement et pacifiquement; mais pour être justes envers l'âme étrangère et les intérêts étrangers, il faut que nous reconnaissions franchement, sans ambages et sans scrupules, ce qui les sépare de notre propre âme et de nos propres intérêts.

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gent pour leurs guerres; la noblesse, parce qu'elle mène une vie désordonnée. Il faut lire dans Edmond Burke ¹) comment Guillaume le Conquérant, quand il jugeait insuffisant le rendement de la taille et d'une quantité d'autres impôts oppressifs, confisquait les billets souscrits aux Juifs par leurs débiteurs ou se les faisait livrer pour un prix dérisoire : or presque toute la noblesse anglo-normande du XIme siècle était dans les mains des usuriers juifs, et le roi devenait ainsi le créancier — un créancier sans pitié — de ses sujets les plus considérables; en revanche, il étendait sa protection sur les Juifs et leur conférait des privilèges de tout genre. Cet exemple peut tenir lieu de milliers et de milliers d'autres ²). Si donc les Juifs ont exercé une grande influence, ce qu'on a trop sujet de déplorer au point de vue historique, c'est grâce à la complicité de ces deux éléments qui tout ensemble — bassement, on peut le dire — les persécutent et les exploitent. Cela continue ainsi jusqu'au dix-neuvième siècle : dès avant la Révolution française, Mirabeau est en étroit contact avec les Juifs ³); Talleyrand, dans la Consti-
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    ¹) An Abridgment of English History, l. III, ch. 2.
    ²) Le célèbre économiste Dr W. Cunningham, dans son ouvrage intitulé The Growth of English industry and commerce during the early and middle ages (3e éd. 1896, p. 201), compare l'activité des Juifs dans l'Angleterre du Xe siècle à une éponge absorbant toute la substance du pays et rendant impossible son développement économique. Un point intéressant mis en lumière par Cunningham, c'est que, dès ces temps anciens, la législation s'efforce d'induire les Juifs à adopter des professions honorables et vise leur fusion avec le reste de la population, mais sans aucun succès.
    ³) Touchant l'action exercée sur Mirabeau par « les représentantes avisées de la juiverie » (comme dit Gentz) et par les sociétés secrètes essentiellement juives auxquelles il est affilié, voir non seulement Graetz (Volkst. Gesch. der Juden III, 600 et sq.), mais surtout l'abbé Lémann : L'entrée des Juifs dans la société française, l. III, ch. 7. En sa qualité de Juif converti, cet auteur comprend ce que d'autres ne comprenaient pas, et en même temps il dit ce que taisent les auteurs juifs. On ne saurait exagérer, en ce qui concerne Mirabeau, l'importance de ce fait qu'il fut dès sa jeunesse débiteur des Juifs pour la plus grande partie de ses dettes (souligné par Carlyle : Essay on Mirabeau).


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tuante, réclame leur émancipation complète contre l'avis des représentants des classes bourgeoises; Napoléon les couvre quand commencent, après bien peu d'années, d'affluer des demandes de protection contre le péril juif, adressées de toutes les parties de la France à son gouvernement, et encore que lui-même se fût écrié au Conseil d'État, lors de la discussion du rapport Molé sur les Juifs d'Alsace : « Ces Juifs sont des sauterelles et des chenilles qui dévorent ma France ! » — c'est qu'il a besoin de leur argent; le prince Dalberg, sans souci du défi qu'il porte à tous les bourgeois de Francfort, vend pour un million de florins aux Juifs francfortois leur plein droit de bourgeoisie (1811); les Hardenberg et les Metternich se laissent circonvenir au Congrès de Vienne par la banque Rothschild et, malgré le suffrage unanime des mandataires de tous les États de la Confédération, ils soutiennent l'avantage des Juifs contre l'avantage des Allemands : leur volonté prévaut si bien que les deux États les plus conservateurs (représentés par eux) s'avisent les premiers d'élever à la noblesse héréditaire ces membres du peuple « étranger, asiatique » qui s'étaient acquis une fortune prodigieuse durant les années d'universelle détresse, et de leur octroyer une récompense que n'avaient jamais obtenue des Juifs simplement honorables et méritoires ¹). Si donc les Juifs ont été pour nous de fâcheux voisins, il n'est que juste de reconnaître qu'ils ont agi conformément à la nature de leurs instincts et de leurs dons, nous offrant du même coup un exemple vraiment admirable de fidélité envers eux-mêmes, envers leur propre nation, envers la foi de leurs pères : les tentateurs et les traîtres, ce ne furent jamais eux, mais bien nous. De tous temps — et il en est encore de même aujourd'hui — nous nous sommes faits
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    ¹) C'est d'ailleurs une vieille habitude des princes, et qui ne profite pas qu'aux Juifs. Martin Luther la signale déjà : « Les princes font pendre les voleurs qui ont dérobé un florin, ou un demi, et ils négocient avec ceux qui pillent tout le monde et volent plus que tous les autres » (Von Kaufhandlung und Wucher).

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criminellement les suppôts des Juifs; c'est nous qui, délibérément, nous sommes rendus coupables de trahison envers ce que le plus misérable habitant du ghetto tient pour sacré, envers la pureté du sang hérité — et il en est ainsi aujourd'hui plus que jamais. Seule l'Église chrétienne, entre toutes las puissances à l'œuvre, paraît avoir agi, en somme, avec justice et avec sagesse (abstraction faite, naturellement, de ces évêques qui furent proprement des princes séculiers, et aussi de quelques papes). L'Église a tenu les Juifs en bride, elle les a traités comme des étrangers, mais en les préservant des persécutions. Toute persécution en apparence « ecclésiastique », a sa cause réelle dans une situation économique devenue intolérable : l`Espagne nous en fournirait l'exemple le plus probant. Peut-être n'est-il pas inutile — maintenant que l'irréconciliable hostilité des Juifs, en s'attaquant à chaque manifestation de la foi chrétienne, a réussi à égarer si complètement l'opinion publique — de rappeler que le dernier acte de l'Assemblée préparatoire du premier Sanhédrin convoqué de notre temps (le Grand Sanhédrin de l'an 1807) fut une déclaration spontanée de gratitude à l'adresse du clergé des différentes Églises chrétiennes pour la protection accordée aux Juifs par ces Églises dans le cours des siècles ¹).
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    ¹) Diogène Tama : Collection des actes de l'Assemblée des Israélites de France et du royaume d'Italie (Paris 1807, p. 327, 328; l'auteur, un Juif, était secrétaire du délégué des Juifs des Bouches-du-Rhône, M. Costantini). Après un exposé des motifs, le document en question s'achève ainsi : « Les députés israélites arrêtent : que l'expression de ces sentiments sera consignée dans le procès-verbal de ce jour pour qu'elle demeure à jamais comme un témoignage authentique de la gratitude des Israélites de cette assemblée pour les bienfaits que les générations qui les ont précédés ont reçus des ecclésiastiques des divers pays d'Europe. » C'est M. Isaac Samuel Avigdor, délégué des Juifs des Alpes-Maritimes, qui présenta la motion; Tama ajoute que l'Assemblée applaudit son discours et décida qu'il serait inséré in extenso dans le procès-verbal de la séance. — Les historiens juifs actuels ne disent pas un mot de cette importante manifestation. Bédarride, dans Les Juifs

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CONTACT INTIME

    Mais assez de ces échappées sommaires sur l'aventure de notre destinée collective. Elles suffisent pour nous faire apercevoir que « l'avènement des Juifs » dans l'histoire européenne depuis le 1er siècle a exercé sur son cours une influence qui n'est pas négligeable et qui est assurément funeste en bien des sens. Mais cela ne nous apprend pas grand'chose encore sur le Juif lui-même. De ce que l'Indien de l'Amérique du Nord est en train de périr au contact de l'Indo-Européen, il ne suit pas nécessairement que celui-ci soit un homme mauvais et néfaste; et du fait que le Juif nous est utile ou dommageable, on ne saurait tirer, sans autre, un jugement valable sur sa nature. D'ailleurs le Juif n'entretient pas seulement, depuis dix-neuf siècles, des rapports EXTÉRIEURS avec notre culture, en qualité d'hôte plus ou moins bienvenu; il a pris avec elle un contact INTIME. Kant remarque très justement que la conservation du judaïsme est en première ligne l'œuvre du christianisme ¹). C'est du milieu juif, sinon de la race juive et de l'esprit juif, qu'est issu Jésus-Christ et que sont sortis les premiers représentants de la religion chrétienne. L'histoire juive, les conceptions juives, la pensée et la fiction juives sont devenues des éléments importants de notre vie psychique. Il n'y a pas moyen de faire entièrement le départ entre ce qui n'implique qu'un frottement superficiel et ce qui va jusqu'à la pénétration intérieure. Si nous n'avions pas solennellement élu le Juif pour notre père spirituel, il se serait aussi peu acclimaté chez nous que le Sarrasin ou que ces autres débris de peuplades semi-sémitiques qui n'ont réussi à sauver leur vie — mais non leur individualité — qu'au prix de leur absorption sans réserve dans les nations de l'Europe méridionale. Or le Juif s'attesta invulnérable; en dépit des bûchers dressés de temps en temps à son inten-
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en France (1859), où pourtant il se donne l'apparence d'exposer les faits d'après les documents officiels, imite à cet égard le silence de Graetz; il en est de même, sous toutes les rubriques que l'on y a consultées à ce sujet, de la Jewish Encyclopedia, (1911).
    ¹) Die Religion, dans la note générale à la 3e section.


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tion, le seul fait qu'il avait crucifié Jésus-Christ l'ornait à nos yeux d'une sorte de majesté terrifiante; et tandis que, paré de ce nimbe, il fascinait le peuple, les savants et les saints étudiaient jour et nuit les livres des Hébreux : sous le coup de sentences empruntées à des pâtres juifs, comme Amos et Michée, tombèrent les monuments d'un art tel que le monde n'en devait plus revoir jamais; et la science fut vouée au mépris par les sarcasmes de prêtres juifs; l'Olympe et le Walhalla se dépeuplèrent parue que les Juifs le voulaient ainsi; Iahveh, qui avait dit aux Israélites : « Vous êtes mon peuple et je suis votre Dieu », Iahveh devint le Dieu des Indo-Européens; ce furent les Juifs qui nous enseignèrent la funeste doctrine de l'intolérance religieuse absolue. Mais en même temps nous leur dûmes de grands et sublimes élans psychiques; à l'école des prophètes nous nous instruisîmes d'une morale si âpre et si pure qu'elle n'a pas sa pareille au monde, sinon sur le sol lointain des Indes; enfin, nous apprîmes à connaître une foi si vive et si vivifiante en une puissance divine supérieure, que notre âme en fut transformée et en reçut une orientation nouvelle. Car si Jésus fut le grand architecte qui posa les fondements, c'est aux Juifs que nous empruntâmes l'architecture. Isaïe, Jérémie, les Psalmistes furent et sont encore des forces efficaces dans notre vie intérieure.

QUI EST LE JUIF ?

    Or aujourd'hui, tandis que ce contact intime commence à devenir plus faible, le frottement superficiel va sans cesse augmentant, et nous ne pouvons plus nous soustraire au voisinage du Juif : il ne nous suffit plus, dès lors, de savoir que tous les hommes éminents et libres, depuis Tibère jusqu'à Bismarck, ont considéré sa présence parmi nous comme un danger politique et social; il faut encore que nous soyons à même de nous former un jugement précis, fondé sur la connaissance de faits positifs, et d'agir en conséquence. On a publié des « catéchismes antisémites », dans lesquels sont assemblées des centaines de citations empruntées à des hommes connus; mais, outre que beaucoup de ces propos,

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détachés de leur contexte, ne constituent pas un résumé tout à fait loyal de l'opinion exprimée par les auteurs, et que beaucoup aussi témoignent de préjugés aveugles ou d'ignorance manifeste, mieux vaut certes nous faire notre propre opinion que d'accepter sans contrôle celle d'autrui. Pour nous faire cette opinion, j'estime indispensable de partir d'un point de vue plus élevé que celui de la simple considération politique; et je ne sais pas, à cet effet, de terrain plus favorable que celui de l'histoire : non pas toutefois l'histoire moderne, qui est nôtre — car nous y serions juge et partie, — mais l'histoire de la genèse du peuple juif. Les documents surabondent; au dix-neuvième siècle justement, de nombreux savants (en Allemagne surtout, mais aussi en France, en Hollande, en Angleterre et en Amérique) les ont soumis à la critique, datés, classés, scrutés de toute manière, et, s'il reste beaucoup à faire, ce qui est fait nous permet déjà de déchiffrer en ses grandes lignes une des pages les plus étonnantes de l'histoire humaine. Ce Juif qui nous apparaît si éternellement immuable, si « constant », comme dit Goethe, il est néanmoins DEVENU ce qu'il est, il l'est devenu lentement et même « artificiellement ». Et sans doute cessera-t-il un jour d'ÊTRE, comme tout ce qui DEVINT. Cela déjà nous l'approche, humainement parlant. Ce qu'est un « Sémite », nul ne peut le dire. La science, voici quelque cent ans, croyait le savoir : les Sémites étaient les enfants de Sem; maintenant la réponse est toujours plus indéterminée; on s'était flatté que le critère linguistique serait décisif : grave erreur ! Le concept de « Sémite » n'en reste pas moins indispensable; on y recourt pour marquer la connexité des phénomènes historiques très divers dont il embrasse le multiple complex, mais on ne peut pas tracer de démarcation qui le circonscrive rigoureusement : à la périphérie, cette représentation ethnographique se confond avec d'autres. Somme toute, le « Sémite » comme l'« Aryen », en tant que nom et que notion d'une certaine race primitive, fait songer à ces jetons qui facilitent les calculs, mais qu'an aurait bien tort de prendre

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pour bon argent. Ce qui, en revanche, constitue ici le bon argent, ce sont ces individualités nationales données empiriquement, formées historiquement, tels par exemple les Juifs. La race n'est pas un phénomène primitif, elle est produite : physiologiquement, par mélange de sangs caractéristique, suivi d'endogénie; psychiquement, par l'influence qu'exercent sur cette structure particulière, spécifique, physiologique, des circonstances historico-géographiques longtemps agissantes ¹). Si donc nous voulons demander au Juif (et c'est, je pense, l'objet principal de ce chapitre) : qui es-tu ? il convient que nous recherchions d'abord si cette individualité, qui porte une empreinte tellement nette, ne procède pas d'un mélange de sang, et puis —- en cas de résultat affirmatif — comment l'âme à nulle autre pareille qui est provenue de ce mélange s'est spécialisée de plus en plus au fur et à mesure de son développement. Ce processus, c'est chez le Juif précisément qu'on peut le suivre mieux que chez toute autre sorte d'homme; car l'histoire nationale juive tout entière consiste en une élimination perpétuelle; le caractère du peuple juif va s'individualisant, s'accusant, se simplifiant sans cesse, jusqu'à ce qu'enfin, de tout l'être, il ne reste guère que le squelette. Le fruit longuement mûri se dépouille de son enveloppe duvetée et colorée, de sa chair savoureuse, car celles-ci sont attaquées du dehors par une maladie qui les pollue et les ronge : seul subsiste le noyau pétrifié, contracté, stérilisé, mais qui n'en défie que mieux l'épreuve du temps. Toutefois, je le répète, il n'en a pas toujours été ainsi. Ce qui a passé des livres sacrés des Hébreux dans la religion chrétienne ne date pas de cet âge sénile du « judaïsme » proprement dit, mais en partie de la jeunesse du peuple « israélite », beaucoup plus divers et plus imaginatif, en partie de la virilité du Judéen, quand il vient à peine
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    ¹) Voir ch. IV le dernier paragraphe de la rubrique : « Les cinq lois fondamentales » et, en ce qui concerne le Sémite, voir un peu plus loin dans le présent chapitre, au sous-titre: « Formation de l'Israélite ».

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de se séparer d'Israël et qu'il ne s'est pas encore opposé orgueilleusement à toutes les nations de la terre. Le Juif que nous connaissons et voyons à l'œuvre aujourd'hui n'est devenu Juif que peu à peu : et cela non pas, comme beaucoup se plaisent à l'affirmer mensongèrement, au cours du moyen âge chrétien, mais au cours de sa propre et autonome histoire, sur son sol national; le Juif s'est forgé lui-même sa destinée; lui-même a fait de Jérusalem le premier ghetto : il dressa la haute muraille qui interdisait aux Goyim l'accès de la ville propre, préservant de leur contact l'homme qui était né du sang élu dans la foi véritable. Ni Jacob, ni Salomon, ni Isaïe ne reconnaîtraient dans le rabbin Akiba, subtil talmudiste, leur petit-fils, et encore moins leur arrière petit-fils dans le baron Hirsch ou dans Barney Barnato, roi des diamants ¹).
    Essayons donc, en recourant à la plus grande simplification possible, de nous représenter nettement les traits essentiels de cette âme ethnique si singulièrement conformée, et qui apparaît toujours davantage unilatérale à mesure que s'accuse plus fortement sa physionomie. Pas n'est besoin pour cela d'érudition, car à la question « qui es-tu ? » le Juif lui-même, ainsi que son aïeul l'Israélite, donne de
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    ¹) Pour l'époque messianique le rêve des Juifs — des Juifs déjà constitués dans leur type, par opposition aux Israélites beaucoup plus libéraux des siècles antérieurs — était d'interdire absolument l'accès de Jérusalem aux étrangers : témoin Joël III, 17 (« et Jérusalem sera sainte et les étrangers n'y passeront plus »). Ce prophète très tardif (il date de l'époque hellénique) dit encore que Dieu résidera dans Sion à jamais et ne résidera nulle part ailleurs, en sorte que l'interdiction de pénétrer à Jérusalem signifie pour tous les peuples leur exclusion de la présence de Dieu : telle était la tolérance des Juifs ! Aussi est-il logique, en somme, que les rabbins refusent pour la plupart aux Non-Juifs toute participation à un monde futur, ou ne les y tolèrent que comme une foule méprisée (voir le traité Gittin : fol. 57a du Talmud de Babylone; et Weber : System der altsynagogalen palestinischen Theologie, p. 372, d'après Laible). Ce qui, par contre, fait un effet comique, c'est la prétention des Juifs actuels soutenant que leur religion est « la religion de l'humanité ».

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tous temps la plus claire réponse. Pour bien l'entendre, nous ne laisserons pas, cela va sans dire, de profiter de l'immense travail accompli par les savants, d'Ewald à Wellhausen et à Ramsay, de De Wette et de Reuss à Duhm et à Cheyne : nous en tenant ici aux résultats généraux les plus sûrs et ne considérant, pour ainsi parler, que le total de la somme, comme il sied à un homme pratique qui, dans le train du monde, a besoin d'asseoir son jugement sur des données précises.
    Deux remarques encore, touchant la méthode. Comme il a déjà été plus haut abondamment question des Juifs (par exemple dans le chapitre sur le Christ) et que ce thème nous occupera de nouveau par la suite, l'auteur se bornera ici à l'objet propre de son enquête et renverra le lecteur, pour maint développement, aux pages qui précèdent ou qui suivent le présent chapitre. En ce qui concerne les sources utilisées, l'auteur n'a pu éviter de mettre à contribution, outre la Bible et quelques écrivains juifs modernes sérieusement étudiés, les ouvrages de nombreux savants non juifs : pour la connaissance des prophètes et l'intelligence des événements historiques, c'était chose indispensable. Mais ces savants, même ceux d'entre eux qui marquent les tendances les plus libérales, sont tous des hommes portés à admirer le peuple juif — au moins dans sa figure d'autrefois — et enclins à le considérer — en un sens religieux quelconque — comme un peuple « élu ». Par contre, aucun antisémite n'a été appelé en témoignage, et cela délibérément, dans l'intérêt de la démonstration.

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PLAN DE L'ENQUÊTE

    La science a fort éclairé, en ces dernières années, un objet qui me paraît d'extrême importance : l'ANTHROPOGÉNIE des Israélites, ou l'histoire de la formation physique de cette particulière race nationale. Sans doute, il y a ici comme ailleurs un passé qui restera éternellement inaccessible à notre exploration; sans doute aussi, beaucoup des choses que devinent d'audacieux archéologues — pour les avoir,

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sinon vues de leurs yeux, du moins effleurées des antennes da leur instinct merveilleusement exercé — seront rectifiées en plus d'un cas par de nouvelles enquêtes et de futures découvertes. Mais point ne nous importe ici, où nous n'avons affaire qu'aux résultats essentiels et définitivement acquis à la science, lesquels se peuvent formuler en disant : premièrement, que le peuple israélite représente le produit de croisements multiples — et non pas de croisements entre types parents (ce qui est le cas des anciens Grecs ou des Anglais actuels), mais entre types tout à fait divergents au point de vue physique et moral; deuxièmement, que le sang qui peut être dit « sémitique » (si tant est que ce concept expédient doive garder un sens) ne constitue qu'à peine la moitié du mélange. À ces données qu'ont établies avec certitude, grâce au concours qu'elles se sont mutuellement prêté, l'anthropologie anatomique exacte et la recherche historique, s'en ajoute une troisième, due au travail critique de l'archéologie biblique. En faisant la lumière sur la chronologie si compliquée des écrits de l'Ancien Testament, qui datent des siècles les plus divers et qui ont été assemblés arbitrairement, quoique non sans but ni sans méthode, l'archéologie et la critique bibliques nous apprennent que le « Juif » proprement dit ne saurait être identifié avec l'Israélite au sens plus étendu du mot; que déjà lors de l'établissement en Palestine la maison de Juda se distinguait à plusieurs égards, par la composition du sang et la nature des aptitudes, de la maison de Joseph (comprenant les autres tribus); que par rapport au Joséphite le Judéen se trouvait dans une situation de dépendance spirituelle, et qu'il ne commença qu'à une époque relativement très tardive, après sa séparation violente d'avec ses frères, à suivre ses propres voies, les voies qui le conduisirent au « judaïsme », les voies qui bientôt l'isolèrent du monde entier par la pratique de l'endogénie érigée en principe religieux. Le Juif peut être appelé un Israélite, en ce sens qu'il est un rejeton de cette famille; l'Israélite au contraire, y compris celui de la tribu

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de Juda, ne fut d'abord aucunement juif, car le Juif ne commença de se former qu'une fois les tribus du Nord — les plus robustes — totalement anéanties par les Assyriens. Pour découvrir ce qu'est le Juif, il faut donc nous enquérir préalablement de ce qu'était l'Israélite, puis nous demander comment l'Israélite de la tribu de Juda (et de Benjamin) DEVINT le Juif : et ici la plus grande prudence s'impose dans l'emploi de nos sources. Ce n'est en effet QU'APRÈS la captivité de Babylone, et d'une manière tout artificielle, que fut imprimé à la Bible (dans la mesure où elle existait) le caractère spécifiquement judaïque : cela par l'introduction de livres entiers qui furent attribués à Moïse, cela par les interpolations et corrections que l'on peut suivre souvent verset après verset, et qui substituèrent tant bien que mal aux intuitions plus libres du vieil Israël l'étroite conception du culte jérusalémite de Iahveh, comme si ce culte eût existé dès l'origine en vertu d'une institution divine. Mais si notre intelligence de la genèse historique graduelle et parfaitement humaine du caractère national juif a pu être ainsi obscurcie pour longtemps, nous voyons clair aujourd'hui dans ce domaine également, et nous enregistrons, ici encore, une acquisition durable de l'enquête scientifique. Que telle ou telle phrase de l'Hexateuque, actuellement attribuée à la version « élohiste », soit reconnue « iahviste » par la critique de demain ou attribuée par elle à l'ultime « rédacteur »; qu'une exégèse plus avertie transfère au « second Isaïe » tel ou tel propos qu'à cette heure, nous supposons émaner du premier — ces choses ont leur importance, mais elles ne changeront rien à ce fait désormais certain : que le judaïsme proprement dit, avec sa foi d'essence particulière en Iahveh et son exclusive domination de la Loi sacerdotale, est le résultat d'un enchaînement historique démontrable et singulier au plus haut degré, dans lequel s'atteste l'intervention systématique de quelques personnalités individuelles conscientes du but où elles tendent inflexiblement.
    Voilà donc trois faits capitaux pour la connaissance de

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l'âme juive; il ne convient pas qu'une minorité savante en soit seule instruite, il faut qu'ils s'incorporent à la conscience de tout homme cultivé. Je les résume sous une forme plus précise :
    1º Le peuple israélite est provenu du croisement de types humains qui diffèrent entièrement entre eux.
    2º L'élément sémitique peut être moralement le plus vigoureux, mais physiquement il n'a contribué que pour une moitié à peine à la composition de la nouvelle individualité ethnique; on ne saurait dès lors appeler sommairement « Sémites » les Israélites, et la participation de plusieurs types humains différents à la formation de la race israélite exige une analyse quantitative et qualitative.
    3º Le JUIF proprement dit ne s'est formé que peu à peu au cours des siècles, par une différenciation physique graduelle d'avec le reste de la famille israélite et par une évolution mentale progressive qui a consisté dans le développement exclusif de certaines facultés et dans le systématique étiolement de certaines autres; le Juif n'est pas le résultat d'une vie nationale normale, il est en quelque sorte un produit artificiel engendré par une caste de prêtres qui, avec l'aide de souverains étrangers, imposa au peuple récalcitrant une législation sacerdotale et une foi sacerdotale.
    Ainsi se dessine le plan de l'exposé qui va suivre. J'interrogerai d'abord l'histoire et l'anthropologie afin d'apprendre QUELLES SONT LES RACES dont est provenue la race nouvelle appelée israélite et souche de la race juive; puis, considérant ces différents types humains qui ont participé à la formation du Juif, j'essaierai de déterminer par l'analyse l'importance relative de leur contribution physique et surtout morale, en accordant naturellement une attention particulière au sens que revêt chez eux la RELIGION, car la base du judaïsme est la foi qui lui est propre, et nous ne saurions juger avec équité le Juif soit dans l'histoire, soit dans son rôle actuel parmi nous, si nous n'acquérions une notion absolument claire de sa religion; enfin je m'efforcerai de montrer

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comment le JUDAÏSME SPÉCIFIQUE se fonda et s'affermit dans son originalité distinctive et incomparable. Si j'y réussis, l'objet de ce chapitre, tel que je l'ai défini plus haut, serait atteint : car la race juive, si plus tard il lui advint parfois de s'annexer bien des éléments étrangers, n'en est pas moins demeurée, en somme, pure comme nulle autre; et la nation juive a été, dès le début, de sorte essentiellement « idéale », c'est-à-dire qu'elle a consisté dans la foi à une certaine idée nationale, non dans la possession d'un État libre qui lui appartînt ni dans la communauté de la vie sociale et de l'activité sur son sol, et cette idée est la même aujourd'hui qu'il y a deux mille ans. Race et idéal : ce sont là les deux facteurs constituant la personnalité de l'homme, ce sont eux qui répondent à la question « qui es-tu ? ».

FORMATION DE L'ISRAÉLITE

    Les Israélites ¹) sont provenus du croisement de trois (peut-être même de quatre) types humains différents : le type sémitique, le type syrien (ou plus exactement : hittite) et le type indo-Européen (encore se peut-il qu'un autre sang ait aussi coulé dans les veines de leurs aïeux : celui de la race touranienne, ou suméro-akkadienne, voire ouralo-altaïque, peu importent les noms qui désignent en somme une seule et même chose).
    Pour que le lecteur se rende compte comment ce mélange s'est effectué, il faut que je trace d'abord une rapide esquisse historique : elle n'a pour but que de lui remettre en mémoire quelques faits plus ou moins connus de tous, et de le préparer à suivre sans effort la genèse de la race juive.
    Si le concept de « Sémite » — pour autant qu'il postule l'existence d'une race pure et autonome dès l'origine des
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    ¹) Et non pas eux seulement, mais aussi leurs parents de race, les Ammonites, les Moabites et les Édomites, qui forment avec eux la famille des HÉBREUX, nom que trop souvent l'on réserve à tort aux seuls Israélites ou même aux Juifs seuls (voir Wellhausen : Israelitische und jüdische Geschichte, 3e éd., p. 7); à la même famille appartiennent également les Madianites et les Ismaélites (Maspero : Histoire ancienne, éd. 1895, II, 65).

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choses, telle en quelque sorte qu'une création spéciale de Dieu — est assurément une simple construction de l'esprit, il bénéficie néanmoins d'un avantage qui fait défaut à cet autre concept : « l'Aryen ». En effet, à cette heure même, sous nos yeux, vit un peuple qui incarne à l'état pur et sans alliage le type supposé du Sémite primitif; ce peuple, c'est le Bédouin des déserts de l'Arabie ¹). Laissons le fantôme du Sémite primitif et tenons-nous-en au Bédouin en chair et en os. On admet, et l'on a de bonnes raisons d'admettre, qu'il se produisait déjà, plusieurs milliers d'années avant le Christ, une émigration continue d'hommes en tout pareils aux Bédouins d'aujourd'hui, qui d'Arabie affluaient vers l'Est et vers le Nord jusqu'en Mésopotamie. L'Arabie est saine, en sorte que sa population tend à s'accroître; son sol est extrêmement pauvre, en sorte qu'une partie de ses habitants doivent chercher ailleurs leur subsistance. Il semble que ces exodes fussent parfois entrepris par de grandes troupes armées : passé un certain degré, l'excédent d'hommes à nourrir était jeté hors de la patrie avec une force irrésistible, et ces hommes se répandaient en conquérants dans les pays voisins; ou au contraire, en d'autres cas, quelques clans franchissaient avec leurs troupeaux, aussi pacifiquement que possible, la frontière qui n'était nulle part très exactement déterminée, et ils allaient de pâturage en pâturage. S'ils ne tournaient pas bientôt dans la d