Here
under follows the transcription of chapter 5 of Houston Stewart
Chamberlain's La
Genèse du XIXme siècle,
6th. ed.,
published
by Librairie Payot, 1913.
TABLE DES MATIÈRES
|
435
CHAPITRE V
L'AVÈNEMENT DES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
—————
Oublions d'où nous tirons notre origine. Qu'il
ne soit plus
question de Juifs « allemands » et
« portugais
» ! Disséminés à la surface du globe,
nous ne formons
pourtant qu'un seul et unique peuple !
Le rabbin Salomon
Lipmann-Cerfberr
(Discours
prononcé le 26 juillet 1806 pour l'ou-
verture de
l'assemblée préparatoire du Sanhé-
drin de l'an 1807
convoqué par Napoléon).
436
(Page vide)
437
LA
QUESTION JUIVE
Si j'avais écrit cent ans plus tôt sur
la genèse du
monde moderne, il est peu probable que je me fusse avisé
de consacrer un chapitre spécial à
l'avènement des Juifs dans l'histoire européenne. Sans
doute, la part qu'ils ont prise à la formation du christianisme
en lui infusant un esprit particulier, tout à fait
étranger au génie aryen, eût mérite
considération, ainsi que leur rôle économique dans
tous les siècles chrétiens. Mais il eût suffi de
mentionner ces choses occasionnellement; trop d'insistance eût
paru disproportionnée. Herder, alors, pouvait écrire:
« L'histoire juive occupe plus de place et requiert plus
d'attention dans notre histoire générale qu'elle n'y
aurait droit par elle-même » ¹). Mais un grand
changement
s'est produit depuis : les Juifs jouent en Europe, et partout où
atteint l'effort européen, un autre rôle aujourd'hui qu'il
y a cent ans; selon l'expression de Viktor Hehn, nous vivons dans
un « âge juif » ²). Quelque jugement que l'on
porte sur
l'histoire passée des Juifs, c'est un fait que leur histoire
présente occupe tant de place dans la nôtre que nous ne
saurions lui refuser notre attention. Herder même, en
dépit de son humanisme déclaré, avait écrit
encore : « Le peuple des Juifs est — et il l'est demeuré
en Europe — Peuple ASIATIQUE, ÉTRANGER à
notre partie
—————
¹) Von den deutsch-orientalischen Dichtern,
§ 2.
²) Gedanken
über Goethe, 3e éd., p. 40. Voici le
passage
complet : « Lorsque Goethe mourut, le 22 mars 1832, Borne data de
ce
jour la liberté de l'Allemagne. En réalité, ce
jour marquait la fin d'une époque, et avec lui commençait
l'âge juif, dans lequel nous vivons. »
438 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
du
monde, lié à cette antique LOI qui lui
fut
donnée sous d'autres cieux et qui, de son propre aveu, tient
à lui indissolublement » ¹). C'est juste. Mais ce
peuple
étranger, éternellement étranger parce
qu'indissolublement lié — comme le note Herder — à une
loi étrangère hostile à tout autre peuple, n'en
est pas moins devenu, dans le cours du dix-neuvième
siècle, un élément constitutif de notre vie et
peut-être même, en bien des domaines, son facteur dominant.
Il y a cent ans, le même témoin avouait avec
mélancolie que « les nations les plus grossières de
l'Europe s'étaient faites esclaves volontaires de l'usurier juif
» ²); il pourrait à cette heure en dire autant de la
partie
de beaucoup la plus considérable du monde civilisé. La
possession de l'argent n'est en soi que peu de chose : ce sont nos
gouvernements, notre justice, notre science, notre commerce, notre
littérature, notre art.... à peu près toutes les
formes de notre activité qui sont devenues esclaves plus ou
moins volontaires des Juifs et qui traînent au pied — quelquefois
aux deux pieds — là chaîne de servitude. En outre, ce
caractère « étranger » souligné par
Herder apparaît toujours plus saillant; il y a cent ans, on ne
pouvait guère que le pressentir; maintenant il s'est
développé et affirmé au point de s'imposer
à l'observation du spectateur le moins perspicace.
Obéissant à des motifs d'ordre idéal,
l'Indo-Européen a ouvert amicalement la porte; le Juif s'y est
précipité comme un ennemi, il a pris d'assaut toutes les
positions, et sur les brèches — je ne veux pas dire sur les
ruines — de notre individualité propre, il a planté le
drapeau de cette autre individualité qui nous demeure
éternellement étrangère.
Allons-nous, de ce chef, vitupérer les Juifs
? Ce serait manquer de
noblesse, autant que de dignité et de raison. Les Juifs
méritent l'admiration, car ils ont agi avec une
—————
¹) Bekehrung der Juden,
§ 7 des Unternehmungen des
vergangenen Jahrhunderts zur Beförderung eines geistigen Reiches.
²) Ideen zur
Geschichte der Menschheit, IIIe
partie, l. 12
§ 3.
439 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
absolue
sûreté selon la logique et la vérité de leur
être, et jamais le verbiage
humanitaire (auquel ils ne se sont associés qu'autant qu'ils y
trouvaient avantage) ne leur a fait oublier un seul instant la
sainteté des lois physiques. Sachons reconnaître avec
quelle maîtrise ils utilisent la LOI DU SANG pour
répandre
leur domination : la souche principale reste sans tache, pas une goutte
de sang étranger ne s'y infuse — ne lit-on pas dans la Thora :
« Le bâtard n'entrera point dans la maison de Iahveh,
même sa dixième génération n'y entrera
point » (Deutéronome
XXIII, 2) ? — mais en même temps des
milliers de rameaux secondaires sont détachés du tronc,
qui servent à imprégner de sang juif les
Indo-Européens. Si cela continuait ainsi pendant une couple de
siècles, l'Europe ne compterait plus un seul peuple de race
pure, hormis celui des Juifs : tout le reste ne formerait qu'une masse
amorphe de métis pseudohébraïques,
c'est-à-dire un troupeau humain indubitablement
dégénéré au point de vue physique,
intellectuel et moral. Même un judéophile
avéré, comme Renan, doit en convenir : « Je suis le
premier à reconnaître que la race sémitique,
comparée à la race indo-européenne,
représente réellement une combinaison inférieure
de la nature humaine « ¹). Et dans un des écrits
où il
précise le plus nettement sa pensée à cet
égard, le même savant ajoute : «
L'épouvantable simplicité de l'esprit sémitique
rétrécit le cerveau humain, le ferme à toute
idée délicate, à tout sentiment fin, à
toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d'une
éternelle tautologie : Dieu est Dieu » ²). Renan
expose
alors qu'il ne saurait y avoir d'avenir pour la culture
indo-européenne qu'à condition qu'elle
« s'éloigne de plus en plus de l'esprit sémitique
»
et que notre religion « devienne
—————
¹) Histoire
générale et système comparé des
langues sémitiques, 5e
éd., p. 4. — Le fait que les Juifs
ne sont pas de purs Sémites, mais des demi-Syriens (comme je
l'exposerai tout à l'heure), n'est pas de nature à
modifier sensiblement ce jugement en ce qui les concerne.
²) De la part des peuples
sémitiques dans l'histoire de la
civilisation, p. 39.
440 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
de
moins en moins juive. » C'est donc un fait
indiscutable, le mélange implique ici, nécessairement,
dégénérescence :
dégénérescence du
Juif, dont le caractère est beaucoup trop étranger, trop
fixé, trop vigoureux pour que le sang germanique puisse
contribuer à le rafraîchir ou à l'ennoblir en
quelque manière; dégénérescence de
l'Européen qui, naturellement, ne peut que perdre au
croisement avec un type « inférieur » — je
préférerais dire : avec un type de constitution trop
différente. Mais pendant que s'effectue ce mélange, la
souche principale des Juifs purs et non adultérés
demeure, je le répète, parfaitement intacte. Lorsqu'au
début du dix-neuvième siècle Napoléon —
mécontent de ce que les Juifs persistaient malgré leur
émancipation dans un orgueilleux isolement, irrité de ce
qu'ils continuaient à sucer l'Alsace aux quatre veines par une
usure effrontée, bien que toutes les carrières leur
eussent été ouvertes — envoya un ultimatum au Conseil de
leurs Anciens et exigea leur fusion avec les autres nations, les
délégués des Juifs de France acceptèrent
tous les articles qui leur étaient notifiés, sauf un :
celui qui visait le mariage sans restriction avec les chrétiens.
Leurs filles, oui, elles pouvaient contracter mariage en dehors du
peuple d'Israël; leurs fils, non : et le dictateur de l'Europe dut
céder ¹). Telle est la loi digne d'admiration par laquelle
—————
¹) C'est dans la partie de notre ouvrage relative au
dix-neuvième siècle lui-même qu'il y aura lieu de
revenir sur ce fameux « Grand Sanhédrin » et sa
distinction casuistique entre les dispositions religieuses et les
dispositions politiques de la Loi mosaïque, distinction que
ne reconnaît ni la Thora ni le Talmud. — Antérieurement au
Grand Sanhédrin, Napoléon avait soumis au Conseil
d'État
l'examen de la législation concernant les Juifs et rendu un
décret suspendant pour un an l'exécution des jugements
rendus en faveur de prêteurs israélites dans les
départements du Haut et du Bas Rhin, ainsi que dans les
provinces rhénanes récemment conquises. Voici comment il
s'exprimait à ce sujet dans le préambule au décret
du 30 mai 1806 : « Sur le compte qui nous a été
rendu que,
dans plusieurs départements septentrionaux de notre empire,
certains Juifs n'exerçant d'autre profession que celle de
l'usure ont, par l'accumulation des intérêts les plus
immodéré, mis beaucoup de cultivateurs de ces pays
dans un grand état de détresse,
441 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
fut
fondé le judaïsme proprement dit. Sans doute, prise en son
acception la plus stricte, elle exclut tout mariage entre Juifs et
Non-Juifs; ainsi nous lisons, Deutéronome
VII, 3 : « Tu ne
donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras point
leurs filles pour tes fils »; mais en général c'est
la seconde prescription qui est seule accentuée, témoin
le passage de l'Exode (XXXIV,
16) où il est défendu aux
fils de prendre des filles étrangères, mais non aux
filles de
prendre des fils étrangers, et le chapitre XIII de
Néhémie
où figure bien la double
défense, mais où seule l'union du FILS
avec une femme
étrangère est qualifiée de
« péché contre notre Dieu ». Conception
parfaitement juste d'ailleurs. Par le mariage de la fille avec un
Goï, la pureté de la souche juive n'est en aucune
façon altérée et, de plus, cette race prend pied
dans le camp étranger; au contraire; le mariage du fils avec une
Goya a pour effet, selon l'énergique expression du livre
d'Esdras (IX, 2), de souiller
la semence de la race sainte en la
mêlant au sang d'autres peuples. L'adhésion de la Goya en
question au judaïsme n'y changerait rien : l'idée
même d'une telle adhésion est étrangère
à l'ancienne Loi — à bon droit, car il s'agit ici du fait
physique de la descendance — et la Loi nouvelle déclare tout
net,
avec une enviable sagacité : « Les prosélytes sont
aussi
nuisibles pour le judaïsme que les abcès pour le corps sain
» ¹). C'est ainsi que s'est conservée et que
—————
nous
avons pensé que nous devions venir au secours de ceux de
nos sujets qu'une avidité injuste aurait réduits à
ces fâcheuses extrémités. » Le Grand
Sanhédrin ordonna, comme loi religieuse, de ne faire
désormais aucune distinction, en matière de PRÊT
d'argent, entre coreligionnaires, et interdit l'USURE
même
avec les étrangers. — Un détail curieux, qui montre
avec quelle ardeur Napoléon désirait la fusion des
éléments juifs et non-juifs, c'est qu'il avait d'abord
exigé que sur trois mariages contractés par des Juifs il
y en eût désormais obligatoirement un avec un
conjoint chrétien — exigence qui ne fut pas maintenue (Cf. Th.
Reinach : Histoire des
Israélites, 3e éd. 1903,
p. 295
et suiv.)
¹) Du Talmud, d'après Dollinger : Vorträge I, 237; le Talmud
dit ailleurs que les prosélytes sont un « fardeau »
(voir Israelitische Religionslehre
du Juif Philippson, II, 189).
442 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
se
conserve encore aujourd'hui la pureté de la race juive :
des filles de la maison Rothschild ont épousé des barons,
des comtes, des ducs, des princes, elles n'ont point eu d'objection
à recevoir le baptême; mais jamais un fils n'a
épousé une Indo-Européenne, il s'exclurait ainsi
de la maison de ses pères et de la communauté de son
peuple ¹).
Ces considérations appartiendraient
proprement à une
autre partie du présent ouvrage. Si je les résume ici
rapidement, c'est qu'il m'importait de prévenir tout de suite,
et par la voie la plus courte, une objection qui ne manque jamais de se
produire dès que l'on soulève la « question juive
» : à savoir que cette question n'existe simplement pas —
d'où il suivrait que l'avènement des Juifs dans notre
histoire ne signifie rien du tout. D'autres parlent de religion,
prétendant qu'il ne s'agit en l'espèce que de
différences de cet ordre. Ils oublient qu'il n'y aurait pas de
religion juive s'il n'existait pas de nation juive. Mais cette nation
existe. La nomocratie (la domination de la Loi) unit les Juifs — si
dispersés qu'ils soient parmi les peuples du monde — en un
organisme solide, homogène, tout à fait politique, dans
lequel la communauté du sang atteste la communauté du
passé et garantit la communauté de l'avenir. Encore que
bien des éléments ne soient pas purement juifs au sens le
plus étroit du mot, la puissance de ce sang, jointe à
l'incomparable force de l'idée juive, est néanmoins
—————
¹) Pour se rendre compte à quel point la race juive est
encore
pure de nos jours, il faut consulter les résultats de la grande
enquête anthropologique à laquelle procéda Virchow
sur tous les écoliers de l'Allemagne. Ranke
écrit à ce sujet (Der
Mensch, 2e éd., II, 293):
«
Plus une race est pure, plus faible est le nombre des formes
métissées. À cet égard, c'est
assurément un
fait très important que le nombre le plus faible des
métis ait été trouvé chez les Juifs : ainsi
s'atteste, en opposition aux Germains parmi lesquels lis habitent, leur
volontaire isolement comme race.
» Les mensurations qui ont eu lieu
dès lors en Amérique ont permis de constater que,
là aussi, « la race juive s'est conservée
complètement pure (American
Anthropologist t. IV, cité
d'après la Politisch-Anthropologische
Revue 1904, mars, p. 1003).
443 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
si
grande que ces éléments étrangers ont
été dès longtemps assimilés : n'y
a-t-il pas —près de deux millénaires
d'écoulés depuis que les Juifs renoncèrent
à leur propos momentané de prosélytisme ? Sans
doute il faut distinguer, comme je l'ai fait au chapitre
précédent, entre Juifs d'extraction plus ou moins
noble :
mais ce qui relie entre eux les fragments disparates, c'est (sans
parler d'une fusion graduelle) l'existence et la persistance
opiniâtre de l'idée nationale. Cette idée nationale
culmine dans l'espoir inébranlable en la domination universelle
promise aux Juifs par Iahveh. De naïfs «
chrétiens-nés » (comme s'exprime Auerbach dans son
esquisse biographique de Spinoza) imaginent que les Juifs ont
abandonné cet espoir : ils se trompent fort ! car «
l'existence
du judaïsme a pour condition l'attachement à
l'espérance messianique », ainsi que l'écrivait, il
n'y a pas bien longtemps, un des plus modérés et des plus
libéraux d'entre eux ¹) : la religion juive tout
entière se fonde sur cet espoir. La foi du Juif en son Dieu, ce
que chez ce peuple on peut nommer « religion » (et ce qui a
droit à ce nom, en tant que source d'une moralité digne
de respect), est une partie de cette idée nationale; non
inversement. Soutenir qu'il y a une religion juive, mais qu'il n'existe
pas de nation juive, c'est déraisonner ²).
—————
¹) Skreinka : Entwickelungsgeschichte
der jüdischen Dogmen, p. 75.
²) Au congrès sioniste tenu à
Bâle en 1898, le Dr
Mandelstam, professeur à l'Université de Kiev,
déclara dans un discours qui fut «
l'événement »
de la séance du 29 août qu'il ne voulait pas de
l'assimilation des Juifs aux autres nationalités, mais qu'il
souhaitait au contraire les sauver « en tant que nation »,
car
les Juifs « ont une espérance commune que leur conscience
nationale a gardée à travers toute leur histoire »
(d'après le compte rendu d'un participant au Congrès,
dans Le Temps du 2 septembre
1898). Les journaux viennois des 30 et 31
juillet 1901 résument un discours que le Dr Leopold Kahn,
rabbin de Vienne, prononça au sujet du sionisme dans une salle
de l'école orthodoxe juive à Pressbourg; j'y recueille
cet aveu : « Le Juif ne se pourra jamais assimiler; il n'adoptera
jamais les mœurs et usages d'autres peuples. Le Juif reste Juif en
toutes circonstances. Toute assimilation n'est
444 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
L'avènement des Juifs dans l'histoire occidentale signifie
ainsi, sans contredit, l'accession d'un élément
particulier, entièrement différent de tous les peuples
européens et en quelque mesure opposé à eux; d'un
élément qui demeura essentiellement pareil à
lui-même, tandis que les nations de l'Europe traversaient les
phases de développement les plus diverses; qui dans le cours
d'une histoire souvent dure et cruelle n'eut jamais la faiblesse de
souscrire à des ouvertures de fraternité, mais — en
possession de son idée nationale, de son passé national,
de son avenir national — ressentit et ressent encore
aujourd'hui comme une souillure le contact avec d'autres
hommes; qui enfin, grâce à la sûreté d'un
instinct né de la puissante homogénéité du
sentiment national, réussit toujours à exercer sur les
autres une influence profonde, alors que las Juifs eux-mêmes
n'étaient jamais touchés qu'à fleur de peau par
les événements de notre évolution culturelle. Pour
caractériser du point de vue de l'Européen cette
situation extrêmement singulière, nous ne pouvons que
répéter avec Herder : le peuple des Juifs est, et
demeure, un peuple ÉTRANGER dans notre partie du
monde. Du point de
vue du Juif, cette constatation se formule un peu autrement; nous
avons vu ailleurs comment l'entendait le grand philosophe
libéral Philon : « Seuls les Israélites sont
—————
jamais
qu'extérieure, purement extérieure. » Paroles
mémorables ! Dans la Festschrift
zum 70. Geburtstage A. Berliner's, 1903, le Dr B. Felsenthal
publie une série de
Thèses juives au nombre
desquelles celle-ci, qu'il soutient
énergiquement et qui équivaut à dire que le
judaïsme
est UN PEUPLE, NON UNE RELIGION : « Le
judaïsme est une race
particulière et tout Juif est né au sein de cette race
»; elle constitue « un des peuples ethniquement les plus
purs qu'il y ait ». Felsenthal calcule que depuis Théodose
jusqu'à l'an 1800 « il n'y a peut-être pas 300
Non-Sémites qui aient été admis dans le peuple
juif
» et — fait caractéristique — il conteste aux
prosélytes le droit de se considérer comme des Juifs pur
sang. « Le peuple juif, la race juive, voilà la
donnée permanente, le substratum nécessaire, le noyau
substantiel; la religion juive est une accrescence à ce noyau,
un qualificatif — un accident, au sens philosophique du mot »
(cité d'après le tirage à part publié chez
Itzkowski à Berlin).
445 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
des
hommes au sens véritable de ce mot » ¹). Ce que le
Juif profère ici dans le mode intolérant de son orgueil
de race, c'est exactement la même chose qu'exprime en termes
aimables notre grand Goethe, quand il conteste — si loin qu'on la
recule — la communauté d'origine du Juif et de
l'Indo-Européen : « Nous ne disputerons en aucune
façon au peuple élu l'honneur de descendre d'Adam. Mais
nous autres, nous avons certainement d'autres aïeux »
²).
LE « PEUPLE ÉTRANGER »
De ces considérations résulte pour
nous le droit et le devoir d'envisager le Juif comme un
élément particulier, et proprement
étranger dans notre vie. Extérieurement, il a
hérité cela même que nous avons
hérité; intérieurement, il a hérité
un esprit foncièrement différent du nôtre. Un seul
trait suffit pour nous faire apercevoir l'abîme béant qui
sépare une âme de l'autre et pour en évoquer au
regard de notre conscience l'effrayante profondeur : nous constatons
que la figure du Christ apparaît au Juif dénuée de
toute signification ! Je ne parle pas, naturellement, du sens qu'y peut
attacher une pieuse orthodoxie. Mais qui ne se rappelle, par exemple,
les merveilleuses paroles d'un Diderot sur le Crucifié et
l'émotion de ce libre penseur devant l'image divine qu'il
présente à l'homme dans l'instant de sa plus vive
douleur : « Quelle profonde sagesse il y a dans ce que l'aveugle
philosophie appelle la folie de la croix ! Dans l'état où
j'étais, de quoi m'aurait servi l'image d'un législateur
heureux et comblé de gloire ? Je voyais l'innocent, le
flanc percé, le front couronné d'épines, les mains
et les pieds percés de clous, et expirant dans les souffrances;
et je me disais : voilà mon Dieu, et j'ose me plaindre ! »
Eh bien, j'ai scruté une bibliothèque entière de
livres juifs dans l'espoir d'y
—————
¹) Se reporter ch. III
à la rubrique « Religion », où
je cite Philon d'après Graetz.
²) Eckermann's
Gespräche, 7 octobre 1828. Ainsi avait déjà
opiné Giordano Bruno, qui tenait que les Juifs seuls
descendaient d'Adam et Eve, tandis que les autres hommes
provenaient d'une race beaucoup plus ancienne (cf. Lo spaccio della bestia trionfante).
446 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
trouver quelque chose
d'analogue — non pas, certes ! la foi en la
divinité de Jésus-Christ, non pas la conception de la
délivrance, mais le sentiment tout humain de la signification
qui réside dans ce fait d'un Sauveur souffrant; mon espoir a
été déçu. Un Juif qui éprouve ce
sentiment cesse par là même d'être un Juif, il
devient un négateur du judaïsme. Alors que nous trouvons
dans le Coran même
quelque pressentiment au moins de l'importance
du Christ et les marques d'un profond respect devant cette apparition,
un Juif cultivé, un Juif éminent du dix-neuvième
siècle le désigne ainsi : « la nouvelle-naissance avec le masque de mort
», cause de blessures nouvelles et douloureuses
pour le peuple juif; c'est tout ce qu'il
voit en lui ¹). Et le spectacle de la croix l'incite à nous
assurer que « les Juifs n'ont nul besoin de cet
ébranlement convulsif pour leur amélioration
intérieure », sur quoi il ajoute : « notamment pas
dans les
classes moyennes des citadins. » Sa compréhension
n'atteint
pas plus loin. Dans un écrit du Juif espagnol Mose de Leon
²)
réédité en 1880, Jésus-Christ est
qualifié de « chien
mort, enseveli dans un tas de fumier ». Durant les dix
dernières années du dix-neuvième
siècle ont été réédités
également (en langue hébraïque, s'entend) plusieurs
passages du Talmud longtemps omis pour cause de censure, dans lesquels
le Christ est livré au mépris et à la haine comme
« fou », « magicien », « athée
», «
idolâtre », «chien », « bâtard
»,
« enfant de luxure », « fils de putain », etc.,
et
où son auguste mère n'est pas mieux traitée
³). On
le voit :
—————
¹) Graetz : Volkstümliche
Geschichte der Juden I, 591.
²) L'éditeur et peut-être l'auteur du Zohar qui devint,
comme on sait, le bréviaire de la Cabbale.
³) voir Laible : Jesus Christus
im Talmud, p. 2 et suiv. (nº 10 des
écrite de l'Institutum Judaicum de Berlin; on trouve en
appendice les textes hébraïques originaux). Ce savant tout
à fait impartial, et bien disposé pour les Juifs, note :
« La haine et le mépris des Juifs s'attaquèrent
toujours en
première ligne à la personne de Jésus
lui-même » (p. 25). « L'animosité des Juifs
contre
Jésus est un fait établi; seulement ils veulent la donner
le moins possible en spectacle » (p. 3). Laible voit même
dans
cette haine de Jésus « le trait le plus national du
judaïsme »
447 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
nous
ne faisons assurément pas tort aux Juifs en disant que la
figure du Christ leur demeure simplement inintelligible et qu'elle leur
est un sujet de scandale. Bien qu'issue en apparence de leur milieu,
elle incarne néanmoins la négation de tout ce qui
constitue leur être — et à cet égard les Juifs font
preuve d'un sens beaucoup plus fin que nous. Si je signale ce profond
abîme qui nous sépare d'eux, ce n'est pas pour transporter
la question sur le terrain dangereux du parti pris religieux : mais il
me semble que la comparaison de deux sortes de sensibilités si
radicalement différentes est nécessaire pour nous faire
mesurer la profondeur de cet abîme et pour nous préserver
ailleurs, quand nous constaterons d'apparents rapprochements, d'oublier
la séparation de fait.
Mais une autre considération encore s'impose,
dès lors
que nous prenons conscience de cette séparation. Le Juif ne nous
comprend pas, c'est certain; pouvons-nous espérer le comprendre
et lui rendre justice ? Peut-être, s'il est vrai du moins que
nous lui soyons supérieurs en fait, spirituellement et
moralement, comme Renan l'affirmait dans le passage que j'ai
cité de lui tout à l'heure, et comme d'autres savants,
plus dignes encore de crédit, l'ont soutenu également
¹).
Mais en ce cas nous devrions juger le Juif du haut de notre
supériorité, non pas du point de vue de la haine et de la
superstition, et bien moins encore au nom du malentendu dans lequel nos
professeurs de religion barbotent depuis deux mille ans ainsi que dans
un marécage. Prêter au Juif des pensées qu'il n'a
jamais pensées, le révérer comme le por-
—————
(p. 86); les Juifs, dit-il,
« furent saisis à l'approche
du christianisme d'une fureur et d'une haine qui confinaient à la
démence » (p. 72). Aujourd'hui encore, un Juif croyant ne
doit ni proférer ni écrire le nom du Christ (p. 3 et 32);
les cryptonymes les plus usités sont « LE
bâtard »,
ou « LE fils de putain », ou «
LE pendu », souvent aussi «
Balaam ».
¹) Voir notamment le passage
célèbre de l'Indische
Altertumskunde de Lassen, où le grand orientaliste
exprime et
motive sa conviction que la race indo-européenne est «
plus
hautement et plus complètement douée » et qu'en
elle seule s'est établi « l'harmonieux équilibre de
toutes les forces psychiques ».
448 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
teur
des intuitions religieuses les plus grandioses — alors qu'elles
lui demeurent plus étrangères peut-être qu'à
aucune autre sorte d'hommes et qu'on en découvre tout au plus
quelques traces éparses dans la conscience de ses
prophètes isolés, d'où elles jaillissent en cri de
révolte contre la dureté de cœur de ce peuple — puis le
condamner pour être aujourd'hui si différent de ce qu'il
devrait être d'après ces fables; c'est là,
une
injustice manifeste. Et ce n'est pas seulement une injustice, c'est une
erreur propre à égarer de la manière la plus
fâcheuse le sentiment public. Car en raison du rôle que
nous avons gratuitement imputé au Juif dans notre vie
religieuse, sa tête nous apparaît nimbée de gloire,
et alors nous nous indignons de ne pas rencontrer un saint sous cette
auréole postiche. Nous attendons de lui bien autre chose que de
nous, simples enfants du paganisme ! Et cependant le témoignage
du Juif sur le Juif est si peu fait pour encourager cette attente, que
tout noble trait qui nous le semble contredire, que toute explication
découverte à des crimes juifs, nous devient un sujet de
nous réjouir sincèrement. Iahveh, par exemple, ne se
lasse pas de déclarer : « Je vois que ce peuple est un
peuple au col roide » ¹) et Jérémie donne de
la
complexion morale du dit peuple une description si montée en
couleur que M. Édouard Drumont ne pourrait faire mieux : «
Tout
frère cherche à supplanter son frère et tout ami
va calomniant son ami; chacun dupe l'autre et nul ne dit la
vérité; ils exercent leur langue à mentir, ils
s'étudient à faire le mal » ²); rien
d'étonnant que Jérémie résume dans ce mot :
« tas de perfides ! » son impression des gens qu'il nous
peint de la sorte; rien d'étonnant qu'il ne connaisse plus qu'un
désir : « Ah ! si j'avais au désert une cabane de
voyageurs, j'abandonnerais mon peuple et je m'en éloignerais !
» Nous sommes donc seuls responsables de l'incroyable ignorance
qui règne parmi nous quant à la
—————
¹) Exode XXXII, 9;
XXXIV, 9; Deutéronome
IX, 13, etc.
²) IX, 4
et 5.
449 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
nature
des Juifs. Jamais peuple ne donna de sa personnalité une
image aussi achevée et aussi sincère que celle que nous
a laissée l'Hébreu dans sa Bible, et cette image est
encore complétée, quoique en un style plus terne, par le
Talmud (pour autant du moins que j'en peux juger sur des fragments).
Aussi, sans nous dissimuler combien il nous est difficile — issus
d'autres « aïeux » — de porter un jugement
équitable sur le peuple « asiatique, étranger
à notre partie du monde », il nous faut reconnaître
que les Juifs ont fait tout ce qui dépendait d'eux poux
renseigner à leur sujet l'observateur exempt d'opinions
préconçues : et c'est là une circonstance qui nous
permet d'espérer que nous arriverons à distinguer les
tendances essentielles de leur être. — À vrai dire, les
événements qui se passent sous nos yeux pourraient
suffire à nous instruire. Est-il possible de lire
quotidiennement les journaux sans apprendre à connaître la
mentalité juive, le goût juif, la morale juive, les buts
juifs ? Une ou deux années des Archives
israélites nous
renseigneraient mieux que toute une bibliothèque
antisémite, et non pas seulement sur les traits de
caractère les moins plaisants des Juifs, mais aussi sur leurs
qualités excellentes. Pourtant je ne veux pas mêler le
présent à l'objet de ce chapitre. Afin d'évaluer
en toute connaissance de cause l'importance qui appartint au Juif
durant le dix-neuvième siècle, comme cohéritier et
collaborateur, nous devons avant tout concevoir clairement ce qu'il
EST. De ce qu'est un homme par nature suit avec une
rigoureuse
nécessité ce qu'il fera en des conditions données.
Le philosophe dit : operari sequitur
esse; et le proverbe, plus
gracieusement : la plus belle fille du monde ne peut donner que ce
qu'elle a.
APERÇU HISTORIQUE À VOL D'OISEAU
L'histoire pure ne saurait ici nous mener promptement ni
sûrement au but; et ce n'est d'ailleurs pas ma tâche
d'offrir au lecteur une histoire des Juifs. Dans ce chapitre pas plus
que dans les autres je ne me soucie de faire
œuvre de copiste. Chacun sait assez quand et comment les Juifs
sont entrés dans l'histoire occidentale : d'abord par la Dias-
450 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
pora,
ensuite par la dispersion proprement dite. Leur sort changeant
dans les divers pays et aux diverses époques est bien connu
aussi : il est vrai qu'à cet égard on sait beaucoup de
choses qui sont le contraire de la vérité, et qu'on en
ignore beaucoup qu'il serait urgent de savoir. Mais assurément
je n'ai besoin d'apprendre à personne qu'au cours des premiers
siècles chrétiens les Juifs jouèrent un rôle
important, bien que parfois restreint dans d'étroites limites.
Dès le début de la période visigothique ils
avaient su se créer, comme marchants d'esclaves et
prêteurs d'argent, influence et pouvoir. S'ils ne devinrent pas
partout, comme chez les Maures espagnols, de puissants ministres
d'État
qui peuplaient de « la foule de leurs frères » —
à l'exemple de Mardochée — les postes les plus fructueux,
s'ils ne se haussèrent pas toujours, comme dans l'Espagne
catholique, jusqu'à la dignité d'évêque et
d'archevêque ¹), leur influence n'en fut pas moins toujours
et
partout considérable. Dès le XIIIme
siècle les
princes de Babenberg donnaient à leurs successeurs l'exemple de
faire administrer par des Juifs les finances du pays et de
décerner des titres honorifiques à ces administrateurs
²); le grand pape Innocent III confiait â des Juifs des
charges
—————
¹) Voir l'ouvrage du Juif David Mocatta paru en anglais et traduit
en
allemand par Kayserling (1878) sous ce titre : Die Juden in Spanien und
Portugal, où l'auteur raconte comment, en Espagne,
«
vécurent des générations et des
générations de CRYPTOJUIFS
mêlés à
toutes les classes de la société, occupant des situations
de toutes
sortes dans l'État
et EN PARTICULIER EN L'ÉGLISE ». — Au
chap. XI de
sa Bible in Spain, George
Borrow évoque la figure
mystérieuse du Juif Abarbenel qui l'entretient d'un
archevêque de sa race, lequel « ne pouvait oublier ce qu'il
avait appris à révérer en son enfance ». —
«
Avez-vous des raisons, demande Borrow, de supposer qu'il y ait beaucoup
des vôtres dans le clergé ? » — « De le
supposer, non, mais
de le savoir », répond Abarbenel. Et il ajoute: « Il
y a
une fête particulière de l'année où quatre
dignitaires de l'Église ne manquent pas de me rendre visite. Et
alors,
une fois les cérémonies accomplies, en
sécurité derrière les portes closes, ils
s'assoient par terre et maudissent. » Cet entretien a lieu en
1836.
²) Graetz : op.
cit. II, 563.
451 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
importantes
de sa cour ¹); les chevaliers de France « ne
pouvaient partir pour la Croisade qu'en empruntant aux Juifs ou en leur
brocantant des objets de valeur » ²); Rodolphe de Habsbourg
favorisa les
Juifs de toutes manières, les revendiqua comme serfs « de
sa chambre impériale » et, en les soustrayant à la
juridiction commune, rendit fort difficile de faire recevoir une
plainte contre un Juif ³); bref, ce que j'appelle
l'avènement
des Juifs dans notre histoire européenne n'a point cessé
de se faire sentir à toute époque et en tout lieu.
Quelqu'un qui étudierait l'histoire dans le seul dessein de
démêler exactement l'influence juive serait conduit, si je
ne m'abuse, à des résultats inattendus. Sans
enquête détaillée, nous ne pouvons identifier
nettement et incontestablement cette influence que là où
les Juifs étaient en nombre supérieur. Au IIme
siècle, par exemple, ils forment la majorité de la
population dans l'île de Chypre; ils décident d'y fonder
un État national et procèdent, à cette fin,
d'après la méthode qui nous est connue par l'Ancien
Testament : ils massacrent à jour dit tous les autres habitants
— soit 240,000; et, pour que l'État insulaire ne demeure pas
sans base
continentale, — ils massacrent pareillement les 220,000 habitants non
juifs de la Ville de Cyrène 4). En
Espagne, ils tendent au même but avec plus de prudence, mais avec
d'autant plus
d'opiniâtreté. C'est précisément sous le
règne du roi visigoth qui les avait comblés de bienfaits
qu'ils appellent leurs frères de race, les Arabes d'Afrique :
sans haine, uniquement parce qu'ils y voient leur profit, ils
trahissent leur noble protecteur; et en effet, sous les califes, ils
obtiennent une participation de plus en plus grande au gouvernement.
« Ils con-
—————
¹) Israel Abrahams : Jewish
Life in the Middle Ages.
²) André Réville : Les paysans au moyen-âge
(1896), p. 3.
³) Voir entre autres Realis : Die Juden und die Judenstadt in Wien
(1846), p. 18 etc.
4) Mommsen : Römische Geschichte V. 543.
452 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
centrèrent
entièrement dans leurs mains les forces
spirituelles aussi bien que les matérielles »,
écrit Heman,
historien tout à fait judéophile : d'où il
résulta que, spirituellement aussi bien que
matériellement, le florissant État mauresque courut
à sa ruine, mais rien n'était plus
indifférent aux Juifs, qui, entre temps, avaient pris solidement
pied dans l'État chrétien des Espagnols appelé
à
remplacer l'État mauresque. « La richesse mobilière
du
pays résidait toute en leurs mains; les biens-fonds
passèrent de plus en plus dans les mêmes mains grâce
à l'usure, et par l'achat des propriétés de la
noblesse endettée. Depuis le poste de secrétaire
d'État
et celui de ministre des finances, toutes les fonctions qui avaient
trait aux impôts ou aux affaires d'argent étaient tenues
par des Juifs. L'Aragon presque tout entier était engagé
à leurs usuriers. Dans les villes, ils formaient la
majorité de la population possédante » ¹). Et
pourtant, ici pas plus qu'ailleurs, ils ne se montrent tout à
fait avisés. Ils avaient employé leur puissance à
s'assurer des privilèges de toute sorte — ainsi, par exemple,
le serment d'un seul Juif faisait foi pour établir le
bien-fondé d'une poursuite pour dette intentée à
un chrétien (comme, au reste, dans l'archiduché
d'Autriche
et en bien d'autres lieux), tandis que le témoignage d'un
chrétien contre un Juif ne valait rien en justice, etc., etc. —
mais ils abusèrent si démesurément de ces
privilèges que le peuple finit par se soulever. Sans doute en
eût-il été de même en Allemagne, si
l'Église et des hommes d'État perspicaces n'eussent
prévenu le mal
pendant qu'il était temps. Charlemagne avait fait venir d'Italie
des Juifs pour l'administration de ses finances; ceux-ci ne
tardèrent pas à s'acquérir, comme fermiers de
l'impôt, et richesses et influence, dont ils se servirent pour
assurer à
—————
¹) Heman : Die historische
Weltstellung der Juden (1882), p. 24 et
suiv. — Cf. l'exposé autrement nuancé, mais absolument
concordant quant aux faits, de Graetz dans sa Volkstümliche Geschichte
der Juden II, 344 et suiv.
453 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
leur
nation d'Importants avantages : privilèges de commerce,
réduction des peines édictées pour les crimes,
etc.; on alla jusqu'à obliger la population de transférer
au dimanche ses marchés, parce que le samedi, jour où
elle avait coutume de les tenir, était désagréable
aux Juifs à cause de leur Sabbat; il était alors de bon
ton de fréquenter les synagogues ! Mais en Allemagne la
réaction se produisit assez vite, et vigoureusement; et ce ne
fut pas, comme la plupart des historiens l'exposant, par l'effet des
excitations du clergé — de tels phénomènes ne
constituent que l'enveloppe, non la substance de l'histoire — ce fut en
première ligne parce que le Germain est né industriel et
marchand, aussi bien qu'il est né guerrier : dès que ces
instincts se furent éveillés en lui grâce à
la formation des villes, il lut dans le jeu de son concurrent
déloyal et, plein d'indignation, il en exigea
l'éloignement. On pourrait de la sorte — si tel était
l'objet de ce chapitre — noter le flux et le reflux de l'influence
juive jusqu'à notre temps, jusqu'à ce dix-neuvième
siècle où toutes les guerres apparaissent si
singulièrement connexes aux opérations de la finance
juive, témoin la campagne de Russie et le rôle de
spectateur de Nathan Rothschild à la bataille de Waterloo,
témoin la participation de MM. Bleichröder, du
côté allemand, et Alphonse Rothschild, du
côté français, aux négociations de paix de
l'année 1871, témoin la Commune en laquelle tout homme
clairvoyant a reconnu, dès le début, une machination
judéo-napoléonienne.
CONSENSUS INGENIORUM
Cette influence politico-sociale des Juifs a
été
appréciée de façon fort diverse, mais les plus
grands politiques de tous les temps s'accordent à la juger
néfaste. Cicéron par exemple (qui, s'il ne peut passer
pour un politique de premier ordre, n'en est pas moins un homme
d'État
expérimenté), Cicéron trahit une véritable
terreur des Juifs. Quand une action juridique touche leurs
intérêts, il parle si bas que les juges seuls l'entendent,
car il sait, dit-il, comment les Juifs se soutiennent entre eux et
comment ils s'entendent à perdre l'homme qui s'oppose à
leurs manœuvres. Contre des Grecs,
454 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
contre
des Romains, contre les plus puissants de ses contemporains,
il lance d'une voix tonnante les plus graves accusations; mais,
s'agissant des Juifs, il conseille la prudence, il redoute leur force
occulte et mystérieuse, il glisse aussi vite que possible sur
« cette capitale du soupçon et de la calomnie :
Jérusalem. » Ainsi opine un Cicéron sous le
consulat
d'un Jules César ! ¹) L'empereur Tibère, que maint
historien nous représente comme le souverain le plus capable
qu'ait possédé l'Imperium, reconnaissait dans
l'immigration des Juifs (antérieurement donc, ici encore,
à la destruction de Jérusalem) un péril NATIONAL;
Frédéric II, le Hohenstaufe, sans nul
doute un des hommes les plus géniaux qui aient porté la
couronne et tenu l'épée, un monarque d'esprit plus
libéral qu'aucun de ceux qui régnèrent au
dix-neuvième siècle, un admirateur enthousiaste du
Levant,
un généreux patron des savants hébreux, estimait
néanmoins qu'il y avait lieu (contrairement aux habitudes de
l'époque) d'exclure de toutes fonctions publiques les Juifs, et
il faisait remarquer le danger auquel on s'expose en leur confiant un
pouvoir quelconque, dont ils abusent dès qu'ils le
détiennent; c'est exactement ce que devait enseigner l'autre
grand Frédéric II, le Hohenzollern, qui octroya toutes
les libertés hormis une seule : celle des Juifs; c'est à
peu près ce que déclara au Landtag, alors qu'il pouvait
encore s'exprimer ouvertement (1847), le prince de Bismarck; et le
grand historien Mommsen parle du judaïsme comme d'un «
État
dans l'État ». — Pour ce qui concerne spécialement
l'influence sociale, je me contenterai d'invoquer deux sages et justes
témoins, de qui l'opinion n'a rien qui la puisse rendre suspecte
aux Juifs, Herder et Goethe. Le premier dépose : « Un
ministère dans lequel un Juif a la haute main, un ménage
dans lequel un Juif tient les clefs de la garde-robe ou les comptes de
la maison, un département ou un commissariat dans lequel les
Juifs mènent les affaires capitales.... sont des
—————
¹) Voir la Défense de
Lucius Flaccus, § XXVIII.
455 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
marais
pontins qu'il n'y a pas moyen de dessécher »; et il
considère que la présence d'une quantité
indéterminée de Juifs est si
délétère pour un État européen qu'on
ne
saurait, en l'espèce, « se laisser conduire par des
principes généraux de philanthropie », mais qu'il
s'agit là d'une question d'État et que chaque État
a le devoir
de déterminer « combien de membres de ce peuple
étranger peuvent être tolérés sans dommage
pour les indigènes » ¹ ). Goethe va davantage au fond
des choses : « Comment concéderions-nous au Juif la
participation à la culture supérieure dont il
désavoue l'origine et la provenance ? » Et il est
transporté de colère — d'une « colère
passionnée » — lors de la promulgation de la loi (1823)
qui
autorise le mariage entre Juifs et Allemands; il prophétise
qu'elle aura « les pires et les plus criants effets »,
notamment
« l'extinction de tous sentiments moraux », enfin il
dénonce dans cette « indécente niaiserie »
l'action corruptrice de l'« omnipotent Rothschild »
²).
Goethe et Herder sont donc exactement du même avis que le grand
Hohenstaufe, que le grand Hohenzollern, et que tous les grands hommes
avant ou après eux : sans faire tendancieusement,
superstitieusement, grief au peuple juif de son originalité
propre, ils le jugent un danger réel pour NOTRE
civilisation et
pour NOTRE culture : ils ne lui accorderaient pas une
participation
active à cette civilisation et à cette culture, dont il
désavoue le principe même. Sur un tel consensus ingeniorum
on ne peut passer purement et simplement à l'ordre du jour. Car
à tous ces jugements mûrement pesés, que
dictent aux esprits les plus éminents leur expérience et
leur perspicacité, on n'oppose rien, en fin de compte, que les
phrases creuses des « droits de l'homme » — un galimatias
parlementaire ³).
—————
¹) Adrastea : Bekehrung der
Juden.
²) Wilhelm
Meister's Wanderjahre l. III, ch. II, et Conversation avec
Müller du 23 septembre 1823.
³) J'ai borné à dessein mes
citations, d'ailleurs
destinées originairement aux seuls lecteurs de langue allemande.
Mais je ne saurais passer
456 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
PRINCES
ET NOBLES
Il est certain d'autre part, et bien digne
d'attention, que la
responsabilité encourue par les Juifs dans mainte sinistre
—————
outre
sans invoquer le grand VOLTAIRE et protester par la
même
occasion contre la fable, trop généralement
accréditée, suivant laquelle il aurait jugé
favorablement, et du point de vue qui inspire les platitudes
humanitaires chères à notre temps, l'influence des Juifs
sur notre culture. Il est vraiment étonnant que des Juifs d'une
culture aussi étendue qu'un James Darmesteter soulignent le nom
de Voltaire (Peuple juif, 2e
éd., p. 17) comme celui de
l'instigateur spirituel de leur émancipation. C'est le contraire
qui est vrai; Voltaire conseille maintes fois de renvoyer les Juifs en
Palestine. Comme il appartient aux auteurs que je connais le mieux, je
ne crois pas m'avancer beaucoup en disant que je pourrais lui emprunter
des centaines de citations extrêmement agressives contre les
Juifs. Dans son article du Dictionnaire
philosophique (fin de la 1re
section), il dit : « Vous ne trouverez dans les Juifs qu'un
peuple
ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice
à la plus détestable superstition et à la plus
invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui
les enrichissent. » Dans Dieu
et les hommes (ch. X), il appelle les
Juifs « la plus haïssable et la plus honteuse des petites
nations ». Je crois qu'on n'en peut pas demander davantage pour
s'éclairer sur son opinion ! Mais cette opinion mérite
d'autant plus considération que Voltaire s'est occupé
très spécialement de l'histoire juive dans des
écrits nombreux et considérables — si spécialement
qu'aujourd'hui ce prétendu « dilettante superficiel
» est
cité par des savants de premier ordre, comme Wellhausen.
Prêtons-lui donc quelque attention quand il écrit
(Essai sur les mœurs, ch.
XLII) : « La nation juive ose
étaler une haine irréconciliable contre toutes les
nations, elle se révolte contre tous ses maîtres; toujours
superstitieuse, toujours avide du bien d'autrui, toujours barbare —
rampante dans le malheur, et insolente dans la
prospérité. » Touchant les aptitudes mentales des
Juifs,
son jugement est bref et tranchant : « Les Juifs n'ont jamais
rien inventé », assure-t-il (La défense de mon oncle, ch.
VII); et dans l'Essai sur les Mœurs
il expose, durant plusieurs
chapitres, que les Juifs, toujours à l'école des autres
nations, ne leur ont jamais rien enseigné; même leur
musique, si généralement louée, lui est
intolérable : « Retournez en Judée le plus
tôt que
vous pourrez.... vous y exécuteriez à plaisir dans votre
détestable jargon votre détestable musique » (6me
lettre du Dictionnaire).
Ailleurs il explique la singulière
stérilité intellectuelle des Juifs par leur passion sans
mesure pour l'argent : « l'argent fut l'objet de leur conduite
dans tous
les temps » (Dieu et les hommes,
XXIX). Il se moque d'eux en
d'innombrables passages, par exemple dans Zadig (ch. X) où
l'Hébreu remercie Dieu de lui avoir donné le moyen de
tromper un Arabe; la plus mordante satire qui existe du judaïsme
est, sans
457 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
aventure
historique, dans la déchéance de maint peuple
héroïque et vigoureux, pèse plus lourdement encore
sur ces Européens qui n'ont cessé, pour de
méprisables motifs, de solliciter, de protéger,
d'encourager l'activité dissolvante des Juifs : et ces
Européens, ce sont au premier chef les princes et la noblesse,
et ils ont persisté dans leur attitude depuis le 1er
siècle de notre ère jusqu'à l'heure où
j'écris. Que l'on considère l'histoire de n'importe quel
peuple européen, et l'on entendra s'élever partout contre
les Juifs — dès l'instant qu'ils se sentent en nombre et en
force — des plaintes amères montant du peuple, de la classe
marchande, du cercle des savants, des poètes, des voyants de
toute sorte, et toujours et partout ce seront les princes et la
noblesse qui couvriront l'accusé : les princes, parce qu'ils ont
besoin d'ar-
—————
contredit,
l'écrit intitulé Un
Chrétien contre six
Juifs. Encore Voltaire gardait-il, dans tous ces textes
destinés
à la publicité; certains ménagements; si l'on veut
connaître son opinion sans aucune réserve, il faut voir,
par exemple, sa lettre au chevalier de Lisle du 15 décembre 1773
(écrite donc vers la fin de sa vie, non pas dans la chaleur de
la jeunesse) : « Que ces déprépucés
d'Israël
se disent de la tribu de Nephthali ou d'Issachar, cela est fort peu
important; ils n'en sont pas moins les plus grands gueux qui aient
jamais souillé la face du globe ! » On le voit : le
véhément libre penseur n'est pas plus tendre pour les
Juifs que n'importe quel prélat fanatique. Il s'en distingue
tout au plus par cette restriction, qui revient souvent en
manière de post-scriptum au bas de ses plus violentes diatribes
: « Il ne faut pourtant pas les brûler. » Et puis il
y
a encore cette différence que l'homme qui s'exprime avec cette
sévérité est essentiellement humain,
tolérant et cultivé. Comment expliquer, de la part de ce
libre et libéral esprit, un jugement à ce point sans
pitié et qui, par son outrance, contraste
défavorablement avec les citations que j'ai empruntées
à des penseurs allemands ? C'est ici que nos contemporains
pourraient s'instruire, s'il voulaient ! Car on voit que l'instinct
d'égalitarisme révolutionnaire ne procède pas de
l'amour de la justice ni du respect de l'individualité, et, en
poursuivant la déduction, on arrive à cette conclusion :
ce n'est pas d'un principe que naît la compréhension, ce
n'est pas d'une philanthropie abstraite et générale que
résulte la possibilité de vivre côte à
côte dignement et pacifiquement; mais pour être justes
envers l'âme étrangère et les
intérêts étrangers, il faut que nous reconnaissions
franchement, sans ambages et sans scrupules, ce qui les sépare
de notre propre âme et de nos propres intérêts.
458 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
gent
pour leurs guerres; la noblesse, parce qu'elle mène
une vie désordonnée. Il faut lire dans Edmond Burke
¹)
comment Guillaume le Conquérant, quand il jugeait insuffisant le
rendement de la taille et d'une quantité d'autres impôts
oppressifs, confisquait les billets souscrits aux Juifs par leurs
débiteurs ou se les faisait livrer pour un prix dérisoire
: or presque toute la noblesse anglo-normande du XIme
siècle
était dans les mains des usuriers juifs, et le roi devenait
ainsi le créancier — un créancier sans pitié — de
ses sujets les plus considérables; en revanche, il
étendait sa protection sur les Juifs et leur conférait
des privilèges de tout genre. Cet exemple peut tenir lieu de
milliers et de milliers d'autres ²). Si donc les Juifs ont
exercé
une grande influence, ce qu'on a trop sujet de déplorer au point
de vue historique, c'est grâce à la complicité de
ces deux éléments qui tout ensemble — bassement, on peut
le dire — les persécutent et les exploitent. Cela continue ainsi
jusqu'au dix-neuvième siècle : dès avant la
Révolution française, Mirabeau est en étroit
contact avec les Juifs ³); Talleyrand, dans la Consti-
—————
¹) An Abridgment of English
History, l. III, ch. 2.
²) Le célèbre économiste
Dr W. Cunningham, dans son ouvrage intitulé The Growth of English industry and
commerce during the early and middle ages (3e
éd. 1896, p. 201), compare l'activité des Juifs dans
l'Angleterre du Xe siècle à une
éponge absorbant
toute la substance du pays et rendant impossible son
développement économique. Un point intéressant
mis en lumière par Cunningham, c'est que, dès ces temps
anciens, la législation s'efforce d'induire les Juifs à
adopter des professions honorables et vise leur fusion avec le reste de
la population, mais sans aucun succès.
³) Touchant l'action exercée sur
Mirabeau par « les
représentantes avisées de la juiverie » (comme dit
Gentz)
et par les sociétés secrètes essentiellement
juives auxquelles il est affilié, voir non seulement Graetz
(Volkst. Gesch. der Juden III,
600 et sq.), mais surtout l'abbé
Lémann : L'entrée des
Juifs dans la société
française, l. III, ch. 7. En sa qualité de Juif
converti,
cet auteur comprend ce que d'autres ne comprenaient pas, et en
même temps il dit ce que taisent les auteurs juifs. On ne saurait
exagérer, en ce qui concerne Mirabeau, l'importance de ce fait
qu'il fut dès sa jeunesse débiteur des Juifs pour la plus
grande partie de ses dettes (souligné par Carlyle : Essay on
Mirabeau).
459 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
tuante,
réclame leur émancipation complète contre
l'avis des représentants des classes bourgeoises;
Napoléon les couvre quand commencent, après bien peu
d'années, d'affluer des demandes de protection contre le
péril juif, adressées de toutes les parties de la France
à son gouvernement, et encore que lui-même se fût
écrié au Conseil d'État, lors de la discussion du
rapport
Molé sur les Juifs d'Alsace : « Ces Juifs sont des
sauterelles et des chenilles qui dévorent ma France ! » —
c'est qu'il a besoin de leur argent; le prince Dalberg, sans souci du
défi qu'il porte à tous les bourgeois de Francfort, vend
pour un million de florins aux Juifs francfortois leur plein droit
de bourgeoisie (1811); les Hardenberg et les Metternich se
laissent circonvenir au Congrès de Vienne par la banque
Rothschild et, malgré le suffrage unanime des mandataires de
tous les États de la Confédération, ils
soutiennent
l'avantage des Juifs contre l'avantage des Allemands : leur
volonté prévaut si bien que les deux États les
plus
conservateurs (représentés par eux) s'avisent les
premiers d'élever à la noblesse héréditaire
ces membres du peuple « étranger, asiatique » qui
s'étaient acquis une fortune prodigieuse durant les
années d'universelle détresse, et de leur octroyer une
récompense que n'avaient jamais obtenue des Juifs simplement
honorables et méritoires ¹). Si donc les Juifs ont
été pour nous de fâcheux voisins, il n'est que
juste de reconnaître qu'ils ont agi conformément à
la nature de leurs instincts et de leurs dons, nous offrant du
même coup un exemple vraiment admirable de fidélité
envers eux-mêmes, envers leur propre nation, envers la foi de
leurs pères : les tentateurs et les traîtres, ce ne furent
jamais eux, mais bien nous. De tous temps — et il en est encore de
même aujourd'hui — nous nous sommes faits
—————
¹) C'est d'ailleurs une vieille habitude des princes, et qui ne
profite
pas qu'aux Juifs. Martin Luther la signale déjà : «
Les
princes font pendre les voleurs qui ont dérobé un florin,
ou un demi, et ils négocient avec ceux qui pillent tout le monde
et volent plus que tous les autres » (Von Kaufhandlung und Wucher).
460 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
criminellement
les suppôts des Juifs; c'est nous qui,
délibérément, nous sommes rendus coupables de
trahison envers ce que le plus misérable habitant du ghetto
tient pour sacré, envers la pureté du sang
hérité — et il en est ainsi aujourd'hui plus que jamais.
Seule l'Église chrétienne, entre toutes las puissances
à
l'œuvre, paraît avoir agi, en somme, avec justice et avec
sagesse (abstraction faite, naturellement, de ces évêques
qui furent proprement des princes séculiers, et aussi de
quelques papes). L'Église a tenu les Juifs en bride, elle les a
traités comme des étrangers, mais en les
préservant des persécutions. Toute persécution en
apparence « ecclésiastique », a sa cause
réelle
dans une situation économique devenue intolérable :
l`Espagne nous en fournirait l'exemple le plus probant.
Peut-être n'est-il pas inutile — maintenant que
l'irréconciliable hostilité des Juifs, en s'attaquant
à chaque manifestation de la foi chrétienne, a
réussi à égarer si complètement l'opinion
publique — de rappeler que le dernier acte de l'Assemblée
préparatoire du premier Sanhédrin convoqué de
notre temps (le Grand Sanhédrin de l'an 1807) fut une
déclaration spontanée de gratitude à l'adresse du
clergé des différentes Églises chrétiennes
pour
la protection accordée aux Juifs par ces Églises dans le
cours des siècles ¹).
—————
¹) Diogène Tama : Collection
des actes de l'Assemblée des
Israélites de France et du royaume d'Italie (Paris 1807,
p.
327, 328; l'auteur, un Juif, était secrétaire du
délégué des Juifs des Bouches-du-Rhône, M.
Costantini). Après un exposé des motifs, le document en
question s'achève ainsi : « Les députés
israélites arrêtent : que l'expression de ces sentiments
sera consignée dans le procès-verbal de ce jour pour
qu'elle demeure à jamais comme un témoignage authentique
de la
gratitude des Israélites de cette assemblée pour les
bienfaits que les générations qui les ont
précédés ont reçus des
ecclésiastiques des divers pays d'Europe. » C'est M. Isaac
Samuel Avigdor, délégué des Juifs des
Alpes-Maritimes, qui présenta la motion; Tama ajoute que
l'Assemblée applaudit son discours et décida qu'il serait
inséré in extenso
dans le procès-verbal de la
séance. — Les historiens juifs actuels ne disent pas un mot de
cette importante manifestation. Bédarride, dans Les Juifs
461 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
CONTACT
INTIME
Mais assez de ces échappées sommaires
sur
l'aventure de notre destinée collective. Elles suffisent
pour nous faire apercevoir que « l'avènement des Juifs
» dans l'histoire européenne depuis le 1er
siècle a
exercé sur son cours une influence qui n'est pas
négligeable et qui est assurément funeste en bien des
sens. Mais cela ne nous apprend pas grand'chose encore sur le Juif
lui-même. De ce que l'Indien de l'Amérique du Nord est en
train de périr au contact de l'Indo-Européen, il ne suit
pas nécessairement que celui-ci soit un homme mauvais et
néfaste; et du fait que le Juif nous est utile ou dommageable,
on ne saurait tirer, sans autre, un jugement valable sur sa nature.
D'ailleurs le Juif n'entretient pas seulement, depuis dix-neuf
siècles, des rapports EXTÉRIEURS avec
notre culture, en
qualité d'hôte plus ou moins bienvenu; il a pris avec elle
un contact INTIME. Kant remarque très justement
que la
conservation du judaïsme est en première ligne l'œuvre du
christianisme ¹). C'est du milieu juif, sinon de la race juive et
de
l'esprit juif, qu'est issu Jésus-Christ et que sont sortis les
premiers représentants de la religion chrétienne.
L'histoire juive, les conceptions juives, la pensée et la
fiction juives sont devenues des éléments importants de
notre vie psychique. Il n'y a pas moyen de faire entièrement le
départ entre ce qui n'implique qu'un frottement superficiel et
ce qui va jusqu'à la pénétration
intérieure. Si nous n'avions pas solennellement élu le
Juif pour notre père spirituel, il se serait aussi peu
acclimaté chez nous que le Sarrasin ou que ces autres
débris de peuplades semi-sémitiques qui n'ont
réussi à sauver leur vie — mais non leur
individualité — qu'au prix de leur absorption sans
réserve dans les nations de l'Europe méridionale. Or le
Juif s'attesta invulnérable; en dépit des bûchers
dressés de temps en temps à son inten-
—————
en France (1859), où
pourtant il se donne l'apparence d'exposer
les faits d'après les documents officiels, imite à cet
égard le silence de Graetz; il en est de même, sous toutes
les rubriques que l'on y a consultées à ce sujet, de la
Jewish Encyclopedia, (1911).
¹) Die
Religion, dans la note générale à la 3e
section.
462 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
tion,
le seul fait qu'il avait crucifié Jésus-Christ
l'ornait à nos yeux d'une sorte de majesté terrifiante;
et tandis que, paré de ce nimbe, il fascinait le peuple, les
savants et les saints étudiaient jour et nuit les livres des
Hébreux : sous le coup de sentences empruntées à
des pâtres juifs, comme Amos et Michée, tombèrent
les monuments d'un art tel que le monde n'en devait plus revoir jamais;
et la science fut vouée au mépris par les sarcasmes de
prêtres juifs; l'Olympe et le Walhalla se
dépeuplèrent parue que les Juifs le voulaient ainsi;
Iahveh, qui avait dit aux Israélites : « Vous êtes
mon peuple et je suis votre Dieu », Iahveh devint le Dieu des
Indo-Européens; ce furent les Juifs qui nous enseignèrent
la funeste doctrine de l'intolérance religieuse absolue. Mais en
même temps nous leur dûmes de grands et sublimes
élans psychiques; à l'école des prophètes
nous nous instruisîmes d'une morale si âpre et si pure
qu'elle n'a pas sa pareille au monde, sinon sur le sol lointain des
Indes; enfin, nous apprîmes à connaître une foi si
vive et si vivifiante en une puissance divine supérieure, que
notre âme en fut transformée et en reçut une
orientation nouvelle. Car si Jésus fut le grand architecte qui
posa les fondements, c'est aux Juifs que nous empruntâmes
l'architecture. Isaïe, Jérémie, les Psalmistes
furent et
sont encore des forces efficaces dans notre vie intérieure.
QUI EST LE JUIF ?
Or aujourd'hui, tandis que ce contact intime
commence à devenir
plus faible, le frottement superficiel va sans cesse augmentant, et
nous ne pouvons plus nous soustraire au voisinage du Juif : il ne nous
suffit plus, dès lors, de savoir que tous les hommes
éminents et libres, depuis Tibère jusqu'à
Bismarck, ont considéré sa présence parmi nous
comme un danger politique et social; il faut encore que nous soyons
à même de nous former un jugement précis,
fondé sur la connaissance de faits positifs, et d'agir en
conséquence. On a publié des « catéchismes
antisémites », dans lesquels sont assemblées des
centaines de citations empruntées à des hommes connus;
mais, outre que beaucoup de ces propos,
463 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
détachés
de leur contexte, ne constituent pas un
résumé tout à fait loyal de l'opinion
exprimée par les auteurs, et que beaucoup aussi
témoignent de préjugés aveugles ou d'ignorance
manifeste, mieux vaut certes nous faire notre propre opinion que
d'accepter sans contrôle celle d'autrui. Pour nous faire cette
opinion, j'estime indispensable de partir d'un point de vue plus
élevé que celui de la simple considération
politique; et je ne sais pas, à cet effet, de terrain plus
favorable que celui de l'histoire : non pas toutefois l'histoire
moderne, qui est nôtre — car nous y serions juge et partie, —
mais l'histoire de la genèse du peuple juif. Les documents
surabondent; au dix-neuvième siècle justement, de
nombreux savants (en Allemagne surtout, mais aussi en France, en
Hollande, en Angleterre et en Amérique) les ont soumis à
la critique, datés, classés, scrutés de toute
manière, et, s'il reste beaucoup à faire, ce qui est fait
nous permet déjà de déchiffrer en ses grandes
lignes une des pages les plus étonnantes de l'histoire humaine.
Ce Juif qui nous apparaît si éternellement
immuable, si « constant », comme dit Goethe, il est
néanmoins DEVENU ce qu'il est, il l'est devenu
lentement et
même « artificiellement ». Et sans doute cessera-t-il
un jour d'ÊTRE, comme tout ce qui DEVINT.
Cela
déjà nous l'approche, humainement parlant. Ce
qu'est un « Sémite », nul ne peut le dire. La
science, voici quelque cent ans, croyait le savoir : les Sémites
étaient les enfants de Sem; maintenant la réponse est
toujours plus indéterminée; on s'était
flatté que le critère linguistique serait décisif
: grave erreur ! Le concept de « Sémite » n'en reste
pas moins indispensable; on y recourt pour marquer la connexité
des phénomènes historiques très divers dont il
embrasse le multiple complex, mais on ne peut pas tracer de
démarcation qui le circonscrive rigoureusement : à la
périphérie, cette représentation ethnographique se
confond avec d'autres. Somme toute, le « Sémite »
comme l'« Aryen », en tant que nom et que notion d'une
certaine race primitive, fait songer à ces jetons qui facilitent
les
calculs, mais qu'an aurait bien tort de prendre
464 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
pour
bon argent. Ce qui, en revanche, constitue ici le bon argent, ce
sont ces individualités nationales données empiriquement,
formées historiquement, tels par exemple les Juifs. La race
n'est pas un phénomène primitif, elle est produite :
physiologiquement, par mélange de sangs caractéristique,
suivi d'endogénie; psychiquement, par l'influence qu'exercent
sur
cette structure particulière, spécifique, physiologique,
des circonstances historico-géographiques longtemps agissantes
¹).
Si donc nous voulons demander au Juif (et c'est, je pense, l'objet
principal de ce chapitre) : qui es-tu ? il convient que nous
recherchions d'abord si cette individualité, qui porte une
empreinte tellement nette, ne procède pas d'un mélange de
sang, et puis —- en cas de résultat affirmatif — comment
l'âme à nulle autre pareille qui est provenue de ce
mélange s'est spécialisée de plus en plus au fur
et à mesure de son développement. Ce processus, c'est
chez le Juif précisément qu'on peut le suivre mieux que
chez toute autre sorte d'homme; car l'histoire nationale juive tout
entière consiste en une élimination perpétuelle;
le caractère du peuple juif va s'individualisant, s'accusant, se
simplifiant sans cesse, jusqu'à ce qu'enfin, de tout
l'être, il ne reste guère que le squelette. Le fruit
longuement mûri se dépouille de son enveloppe
duvetée et colorée, de sa chair savoureuse, car celles-ci
sont attaquées du dehors par une maladie qui
les pollue et les ronge : seul subsiste le noyau
pétrifié,
contracté, stérilisé, mais qui n'en défie
que mieux l'épreuve du temps. Toutefois, je le
répète, il n'en a pas toujours été ainsi.
Ce qui a passé des livres sacrés des Hébreux dans
la religion chrétienne ne date pas de cet âge
sénile du « judaïsme » proprement dit, mais en
partie de la jeunesse du peuple « israélite »,
beaucoup plus divers et plus imaginatif, en partie de la
virilité du Judéen, quand il vient à peine
—————
¹) Voir ch. IV le dernier paragraphe de la rubrique : « Les cinq
lois fondamentales » et, en ce qui concerne le Sémite,
voir un peu plus loin dans le présent chapitre, au sous-titre:
« Formation de l'Israélite ».
465 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
de
se séparer d'Israël et qu'il ne s'est pas encore
opposé orgueilleusement à toutes les nations de la terre.
Le Juif que nous connaissons et voyons à l'œuvre aujourd'hui
n'est devenu Juif que peu à peu : et cela non pas, comme
beaucoup se plaisent à l'affirmer mensongèrement, au
cours du moyen âge chrétien, mais au cours de sa propre et
autonome histoire, sur son sol national; le Juif s'est forgé
lui-même sa destinée; lui-même a fait de
Jérusalem le premier ghetto : il dressa la haute muraille qui
interdisait aux Goyim l'accès de la ville propre,
préservant de leur contact l'homme qui était né du
sang élu dans la foi véritable. Ni Jacob, ni
Salomon, ni Isaïe ne reconnaîtraient dans le rabbin Akiba,
subtil talmudiste, leur petit-fils, et encore moins leur arrière
petit-fils dans le baron Hirsch ou dans Barney Barnato, roi des
diamants ¹).
Essayons donc, en recourant à la plus grande
simplification
possible, de nous représenter nettement les traits essentiels de
cette âme ethnique si singulièrement conformée, et
qui apparaît toujours davantage unilatérale à
mesure que s'accuse plus fortement sa physionomie. Pas n'est besoin
pour cela d'érudition, car à la question « qui
es-tu ? » le Juif lui-même, ainsi que son aïeul
l'Israélite, donne de
—————
¹) Pour l'époque messianique le rêve des Juifs — des
Juifs
déjà constitués dans leur type, par
opposition aux Israélites beaucoup plus libéraux
des siècles antérieurs — était d'interdire
absolument l'accès de Jérusalem aux étrangers :
témoin Joël III,
17 (« et Jérusalem sera sainte et les
étrangers n'y passeront plus »). Ce prophète
très tardif (il date de l'époque hellénique) dit
encore que Dieu résidera dans Sion à jamais et ne
résidera nulle part ailleurs, en sorte que l'interdiction de
pénétrer à Jérusalem signifie pour tous les
peuples leur exclusion de la présence de Dieu : telle
était la tolérance des Juifs ! Aussi est-il logique, en
somme, que les rabbins refusent pour la plupart aux Non-Juifs toute
participation à un monde futur, ou ne les y tolèrent que
comme une foule méprisée (voir le traité Gittin :
fol. 57a du Talmud de Babylone;
et Weber : System der altsynagogalen
palestinischen Theologie, p. 372, d'après Laible). Ce
qui, par
contre, fait un effet comique, c'est la prétention des Juifs
actuels soutenant que leur religion est « la religion de
l'humanité ».
466 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
tous
temps la plus claire réponse. Pour bien l'entendre, nous ne
laisserons pas, cela va sans dire, de profiter de l'immense travail
accompli par les savants, d'Ewald à Wellhausen et à
Ramsay, de De Wette et de Reuss à Duhm et à Cheyne :
nous en tenant ici aux résultats généraux les
plus sûrs et ne considérant, pour ainsi parler, que le
total de la somme, comme il sied à un homme pratique qui, dans
le train du monde, a besoin d'asseoir son jugement sur des
données précises.
Deux remarques encore, touchant la méthode.
Comme il a
déjà été plus haut abondamment
question des Juifs (par exemple dans le chapitre sur le Christ) et que
ce thème nous occupera de nouveau par la suite, l'auteur se
bornera ici à l'objet propre de son enquête et renverra le
lecteur, pour maint développement, aux pages qui
précèdent ou qui suivent le présent chapitre. En
ce qui concerne les sources utilisées, l'auteur n'a pu
éviter de mettre à contribution, outre la Bible et
quelques écrivains juifs modernes sérieusement
étudiés, les ouvrages de nombreux savants non juifs :
pour la connaissance des prophètes et l'intelligence des
événements historiques, c'était chose
indispensable. Mais ces savants, même ceux d'entre eux qui
marquent les tendances les plus libérales, sont tous des hommes
portés à admirer le peuple juif — au moins dans sa figure
d'autrefois — et enclins à le considérer — en un sens
religieux quelconque — comme un peuple « élu ». Par
contre, aucun antisémite n'a été appelé en
témoignage, et cela délibérément, dans
l'intérêt de la démonstration.
—————
PLAN DE L'ENQUÊTE
La science a fort éclairé, en
ces dernières années, un objet qui me paraît
d'extrême importance :
l'ANTHROPOGÉNIE des Israélites, ou
l'histoire de la
formation physique de cette particulière race nationale. Sans
doute, il y a ici comme ailleurs un passé qui restera
éternellement inaccessible à notre exploration; sans
doute aussi, beaucoup des choses que devinent d'audacieux
archéologues — pour les avoir,
467 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
sinon
vues de leurs yeux, du moins effleurées des antennes da
leur instinct merveilleusement exercé — seront rectifiées
en plus d'un cas par de nouvelles enquêtes et de futures
découvertes. Mais point ne nous importe ici, où nous
n'avons affaire qu'aux résultats essentiels et
définitivement acquis à la science, lesquels se peuvent
formuler en disant : premièrement, que le peuple
israélite
représente le produit de croisements multiples — et non pas de
croisements entre types parents (ce qui est le cas des anciens Grecs ou
des Anglais actuels), mais entre types tout à fait divergents
au point de vue physique et moral; deuxièmement, que le sang qui
peut être dit « sémitique » (si tant est que
ce
concept expédient doive garder un sens) ne constitue qu'à
peine la moitié du mélange. À ces données
qu'ont
établies avec certitude, grâce au concours qu'elles se
sont mutuellement prêté, l'anthropologie anatomique exacte
et la recherche historique, s'en ajoute une troisième, due au
travail critique de l'archéologie biblique. En faisant la
lumière sur la chronologie si compliquée des
écrits de l'Ancien Testament, qui datent des siècles les
plus divers et qui ont été assemblés
arbitrairement, quoique non sans but ni sans méthode,
l'archéologie et la critique bibliques nous apprennent que le
«
Juif » proprement dit ne saurait être identifié
avec l'Israélite au sens plus étendu du mot; que
déjà lors de l'établissement en Palestine la
maison de Juda se distinguait à plusieurs égards, par la
composition du sang et la nature des aptitudes, de la maison de Joseph
(comprenant les autres tribus); que par rapport au Joséphite le
Judéen se trouvait dans une situation de dépendance
spirituelle, et qu'il ne commença qu'à une époque
relativement très tardive, après sa séparation
violente d'avec ses frères, à suivre ses propres voies,
les voies qui le conduisirent au « judaïsme », les
voies qui bientôt l'isolèrent du monde entier par la
pratique de l'endogénie érigée en principe
religieux. Le Juif peut être appelé un Israélite,
en ce sens qu'il est un rejeton de cette famille; l'Israélite au
contraire, y compris celui de la tribu
468 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
de
Juda, ne fut d'abord aucunement juif, car le Juif ne commença
de se former qu'une fois les tribus du Nord — les plus robustes —
totalement anéanties par les Assyriens. Pour découvrir ce
qu'est le Juif, il faut donc nous enquérir préalablement
de ce qu'était l'Israélite, puis nous demander comment
l'Israélite de la tribu de Juda (et de Benjamin) DEVINT
le Juif
: et ici la plus grande prudence s'impose dans l'emploi de nos
sources. Ce n'est en effet QU'APRÈS la
captivité de
Babylone, et d'une manière tout artificielle, que fut
imprimé à la Bible (dans la mesure où elle
existait) le caractère spécifiquement judaïque :
cela
par l'introduction de livres entiers qui furent attribués
à
Moïse, cela par les interpolations et corrections que l'on peut
suivre souvent verset après verset, et qui substituèrent
tant bien que mal aux intuitions plus libres du vieil Israël
l'étroite conception du culte jérusalémite de
Iahveh, comme si ce culte eût existé dès l'origine
en vertu d'une institution divine. Mais si notre intelligence de la
genèse historique graduelle et parfaitement humaine du
caractère national juif a pu être ainsi obscurcie pour
longtemps, nous voyons clair aujourd'hui dans ce domaine
également, et nous enregistrons, ici encore, une acquisition
durable de l'enquête scientifique. Que telle ou telle phrase de
l'Hexateuque, actuellement attribuée à la version «
élohiste », soit reconnue « iahviste » par la
critique de demain ou attribuée par elle à l'ultime
« rédacteur »; qu'une exégèse plus
avertie transfère au « second Isaïe » tel ou
tel
propos qu'à cette heure, nous supposons émaner du premier
— ces choses ont leur importance, mais elles ne changeront rien
à ce fait désormais certain : que le judaïsme
proprement dit, avec sa foi d'essence particulière en Iahveh et
son exclusive domination de la Loi sacerdotale, est le résultat
d'un enchaînement historique démontrable et singulier au
plus haut degré, dans lequel s'atteste l'intervention
systématique de quelques personnalités individuelles
conscientes du but où elles tendent inflexiblement.
Voilà donc trois faits capitaux pour la
connaissance de
469 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
l'âme
juive; il ne convient pas qu'une minorité savante en
soit seule instruite, il faut qu'ils s'incorporent à la
conscience de tout homme cultivé. Je les résume sous une
forme plus précise :
1º Le peuple israélite est provenu du
croisement de types
humains qui diffèrent entièrement entre eux.
2º L'élément sémitique
peut être moralement
le plus vigoureux, mais physiquement il n'a contribué que pour
une moitié à peine à la composition de la
nouvelle individualité ethnique; on ne saurait dès lors
appeler sommairement « Sémites » les
Israélites,
et la participation de plusieurs types humains différents
à la formation de la race israélite exige une analyse
quantitative et qualitative.
3º Le JUIF proprement
dit ne s'est formé que peu à peu
au cours des siècles, par une différenciation physique
graduelle d'avec le reste de la famille israélite et par une
évolution mentale progressive qui a consisté dans le
développement exclusif de certaines facultés et dans le
systématique étiolement de certaines autres;
le Juif n'est pas le résultat d'une vie nationale normale, il
est en quelque sorte un produit artificiel engendré par une
caste de prêtres qui, avec l'aide de souverains étrangers,
imposa au peuple récalcitrant une législation sacerdotale
et une foi sacerdotale.
Ainsi se dessine le plan de l'exposé qui va
suivre.
J'interrogerai d'abord l'histoire et l'anthropologie afin d'apprendre
QUELLES SONT LES RACES dont est provenue la race nouvelle
appelée israélite et souche de la race juive; puis,
considérant ces différents types humains qui ont
participé à la formation du Juif, j'essaierai de
déterminer par l'analyse l'importance relative de leur
contribution physique et surtout morale, en accordant naturellement
une attention particulière au sens que revêt chez eux la
RELIGION, car la base du judaïsme est la foi qui
lui est propre,
et nous ne saurions juger avec équité le Juif soit dans
l'histoire, soit dans son rôle actuel parmi nous, si nous
n'acquérions une notion absolument claire de sa religion; enfin
je m'efforcerai de montrer
470 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
comment
le JUDAÏSME SPÉCIFIQUE se fonda et
s'affermit dans son originalité distinctive et incomparable. Si
j'y
réussis, l'objet de ce chapitre, tel que je l'ai défini
plus haut, serait atteint : car la race juive, si plus tard il lui
advint parfois de s'annexer bien des éléments
étrangers, n'en est pas moins demeurée, en somme, pure
comme nulle autre; et la nation juive a été, dès
le début, de sorte essentiellement « idéale
»,
c'est-à-dire qu'elle a consisté dans la foi à une
certaine idée nationale, non dans la possession d'un État
libre
qui lui appartînt ni dans la communauté de la vie sociale
et de l'activité sur son sol, et cette idée est la
même aujourd'hui qu'il y a deux mille ans. Race et idéal :
ce sont là les deux facteurs constituant la personnalité
de l'homme, ce sont eux qui répondent à la question
« qui es-tu ? ».
FORMATION DE L'ISRAÉLITE
Les Israélites ¹) sont provenus du
croisement de trois (peut-être même de quatre) types
humains différents : le type sémitique, le type syrien
(ou plus
exactement : hittite) et le type indo-Européen (encore se
peut-il qu'un autre sang ait aussi coulé dans les veines de
leurs aïeux : celui de la race touranienne, ou
suméro-akkadienne, voire ouralo-altaïque, peu importent les
noms qui désignent en somme une seule et même chose).
Pour que le lecteur se rende compte comment ce
mélange s'est
effectué, il faut que je trace d'abord une rapide esquisse
historique : elle n'a pour but que de lui remettre en mémoire
quelques faits plus ou moins connus de tous, et de le préparer
à suivre sans effort la genèse de la race juive.
Si le concept de « Sémite » —
pour autant qu'il postule
l'existence d'une race pure et autonome dès
l'origine des
—————
¹) Et non pas eux seulement, mais aussi leurs parents de race, les
Ammonites, les Moabites et les Édomites, qui forment
avec eux la famille des HÉBREUX, nom que trop
souvent l'on
réserve à tort aux seuls Israélites ou même
aux Juifs seuls (voir Wellhausen : Israelitische
und jüdische
Geschichte, 3e éd., p. 7);
à la même famille
appartiennent également les Madianites et les Ismaélites
(Maspero : Histoire ancienne,
éd. 1895, II, 65).
471 LES
HÉRITIERS — LES
JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
choses,
telle en quelque sorte qu'une création spéciale
de Dieu — est assurément une simple construction de l'esprit, il
bénéficie néanmoins d'un avantage qui fait
défaut à cet autre concept : « l'Aryen ». En
effet, à cette heure même, sous nos yeux, vit un peuple
qui incarne à l'état pur et sans alliage le type
supposé du Sémite primitif; ce peuple, c'est le
Bédouin des déserts de l'Arabie ¹). Laissons le
fantôme du Sémite primitif et tenons-nous-en au
Bédouin en chair et en os. On admet, et l'on a de bonnes raisons
d'admettre, qu'il se produisait déjà, plusieurs milliers
d'années avant le Christ, une émigration continue
d'hommes en tout pareils aux Bédouins d'aujourd'hui, qui
d'Arabie affluaient vers l'Est et vers le Nord jusqu'en
Mésopotamie. L'Arabie est saine, en sorte que sa population tend
à s'accroître; son sol est extrêmement pauvre, en
sorte qu'une partie de ses habitants doivent chercher ailleurs leur
subsistance. Il semble que ces exodes fussent parfois entrepris par de
grandes troupes armées : passé un certain degré,
l'excédent d'hommes à nourrir était jeté
hors de la patrie avec une force irrésistible, et ces hommes se
répandaient en conquérants dans les pays voisins; ou au
contraire, en d'autres cas, quelques clans franchissaient avec leurs
troupeaux, aussi pacifiquement que possible, la frontière qui
n'était nulle part très exactement
déterminée, et ils allaient de pâturage en
pâturage. S'ils ne tournaient pas bientôt dans la d