Here under follows the transcription of chapter 6 of Houston Stewart Chamberlain's La Genèse du XIXme siècle, 6th. ed., published by Librairie Payot, 1913.

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Texte original : Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts
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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACES
INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIÈRE SECTION : L'HÉRITAGE
INTRODUCTION
CHAPITRE I : L'ART ET LA PHILOSOPHIE HELLÉNIQUES
CHAPITRE II : LE DROIT ROMAIN
CHAPITRE III : LE CHRIST

DEUXIÈME SECTION : LES HÉRITIERS
INTRODUCTION
CHAPITRE IV : LE CHAOS ETHNIQUE
CHAPITRE V : L'AVÈNEMENT DES JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
CHAPITRE VI : L'AVÈNEMENT DES GERMAINS DANS L'HISTOIRE UNIVERSELLE

TROISIÈME SECTION : LA LUTTE
INTRODUCTION
CHAPITRE VII : RELIGION
CHAPITRE VIII : ETAT
CHAPITRE IX : DE L'AN 1200 À L'AN 1800
A. Les Germains comme créateurs d'une culture nouvelle
B. Aperçu historique
1. Découverte
2. Science
3. Industrie
4. Economie sociale
5. Politique et Eglise
6. Conception du monde et religion
7. Art
ANNEXE
INDEX

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CHAPITRE VI


L'AVÈNEMENT DES GERMAINS DANS L'HISTOIRE UNIVERSELLE

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Mon devoir est mon Dieu suprême.
Frédéric le Grand.
(Lettre à Voltaire, 12 juin 1740).



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(Page vide)


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LE CONCEPT DE « GERMAIN »

    L'avènement du Juif dans l'histoire de l'Europe avait signifié, comme l'observe Herder, l'entrée en scène d'un élément « étranger » — étranger à cela que l'Europe avait déjà produit jusqu'alors, étranger à cela qu'elle était appelée à produire encore; c'est l'inverse qui a lieu avec le Germain. Ce Barbare dont le plus grand plaisir consiste à se jeter tout nu dans la mêlée des combats, ce sauvage qui surgit soudain des forêts et des marécages pour se répandre comme une épouvante sur le monde civilisé qu'il conquiert à la seule force du poing, n'en est pas moins l'héritier légitime de l'Hellène et du Romain, sang de leur sang, esprit de leur esprit. Ce qu'il arrache à des mains étrangères, c'est, encore qu'il l'ignore, son bien propre. Sans lui, les jours de l'Indo-Européen étaient comptés. Par le meurtre et par le guet-apens, l'esclave d'Asie et d'Afrique s'était glissé jusqu'au trône de l'empire romain, cependant que le bâtard syriaque s'emparait de l'édifice des lois et que le Juif rivalisait avec l'Égyptien dans l'effort d'exploiter la Bibliothèque d'Alexandrie pour ses fins particulières : celui-là, en prétendant à accommoder la philosophie grecque à la loi mosaïque; celui-ci, en s'obstinant à ensevelir dans les pyramides somptueuses de sa systématique la science à peine éclose et déjà vivace de la nature, embaumée par ses soins pour des siècles. Bientôt aussi le Mongol allait fouler de son pied brutal, et tout dégouttant de sang, ces nobles fleurs de l'antique aryanisme : la pensée hindoue, la poésie hindoue; et le Bédouin, saisi de la folie des déserts, devait réduire en cendres et stériliser à jamais ce jardin d'Éden où s'était épanouie durant des

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millénaires, sous l'inspiration du génie iranien, toute la symbolique du monde. Depuis longtemps déjà il n'y avait plus d'art — quelques formules conventionnelles en tenaient lieu pour les riches; pour les pauvres, les jeux du cirque — et par suite, selon le mot de Schiller que j'ai rappelé au commencement du premier chapitre, il n'y avait plus d'hommes, à proprement parler, mais seulement des créatures. Certes il était urgent qu'un sauveur parût.
    À vrai dire il ne parut pas, sur le théâtre de l'histoire universelle, dans le personnage qu'eût imaginé, si on l'avait consultée, la raison qui combine et construit de toutes pièces : il ne dressa pas l'image d'un ange sauveur, il ne surgit pas comme l'astre dispensateur d'une nouvelle aurore pour l'humanité. Et néanmoins, maintenant qu'il nous suffit d'un regard rétrospectif sur les siècles pour acquérir la sagesse à peu de frais, nous ne saurions regretter qu'une chose : c'est que le Germain n'ait pas procédé, partout où atteignait son bras vainqueur, à une extermination plus radicale et que, dès lors, la « latinisation » — c'est-à-dire en fait la mixtion avec le chaos ethnique — ait peu à peu soustrait derechef de vastes domaines à la seule influence capable de les régénérer, influence du sang pur et de la force juvénile, ainsi qu'à la domination des mieux doués. En tous cas il faut une honteuse paresse d'esprit ou un effronté parti pris de mensonge pour méconnaître que l'avènement des Germains dans l'histoire universelle fut le salut de l'humanité agonisante, ainsi arrachée aux griffes de l'Éternelle Bestialité, et qu'à ce résultat général tous les efforts particuliers concoururent.
    Si j'emploie ici le mot de « Germain », c'est — ainsi qu'il a été dit plusieurs fois, notamment au début de cette section sur les Héritiers — par un désir de simplification; mais du moins la simplification me permet-elle en ce cas d'exprimer une vérité qui autrement resterait voilée. Sans doute le concept de « Germain » paraît au premier abord quelque peu élastique, et, dès lors, difficilement admissible, soit qu'on en

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étende, soit qu'on en restreigne l'acception, pour cette raison entre autres que la conscience d'un « germanisme » spécifique est, à vrai dire, une acquisition tardive, tardive du moins chez nous, Germains. Il n'y a jamais eu un peuple qui, de lui-même, se soit intitulé « germanique », et jamais, non plus — depuis l'heure qu'ils parurent sur la scène du monde jusqu'à l'heure où j'écris — la totalité des Germains ne s'est opposée en bloc et d'un commun accord aux Non-Germains : de temps immémorial, au contraire, ils se querellent et se déchirent entre eux, plus ardents contre leur propre sang que contre l'étranger. À l'époque du Christ, Inguiomer trahit au profit des Marcomans son plus proche parent, le grand Arminius, empêchant ainsi les peuples du Nord de former un groupe homogène et de marcher en masse sur le Romain pour l'anéantir. Tibère résumait déjà dans cette recommandation la politique qu'il jugeait la plus sûre à l'égard des Germains : « Abandonnez-les à leurs dissensions intestines. » Toutes les grandes guerres des époques suivantes — les Croisades exceptées — furent des guerres entre Germains ou du moins entre princes germaniques; et le dix-neuvième siècle, considéré en ses lignes principales, nous offre le même spectacle. L'étranger, en revanche, avait immédiatement reconnu l'homogénéité de cette forte souche : pour en désigner d'un mot la puissante ramure aux subdivisions innombrables — spécifiées par cette infinité de termes qui font pâlir le souvenir de la Tour de Babel : Cattes, Chauques, Chérusques, Gambrives, Suèves, Vandales, Lygiens, Langobards, Saxons, Frisons, Hermundures, etc. — il avait créé le concept global de « Germains », qui ramène à l'unité le divers, et cela précisément parce qu'il avait aperçu du premier coup d'œil la commune appartenance de ces variétés multiples d'un seul et même type. Tacite remarque, après avoir énuméré des noms à perdre haleine : « Chez tous ces hommes la structure du corps est pareille » et pose ainsi la vraie base empirique sur laquelle va se fonder ce jugement intuitif également vrai : « Je me range à l'opinion de ceux qui estiment que les différents

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groupes de Germains, purs de tout croisement avec des races étrangères, ont formé de tout temps un peuple à part, sans mélange, et qui ne ressemble qu'à lui-même » (Mœurs des Germains, 4). Tant il est vrai que le spectateur éloigné, dont le regard n'est pas retenu ou ébloui par les détails, discerne parfois plus clairement l'essentiel enchaînement des phénomènes que celui qui les observe de tout près et qui se trouve directement intéressé dans leur explication !
    Aujourd'hui, toutefois, ce n'est pas seulement la multiplicité des détails aperçus qui nous empêche d'employer le mot de « Germains » au sens où le prend Tacite, simplement topographique et phylogénétique. En effet, ces « différents groupes de Germains » dans lesquels Tacite ne voit qu'un seul peuple non mélangé et relativement homogène, ont dès lors, comme jadis les Hellènes, opéré entre eux des échanges de sang dans toutes les proportions imaginables; d'ailleurs, il n'y en a qu'une fraction qui soit demeurée « pure de tout croisement avec des races étrangères »; à quoi sont venus s'ajouter, par le fait des grandes migrations, les influences proprement culturelles résultant de la situation géographique, des conditions climatiques, du degré de développement du plus proche voisin, etc. Il n'en fallait certes pas davantage pour que l'unité se scindât et fît place à une considérable diversité. Mais la question apparaît beaucoup plus complexe encore, si nous complétons les renseignements que nous fournit l'histoire politique par des enquêtas comparatives plus approfondies dans les domaines de l'ethnopsychologie, de la philosophie, de l'histoire de l'art, et si, d'autre part, nous faisons entrer en ligne de compte les résultats acquis à la préhistoire et à l'anthropologie par les recherches des cinquante dernières années. Nous nous convaincrons alors que nous pouvons et devons donner à ce concept : les « Germains », un sens plus ÉTENDU que ne lui donne Tacite; mais, en revanche, nous apercevrons la nécessité d'y apporter des RESTRICTIONS auxquelles Tacite ne pouvait songer en l'état plus imparfait du savoir à son épo-

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que. Pour comprendre notre histoire passée et présente, nous devons prendre modèle sur Tacite et, comme lui, nous livrer à un travail de synthèse et d'élimination, mais sur la base plus large de notre science moderne. Ce n'est qu'en fixant exactement une conception nouvelle du « germanisme » que nous conférerons une valeur pratique à nos remarques sur l'avènement des Germains dans l'histoire universelle. Mon but, dans le présent chapitre, est d'énoncer aussi brièvement que possible cette sorte de définition descriptive. Jusqu'où va la parenté de race? Où rencontrons-nous « ceux qui font partie des amis » (comme l'entend le sanscrit par le mot Arya) ? Où commence ce qui nous est étranger et ce que (comme dit Goethe) « nous ne devons pas tolérer » ?

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EXTENSION DU CONCEPT

    Je disais que le concept de « Germain » devait revêtir une acception à la fois plus étendue et plus restreinte que celle qu'il prend dans Tacite. La nécessité de cette extension, comme de cette restriction, nous est imposée par des considérations tant historiques qu'anthropologiques.
    Le concept s'élargit si l'on constate que le « Germain » de Tacite ne se peut distinguer nettement, au point de vue physique ou intellectuel, soit de son précurseur dans l'histoire universelle, le « Celte », soit de son successeur que nous avons accoutumé d'inclure, avec plus d'audace encore, dans cet autre concept: le « Slave ». Il n'est pas un naturaliste qui hésitât à considérer ces trois races, d'après leurs caractéristiques physiques, comme des variétés d'un type commun. Les Gaulois qui, l'an 389 avant Jésus-Christ, prirent Rome, répondent exactement, si l'on en juge par les descriptions contemporaines, à la peinture que nous donne Tacite des Germains : « des yeux bleus rayonnants, des cheveux roux, une haute stature »; et, d'autre part, les ossements exhumés des sépultures qui remontent aux temps les plus reculés de l'époque héroïque slave ont démontré, à l'étonnement du monde savant, que les Slaves de la migration des

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peuples étaient des dolichocéphales aussi prononcés, et d'une taille aussi élevée, que les anciens Germains et que les plus purs d'entre les Germains actuels ¹). En outre, les recherches de Virchow sur la couleur des cheveux et des yeux ont établi que les Slaves étaient originairement (comme ils le sont encore dans certaines contrées) aussi blonds que les Germains. Ainsi, tout à fait indépendamment des théories et hypothèses qui ont conduit à la notion générale d'un type indo-européen, il semble que, loin de restreindre davantage ce concept du Germain comme nous l'avons fait depuis Tacite pour des raisons purement linguistiques, nous ayons au contraire sujet de l'élargir considérablement ²).

LE CELTO-GERMAIN

    Voyons d'abord le Celte.
    Sous l'influence trop exclusive de considérations philologiques — parce que les langues celtiques sont censées présenter plus d'affinité avec les langues italiques et grecques
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    ¹) Pour un exposé général, voir Ranke : Der Mensch 2e éd., II, 297. On ne saurait soutenir qu'il s'agisse uniquement en l'espèce de Varègues normands, car les mensurations ont porté sur des matériaux provenant des lieux les plus divers, et pas seulement de Russie, mais aussi d'Allemagne.
    ²) Voilà pourquoi certains anthropologues emploient le concept Homo europaeus (ch. V, sous la rubrique « Le Syrien ») dans un sens beaucoup plus précis que n'eût fait Linné; mais une nomenclature de cette sorte est beaucoup trop abstraite pour l'historien, aussi n'en a-t-il guère tenu compte jusqu'ici. Pour se faire entendre du grand public, il faut utiliser la terminologie courante et l'adapter aux besoins nouveaux. C'est ce qui a lieu si l'on donne à la notion du « Germain » une extension comme celle que j'espère justifier pas à pas tout le long du présent ouvrage : par là seulement s'éclaire l'histoire des deux derniers millénaires et, en particulier, du dix-neuvième siècle. — On peut tenir aujourd'hui pour entièrement acquis à la préhistoire et à l'anthropologie ce fait que les Celtes, les Slaves et les Germains descendent d'une race unique, ayant atteint des conditions de pureté suffisantes pour constituer un type humain déterminé (cf., parmi les exposés récents, celui du Dr G. Beck : Der Urmensch, Bâle 1899, p. 46 et suiv.). À cela s'ajoute la pénétration réciproque, historiquement démontrée, de ces divers groupes. Ainsi d'Arbois de Jubainville écrit dans son ouvrage sur Les Celtes (1904) : « Il y a probablement en Allemagne plus de sang gaulois qu'en France. »


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qu'avec les langues germaniques — nous nous sommes accoutumés à ne pas tenir compte du facteur physique, si décisif, ni du facteur moral, plus décisif encore ¹). Nous assimilons le Celte au Gréco-Italien, alors qu'il n'est manifestement que leur parent éloigné, et qu'il s'atteste par contre intimement congénère du Germain. Admettons que le Gaulois tout à fait romanisé se soit distingué profondément de son vainqueur, le Burgonde ou le Franc; il n'en est pas moins vrai que ce Gaulois primitif qui conquiert Rome, ou même ce Gaulois postérieur fixé depuis des siècles dans l'Italie du Nord, et que Florus nous peint encore sous les traits d'un « surhomme » (corpora plus quam humana erant II, 4), fait paraître la ressemblance physique du Germain; mais non pas seulement physique : son humeur voyageuse, son amour de la guerre, qui le conduira (comme plus tard le Goth) jusqu'en Asie au service de n'importe quel maître lui offrant l'occasion de se battre, sa prédilection aussi pour le chant.... ce sont là des traits essentiels de cette même parenté, tandis qu'on serait embarrassé de marquer des points de contact avec les peuples italo-grecs. C'est en compagnie de Celtes, c'est sous la conduite de Celtes, que les Germains — au sens étroit où Tacite prend ce mot — entrent dans l'histoire universelle ²); leur nom même — ce mot : « Germain » — est celtique ³). Aujourd'hui encore,
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    ¹) Schleicher, par exemple, dans son arbre généalogique fameux et partout réédité des langues indo-germaniques (cf. Die deutsche Sprache 1861, p. 82) réunit les « langues italo-celtiques » en un groupe qui se serait séparé déjà en des temps immémoriaux de la « langue-souche nord-européenne. » Même des conceptions aussi divergentes que la « théorie des ondes » de Johannes Schmidt continuent à représenter le Celte comme étant, de tous les Indo-Européens, le plus éloigné du Germain.
    ²) Lors de l'expédition des Cimbres et des Teutons, en 114 avant J.-C.
    ³) Du moins suivant les étymologies proposées par divers celtisants, qui se sont avisés que les Romains avaient connu ce nom : « Germains », par les Gaulois, et que ceux-ci l'appliquaient à des peuplades


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dans le Nord-Ouest de l'Écosse, dans le Pays de Galles, etc., nous les rencontrons, ces hommes de haute stature, aux yeux bleus, aux cheveux roux : ne sont-ils pas plus pareils à des Teutons qu'à des méridionaux ? Ne voyons-nous pas, aujourd'hui encore, les Bretons rivaliser avec les anciens Normands par leur folle audace de marins ? Mais si nous voulons savoir comment, dans bien des cas, s'« effémina » ce sauvage tempérament celto-germanique une fois en contact avec la civilisation romaine, ne consultons nul autre que Jules César : il nous en instruit dans le premier paragraphe du premier livre de la Guerre des Gaules ¹).
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qui ne se désignaient pas elles-mêmes ainsi. De là l'abandon — jusqu'à nouvel avis — des dérivations remontant soit au latin germanus, « frère » (cf. germen, « rejeton »), soit à l'allemand Wehr, « défense », ou Heer, « armée », et Mann, « homme ». Mahn suggère une racine gair ou ger (irlandais, cymry) signifiant « voisin », et man, « peuple » (cf. le cymry maon et l'ex. des Gaulois Cenomani); Grimm opine pour gairm, « appel », gairmwyn, « appeler », allusion possible au retentissant bardit dont les Germains décuplaient l'effet en employant leurs boucliers comme porte-voix pour terrifier les Gaulois (Tacite : Germania, 3, 4), lesquels d'ailleurs avaient aussi leurs cris de guerre, et même très spécialisés (César : De bello gallico VIII, 20), qu'ils se plaisaient à répercuter par des sonneries de buccins (Polybe II, 29); enfin Zeuss rattache la racine celtique ger au slave gora (cf. le sanscrit giri) comportant le sens de « montagne », et il croit qu'elle fournit d'abord une dénomination pour les habitants des Ardennes. — On remarque, d'autre part, que les noms Γαλάται et Κελτοί sont employés indifféremment pour désigner Germains et Gaulois par divers écrivains anciens, par exemple Dion Cassius, dans le récit des événements antérieurs au 1er siècle. Cf. Dottin : Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique, 1906, p. 12 et p. 242.
    ¹) Touchant l'identité physique des Celtes et des Germains, le professeur Gabriel de Mortillet à réuni des matériaux si complets, tant sous forme de documents anthropologiques que de témoignages empruntés aux anciens écrivains romains, qu'il suffit de renvoyer à sa Formation de la nation française (1897), notamment p. 114 et sq. Voici sa conclusion : « La caractéristique des deux groupes est donc exactement la même et s'applique aussi bien au groupe qui a reçu le nom de Gaulois qu'au groupe qui, depuis les invasions des Cimbres, a pris celui de Germains. » — Sur la synonymie des deux termes « Gaulois » et « Celte », voir le même ouvrage p. 92.

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    Il existe entre Celtes et Germains une parenté plus frappante encore, et qui fournit à l'appui de ma thèse un argument plus décisif : c'est celle des tendances profondes de l'esprit, celle des beaux traits dans lesquels s'empreint l'individualité. L'histoire nous en offre de lumineux exemples; j'en choisis un qui éclaire tout de suite le fond des choses. Croit-on que ce soit un simple hasard si Paul adresse aux Galates son épître sur la rédemption par la FOI, sur l'évangile de la LIBERTÉ (qu'il oppose au « joug de servitude » de la loi mosaïque), sur cette sorte de religion dont l'importance réside non dans les œuvres, mais dans la NOUVELLE NAISSANCE, dans le fait d' « être une nouvelle créature ».... croit-on, dis-je, que ce soit un simple hasard si l'apôtre adresse à des « Gallo-Grecs » d'Asie Mineure, qui sont restés des Celtes presque purs, cet écrit dans lequel il semble qu'un Martin Luther parle à des Allemands, comme eux faciles à abuser, mais doués comme eux du sens des mystères ? ¹) Quant à moi, je ne crois pas qu'il y ait place pour le hasard en de pareilles matières; je le crois d'autant moins ici qu'il m'est aisé de constater quel langage différent emploie le même homme, et par quels interminables détours il chemine, dès qu'il se propose de rendre intelligibles ces mêmes vérités à une communauté de Juifs ou d'enfants du chaos ethnique, ainsi qu'il le fait dans l'Épître aux Romains. Mais d'ailleurs notre jugement ne se fonde pas seulement sur une base hypothétique, pas seulement sur l'affinité entre les anciennes religions mythiques des Celtes et des Germains; cette affinité, nous l'observons dans leurs aptitudes intellectuelles en général, sans cesse attestées par l'histoire de la culture européenne, là du moins où le Celte conserve la pureté de son sang. Ainsi, par exemple, on voit surgir des parties de l'Irlande authentiquement celtiques, durant
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    ¹) Mommsen appelle la Galatie « un îlot celtique parmi l'océan des peuples orientaux » et marque que le celtique s'y conserva pendant des siècles comme langue parlée (Römische Geschichte, 3e éd. V, 311 et suiv.)

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les cinq cents ans qui séparent Scot Erigène de Duns Scot (deux Celtes), toute une série de théologiens doués de capacités philosophiques remarquables, et que leur tournure d'esprit indépendante, leur audacieux instinct d'investigation, exposent aux persécutions de l'Église. C'est au cœur de la Bretagne que naît Pierre Abélard, un réel initiateur, qui fraie à la conscience des voies nouvelles; mais faisons-y bien attention : ce qui le caractérise, lui comme eux, ce n'est pas seulement l'autonomie de sa pensée et le besoin ardent de cette liberté, c'est encore et surtout le sérieux vraiment sacré de sa vie — et voilà un trait essentiellement « germanique ». Pas plus que le marin breton de nos jours, ces anciens représentants de l'esprit celtique, si exubérants de force, ne sont uniquement des hommes libres ni uniquement des hommes pieux, mais ils sont tout ensemble pieux ET libres — et voilà par où s'exprime en eux le « germanisme » spécifique, tel que nous l'observons de Charlemagne et du roi Alfred à Cromwell et à la reine Louise, des hardis troubadours antiromains et des Minnesänger si indépendants en politique jusqu'à Schiller et à Wagner. Et quand, par exemple, nous entendons Abélard protester contre le trafic des indulgences au nom d'une profonde conviction religieuse (Theologia christiana), déclarer en même temps qu'il place les Grecs au-dessus des Juifs sous tous les rapports, que la morale de leurs philosophes est supérieure au légalisme hébreu, que la conception platonicienne du monde est plus haute que la conception mosaïque; mais surtout — car il s'élève à cette intuition (Dialogus inter philosophum, Judaeum et Christianum) — quand il indique que la pensée religieuse manque de base tant que l'on n'admet pas l'idéalité transcendantale de la notion de l'espace, faisant ainsi dépendre la confrontation directe de l'homme avec Dieu non point de son entrée dans un ciel empirique, mais de sa conversion intérieure.... ce sont là, certes ! autant d'indices d'une intelligence conformée selon le type indo-européen, par opposition au type sémitique ou au type bas-romain, mais ce

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sont en particulier les témoignages d'une individualité qui trahit dans chaque pli de la pensée sa marque spécifiquement GERMANIQUE. Je dis germanique, je ne dis pas « allemande », pas plus que je ne parle d'un homme vivant aujourd'hui — où le processus de différenciation a fini par former des caractères nationaux extérieurement très distincts — mais d'un homme mort depuis bientôt mille ans; et je soutiens que ce Breton aurait fort bien pu, quant à la direction générale de sa pensée et de ses sentiments, naître au cœur de la Germanie. Celte typique par le génie sombre et passionné qui l'habite, nouveau Tristan dans sa vie amoureuse, il n'en est pas moins de la chair et du sang dont est fait le Teuton; c'est un Germain. Aussi Germain que cette population réputée « kerndeutsch » de la Souabe et de la Forêt Noire, de la patrie de Schiller, de Mozart, de beaucoup des plus grands « Allemands », qui doit sans aucun doute son caractère particulier et son exceptionnelle aptitude pour la poésie à un fort appoint de sang celtique ¹). Ce même esprit d'Abélard, nous le voyons à l'œuvre et nous le reconnaissons partout où existèrent, au témoignage de la science, des Celtes en grand nombre : ainsi dans la patrie des malheureux Albigeois, au midi de la France; et partout où l'on en trouve encore : ainsi dans le Pays de Galles, patrie du méthodisme. Et ne le reconnaissons-nous pas aussi dans la Bretagne, encore qu'on la prétende congénitalement catholique ? C'est que ces mots : catholicisme, protestantisme, ne sont d'abord que des mots; le sentiment religieux des Bretons est de bon aloi, mais, à vrai dire, d'une nuance plus « païenne » que chrétienne; une très archaïque religion populaire subsiste ici sous le masque assumé du catholicisme. En outre, l'indéracinable fidélité de ce peuple au roi (ou au fantôme du roi) n'est-elle pas un trait aussi communément germanique que la fidélité au drapeau et l'humeur belliqueuse des Irlandais,
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    ¹) Wilhelm Henke: Der Typus des germanischen Menschen (1895). De même Treitschke: Politik I, 279.

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qui, ennemis politiques de l'Angleterre, constituent volontairement les trois quarts de son armée et meurent dans des pays lointains pour son roi étranger, qu'ils combattent chez eux ?
    Mais c'est dans la POÉSIE que, sans contredit, les Celtes et les Germains (au sens étroit de ce mot) manifestent le plus éloquemment leur parenté. Dès le début, les poésies franque, allemande et anglaise mêlent intimement dans leur trame des motifs empruntés à la poésie celtique, non certes qu'elles ne possèdent une inspiration propre ! mais ces thèmes celtiques qu'elles accueillent, parce qu'immémorialement congénères, apparaissent revêtus d'une certaine teinte étrangère, d'un sens désormais mystérieux parce qu'à demi oublié, qui leur confère un charme d'autant plus attirant, une saveur d'autant plus exquise. La poésie celtique est d'une profondeur incomparable, elle est d'une inépuisable richesse en signification symbolique, et l'on ne saurait douter qu'à son origine la plus lointaine elle n'ait communié avec ce qui fait l'âme de la poésie germanique, avec la musique. Si nous passons en revue les créations suscitées dans tous les pays germaniques, mais entre tous dans celui des Francs, par le réveil de l'instinct poétique au tournant du XIIme et du XIIIme siècle; si nous considérons d'une part la Geste de Charlemagne, la Chanson de Roland, Berthe aux grands piés, Ogier le Danois, etc., toutes tentatives où s'atteste en son indépendance la force créatrice du Franc, et si d'autre part nous voyons renaître la poésie celtique dans les légendes de la Queste du Graal, de la Table ronde du roi Arthur, de Tristan et Yseult, de Perceval, etc., je ne crois pas que nous puissions hésiter une minute à reconnaître de quel côté il faut chercher la source la plus profonde et la plus pure d'authentique poésie, le don le plus riche et le plus inépuisable de configuration plastique et d'imagination symbolique. D'autant que les circonstances sont toutes au désavantage de cette poésie celtique du XIIIme siècle : elle ne ressuscite pas en sa forme véritable, mais amputée des ailes du chant,

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mais délayée en roman, mais compliquée de notions féodales, romaines et chrétiennes, en sorte qu'il est aussi malaisé de retrouver l'essence de son inspiration sous cette surcharge d'éléments hétérogènes que de dégager du Nibelungenlied allemand les mythes du Nord qui s'y recèlent. Plus haut nous remontons dans le passé, plus clairement nous discernons — nonobstant tous les contrastes individuels — l'intime et originelle affinité des tendances et aptitudes poétiques chez le Celte et le Germain primitifs; et nous constatons qu'elle va diminuant par degré à mesure que nous redescendons le cours du temps. Ainsi par exemple, bien que le Tristan de Gottfried de Strasbourg soit incontestablement supérieur, en tant qu'œuvre poétique achevée, aux productions françaises antérieures sur le même sujet ¹), Gottfried a omis plusieurs des traits les plus profonds et les plus délicats où s'exprime proprement l'âme de cette légende incomparable, à la fois poétique, mythique et symbolique, traits qui par contre figurent dans le roman vieux-français, et que Chrestien de Troyes avait tout au moins indiqués ²); de même pour le Parzival de Wolfram d'Eschenbach. Et d'ailleurs il était réservé au dix-neuvième siècle de nous apporter la preuve la plus convaincante et la plus émouvante d'une parenté non seulement ancienne, mais actuelle, entre des inspirations qu'il nous a présentées unies dans un seul et même génie : avec Richard Wagner la musique allemande s'est révélée capable d'évoquer à une vie nouvelle l'immémoriale poésie celtique et l'immémoriale poésie germanique, en nous les restituant dans leur propos et dans leur sens originels, par où s'avère l'originelle communauté de ces deux sources.

LE SLAVO-GERMAIN

    C'est chose plus malaisée que de donner des renseignements sur le Slave authentique, attendu que nous ne savons
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    ¹) Dans lesquelles l'aventure absorbe tout l'intérêt, « les ornements tendent à devenir le principal », « le roi March tourné au George Dandin » etc. (cf. Lanson, op. cit. p. 45 sq., et notamment 51).
    ²) Ou dont Marie de France avait exquisement suggéré l'émotion dans tel de ses rapides et adorables lais.


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pas trop où nous le devons chercher. Voici d'abord notre seule certitude : ce concept de « slave » a varié; il s'est déplacé, si je peux dire, en ce sens que les signes qui passent aujourd'hui pour caractéristiques du slavisme — corps trapu, tête ronde, pommettes saillantes, cheveux foncés — ne sont assurément pas ceux que faisait paraître le Slave lors de son avènement dans l'histoire européenne. Encore aujourd'hui, du reste, le type blond domine dans le Nord et dans l'Est de la Russie d'Europe, et le Polonais aussi se distingue des Slaves du Sud par la couleur de la peau (Virchow). En Bosnie on est frappé par la stature exceptionnellement élevée des hommes, comme par la fréquence des cheveux blonds; pendant un voyage de plusieurs mois à travers ce pays, je n'y ai pas une fois rencontré le prétendu « type slave » tirant sur le Mongol, et pas davantage le « visage de pomme de terre » caractéristique du paysan tchèque; même observation en ce qui concerne le groupe superbe des Monténégrins ¹). Malgré le préjugé généralement répandu, il y a donc, aujourd'hui encore, assez d'indices physiques du fait que le Germain, lorsqu'il entra dans l'histoire, possédait, outre son frère aîné à l'Occident, un frère oriental plus jeune, lequel ne laissait pas de lui ressembler. Mais l'extrême difficulté que l'on éprouve à démêler les éléments originairement et proprement slaves tient à ce que cette branche de la famille germanique fut très tôt presque complètement absorbée par d'autres races — plus
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    ¹) Par contre la forme du crâne a subi une altération progressive : chez les habitants actuels de la Bosnie, on ne trouve pas tout à fait 1½ pour cent de têtes longues, mais en revanche 84 pour cent de têtes rondes bien prononcées, tandis que les plus anciennes sépultures montrent 29 pour cent des premières et seulement 34 pour cent des secondes, et que les tombes du moyen âge ont livré encore 21 pour cent de longues (cf. Weisbach : Altbosnische Schädel, dans les communications à la Soc. anthrop. de Vienne, 1897). Il est intéressant de remarquer que la conformation du visage est restée, malgré cette altération du crâne, « leptoprosope », c'est-à-dire allongée.

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tôt, plus complètement et aussi plus énigmatiquement que les Celtes. Cela ne devrait pas toutefois nous empêcher de reconnaître et d'apprécier les traits de parenté, ou de chercher à les dégager de la masse étrangère.
    Cette fois encore, c'est une incursion dans les profondeurs de l'âme qui nous y aidera. Si j'en juge par la seule langue slave dont j'aie quelque connaissance — le serbe — ou pourrait, ici aussi, invoquer l'aptitude poétique comme preuve d'une ressemblance de famille profondément enracinée avec les Germains et pareillement avec les Celtes. Le cycle héroïque qui a pour centre la grande bataille de Kossovopolje (1389), mais qui met en œuvre des motifs poétiques remontant à une époque beaucoup plus reculée, témoigne d'une MANIÈRE DE SENTIR — fidélité jusqu'à la mort; héroïsme; types de femmes héroïques, et la haute estime en laquelle on les tient; mépris de tous les biens dès qu'ils entrent en comparaison avec l'honneur personnel — qui nous remémore sans cesse la poésie lyrique ou épique des Germains et des Celtes. Maint historien de la littérature prétend, je le sais bien, que des poèmes de cette sorte et des figures héroïques comme celle d'un Marco Kraljevitch sont communs à toutes les poésies populaires : mais ce n'est pas vrai, mais c'est l'excès d'érudition qui aveugle les inventeurs de cette thèse absurde au point qu'ils ne distinguent plus les fines et profondes empreintes de l'individualité. Rama est un héros dont la conformation diffère essentiellement de celle du héros Achille, et la différence n'est pas moindre entre Achille et Siegfried, tandis que le Tristan celtique trahit en beaucoup de traits une parenté directe avec le Siegfried allemand — et je ne parle pas seulement de l'aventure extérieure du roman chevaleresque (le combat avec le dragon, etc.) où les analogies peuvent provenir de retouches ultérieures, mais je parle de ces versions les plus anciennes et les plus populaires où se dessine l'image d'un Tristan qui est encore un pâtre et d'un Siegfried qui n'est pas encore un héros à la cour burgonde : ici précisément

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nous voyons apparaître en leur netteté — et tout à fait distincts des attributs héroïques communs à tous les types de héros : force prodigieuse, magie du courage invincible; etc. — les IDÉALS DÉTERMINÉS qui constituent le fond de cette poésie, à l'exclusion de toute autre; or c'est dans ceux-ci, et non dans ceux-là, que se reflète l'originalité propre d'une âme ethnique. Ainsi, par exemple, pour Tristan et Siegfried : la fidélité comme base de la notion d'honneur, l'importance de la virginité, la victoire dans la ruine (en d'autres termes un déplacement de l'héroïque, transposé du domaine des succès extérieurs dans celui des réalisations intérieures). De pareils traits différencient un Tristan, un Siegfried, un Parsifal, non seulement du Samson sémitique, dont la force héroïque réside dans les cheveux, mais également d'Achille, encore qu'il soit leur parent : la pureté est étrangère aux Grecs; la fidélité n'est pas pour eux un principe dicté par l'honneur, mais seulement par l'amour (Patrocle); le héros hellène peut braver la mort, mais non la vaincre comme les héros celtes et germains. Ce sont précisément des traits de cette sorte, indices d'authentique parenté, que je retrouve dans la poésie des Serbes, nonobstant toutes les divergences de forme. Combien significatif déjà ce fait que leur cycle héroïque se constitue à l'occasion d'une bataille désastreuse — de ce Kossovo qui anéantit leurs espérances en même temps que leur armée — et non pas à l'occasion d'une victoire ! Car des victoires, ils en avaient assez remporté, et sous leur tsar Étienne Douchan, le « Charlemagne serbe », dont la cour fut une des plus brillantes de l'Europe orientale, ils avaient formé un puissant empire, illustré par des monuments admirables. Mais non : leur instinct poétique a d'autres exigences, aussi est-ce l'émotion du désastre qui fait se cristalliser ses créations éparses. Il s'agit là, sans nul doute, d'une disposition particulière, et nous pouvons tenir pour assuré que la magnifique abondance des motifs mis en œuvre, qui se rapportent tous à la ruine, à la mort, à l'éternelle séparation des amants, n'a pas procédé soudain de cette bataille mal-

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heureuse et pas non plus du régime abêtissant de l'Islam, mais qu'elle est un antique patrimoine, de même que la DÉTRESSE des Nibelungen (et non le bonheur des Nibelungen) était l'héritage allemand, de même que les poètes celtes et francs négligèrent cent vainqueurs fameux pour s'emparer de l'obscur Roland VAINCU et faire revivre à son propos d'immémoriaux thèmes poétiques en un rajeunissement semi-historique. Ces choses-là sont décisives. Et tout aussi décisive est l'évocation de la femme par les poètes serbes qui nous la dépeignent si tendre, si courageuse et si chaste; tout aussi décisif, le rôle éminemment noble et grand qu'ils lui attribuent. Par contre, un spécialiste pourrait seul décider si les deux corbeaux qui prennent leur vol à la fin de la bataille de Kossovo pour annoncer au peuple serbe sa destruction, sont parents des corbeaux de Wodan, ou si nous sommes ici en présence d'un motif indo-germanique courant, d'un souvenir de quelque mythe naturiste, d'un emprunt, d'un hasard — que sais-je ! Il en est ainsi de mille détails. Heureusement qu'ici, comme ailleurs, ce qui est vraiment décisif saute aux yeux de tout observateur non prévenu. — Dans la poésie russe, on ne découvre plus guère, paraît-il, de vestiges des temps anciens, hormis les légendes, les contes et les chansons : mais c'en est assez pour que se décèle irrécusablement la parenté germanique, d'une part dans l'inspiration mélancolique, de l'autre dans l'intime relation avec la nature et en particulier avec le monde animal ¹).
    Je n'ai pas l'intention de pousser plus avant cet examen : il exigerait plus' d'espace que je ne lui en peux consacrer, et d'ailleurs m'entraînerait trop loin de mon objet. C'est affaire à la critique d'établir, par raisons démonstratives, une vérité qui se révèle à tout individu doué de sens poétique par ces raisons plus péremptoires que la raison ne connaît pas — ou pas tout de suite. Je dois, en revanche, mentionner encore une deuxième manifestation de l'être psychique le plus intime,
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    ¹) Cf. par ex. Bodenstedt : Poetische Ukraine.

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par laquelle l'élément germanique s'atteste clairement chez le Slave — je veux dire : la RELIGION.
    Où que nous les considérions, il nous apparaît que les Slaves se distinguent en matière religieuse par le sérieux et l'indépendance, notamment dans les temps anciens. Un des traits les plus saillants de cette religiosité, c'est qu'elle est pénétrée de sentiments patriotiques. Au IXme siècle déjà, alors que le schisme entre l'Orient et l'Occident n'est pas encore devenu irrévocable, nous voyons les Bulgares entretenir des rapports également amicaux avec Rome et avec Constantinople touchant les questions dogmatiques; ce qu'ils demandent, c'est la reconnaissance de leur indépendance ecclésiastique; Rome s'y refuse, Byzance y consent, et ainsi prend naissance dans la première moitié du Xme siècle la PREMIÈRE organisation, qui fut leur œuvre, en vue d'une Église chrétienne autonome ¹). Chacun aperçoit immédiatement l'énorme importance d'un pareil événement. Pour Michel de Bulgarie, il ne s'agissait nullement de désaccords sur tel ou tel article de foi; il était chrétien et prêt à croire tout ce que les prêtres proclamaient comme vérité chrétienne; ce qui était en cause, c'était, à son sens, uniquement une question constitutionnelle : il voulait l'Église bulgare administrée en toute indépendance par son propre patriarche bulgare, sans intervention d'une autorité ecclésiastique quelconque à Rome ou à Byzance. Simple question d'ordre administratif, semble-t-il : mais, en réalité, c'est l'esprit germanique de libre individualisme qui se révolte contre la dernière incarnation de l'imperium issu du chaos ethnique et représentant les intérêts politiques du principe anti-national, anti-individuaIiste, niveleur. Je ne saurais ici insister sur ce sujet, qui est du domaine des deux prochains chapitres; mais comme le même phénomène se reproduit partout chez les Slaves, on ne peut lui dénier une signification symptomatique pour la détermination de leur carac-
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    ¹) Cf. Hergenröther : Photius II, 614.

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tère originel. Autre exemple : à peine les Serbes avaient-ils constitué leur empire qu'ils créèrent une Église autonome; le grand tsar Étienne Douchan en défendit le patriarche contre les prétentions de l'Église byzantine à la suprématie, et il obtint la reconnaissance de ses droits. Ici non plus la foi n'a rien à voir dans le débat, car à cette époque (milieu du XIVme siècle) le schisme entre Rome et Constantinople était depuis longtemps un fait accompli, et les Serbes étaient déjà ce qu'ils sont encore aujourd'hui, des adhérents fanatiques de l'Église grecque orthodoxe : néanmoins, tout comme les Bulgares avaient repoussé l'ingérence de Rome, les Serbes repoussèrent l'ingérence de Constantinople. Le principe est le même : préservation de la nationalité. Sans doute, l'Église russe s'est émancipée beaucoup plus lentement, elle n'a conquis sa liberté que longtemps après la destruction de l'empire byzantin; mais précisément la Russie ne saurait être dite pays « slave » que dans un sens très relatif et très peu « germanique », et pourtant, de toutes les grandes nations de l'Europe elle est seule à cette heure, avec l'Angleterre, à posséder une Église vraiment nationale et autocéphale. Un autre fait très frappant, dans le même ordre d'idées, c'est qu'entre tous les chrétiens les Slaves seuls (et à la seule exception des Tchèques soumis à l'influence allemande) n'ont jamais permis que le service divin fût célébré dans une autre langue que la leur. Cyrille et Méthode, les grands « apôtres des Slaves », se heurtèrent déjà à ce parti pris, qui leur valut de grandes souffrances : persécutés par les prélats allemands qui s'obstinaient dans leur attachement aux « trois langues sacrées » (grec, latin, hébreu), dénoncés au pape romain comme hérétiques, ils réussirent malgré tout à obtenir pour leurs convertis le droit particulier qui leur tenait tant à cœur; même les Slaves strictement catholiques-romains eurent leur messe slave, et Rome n'avait pas encore réussi, dans les dernières années du dix-neuvième siècle, à enlever ce privilège aux Dalmates.
    Mais je n'ai parlé jusqu'ici que du côté extérieur (je ne

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dis pas superficiel) de la religiosité slave; considérée dans sa profondeur, elle est encore plus instructive au point de vue qui nous occupe. En Russie également, là où la population donne le plus fort pourcentage d'éléments slaves authentiques (ainsi en Petite Russie, qui est aussi la patrie des plus beaux poèmes), on voit se manifester, encore aujourd'hui, par une incessante formation de sectes, une vie religieuse de sorte aussi intérieure et d'activité aussi intense qu'en Wurtemberg et en Scandinavie. L'analogie est frappante. Au contraire, il n'existe pas trace de ce phénomène dans les pays dits « latins ». C'est dans ces choses-là que se reflète la physionomie la plus intime de l'âme. Et il s'agit ici, une fois de plus, d'une qualité durable, qui a persisté malgré tous les mélanges de sang, à travers tous les siècles. Déjà la peine énorme que coûte la conversion des Slaves au christianisme nous garantit la profondeur de leur sentiment religieux : les Italiens et les Gaulois furent les plus aisés à détourner de la foi de leurs pères; les Saxons ne cédèrent qu'à l'épée; quant aux Slaves, d'effroyables cruautés et un long espace de temps suffirent à peine ¹). Les fameuses chasses aux païens furent de mode jusqu'au siècle de Gutenberg ! Particulièrement significative est l'attitude de ces Slaves de Bosnie et d'Herzégovine dont le type physique, comme je l'indique plus haut, est demeuré si pur d'altération. De bonne heure, la classe dirigeante de la nation adopta les doctrines de Bogumil (apparentées à celles des cathares ou des patarins); ses chefs rejetèrent tout ce qui est juif dans le christianisme, ils ne retinrent à côté du Nouveau Testament que les Prophètes et les Psaumes; ils ne reconnurent non plus aucun sacrement et ils se refusèrent à instituer une domination du clergé, de quelque sorte qu'elle fût. Combattu, opprimé, persécuté sans cesse et
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    ¹) Pour apprendre combien il fut difficile de convertir au christianisme les Wendes et les Polonais, voir Neander : Allgemeine Geschichte der christlichen Religion und Kirche, au § 1 du tome VI.

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de deux côtés à la fois — par les Serbes orthodoxes et par les Hongrois toujours obéissants au moindre signe du pape romain — ce petit peuple, devenu ainsi la sanglante victime d'une double croisade ininterrompue, n'en resta pas moins obstinément attaché à sa foi pendant des siècles; les tombeaux de ses héros « bogumiles » ornent encore à cette heure les sommets des montagnes au haut desquelles on portait leurs cadavres pour les soustraire à la profanation; seul le Mahométan finit par avoir raison de cette secte, grâce à un régime de conversions forcées. Le même esprit qui animait ici, dans un coin perdu de la terre, un peuple courageux mais ignorant, produisit ailleurs des fruits plus riches, par lesquels le rameau slave s'est attesté aussi vigoureux que les autres branches de la famille germanique.

LA RÉFORME

L'événement historique le plus important de nos dix-neuf siècles chrétiens, c'est, sans contredit, celui qu'on désigne sous ce nom : la « Réforme ». Cette « Réforme » se fonde sur un double principe : le principe national et le principe religieux, qui tous deux ont en commun ce propos : secouer le joug étranger, écarter cette « main morte » de l'Imperium romain depuis longtemps défunt, qui s'étend encore non seulement sur la terre et sur l'or, mais sur les pensées, les sentiments, les croyances et les espoirs des hommes. Nulle part l'unité organique du slavo-celto-germanisme ne s'atteste de façon aussi convaincante que dans cette instinctive insurrection contre Rome. Pour comprendre ce mouvement du point de vue de la psychologie ethnique, il faut commencer par n'accorder aucune attention aux disputes dogmatiques sur la foi; ce n'est pas ce que l'on tient pour vrai touchant la nature de la communion qui est décisif : non ! l'opposition flagrante est entre deux principes qui s'excluent l'un l'autre — LIBERTÉ et SERVITUDE. Le plus grand des réformateurs, après avoir exposé qu'il ne s'agit pas pour lui de droits politiques, ajoute : «mais s'agissant de l'esprit et de la conscience, nous sommes de tous les hommes les plus libres de toute servitude; là nous ne croyons per-

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sonne, là nous ne reconnaissons personne, là nous ne redoutons personne hormis le Christ seul. » Or, ceci constitue une émancipation tout à la fois de l'individu et de la nation. Et si nous apprenons à voir dans la « Réforme » non pas une affaire purement ecclésiastique, mais une révolte de tout l'être contre la domination étrangère, mais un soulèvement de l'âme germanique contre la tyrannie psychique de l'antigermanisme, alors il nous faudra convenir aussi que la « Réforme » — au sens littéral de ce mot — commença dès l'instant où des Germains prirent conscience d'eux-mêmes par la culture et le loisir, et qu'elle se poursuit encore aujourd'hui ¹). Scot Erigène, au IXme siècle, est un réformateur, car il refuse de se soumettre aux ordres de Rome, et une tradition veut qu'il ait préféré le poignard d'un assassin au sacrifice de sa « liberté d'esprit et de conscience »; Abélard, au XIme siècle, est un réformateur, puisque son orthodoxie ne peut l'induire à se laisser ravir la liberté de ses conceptions religieuses, et puisque en outre il attaque l'administration de l'Église romaine, le trafic des indulgences, etc.; et l'on en peut dire autant de bien des lumières du catholicisme, tels au dix-neuvième siècle Döllinger et Reusch : ce sont des réformateurs; nulle question dogmatique ne les a séparés de Rome sinon celle-ci : la liberté. Or, dans le mouvement si gros de conséquences qui m'occupe en ce moment, la part des Slaves fut considérable, à côté de celle des Germains (au sens étroit de ce mot) et des Celtes : preuves en soient déjà les traits que je rapportais d'eux tout à l'heure, ce parti pris de n'accepter aucune ingérence étrangère dans l'administration de leurs Églises, cet attachement â leur langue maternelle comme à un héritage sacré entre tous; car ils désavouaient dans l'un et l'autre cas
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    ¹) L'anthropologue G. Vacher de Lapouge, dans la définition qu'il donne de l'Homo europaeus au strict point de vue des sciences naturelles, marque ce trait : « en religion il est protestant » (Dépopulation de la France, p. 79).

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les principes nécessaires de Rome. Cependant leurs aspirations avaient des racines plus profondes : au plus intime de leur cœur il s'agissait de religion et non seulement de nation. Aussi, dès que la Réforme eut pris pied solidement — ce qui eut lieu d'abord dans la lointaine Angleterre — les catholiques slaves affluèrent à Oxford, attirés si je puis ainsi dire par une consanguinité manifeste des sentiments les plus sacrés. Très certainement la Réforme ne fût pas devenue ce qu'elle devint, sans un Marthin Luther à l'exclusion de tout autre — car, quoi qu'en disent nos plus récents historiens, la nature ne connaît pas de plus grande force qu'un homme puissamment grand; mais d'autre part, si ce fils de l'Allemagne trouva chez lui un sol préparé où il put atteindre au plein développement de sa force, un milieu propice où il respira l'air vivifiant qui le trempait pour la lutte, ces conditions indispensables furent au premier chef l'œuvre de la Bohême et de l'Angleterre ¹). Cent ans déjà avant la naissance de Luther on comptait, en Angleterre, sur trois habitants un antipapiste ²); et la traduction de la Bible par Wyclif était répandue dans tout le pays. La Bohème ne restait pas en arrière : dès le XIIIme siècle on lisait le Nouveau Testament en tchèque et, au commencement du XVme, Hus donna une version revisée de la Bible entière dans la langue populaire. Pourtant l'impulsion la plus vive était partie de Wyclif; c'est grâce à lui que les Slaves ouvrirent les yeux à la vérité évangélique, en sorte que Jérôme de Prague put dire : « Jusqu'alors on n'avait eu que la coque, Wyclif le premier a mis l'amande à découvert » ³): On se fait une idée
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    ¹) Aussi Luther écrit-il lui-même à Spalatin (février 1520) : Vide monstra, quaeso, in quae venimus sine duce et doctore Bohemico.
    ²) Fremantle : John Wyclif, dans le volume Prophets of the Christian Faith, p. 106.
    ³) Neander : op. cit. IX, 314. — À propos de la traduction des Écritures, il est vrai qu'elle n'était pas interdite, seulement l'Église exigeait que les versions lui fussent soumises. Il en existait déjà une intégrale en français, rédigée au XIIIme siècle, et qui circula en Angleterre où elle fut recopiée par des clercs (P. Meyer : Mss. français de Cambridge


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extrêmement fausse du mouvement réformateur slave, si l'on ne prend en considération que Jean Hus et les guerres hussites, car dès ce moment la prédominance des combinaisons politiques, en même temps que l'accentuation de la haine entre Tchèques et Allemands, troublèrent les esprits et ternirent la pureté des aspirations si lumineuses et si nobles au début. Une centaine d'années avant Hus vivait ce Milič qui, bien qu'il fût lui-même un catholique strictement orthodoxe et que sa vocation pour la cure d'âmes pratique le détournât de s'adonner aux subtiles controverses dogmatiques, inventa l'expression d'Antéchrist appliquée à l'Église romaine : c'est en prison, à Rome, qu'il écrivit son traité De Antichristo où il expose que l'Antéchrist ne paraîtra pas seulement dans l'avenir, mais qu'il est déjà là, qu'il accumule des richesses « spirituelles », qu'il achète des prébendes, qu'il vend des sacrements. Mathias de Janov reprend après lui et développe cette pensée, ouvrant alors la voie à la réformation proprement théologique : sans doute il brûle encore de zèle pour la « sainte » Église et la veut une, mais à condition qu'elle soit réformée de fond en comble et rebâtie tout de nouveau. « il ne nous reste d'autre parti que de souhaiter nous-mêmes la RÉFORMATION par la destruction de l'Antéchrist; relevons la tête, car voici, la délivrance est proche ! » (1389). Ensuite viennent Stanislas de Znaïm, qui défend
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dans la Romania, 1886, p. 265). Sur la part revenant à Wyclif dans son travail indépendant, qui comprit la totalité des livres sainte et même des livres apocryphes, voir l'Introd. à l'édition qui en a été publiée à Oxford en 1850 par Forshall et Madden. Il semble que Wyclif ait traduit lui-même les Évangiles, et son disciple, Nicolas de Hereford, l'Ancien Testament (version de 1382); puis qu'il entreprit la revision du travail de Nicolas, laquelle ne s'acheva qu'après sa mort par les soins de John Purvey (version de 1388). Cf. à ce sujet Jusserand : Histoire littéraire du peuple anglais tome I, p. 447; et pour les faits, sinon pour les jugements relatifs à Wyclif, tout le chapitre qui lui est consacré dans cet ouvrage (ibidem p. 434-453). Une preuve curieuse de l'influence de Wyclif en Bohême, c'est que plusieurs de ses écrits ne subsistent que dans des exemplaires tchèques.

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les 45 propositions de Wyclif devant l'université de Prague; Hus, qui distingue nettement entre ces deux autorités : l'« apostolique » et la « papale », se déclarant résolu d'obéir toujours à la première, mais à la seconde seulement lorsqu'elle s'y accorde; Nicolas de Welenowič, qui dénie aux prêtres la qualité d'intermédiaires privilégiés du salut; l'admirable Jérôme, chevalier et martyr, qui arrache au secrétaire papal Poggio Bracciolini, un indifférent, un dilettante, plus occupé de littérature grecque que de christianisme et fameux surtout comme collectionneur et éditeur d'anecdotes obscènes, cette exclamation : « quel homme ! et combien digne d'un éternel souvenir.... » J'en pourrais citer beaucoup d'autres, mais je m'arrête. On voit assez — et cela me suffit — qu'on n'a point affaire ici à l'action d'un esprit isolé, peut-être aberré, mais qu'au contraire c'est une âme collective qui s'exprime, l'âme d'un peuple, ou tout ce qui, dans cette âme, était sincère et noble. Et l'on sait ce qu'il advint de cette fraction la plus noble du peuple, et combien radicalement elle fut exterminée aux frais du pape et des évêques romains, lesquels avaient payé l'armée internationale de mercenaires qui lui porta le coup mortel à la Montagne Blanche ¹). Il ne s'agit pas non plus, en l'espèce, d'une idiosyncrasie tchèque; les autres slaves catholiques se comportèrent exactement de même. Ainsi, par exemple, la première presse à imprimer qui fonctionna en Pologne, imprima les cantiques de Wyclif. Au concile de Trente la même Pologne délégua des évêques de tendance si expressément protestante que le pape les dénonça au roi comme hérétiques absolus. Pourtant la diète polonaise ne se laissa pas intimider : elle réclama du roi une réorganisation complète de l'Église polonaise sur le seul et unique fondement des Saintes Écritures; elle demanda en même temps —
mirabile dictu ! — « l'égalité des droits pour toutes les sectes. » La noblesse de Pologne et, avec elle, toute l'aristo-
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    ¹) Döllinger : Das Haus Wittelsbach, Akad. Vorträge I, 38.

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cratie intellectuelle était protestante. Mais les Jésuites, soutenus par l'Autriche et la France, mirent à profit les troubles politiques qui survinrent bientôt pour prendre pied solidement dans le pays. La chose, il est vrai, ne se fit pas tout à fait de la manière « prompte et sanglante » qu'avait préconisée Canisius : mais les protestants furent en butte à des persécutions de plus en plus dures et finalement bannis; avec la religion déclina aussi la nation polonaise ¹).
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    ¹) Je ne saurais trop recommander au lecteur l'ouvrage extrêmement intéressant du comte Valerian Krasinski : Geschichte des Ursprungs, Fortschritts und Verfalls der Reformation in Polen (Leipzig, 1842). Peut-être ne trouve-t-on nulle part un ensemble de documents aussi complets, aussi riches, aussi probants et péremptoires qu'en Pologne, pour apprendre comment l'intolérance religieuse et notamment l'influence des Jésuites précipitent à sa ruine un pays florissant, qui semblait promis à un brillant avenir dans tous les domaines de l'activité intellectuelle et industrielle. L'attitude des Polonais à l'égard de Rome, longtemps avant Luther, ressort avec évidence du discours prononcé par Jean Ostrorog dans l'Assemblée des États de l'an 1459, où il dit entre autres : « Rien ne s'oppose à ce que l'on recommande au pape ce royaume comme un pays catholique, mais il ne convient pas de lui promettre une obéissance sans réserve. Le roi de Pologne n'est soumis à personne, et il n'y a que Dieu qui soit placé au-dessus de lui; il n'est pas le sujet de Rome, etc.; » sur quoi l'orateur flagelle la simonie éhontée du siège pontifical, le scandaleux trafic des indulgences, la cupidité des prêtres et des moines (op. cit. p. 36 et sq). Tout ce mouvement polonais atteste les mêmes caractères que le mouvement bohême : on sent passer le souffle rafraîchissant de la conscience d'une nationalité autonome, et l'on constate en même temps le rôle effacé que jouent les questions dogmatiques (les Polonais n'étalent pas même utraquistes, c'est-à-dire partisans de la communion sous les deux espèces). D'autre part, en Pologne comme en Bohême, ce sont des ALLEMANDS de naissance qui combattent POUR Rome contre la liberté religieuse et politique, et qui finalement l'emportent. Hosen — le cardinal Hosius — en est un frappant exemple. Cet homme qui envoie au cardinal de Guise une lettre pour le féliciter du meurtre de Coligny, qui « rend grâces au Tout-Puissant pour la grande bénédiction qu'a reçue la France par la Saint-Barthélemy » et qui « prie Dieu de jeter sur la Pologne un regard aussi miséricordieux », ce même homme est à la tête de la réaction antinationale, il introduit les Jésuites dans le pays, il interdit la lecture de l'Écriture sainte, il enseigne que le sujet n'a aucun droit

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    Comme ces faits ne sont pas nécessairement présents à toutes les mémoires, j'ai cru devoir y insister avec quelque détail — assez, je l'espère, pour inciter le lecteur à admettre une parenté originelle et intime entre le vrai Germain, le vrai Celte et le vrai Slave. Il n'y a pas, à l'instant que ces peuples paraissent dans l'histoire, TROIS âmes ethniques juxtaposées, il n'y en a qu'une, de complexion homogène. Même s'il est vrai qu'en beaucoup d'endroits (mais non partout, nous l'avons noté) les Celtes se soient physiquement modifiés par addition des hypothétiques « Préceltes » de Virchow et d'éléments provenant du chaos ethnique latin, au point que le mot « celtique » désigne généralement de nos jours la contre-partie du type celte primitif; même s'il est vrai qu'un sort pareil ait affecté, dans une mesure peut-être encore plus fâcheuse, les grands Slaves blonds comparables aux Northmen — nous n'en avons pas moins vu à l'œuvre, persistant de siècle en siècle dans son individualité irrécusable et distinctive, cet esprit que je n'hésite pas à nommer l'ESPRIT GERMANIQUE parce que l'authentique Germain (au sens habituel et restreint du mot) l'a conservé sous la forme la plus pure et, partant, la plus puissante, malgré tous les métissages qui ont abâtardi une grande partie de ses fils. Il ne s'agit pas ici d'une oiseuse chicane de mots, mais d'une vue historique que je crois de nature à élargir notre conception de la réalité et des devoirs qui en découlent pour nous. Il ne me vient pas non plus à la pensée de revendiquer pour le Germain proprement dit, voire pour l'Allemand, le mérite d'actions qu'il n'a pas accomplies ou une gloire qui revient à d'autres. Bien au contraire, je voudrais éveiller le vif sentiment de la grande fraternité septentrionale, et cela sans m'inféoder à aucune sorte d'hypothèses anthropogénétiques ou préhistoriques, mais en m'appuyant uniquement sur des
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vis-à-vis du prince, etc. Si un tel homme est un GERMAIN, tandis que les champions de la liberté ne le sont pas, alors ce terme n'est pas autre chose qu'un qualificatif outrageant.

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faits visibles à tous les yeux. Je ne vais même pas jusqu'à postuler la parenté de sang : j'y crois, il est vrai, à part moi; mais je suis trop conscient de l'énorme complexité de ce problème, je vois trop clairement que le vrai progrès de la science en cette matière a consisté surtout à nous révéler notre parfaite ignorance et à démolir une à une nos hypothèses, pour éprouver la moindre envie d'édifier à mon tour de nouveaux châteaux dans les nuages, maintenant que tout savant digne de ce nom commence à se résigner au silence. « Tout est plus simple qu'on ne peut le penser, et en même temps plus enchevêtré qu'on ne peut le concevoir », dit Goethe. En attendant nous avons constaté la parenté d'esprit, la parenté de sentiment, la parenté de structure corporelle : cela doit nous suffire. Nous tenons en main un certain quelque chose, et, comme ce quelque chose n'est pas une définition mais se compose d'hommes vivants, je renvoie à ces hommes — aux Celtes, aux Germains et aux Slaves authentiques — pour que l'on apprenne ce qu'est cela : le « germanisme ».

LIMITATION DU CONCEPT

    M'étant ainsi expliqué sur ce qu'il faut entendre par l'extension nécessaire du concept « germain », je viens maintenant à notre seconde question : en quoi consiste la limitation de ce concept que j'ai déclarée non moins nécessaire ? Ici encore la réponse sera double, visant d'une part les caractères physiques, de l'autre les qualités intellectuelles : mais ce ne sont là, en dernière analyse, que des aspects divers d'un seul et même objet.
    Gardons-nous d'estimer au-dessous de sa valeur le facteur physique. Peut-être serait-il difficile d'aller jusqu'à l'estimer trop haut : on en connaît la raison si l'on a pris la peine de lire mes considérations sur la race dans l'avant-dernier chapitre, mais on la connaît mieux encore, sans le secours d'aucune démonstration savante, par ce que nous fait immédiatement éprouver le seul instinct, le plus ténu de ces fils de soie qui nous relient au tissu de la nature. Car de même que l'inégalité des individus humains se lit dans leurs physionomies, de même l'inégalité des races humaines

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se lit dans leur charpente osseuse, dans la couleur de leur peau, dans leur musculature, dans les proportions de leurs crânes; peut-être n'est-il pas un caractère anatomique de notre corps sur lequel la race n'ait imprimé son cachet particulier et distinctif. Le nez, oui, le nez même, cet organe qui chez nous autres hommes s'est figé en une immobilité tellement glacée que certains disciples de Darwin le croient menacé, d'atteindre, par complète ossification, un degré plus imposant encore dans le monumental, le nez, qui dans notre vie de citadins contribue plutôt à l'affliction qu'à la joie et ne constitue plus qu'un appendice encombrant, le nez, on le sait bien, depuis le berceau jusqu'à la tombe, se dresse au centre de notre visage comme un témoin de notre race ! Soulignons donc avant tout ce fait que les Européens du Nord ¹) — Celtes, Germains et Slaves — firent paraître un type d'homme physiquement particularisé entre les Indo-Européens, nettement différencié des Européens du Sud par la structure corporelle, et « ne ressemblant qu'à lui-même »; d'où une première restriction qui s'impose immédiatement : quiconque ne possède pas ces caractéristiques physiques, fût-il né au cœur de la Germanie et parlât-il depuis l'enfance une langue germanique, se trouve exclu ipso facto du concept qu'elles définissent; il ne saurait être tenu pour Germain.
    L'importance du facteur physique se démontre plus facilement sur le peuple et ses grandes manifestations collectives que sur l'individu, car il peut arriver qu'un individu exceptionnellement doué s'assimile une culture étrangère et alors, précisément à cause des traits originaux par lesquels il en diffère de nature, produise quelque chose de neuf et de
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    ¹) C'est une opinion toujours plus fortement accréditée chez les savants, dans ces derniers temps, que les Germains ne vinrent pas d'Asie, mais qu'ils ont habité l'Europe immémorialement (voir entre autres A. Wilser : Stammbaum der arischen Völker 1889; Schrader : Sprachvergleichung und Urgeschichte, 2e éd. 1890; Taylor : The Origin of the Aryans 1890; Beck : Der Urmensch 1899, etc.).

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fécond; par contre, la valeur propre de la race apparaît avec évidence dès qu'il s'agit de productions d'ensemble Henke observe, par exemple, touchant les agents de l'unité allemande, que « les grands hommes d'État et chefs d'armée qui ont illustré avec le plus d'éclat la période de fondation du nouvel empire sont, en majeure partie, de la plus pure descendance germanique », exactement comme « les marins endurcis des bords de la mer du Nord et les hardis chasseurs de chamois des Alpes ¹) » Ce sont là des faits que l'on ne saurait trop méditer, et auprès desquels les lieux communs sur l'égalité des races humaines, thème favori de messieurs les naturalistes, orateurs parlementaires, etc. ²), sonnent tellement creux qu'on a honte d'y avoir même prêté l'oreille. Ils nous indiquent, de plus, dans quelle acception rigoureusement bornée se justifie un mot souvent cité, mais d'ailleurs intraduisible, de Paul de Lagarde. Ce vrai Germain exprime que le Deutschtum réside non dans le sang, mais dans le sentiment, non dans la race, mais dans la mentalité ³). Chez l'individu, oui, il arrive que le sentiment gouverne le sang et que l'idée vainque; mais s'agissant d'une foule, d'une grande foule, jamais ! Et pour mesurer l'importance du physique, en même temps que le degré de restriction qu'il comporte, ne laissons pas d'observer que l'« idée germanique » — pour ainsi parler — est un organisme d'une structure infiniment délicate, d'une membrure infiniment riche. Il suffit pour s'en convaincre de lui comparer l'idée juive, cette enfance de l'art, dont tout le secret consiste à ligoter l'âme humaine comme les dames chinoises ligotent leurs pieds, sauf qu'après l'opération ces derniers ne peuvent plus remuer, tandis qu'un moignon d'âme se porte bien plus facilement et cause bien moins d'embarras au corps affairé
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    ¹) Der Typus des germanischen Menschen, p. 33.
    ²) voir ch. IV, dès la 2me page; ch. V, au sous-titre : « Conscience de la coulpe raciale », dernière note; et dans le présent chapitre à la fin de la rubrique : « La forme du crâne ».
    ³) Das Deutschtum liegt nicht im Geblüte, sondern im Gemüte.


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qu'une âme en son plein développement et toute chargée de rêves. D'où suit qu'il est relativement aisé de « devenir Juif », au lieu que « devenir Germain » est chose presque impossible. Certes, le germanisme réside dans la manière de sentir et de penser. Celui qui s'atteste Germain, qu'il descende d'où il voudra, est Germain : ici, comme partout, trône la puissance de l'Idée; mais qu'on se garde de perdre de vue, pour l'amour d'un principe vrai, la vérité de la nature, la connexité de ses phénomènes. Plus riche est une mentalité, plus divers et plus solides sont les liens qui la retiennent attachée à un substratum racial de type déterminé. Et il est superflu de démontrer, quant au développement des facultés humaines, que plus ce développement atteint un degré considérable d'intensité et d'originalité, plus aussi doit s'accentuer la différenciation dans le substratum physique de notre vie intellectuelle, avec cette conséquence que le tissu en devient d'autant plus délicat. Nous en avons vu, au chapitre précédent, un exemple dans la façon dont le noble Amorrhéen disparut du monde. Par suite de mélanges avec des races non parentes, sa physionomie s'altéra jusqu'à s'effacer complètement, sa gigantesque stature se ratatina, son esprit s'envola : tout au contraire, le peu complexe Homo syriacus est aujourd'hui le même qu'il y a des milliers d'années, et le Sémite métissé a traversé l'épreuve du croisement pour en sortir cristallisé en « Juif », à sa durable satisfaction. Il en a été de même partout. Quel peuple magnifique ne fut pas le peuple espagnol ! Pendant des siècles il avait été absolument interdit aux Visigoths de contracter mariage avec les « Romains » (ainsi qu'on nommait le reste des habitants); de là, chez eux, un sentiment de noblesse de race qui prit une telle force que, plus tard, lorsque la fusion des peuples fut provoquée avec violence par l'autorité, il y mit longtemps obstacle; mais peu à peu des brèches toujours plus profondes furent percées dans la digue, et par l'effet des mixtions subséquentes avec les Ibères, avec les déchets du chaos ethnique romain, avec des Africains de toute prove-

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nance, avec des Arabes et des Juifs, tout ce qu'avaient apporté les Germains se perdit : l'aptitude à la guerre, la fidélité sans réserve (voyez Caldéron !), le haut idéal religieux, la capacité d'organisation, la puissance de création artistique; et ce qui demeura, une fois éliminé le sang germanique, une fois détruit le substratum physique, nous le voyons aujourd'hui ¹). Ne soyons donc pas trop prompts à affirmer que le germanisme ne réside pas dans la race : il y réside pourtant, non pas de telle sorte que cette race soit une garantie absolue de mentalité et d'aptitude germaniques, mais en ce sens qu'elle les rend possibles.
    Voilà donc une limitation qui d'emblée apparaît très claire : n'est Germain, dans la règle, que celui qui descend de Germains.
    Pourtant, il faut que j'appelle tout de suite l'attention du lecteur sur la nécessité qu'il y avait de déterminer préalablement l'acception la plus étendue du concept, afin de ne l'employer qu'à bon escient dans son acception la plus restreinte. Autrement on aboutit à des conséquences divertissantes, comme celles auxquelles Henke lui-même (dans la brochure citée plus haut) ne peut échapper : il tient, par exemple, que Luther n'est pas un authentique Germain, et les Souabes
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    ¹) Cf. Savigny : Geschichte des römischen Rechtes im Mittelalter t. I, ch. 3 et 5. Cette persistance de la race germanique en sa pureté, maintenue durant des siècles au sein d'une population de valeur moindre, ne s'observe pas qu'en Espagne. Dans la Haute-Italie aussi vécurent des Germains avec une organisation juridique propre jusqu'au XIVme siècle (on y reviendra ci-dessous et au ch. IX). Au cours d'une critique du présent ouvrage le prof. Dr Paul Barth écrit (Vierteljahrsschrift für wissenchaftliche Philosophie, année 1901, p. 75) : « Chamberlain aurait pu marquer plus encore qu'il ne le fait l'action du sang sémitique qui s'atteste chez les Espagnols. Par l'appoint de ce sang ils sont devenus fanatiques, ont poussé toute conception jusqu'à l'extrême, jusqu'au degré où elle perd tout sens raisonnable : la soumission religieuse jusqu'à l'« obéissance de cadavre » aux ordres de l'autorité, la politesse jusqu'à la pénible étiquette cérémonieuse, l'honneur jusqu'à la plus extravagante susceptibilité, la fierté jusqu'à une grandezza ridicule. »

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non plus, qui pourtant passent dans le monde entier pour d'éminents représentants du germanisme le moins adultéré ! Un homme que son extraction et la conformation de son visage attestent issu d'un mélange entre sangs purement allemand et purement slave, ainsi que Henke l'établit pour Luther, cet homme est un authentique Germain, il est le produit du plus heureux mariage qui se puisse contracter dans cette famille ethnique; et l'on en doit dire autant du peuple des Souabes, chez qui Henke encore signale une intime mixtion d'éléments celtes et allemands, mixtion d'où procéda une sorte extrêmement riche de génie poétique et une exceptionnelle fermeté de caractère. J'ai déjà indiqué les grands avantages des croisements entre peuples proches parents ¹). Chez les peuples germaniques cette loi se vérifie partout : chez les Français, où des croisements extrêmement variés de types germaniques concoururent à créer une véritable surabondance des plus riches talents et où, à cette heure même, une intense vitalité traduit l'existence de nombreux centres de production raciale — production diverse comme les variétés de race pure qu'elle suscite; chez les Anglais, chez les Saxons, chez les Prussiens, de même. Treitschke attire l'attention sur ce fait qu'en Allemagne la force « constructrice de l'État » ²) n'a JAMAIS résidé dans les groupes allemands non mélangés : « Les véritables initiateurs et propagateurs de la culture en Allemagne, il faut les chercher au moyen âge parmi le peuple allemand méridional, qui est mêlé d'éléments celtiques; dans l'histoire moderne, parmi les Allemands du Nord, qui sont mêlés d'éléments slaves. » Par ces constatations nous acquérons en même temps une preuve nouvelle des étroits liens de parenté qui unissent entre eux les divers représentants de l'Européen du Nord, lequel fait paraître ce type d'homme qui a nom Homo Europaeus dans la terminologie Linné-de Lapouge, et que
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    ¹) Ch. IV, sous la rubrique : « Les cinq lois fondamentales », nº 4.
    ²) Il dit: « die staatsbildende Kraft Deutschlands » (Politik I, 279).


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j'appelle plus simplement le GERMAIN. — Maintenant, et maintenant seulement, il nous est possible de distinguer, par rapport à nous, entre croisement et croisement. Du fait de se croiser entre eux, les Germains ne subissent aucun dommage dans leur être : par contre ils le détruisent peu à peu, dès lors qu'ils se croisent avec d'autres.

LES CHEVEUX BLONDS

    Par malheur cette restriction, qui revêt un sens si clair dans sa formule générale, il est extrêmement malaisé d'en poursuivre la définition dans le détail. Car on demandera : à quelles caractéristiques physiques reconnaît-on le Germain ? Est-ce que, par exemple, les cheveux blonds sont réellement un signe distinctif de tous les Germains ? Contre ce dogme des anciens historiens, et de beaucoup des plus récents anthropologues, notamment en Allemagne, je m'avise d'objections qui me paraissent assez graves. Il y a d'abord un fait sur lequel on ne trouve naturellement aucune information chez Virchow et ses collègues, parce que le préjugé politique leur trouble la vue : c'est la fréquence de la couleur sombre chez les membres de la plus ancienne et de la plus authentique NOBLESSE germanique. Elle est particulièrement frappante en Angleterre. De longs corps élancés, de longs crânes, de longs visages, le type « Moltke » au nez considérable et au profil nettement découpé (signes qu'en effet Henke tient pour des caractéristiques « purement germaniques »), avec cela des arbres généalogiques qui remontent à l'époque normande : bref, des Germains du plus indiscutable aloi, physiquement et historiquement authentifiés — mais des cheveux noirs. Dans Wellington, ce qui frappe tout de suite Eckermann, c'est « l'œil brun » ¹). J'ai eu l'occasion de faire en Allemagne la même remarque dans des familles appartenant à la vieille noblesse. Mais de plus, n'est-il pas curieux que les poètes de l'extrême Nord de l'Allemagne attribuent souvent des cheveux noirs à leurs personnages, et non seulement aux nobles, mais aux gens
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    ¹) Gespräche mit Goethe, 16 février 1826.

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du peuple? Ainsi dans le récit de Theodor Storm, Hans and Heinz Kirch, ces deux vigoureux exemplaires du loup de mer germanique, Hans et Heinz, ont « des boucles brun foncé » et l'on nous dit du Hasselfritz, autre gaillard audacieux et non moins représentatif, qu'il est brun d'yeux et de cheveux : voilà comment ces Germains pur-sang accusent une ressemblance avec Achille « à la brune chevelure ». Qui compterait, dans le Volkslied, les schwarzbraune Aeugelein ! Burns aussi, le poète rustique écossais, s'échauffe pour les belles filles aux cheveux châtains de sa patrie, qui d'ailleurs brode depuis des siècles quantité de variations sur le thème ancien de la Nut brown maid ¹). Et Goethe tient qu'il est bon que le héros ait des cheveux et des yeux noirs. Il m'advint, durant un voyage en Norvège, d'être jeté par hasard sur un groupe d'îles situées au nord du 70e parallèle et où n'abordent presque jamais d'étrangers : à mon grand étonnement je trouvai parmi la population de pêcheurs, presque uniformément blonde, quelques individus répondant exactement au type dont il s'agit ici : des hommes d'une stature superbe, d'une physionomie noble et imposante, de vrais Vikings — mais des Vikings coiffés d'une chevelure noire comme le plumage d'un corbeau ! J'ai rencontré plus tard ce même type dans le Sud-Est de l'Europe, dans les colonies allemandes de la Slavonie qui, établies là depuis des siècles, ont conservé absolument intact leur caractère allemand au milieu des Slaves : la conformation du corps, le type « Moltke » (ou, comme disent les Anglais, le type « Wellington »), et enfin les cheveux noirs distinguent ces gens entre tous ceux de leur entourage, qui sont blonds pour la plupart et de physionomie tout à fait insignifiante. D'ailleurs nous n'avons pas besoin de chercher si loin : ce type prédo-
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    ¹) Témoin le « duo d'amour délicieux, mélange de poésie populaire et savante, qui est la plus belle des « disputoisons » que compte la littérature anglaise », dit Jusserand (t. I, p. 531), et qui date, sous la forme où nous l'avons, de la fin du XVme siècle.

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mine, ou peu s'en faut, dans le Tyrol allemand dont Henke nous assure que les habitants « présentent le vrai type des Germains-primitifs actuellement vivants. » Pour expliquer qu'ils aient généralement les cheveux foncés et qu'ils les aient souvent tout noirs, le même savant, il est vrai, recourt au soleil : « le soleil les a brunis ».... « la couleur est la qualité qui se modifie le plus facilement avec le temps. » Seulement les recherches de Virchow ont depuis longtemps prouvé le contraire ¹) et nous pourrions répondre à cette affirmation par cette question : pourquoi David était-il blond ? ou : pourquoi les Juifs ne conservèrent-ils des Amorrhéens qu'une certaine tendance aux cheveux blonds-roux et rien de plus ? ou encore : quel soleil a bruni les cheveux de la noblesse anglaise, et surtout ceux des Norvégiens dans l'extrême Nord, où le soleil ne se montre pas pendant des mois ? Non. Nous avons certainement affaire ici à des phénomènes d'un ordre tout différent, et qu'il faudra d'abord élucider du point de vue physiologique, ce qui, à ma connaissance, n'est point encore fait ²). De même que certaines fleurs rouges poussent bleues dans certains habitats, ou sous l'influence de certaines conditions qui échappent à l'observation humaine (parfois il en pousse de bleues et de rouges sur la même tige), de même que l'on connaît des espèces animales noires d'où dérivent des variétés blanches, de même aussi rien n'empêche de concevoir que le pigment des cheveux, encore qu'il affecte normalement une coloration claire dans les limites d'un certain type d'homme, y puisse néanmoins tendre, en de certaines circonstances, vers l'extrémité opposée de l'échelle chromatique. Car ce qui est ici décisif, c'est que nous observons ces cheveux foncés précisément chez des hommes garantis purs Germains au sens le plus strict du mot (qui est celui de Tacite),