Here under follows the transcription of the appendix of Houston Stewart Chamberlain's La Genèse du XIXme siècle, 6th. ed., published by Librairie Payot, 1913.

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Texte original : Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts
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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACES
INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIÈRE SECTION : L'HÉRITAGE
INTRODUCTION
CHAPITRE I : L'ART ET LA PHILOSOPHIE HELLÉNIQUES
CHAPITRE II : LE DROIT ROMAIN
CHAPITRE III : LE CHRIST

DEUXIÈME SECTION : LES HÉRITIERS
INTRODUCTION
CHAPITRE IV : LE CHAOS ETHNIQUE
CHAPITRE V : L'AVÈNEMENT DES JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
CHAPITRE VI : L'AVÈNEMENT DES GERMAINS DANS L'HISTOIRE UNIVERSELLE

TROISIÈME SECTION : LA LUTTE
INTRODUCTION
CHAPITRE VII : RELIGION
CHAPITRE VIII : ÉTAT
CHAPITRE IX : DE L'AN 1200 À L'AN 1800
A. Les Germains comme créateurs d'une culture nouvelle
B. Aperçu historique
1. Découverte
2. Science
3. Industrie
4. Économie sociale
5. Politique et Église
6. Conception du monde et religion
7. Art
ANNEXE
INDEX


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ANNEXE

I

WAGNER, GOBINEAU, CHAMBERLAIN

II

DILETTANTISME
RACE, MONOTHÉISME, ROME

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(Page vide)


1383

    Les 3e et 4e éditions allemandes du présent ouvrage sont augmentées de préfaces dans lesquelles, tantôt réfutant une objection spécieuse, tantôt rectifiant une interprétation erronée, l'auteur complète sur des points essentiels l'expression de sa pensée. Ces deux suppléments à La genèse du dix-neuvième siècle, qui forment ensemble une brochure de plus de cent pages ¹), offrent un intérêt fort inégal pour la moyenne des lecteurs français. Du premier, intitulé « Richard Wagner et Chamberlain », on ne présentera ici qu'un résumé très bref, afin de montrer comment Chamberlain, en revendiquant son indépendance par rapport à Wagner, précise sa position à l'égard de Gobineau. On donnera en revanche le second intégralement, ou presque, vu l'importance toute générale des questions qu'il discute sous cette quadruple rubrique : « Dilettantisme, Race, Monothéisme, Rome. »


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I

Wagner, Gobineau, Chamberlain.


    L'auteur répond à un critique qui avait cru pouvoir résumer le sens de son ouvrage en un petit nombre de thèses, toutes prétenduement empruntées à Wagner. On ne
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    ¹) Le tirage à part a été publié en 1912 sous ce titre : Wehr und
Gegenwehr chez l'éditeur des Grundlagen des XIX. Jahrhunderts (Bruckmann, Munich).

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retiendra ici, de sa démonstration, que deux exemples topiques. Pour Wagner (Religion und Kunst), ce qui a perverti la religion chrétienne, c'est la part prise par le judaïsme à l'élaboration de ses dogmes, c'est notamment l'identification violente du divin Crucifié avec le Dieu de colère, créateur juif du ciel et de la terre. Sur ce point Chamberlain fait observer que, de Marcion à Renan, en passant par d'innombrables sectes et par les plus grands des mystiques, il y a toujours eu des âmes frappées du contre-sens qui tient dans les mots : « un christianisme juif ». L'incompatibilité du Christ et d'Iahveh a sans cesse offusqué les consciences religieuses, de même qu'apparaissait aux esprits réfléchis l'incompatibilité de l'arbitraire jéhovique et d'une conception scientifique du monde. Vingt ans avant que Wagner composât son opuscule Religion und Kunst, le plus judéophile des savants déclarait à la Sorbonne : « Dans tous les ordres, le progrès pour les peuples indo-européens consistera à s'éloigner de plus en plus de l'esprit sémitique. Notre religion deviendra de moins en moins juive.... nous deviendrons de plus en plus chrétiens » ¹). Et non seulement cette opinion n'est pas du tout particulière à Wagner, mais Wagner l'exprime presque littéralement dans les termes où l'avait soutenue, soixante ans plus tôt, un des philosophes qui influencèrent sa pensée, Schopenhauer.
    On a vu, d'autre part, que Wagner (après Schopenhauer) croyait reconnaître dans l'édifice de la dogmatique chrétienne l'apport funeste du judaïsme. Or cette « thèse » est en contradiction flagrante avec celle de Chamberlain, suivant laquelle les Juifs n'ont pas plus inventé leur dieu « créateur » — importation égyptienne — qu'ils n'ont conçu la trinité, ou le ciel et l'enfer, ou le plan du salut avec la vierge qui enfante un sauveur, etc. Ce sont les Indo-Aryens et les Iraniens qui furent les grands dogmaticiens de ce monde; le don du
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    ¹) Renan : De la part des peuples sémitiques dans l'histoire de la civilisation (déjà cité dans le corps de l'ouvrage).

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dogme va de pair avec celui du mythe ¹), et l'Église chrétienne porte précisément témoignage des aptitudes de cet ordre qui sommeillaient dans l'âme hellénique. Si le judaïsme a été funeste à notre religion, il ne l'a pas été en tant que dogmaticien, mais parce qu'infecté du matérialisme religieux qui lui est propre il a, tout au contraire, paralysé l'essor de notre dogmatique et transposé en prétendues réalités historiques les éléments mythiques par où s'exprimait notre foi — une foi différente en son essence de ce que représente ce mot pour l'âme sémitique. Il y a donc, au fond, antagonisme direct entre le point de vue de Wagner et celui de Chamberlain; et leurs opinions ne s'accordent à la surface qu'alors qu'elles n'ont rien de spécifiquement « wagnérien ».
    Sur la question des races — c'est le second exemple où l'on se bornera ici — il serait malaisé de parler d'accord ou de désaccord, pour la raison que Wagner n'a jamais, en sa vie entière, considéré attentivement cet objet. Le mot « race
» ne figure même pas dans le Wagner-Lexicon (Hauptbegriffe der Kunst- und Weltanschauung R. W's) dressé par deux familiers du maître et de ses ouvrages, Glasenapp et von Stein. Vers la fin de sa vie, Wagner lut l'Essai sur l'inégalité des races humaines de son ami Gobineau et, dans un petit écrit rédigé peu de mois avant sa mort (Heldentum und Christentum), il résume comme suit ce qu'il avait retenu de cette lecture : « La plus noble race blanche — la race
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    ¹) À telles enseignes que le philosophe Secrétan a presque défini l'un en définissant l'autre : le dogme, dit-il, « ne résout pas les questions, il les signale et s'applique sans grand succès à les circonscrire....; négation tournée en affirmation, il ne pose rien, il exclut; il marque les limites à l'intérieur desquelles doit se trouver la solution vraie d'un problème que la vérité comprise nous oblige de poser. Impossible ensemble et nécessaire, le dogme est un mystère qui s'aperçoit; mais le mystère reste mystère, et plus le dogme veut éclaircir, plus il veut déterminer, plus il nous égare. Il est donc dans l'ordre, il convient que le dogme ne soit qu'un vase où la pensée flotte sans se prendre et se durcir. » (Théologie et religion, p. 10.) Qui songerait à concilier avec cette acception du dogme les tendances de la mentalité juive ?

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aryenne — dégénère uniquement, mais infailliblement, parce que, moins nombreuse que les représentants des races inférieures, elle est obligée de se mêler avec eux; or, ce qu'elle perd en s'adultérant n'est pas compensé par ce qu'ils gagnent en s'ennoblissant. » Après quoi, au rebours des conclusions pessimistes de Gobineau, il ébauche le rêve d'une floraison d'art véritablement esthétique, obtenue par l'action purificatrice de la religion sur la race. Wagner, on le voit, ne saurait être mis sérieusement en cause dans cette matière. Reste Gobineau — sur lequel il s'appuie, quitte à le contredire, la seule fois qu'il parle « race » — et comme ce thème intéresse plus directement le lecteur français, on va reproduire textuellement l'auteur.
    « J'honore, écrit Chamberlain, ce Français si brillamment doué, et je goûte fort la physionomie originale d'un homme qui sut allier dans sa tête une érudition livresque de juriste attaché à la lettre des textes et les rêveries ultrafantaisistes d'un prophète apocalyptique vaticinant la fin du monde. Toutefois, en présence du gobinisme tapageur qui sévit depuis quelques années, j'avoue que la patience m'échappe. Il est beau, sans doute, et utile et nécessaire que certains hommes se vouent tout entiers au droit, à l'histoire de l'art, à la littérature, et l'on admet qu'ils ne trouvent pas le loisir de s'informer des travaux accomplis dans le champ des sciences naturelles : mais quand ils associent leurs efforts pour nous persuader qu'un d'entre eux — qui n'avait pas la plus vague notion d'anatomie, de zoologie, d'anthropologie, de préhistoire, et qui écrivait à une époque où l'ère des découvertes en ce domaine s'ouvrait à peine — condensa dans son magnum opus la somme du savoir et de la sagesse sur la question des races, au point que cet ouvrage constitue un principe d'impulsion dans le plus récent développement de nos idées sur cet objet, alors j'ose dire qu'ils abusent de notre crédulité. Il n'y a, en fait, pas un mot de vrai dans leurs prétentions. Le livre de Gobineau est intéressant comme reflet d'une personnalité passionnée, mal équilibrée,

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mais tout à fait noble et séduisante; ces personnalités-là ne courent pas les rues, et c'est une joie d'en rencontrer une. En outre, Gobineau possède cette érudition de juriste diplomate, qui, pour être spéciale, n'en a pas moins de prix, et grâce à laquelle son livre peut rendre des services au naturaliste, au philologue, à l'historien — donc aux savants seuls compétents pour prononcer dans la question des races — en leur signalant quantité de faits et de documents qui leur eussent aisément échappé. Ce fut donc une entreprise méritoire que d'appeler l'attention sur l'ingénieux Essai, qui avait passé inaperçu, et qui était demeuré sans influence, à raison même des travers de son auteur : manque d'esprit scientifique poussé jusqu'au parti pris, et, dès lors, confusion, chimères, etc.; car aujourd'hui nous pouvons trouver profit à le lire, sans qu'en revanche il nous puisse nuire. Mais son importance en matière de races sera toujours bien indirecte et bien restreinte. Une théorie de la race, pour être recevable et utile, ne saurait plus s'échafauder sur la fable de Sem, Kham et Japhet, même étayée d'intuitions géniales, même complétée par d'aventureuses hypothèses; il faut qu'elle prenne pour base des connaissances approfondies et étendues en sciences naturelles. Un Gobineau ne pressent même pas l'énorme complexité du problème qu'il entreprend de résoudre si ingénument, armé d'une enfantine omniscience.
    « Mes propres vues sur la race — chaque lecteur a pu s'en rendre compte — sont contenues tout entières dans le cercle d'idées qui forme le champ et l'atmosphère des sciences naturelles : voilà leur élément. Très rares sont les passages où je côtoie Gobineau, où j'effleure son univers. Ce que je sais de la question, ce que j'en pense quand ma pensée ébauche une théorie des faits, tout cela n'est que l'héritage scientifique d'un siècle de labeur assidu — ce siècle qui s'étend de Blumenbach à Ujfalvy — et le maître que j'invoque en première ligne est, on l'a vu, Charles Darwin. Non pas que je puisse couvrir de ce grand nom ma concep-

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tion personnelle de la nature et du sens des races humaines : mais c'est Darwin qui m'a enseigné à distinguer entre « race » et « espèce » (et cela en un temps où Wagner écrivain m'était encore totalement inconnu). Cette « race blanche la plus noble » de Gobineau, qu'il voit courir à sa ruine, n'est pas du tout une race, mais une species — ou alors les mots n'ont plus de signification. Et loin de m'approprier la thèse gobiniste, je la combats partout où je le peux (voir, par exemple, mon chapitre sur le « chaos ethnique », notamment p. 358). Si je n'en trouve pas plus souvent l'occasion, c'est que Gobineau part de prétendues « origines », tandis que je tiens ces « origines » pour inscrutables en l'état actuel de notre savoir et pour indifférentes, d'ailleurs, au but pratique de mon entreprise : la seule notion de race qui m'occupe ici est celle qui se dégage des observations recueillies sur le terrain zoologique et botanique; de ce point de vue, dont Gobineau ni Wagner ne soupçonnaient l'existence, la race apparaît telle qu'un phénomène plastique et mobile, soumis au jeu d'une perpétuelle fluctuation, susceptible de croissance et de décroissance (voir ch. IV à la fin de l'exposé de la 4e loi fondamentale, et ch. V sous la rubrique : « Qui est le Juif ? »)
    « Les points de départ étant ainsi radicalement différents, et radicalement différentes les méthodes, pas n'est besoin de démontrer qu'il ne saurait y avoir de rapport génétique entre les inductions tentées dans l'un et l'autre système, alors même qu'elles coïncideraient par fortune en quelque détail. »
    Chamberlain passe alors à d'autres considérations, se réservant de revenir une fois encore sur le cas de Gobineau comme on le verra dans la seconde préface, où se précisent également ses rapports d'idées avec l'anthropologue français de Lapouge. Et bientôt il se résume. D'une nature d'esprit qui ferait de lui plutôt le disciple de Goethe, de Kant, de Cuvier, que de Wagner, il a pu sans peine établir sa parfaite indépendance à l'égard de ce dernier, mais il n'a garde de

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désavouer des obligations d'autre sorte envers l'artiste créateur. Et après avoir commenté ce mot de Diderot : « Le génie laisse bien loin de lui l'esprit qui le critique avec raison », il conclut :
    « Wagner jure aujourd'hui par Feuerbach et demain par Schopenhauer; il préconise aujourd'hui la république et, demain, soutient le droit divin; il explique la dégénérescence de l'humanité aujourd'hui par l'alimentation, demain par le mélange des races.... et néanmoins il est le même en tout temps, et ce qu'il a mission de dire à l'humanité — sur la nature de l'art, sur une culture artistique, sur le rapport entre l'art et la religion, etc. — cela aussi demeure immuable, si divers que soient d'ailleurs les matériaux dont il charpente la substructure de son édifice. Les intuitions artistiques sont comme les pyramides d'Égypte, dont le revêtement se construit de la cime à la base; ce qui le supporte par-dessous n'est qu'une armature sommaire qui peut ensuite tomber en poussière. Il y a, dans Wagner, un « fait » auquel j'attache une confiance sans réserve : c'est Wagner lui-même. »

Vienne, septembre 1901.

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II

Dilettantisme, Race, Monothéisme, Rome.

LE DILETTANTISME

    Un Goethe, un Schopenhauer ont eu beau faire : il est constant que le mot « dilettante » ne s'emploie guère encore par manière de compliment. L'opinion publique n'admet et n'honore le dilettantisme que dans les choses de l'art — c'est-à-dire là précisément où le vieux maître de Weimar le combattait sans ménagement, et pour de si justes raisons. Car tout art est en même temps une technique : or il n'appartient qu'au technicien de prononcer sur les questions de

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technique; et tout grand art est, selon l'expression de Kant, « art du génie » : or on peut se plaire ou se déplaire aux œuvres du génie, mais on ne peut pas en contester la valeur. Les sciences, par contre, sont ouvertes à chacun; il arrive que d'éminents savants soient des têtes très médiocres; il est loisible au premier venu de s'enquérir des matières qu'étudient la zoologie, la philologie, la théologie. « L'expérience, écrit Goethe, atteste que les dilettantes ont beaucoup contribué au progrès de la science », car l'amateur atteint plus souvent que le spécialiste « un des sommets d'où s'aperçoit l'ensemble, sinon en totalité, du moins en majeure partie » ¹). Et Schopenhauer — qui réussit comme peu d'hommes à embrasser du regard le champ entier, ou presque, de nos productions — se déclare convaincu que « les plus grandes choses furent toujours dues en dernière analyse » aux dilettantes, non aux spécialistes rétribués ²).
    Je ne mentionne toutefois ces opinions qu'en passant, pour établir provisoirement les titres du dilettante sérieux à figurer en bon rang auprès du spécialiste. Je ne préconise pas une concurrence entre spécialiste et dilettante; je doute même qu'il soit désormais possible, quand on n'est pas muni de connaissances spéciales, d'obtenir en n'importe quel domaine un résultat scientifique important : l'amateur à qui pareille fortune advient est simplement un savant sans situation officielle. Car le temps n'a pas suspendu son cours. Si le spécialiste d'il y a cent ans était obligé déjà de se restreindre, cette obligation est cent fois plus impérieuse aujourd'hui. On se représente malaisément, si l'on n'a pas fait soi-même d'études spéciales, combien le champ d'investigations dévolu à chaque chercheur est étroitement
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    ¹) Botanische Studien, éd. de Weimar, 2e série, t. VI, p. 114.
    ²) Parerga II § 249. Schopenhauer rappelle à ce propos le passage du Neveu de Rameau où Diderot note que ceux qui enseignent une science ne sont pas ceux qui la comprennent et qui la font. Se reporter dans le présent ouvrage, ch. IX, section : « Découverte
», au sous-titre : « La nature comme institutrice »
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limité, et par quelle inébranlable muraille de fer ! Il n'en saurait être autrement sur cette voie-là, mais elle n'est pas la seule, et Goethe nous en indique une seconde par ce mot profond : « L'insuffisant est productif », mot dont le sens apparaît pleinement si on le complète par cet autre : « Trop de savoir engendre la stérilité » ¹). Je crois que le véritable dilettante est un besoin de notre culture actuelle. Ni le savant — pour que sa science soit vivifiée — ni le profane — pour que sa vie soit fécondée par le savoir « configurateur » — ne sauraient suppléer le dilettante, l'intermédiaire naturel entre la vie et la science. Il nous faut des hommes qui soient aptes (et disposés) à tenir ce personnage qu'on a défini : « le savant non-spécialiste, mais rompu aux méthodes scientifiques », et qui exercent l'action que ce rôle leur assigne; ou alors le bloc de notre savoir ira se désagrégeant toujours davantage et ses parcelles dissociées finiront par former tout au plus une espèce de mosaïque, mais il ne constituera point un organisme vivant, dont la vitalité soit pour nous perceptible et utilisable. Synthétiser et vivifier : voilà la tâche qui, de nos jours, incombe au dilettante tel que je l'entends. Il n'est de vie réelle que celle qui procède de la conjonction d'éléments hétérogènes, on ne la peut donc concevoir en dedans des bornes de la science spécialisée. On comprend bien, d'autre part, que le dilettante dont je parle n'est point du tout un ignorant; s'il l'était, mieux vaudrait pour lui tourner casaque et s'appliquer à une étude spéciale, car les dons les plus modestes trouvent leur emploi dans les sciences, mais non dans le dilettantisme. Ce n'est pas assez dire. Je veux bien qu'on appelle dilettante tout individu qui s'occupe d'un objet par amour, par passion, sans nulle arrière-pensée d'intérêt égoïste; pourtant
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    ¹) À rapprocher du témoignage de Kant qui estime que, moyennant un degré convenable d'aptitude, « l'inexpérience est d'autant plus libre de préjugés et, par suite, d'autant plus habile » (Lettre à Bernouilli du 16 nov. 1781).

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celui-là seul est entièrement digne du nom, qui se tient lui-même en bride et de qui la raison gouverne la passion. Libre au savant d'avoir des marottes, car elles lui sont parfois un moyen de servir la science : le dilettante ne s'accordera pas cette licence, car ses dadas l'égareraient, et nous avec lui. Il ne se qualifiera pour sa mission qu'en satisfaisant aux plus hautes exigences. La rectitude du jugement et la pénétration; l'acuité visuelle jointe à la faculté d'embrasser du regard, comme un chef d'armée, de vastes ensembles; la liberté intérieure, le zèle infatigable, une absolue dépréoccupation de soi : nous ne requérons pas moins de cette sorte d'hommes. Ils auront, naturellement, leurs limitations particulières; mais je tiens qu'ils méritent d'occuper une place honorée à côté des savants spécialistes, des artistes, et des hommes de la vie pratique. Quant aux ratés du journalisme ou aux infatués du professorat qui affichent un si beau dédain pour ceux qu'ils étiquettent « simples dilettantes », puissent-ils conserver longtemps l'illusion de leur supériorité ! Elle est extraordinairement divertissante.
    Encore une remarque. Toute profession, par l'exercice constant de certaines facultés, développe ces facultés à l'exclusion des autres, qu'elle paralyse : ainsi le veut la loi naturelle du développement organique. Toute profession recèle donc ses dangers particuliers. Nous n'avons qu'à ouvrir les yeux pour observer les « tares professionnelles
» de l'officier, du négociant, du juriste, de l'ecclésiastique, du médecin, de l'artiste, etc. Or le savant spécialiste est exposé, de ce chef, à un péril exceptionnellement grave. Kant, qui s'abreuva toute sa vie aux sources du savoir et qui fit l'expérience quotidienne de ce qu'il en coûte, proclame loyalement qu'une grande érudition est susceptible d'affaiblir le jugement. Cela provient en partie du surmenage de la mémoire, en partie du fait que la sphère des intérêts se restreint outre mesure — à quoi s'ajoute certaine influence démoralisante qu'exerce, sur les têtes moyennes, l'habitude de pontifier sans risque de contradiction. Aussi Kant déclare-t-il

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tout net : « Les académies fournissent au monde plus de cervelles insipides que toutes les autres classes de la communauté »; et ce sage et calme observateur des hommes constate avec surprise « le préjugé de l'ignorant en faveur de l'érudition » ¹). Un tel langage dans la bouche d'un savant spécialiste et d'un penseur qui juge de toutes choses avec mesure, avec douceur, devrait nous faire réfléchir. Il n'est que trop vrai : notre mandarinat scientifique, dont les inappréciables mérites sont connus de chacun, offre des dangers sur lesquels il serait grand temps d'appeler l'attention. Non moins que les autres institutions de la société humaine, celle-là requiert un correctif, un contrepoids. Elle le requiert dans l'intérêt de la science même. Le savant contracte aisément les défauts qui tiennent dans ces mots : étroit et autoritaire; parce qu'il est très informé d'UN objet, il se croit volontiers omniscient, et son intolérance monte au degré du plus authentique fanatisme clérical. De là vient sans doute que la république des savants est le théâtre des plus flagrants abus d'autorité; elle vit sous le régime du terrorisme : une seule « célébrité » suffit (ce n'est pas d'ailleurs nécessairement une gloire usurpée) pour faire échec à toutes les idées neuves, originales et fécondes émanant de collègues moins notoires, et pour susciter une génération d'adorateurs hypocrites et d'orgueilleuses médiocrités. La science connaît aussi la tyrannie du dogme : quiconque, par exemple, n'admet pas implicitement que tous les êtres vivants ont « évolué » par développement d'une seule et même cellule primitive, doit renoncer à obtenir la parole dans certains congrès de naturalistes. Et un fait bien significatif — pour l'Allemagne — c'est que bon nombre de ses professeurs d'université les plus éminents ont été nommés par le gouvernement sans le concours — et même contre la volonté
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    ¹) Cf. Kritik der reinen Vernunft, 2e éd. p. 174; Versuch den Begriff der negativen Grössen in die Weltweisheit einzuführen III, 4; Logik IX; et bien d'autres passages encore.

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— des facultés : témoin les Johannes Müller, les Leopold von Ranke, les Helmholtz, les Gräfe, et bien d'autres ! On voit par cet exemple quels services le vrai dilettantisme peut rendre à la science, malgré les savants; disons mieux qu'à la science : à la culture. Eh bien, c'est ce dilettantisme qui doit à l'avenir étendre encore sa sphère d'action — le dilettantisme qui sait distinguer entre savants et savants, qui se garde de confondre les cervelles « insipides » et les autres, qui enfin, dans un savant vraiment grand, fait le départ entre l'érudition et l'inconscient dilettantisme, entre les magnifiques intuitions et les préjugés bornés. À Dieu ne plaise que le dilettante se pose en adversaire des savants spécialistes ! Tout au contraire, il est leur serviteur; il ne serait rien sans eux. Mais c'est un serviteur qui jouit de sa pleine indépendance, qui pour remplir sa propre tâche doit suivre sa voie propre. Et si c'est aux savants qu'il emprunte beaucoup des faits qui constituent ses matériaux, il les oblige à son tour de mille manières en les incitant à des vues nouvelles.
    Faire fonction d'intermédiaire entre le savoir et la vie, c'est un beau rôle, mais difficile à tenir; nul ne devrait s'y risquer, qui n'a profondément conscience de la responsabilité assumée.

LA QUESTION DES RACES

    Voilà, par exemple, la question des races, si passionnément débattue aujourd'hui : ne nous fournit-elle pas du premier coup la preuve que le dilettantisme a son utilité, et que l'érudition spéciale est parfois hors d'état de prêter à la vie un concours que celle-ci réclamait ? Car ce n'est pas l'agitation de quelques exaltés qui a fait de cette question une question brûlante, ce sont de réels événements survenus au cours des derniers siècles : d'une part, les contacts qui se sont multipliés entre nous — Européens, rejetons d'Européens — et les autres habitants de la planète, à quelque type qu'ils appartiennent : contacts d'où naissent les problèmes les plus difficiles et les plus menaçants, ainsi qu'il

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appert déjà aux États-Unis et dans tous les empires coloniaux; d'autre part, l'influence énorme qu'a prise en peu de temps sur notre culture européenne le petit peuple international des Juifs, un peuple dont la religion se peut résumer en cette unique formule : pureté de la race, solidarité du sang, isolement, et qui, grâce à cette loi, défie depuis deux mille cinq cents ans tous les orages de la destinée. Ici de nouveau, ici plus encore que pour la science, rendons-nous compte que le temps n'est pas demeuré immobile. Des aventures formidables ont complètement transformé la face du monde sous le rapport politique, et cette transformation est grosse de conséquences que l'avenir verra se dérouler. Il n'est pas un homme capable de réflexion qui s'imagine qu'un état stable soit déjà créé; chacun sent que le siècle où nous venons d'entrer marque un tournant de l'histoire : il décidera du sort de l'espèce humaine durant de longs âges, car il lui imprime sa direction; et ce qui est maintenant en jeu, ce n'est rien de moins que l'existence et l'ultérieur développement de notre culture nord-européenne, en tout ce qu'elle a produit de grand, de bon, de beau et de sacré. On conçoit qu'en ces circonstances la question des races DEVAIT s'imposer à l'attention, puisqu'elle est une des questions vitales et décisives dans la périlleuse lutte pour l'existence qui va requérir nos forces.
    Gardons-nous pourtant de croire que cette question soit nouvelle. Il y eut indubitablement, de tout temps, des observateurs sans préjugés qui remarquèrent la différence entre homme et homme, et nous constatons chez beaucoup de peuples primitifs l'interdiction des croisements — donc l'affirmation de la sainteté du sang, conçu dans son acception la plus étroite, et l'exclusion même des variétés physiquement analogues ¹); tel est le cas également chez des peuples d'une haute culture, comme les Indo-Aryens. L'ins-
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    ¹) Voir l'exemple des Aruntas, etc. dans la première note de la rubrique :
« Idéals romains », ch. II.

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tinct de distinguer et d'exclure est proprement l'instinct originel; le refus de s'y soumettre est un produit de prétendue civilisation. L'Hellène voyait béer un abîme entre lui et le « barbare »; et l'on rencontre parfois encore, dans l'Europe actuelle, quelque témoignage de la persistance de cet instinct naturel : ainsi chez certains montagnards du Tyrol, qui ne peuvent contracter mariage hors de leur vallée sous peine d'expulsion ¹). Chez les penseurs et les observateurs de la nature, hindous, persans ou grecs, l'exclusivisme instinctif s'était précisé, avec l'intuition du sens profond qu'il comporte. Si nous passions à l'époque moderne, il serait intéressant de marquer comment Voltaire — de qui l'œil de lynx discernait si souvent quelque vérité parmi les ténèbres — affirma énergiquement la différence constitutive des races humaines et, niant leur descendance d'un seul et unique couple, se tint fondé à croire « que les poiriers, les sapins, les chênes et les abricotiers ne viennent pas du même arbre » et « qu'il en est des hommes comme des arbres » ²). Bornons-nous à noter que Voltaire postule ici une différence d'ESPÈCE entre les hommes, c'est-à-dire qu'il croit à DES espèces humaines originellement différentes. Kant, au contraire, qui s'est tant occupé du même problème, se voit obligé d'admettre pour raisons théoriques que l'humanité forme une seule espèce; mais il pense que cette espèce unique dut commencer très tôt à se scinder en diverses variétés ou « races », lesquelles se différencièrent au point que leurs croisements ne donnent plus naissance qu'à des « bâtards » de valeur infime. Le sage de Königsberg est sans doute le premier qui ait formulé la grande loi : « On ne risque pas d'exagérer si l'on affirme selon toute vraisemblance — et n'en déplaise à une prétendue philanthropie — que le mélange
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    ¹) Cf. Schurtz : Altersklassen und Männerbünde (1902).
    ²) Traité de métaphysique, ch. I; voir aussi la section : Des différentes races d'hommes dans l'introduction à l'Essai sur les mœurs, l'article Homme du Dictionnaire philosophique, etc.


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des races, qui oblitère peu à peu les caractères, n'est pas profitable à l'espèce humaine » ¹). Goethe, d'autre part, ce fidèle observateur de la nature, et qui se pouvait rendre le témoignage d'avoir porté « sa plus sérieuse attention à la comparaison des races humaines entre elles », Goethe inclinait à admettre, comme Voltaire, que l'humanité descend de différents « pères » ²) et il insiste, contre l'opinion d'Eckermann, sur l'idée que l'influence du milieu est secondaire auprès de l'élément inné de la race » ³). Mais ce temps-là n'était propice ni pour entendre la voix des instincts naturels, ni pour étudier la nature sans parti pris : l'époque de la Révolution, des phrases, de l'exaltation et des rêves généreux avait commencé. Rousseau écrit volumes sur volumes touchant l'humanité, sans faire une seule fois la moindre allusion à cette inégalité qui apparaît dans le fait d'une organisation physique diversement conformée; « dans l'état de nature il y a une égalité de fait réelle et indestructible » — tel est désormais le dogme accrédité 4), et Herder va jusqu'à déclarer qu'il ne doit plus être permis « d'articuler ces mots ignobles : les races humaines » 5) !
    Sous l'influence de ces doctrines artificielles — purs a priori fabriqués de toutes pièces dans les profondeurs de la conscience — sous l'influence aussi d'une phraséologie politique aussi creuse que sonore, nous n'avons plus osé interroger la nature sur un point qui nous intéressait entre tous, et notre science a été saisie à cet égard d'une sorte d'aveuglement, ou de paralysie, dont elle commence à peine à guérir. Sans doute, l'anthropologie et l'ethnographie ont
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    ¹) Voir Anthropologie, 2e p. C. (à la fin), et cf. Von den verschiedenen Rassen der Menschen, ainsi que : Bestimmung des Begriffs einer Menschenrasse.
    ²) Il dit : Urväter dans le passage des Eckermann's Gespräche cité plus haut (ch. V, à la fin de la première rubrique).
    ³) Voir Entwurf einer vergleichenden Anatomie II et Biedermann VI, 339; VII, 42; etc.
    4) Émile IV.
    5) Ideen IV, 5.


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accumulé depuis Voltaire et Kant une masse énorme de matériaux, et les preuves se multiplient sans cesse des différences physiques visibles entre les hommes et de leur transmission par hérédité; mais quiconque s'avisait d'appliquer à la vie ces connaissances était frappé d'ostracisme; la science semblait n'exister plus que pour les savants, avec ses éternelles mensurations en long et en large, avec son éternel petit jeu d'hypothèses, de systèmes et de nomenclatures ad majorem professorum gloriam; quant au laïc curieux du résultat de tant d'efforts, le peu qu'on daignait lui en révéler se ramenait toujours à cette proposition : la science apporte une éclatante confirmation au principe international et démocratique de l'absolue égalité intellectuelle et morale de tous les hommes logés sur la planète. On connaît la position prise par Virchow dans cette question : elle dicta leur devoir aux anthropologues de l'Allemagne, et dès lors il n'y eut de carrière universitaire possible que pour celui qui préconisait « la fusion de tous les hommes en une unité, comme but, comme tâche, comme espoir, comme desideratum » ¹). Ainsi la politique — une politique de table de brasserie, la plus médiocre du monde — infecta la science, qui cessa d'être un guide digne de confiance pour l'humanité en quête de la route à suivre. Par bonheur, une autre discipline s'était développée entre temps sous de plus favorables auspices, dans une atmosphère de liberté : si la question des races a été peu à peu élucidée en dépit des anthropologues, si les principaux éléments du problème ont été l'objet d'investigations qui ont permis tout au moins de poser ce problème nettement, nous le devons à la philologie comparée du siècle dernier. Tous les concepts essentiels qui sont aujourd'hui bien commun, et dont l'anthropologie anatomique elle-même ne saurait se passer, toutes ces diverses notions exprimées par les mots : Aryens, Indo-Européens, Sémites, Khamites, etc., l'idée aussi des migrations, les connaissances
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    ¹) Voir dans le présent ouvrage au début du ch. IV.

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relatives aux états de culture, etc., nous les devons en première ligne à la philologie. Elle ne s'enquit pas de l'être extérieur — de l'ossature — mais, au contraire, de l'être le plus intime; elle scruta l'âme invisible de ce qui apparaît à nos yeux sous forme de corps : le langage. Et en même temps qu'elle établissait un lien d'indubitable communauté préhistorique entre certains peuples actuellement éloignés les uns des autres, et qui semblent au premier regard très différents physiquement, elle dressait entre homme et homme des murs qu'aucun sophisme n'a le pouvoir d'abattre. Ainsi — pour ne citer qu'un exemple, mais important — on doit considérer comme définitivement exclue la prétendue parenté entre les langues indo-européennes et sémitiques, qui avait été postulée a priori pour motifs de religion et de parti pris philosémite; et avec cette chimère s'est évanouie aussi celle de « l'homme caucasien », père supposé de ces pseudofrères : le Sémite et l'Aryen ¹). Il va sans dire que la théorie philologique des races n'a pas laissé de faire souvent fausse route, mais c'était par l'effet de préjugés scientifiques et non pas politiques; or cette sorte d'erreurs est féconde, au lieu que l'autre sorte engendre la stérilité.
    Les choses en étaient là, il y a un quart de siècle environ, quand cette situation inquiétante que j'ai rappelée au début — le péril jaune, le péril noir, le péril juif, le péril ultramontain (ou du chaos ethnique) — transforma les conditions du problème : d'académique, la question des races devint une question vitale. Mais si la philologie scientifique fournissait des concepts nettement définis, elle ne pouvait offrir des réponses anatomiques ou des conseils physiologiques; or l'anthropologie somatique était un tel monument d'incohérence qu'il faut renoncer à en donner l'idée à qui n'y est pas
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    ¹) Je renvoie sur ce point à un spécialiste d'une compétence universellement reconnue, le prof. O. Schrader, qui l'étudie à fond dans son Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde (1901) p. 891 et sq.

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allé voir ! Alors l'excès du mal créa le remède; il suscita toute une littérature riche en intuitions neuves et animée de ce souffle frais qui inspire les entreprises issues d'un besoin vital, une littérature où se trahissent d'autre part, en quelque mesure, certains caractères propres au dilettantisme : Penka publia en 1883 ses Origines ariacae, appelées à faire époque; G. Vacher de Lapouge, en 1899, son Aryen, substance d'un cours libre professé dix ans auparavant à Montpellier, où il avait déjà donné ses Sélections sociales; entre eux se sérient les Ammon, les Reibmayr et beaucoup d'autres auteurs qui explorèrent le même champ de recherches. Dilettantisme, ai-je dit. C'est que non seulement plusieurs des travailleurs, et non des moindres, n'étaient pas spécialistes en la matière, mais c'est que le problème lui-même se posait maintenant de façon que sa solution par un spécialiste n'était plus concevable. Bientôt, il est vrai, et fort heureusement, l'enquête anatomique prit le pas sur les autres, on tendit à une solution qui fût admissible du point de vue des sciences naturelles; mais sans philologie, sans préhistoire et sans histoire, on ne pouvait arriver à aucune certitude sur la question des races humaines. Chaque collaborateur de l'enquête générale fut donc, au moins en partie, un dilettante; il le fut dans tel domaine ou dans tel autre; aussi bien nul homme ne se flatterait-il, étant donnée l'actuelle spécialisation du savoir détaillé, de présenter un exposé rigoureusement scientifique de la question des races en sa totalité. Pour l'instant, reconnaissons que les travaux dont je viens de parler ont eu le double avantage d'inciter à de considérables progrès les sciences spéciales et d'éclairer tout de même le public, nonobstant d'innombrables contradictions entre les diverses manières de voir.
    Et néanmoins un défaut capital dépare, à mon sens, toute cette littérature. Elle souffre du grand mal de notre temps, savoir : la chimère historique (laquelle, soit dit en passant, rend totalement aveugle pour l'histoire). On croit devoir partout retourner à des « commencements », remon-

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ter à des « origines » : voilà ce que nous a valu l'évolutionnisme de Herder et son enfant, le darwinisme; ces conceptions finiront par nous restituer l'état de naïveté qui se reflète au livre de la Genèse. Nous sommes déjà parvenus à ce « Protoaryen » qui coulait sa protoexistence sur le continent englouti d'Arctogée; que ne poussons-nous tout de suite jusqu'au singe protoaryen ? et pourquoi, en si beau chemin, n'arriverions-nous pas jusqu'au poisson préprotoaryen d'où l'autre procède en dernière analyse ? La manie des origines est une fâcheuse manie : philosophiquement, l'idée même d'un commencement est insoutenable; et pratiquement, ces éternelles disputes touchant des fantômes nous font oublier la seule chose nécessaire, qui est de projeter quelque lumière sur aujourd'hui et sur demain, afin d'apprendre comment nous devons agir. Voilà pourquoi je me suis placé dans ce livre au simple point de vue de l'homme pratique, de l'homme qui ne prétend pas apprendre aux savants leur métier, mais qui ne se laisse pas détourner par eux de la voie qu'il juge bonne, de l'homme qui honore la science et qui l'utilise, mais qui a conscience qu'il existe des choses de plus de conséquence qu'un tournoi académique. J'ai donc écarté une fois pour toutes la question des origines; j'ai déclaré expressément que je ne savais pas si les mots « Aryen » et « Sémite » traduisaient en aucune façon des faits concrets de descendance, ou s'ils exprimaient des concepts artificiels commodes, embrassant chacun certain groupe d'hommes qui s'apparentent seulement par la nature de leur être ¹); je ne me suis prononcé ni pour l'hypothèse de Voltaire, de Goethe, de G. V. de Lapouge, qui font descendre l'humanité de plusieurs ESPÈCES congénitalement différentes (au sens scientifique du terme species), et sans nulle parenté originelle de sang, ni pour l'opinion de Kant, de Quatrefages, de Virchow, qui n'admettent qu'une différenciation graduelle formant des variétés au sein d'un seul
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    ¹) Voir ch. V au sous-titre : « Qui est le Juif ? »

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et unique type. Comment en saurais-je si long ? De quel droit formulerais-je des jugements apodictiques sur un objet chaudement débattu par les spécialistes les plus autorisés ? Ce serait là du dilettantisme tel qu'on ne le doit pas tolérer : ce dilettantisme, justement, qui rend si malaisée la réhabilitation des véritables dilettantes. Aussi le mot RACE, sous lequel la moitié des anthropologues désignent avec Voltaire une espèce distincte, l'autre moitié avec Kant une simple variété (d'où la première et déplorable confusion déjà signalée), ne revêt-il ici ni l'une ni l'autre de ces acceptions. J'ai abandonné à la décision des spécialistes toutes les questions litigieuses, ainsi qu'il seyait que je le fisse tant pour moi que pour mon livre; et guidé par Darwin lui-même vers les hommes de la vie pratique, les éleveurs d'animaux et de plantes, j'ai, d'accord avec eux, appelé « race » cette intensification de certains caractères essentiels, cet accroissement de la capacité générale de production, cet ennoblissement de tout l'être en quelque sorte haussé d'un cran, soit autant de phénomènes qui ne s'obtiennent que sous des conditions rigoureusement déterminées (sélection, croisements, endogénie), mais qui, ces conditions étant données, s'obtiennent sans exception, c'est-à-dire avec la sûreté d'une loi de la nature. Comparé aux savants qui étudient cette question, j'ose dire que je la prends par l'autre bout. Je ne me mets pas en quête de haches chelléennes ou de transformations phonétiques, pour découvrir une bonne fois s'il y a quelque chose qui puisse être dénommé « race », et quelle est cette chose. J'accompagne le grand naturaliste anglais dans une écurie, dans une basse-cour, chez l'horticulteur, et là m'apparaît ce qui confère au mot « race » son contenu : une réalité indiscutable, manifeste à tout homme. Mais alors — pénétré de la vérité de cette grande loi centrale de toute expérience et de toute science qui se peut formuler ainsi : il n'y a qu'une nature, et qui partout agit de même — je considère autour de moi les hommes, puis j'interroge le passé historique sur lequel nous possédons tant

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d'informations sûres, et voici : partout où un peuple s'atteste extraordinairement créateur, partout m'apparaît ce phénomène, observé chez les animaux et les plantes, des caractères individuels intensifiés, et de la capacité de production accrue; et je constate, dans un cas comme dans l'autre, que chaque fois que les conditions d'ennoblissement de la race commencent à faire défaut, ou sont détruites, voire combattues par des conditions différentes, la race (dans le sens que lui donne l'éleveur) périclite et peu à peu s'efface. Je remarque en outre qu'il y a parmi les hommes, tout de même que parmi les animaux et les plantes, des matériaux de sorte diverse, c'est-à-dire que certaines variétés se montrent dès l'abord éminemment propres à former des races, mais d'autres pas du tout. Ces variétés favorisées sous le rapport de la plasticité (comme le furent jadis les Hellènes, comme le sont aujourd'hui les Slavo-Celto-Germains) ont-elles été suscitées elles-mêmes par une discipline raciale analogue à celle que pratique en petit l'élevage (c'est l'opinion qui me semble la plus admissible), ou constituent-elles une création particulière, de tout temps distincte des autres, et incarnant un type supérieur (c'est le dogme gobiniste) ? Je me garde d'avancer sur ce point aucune hypothèse; il me suffit de dégager de l'observation des faits et de distinguer l'un de l'autre ces deux concepts de la race, qui la définissent nettement : d'une part, comme un produit d'élevage encore mobile aujourd'hui; d'autre part, comme un matériel humain plus ou moins homogène et particulièrement apte à s'ennoblir par discipline raciale.
    Je crois n'exprimer là rien qui ne soit clairement intelligible, empiriquement palpable, et d'une irréfutable évidence. Chacun peut se convaincre de la chose par ses propres yeux; nul ne peut nier que la « race » — quelque autre sens qu'on attache encore à ce terme — est d'un contenu fort riche dans l'acception que je lui donne, et, ainsi entendue, d'une haute valeur pour la vie des nations. La science académique ne saurait se passer d'hypothèses audacieuses, lesquelles lui

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servent d'instrument pour atteindre à de nouvelles connaissances. La vie pratique, par contre, a besoin de faits avant tout, de faits certains et susceptibles d'une ordonnance bien apparente, dont elle dégage les directrices et dont elle tire des enseignements précis. Pour agir avec une force convaincante, il faut toujours aussi prendre pour point de départ les faits les plus rapprochés. L'« Allemand », l'« Anglais », le « Français », voilà autant de notions qui nous sont familières par l'effet d'une expérience quotidienne; le « Germain » est déjà un concept dont le sens exact ne se laisse déduire que d'un exposé historique; avec le « Protogermain » et l'« Aryen », nous entrons dans le champ des constructions hypothétiques. Une fois attirée l'attention du profane sur le fait de la race, parce qu'on le lui aura montré dans la sphère des objets voisins qui en révèlent le plus immédiatement la signification, son intérêt s'éveillera de lui-même pour les démonstrations de plus vaste envergure qui replaceront ce même fait dans l'ample contexte de la planète. Je suis bien loin, au demeurant, de vouloir inciter le lecteur à dénigrer la préhistoire ou l'anthropologie théorique; je voue personnellement à ces études un intérêt passionné, et j'ai essayé, dans le présent ouvrage, de présenter sous son vrai jour le grand fait du germanisme, produit d'une discipline raciale. Mais le but que je poursuis exigeait que mon regard se fixât davantage sur le présent et sur l'avenir que sur le passé. Dût-on réellement apprendre, d'ici quelques siècles, où habitèrent les plus anciens des Aryens, et comment ils vivaient, et ce qu'ils étaient, cette découverte serait de médiocre importance pour la vie pratique. Nous ne pouvons redevenir des Proto-Indo-Germains, pas plus que nous ne pouvons — ni ne devons — devenir des Indo-Aryens, ou des Perses, ou des Hellènes, ou des Romains. Quoi que nous soyons aujourd'hui, nous voulons nous comprendre nous-mêmes, comprendre ce que nous sommes et ce que nous devenons, comprendre aussi l'avenir dont nous avons charge. Voilà pourquoi nous avons besoin d'une notion concrète

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de la race, d'une notion qui contienne la réponse à ces questions : qu'est-ce que la race ? que signifie-t-elle ? serait-elle soumise en quelque mesure à la puissance de notre volonté humaine ?
    Sur ce terrain où se bornait mon effort, beaucoup de lecteurs ont bien voulu me suivre, qui n'entretenaient pas d'opinions préconçues touchant la race, et avec eux d'éminents spécialistes, qui m'ont encouragé par les marques de leur approbation. Je n'en ai pas moins subi le feu croisé de deux sortes d'adversaires : ceux qui ont la toquade de la race et ceux qui en ont la phobie. Les plus subtils se sont avisés d'un ingénieux moyen pour discréditer mes idées : ils les ont identifiées avec celles du comte Gobineau. On me permettra d'ajouter quelques précisions encore aux remarques que j'ai déjà présentées sur cet objet, afin de prévenir toute nouvelle équivoque — de la part au moins des esprits sincères. Si Gobineau a raison, s'il n'existe qu'une seule race noble parmi celles que Dieu est censé avoir créées à l'origine des temps, si cette seule race noble a dégénéré sans remède par son mélange avec les autres races originellement et incurablement ignobles, si dès lors l'avenir inéluctable du genre humain doit consister dans la dissolution de toute culture et dans le retour au chaos.... j'estime, si cela est, que nous ne saurions mieux faire que de nous tirer chacun une balle dans la tête. Or, comme cette solution prompte et digne n'est certainement pas de notre goût, sachons prendre notre parti de tourner le dos pour jamais à l'oiseuse question des « origines ». La doctrine gobiniste exclut toute application pratique des considérations de race : c'est précisément pourquoi elle est remise aujourd'hui en honneur par des gens qui ne veulent pas entendre parler de ces considérations; et c'est pourquoi aussi ces gens m'étiquettent « disciple de Gobineau », « apôtre de Gobineau », ou bien encore, s'ils présument beaucoup de la crédulité de leur public, « copiste » et « démarqueur » du célèbre Essai.... Il n'y a, de fait, entre Gobineau et moi, communauté ni du point de départ ni du

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but; et si nous nous rencontrons, par exemple, dans l'appréciation des Germains, cet accord est plus apparent que réel, vu la différence des objets que nous désignons sous ce terme. N'importe ! On vient plus aisément à bout du génial, mais ultrafantaisiste Français, que d'un empiriste terre à terre qui n'avance pas un fait dont chacun ne puisse contrôler l'exactitude, et qui fixe la signification concrète et immédiate du mot « race » non pas en la dérivant de visions extatiques, mais en la fondant (grâce à Darwin) sur des réalités palpables — palpables au point que mes lecteurs ne sauraient hésiter à reconnaître en quel sens et en quelle mesure le Juif avisé Benjamin Disraéli a le droit de dire : « La race est tout, et toute race doit périr qui se montre insoucieuse de préserver son sang des mélanges » ¹). Dans l'impossibilité de me réfuter, ou plutôt de réfuter la nature — car je n'invente rien, je ne crée pas avec la liberté souveraine du génie, j'en appelle simplement à la nature comme tous le pourraient faire — on m'identifie avec Gobineau pour se débarrasser à la fois du rêveur audacieux qui emploie sa documentation inépuisable et ses justes pressentiments à instaurer une chimère, et du fâcheux « dilettante » qui s'est mis à l'école des faits sous un maître incomparable en cette matière, Charles Darwin, et qui a déduit de ses leçons l'interprétation du mot « race » la plus prochaine, mais aussi la plus rigoureuse, une interprétation si claire que le premier venu la saisirait ²).
    Ai-je besoin de le dire ? Maint journaliste qui me note de gobinisme n'a jamais lu ni Gobineau, ni moi : aussi me contenterai-je d'avoir indiqué le sens de cette ingénieuse tactique. Je désire, en revanche, me défendre de deux reproches qui m'ont été adressés par des savants de deux camps
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    ¹) Voir ch. IV au sous-titre : « Ce que signifie la race ».
    ²) Voir encore, touchant Gobineau, la 1re partie de cette Annexe et, dans le corps de l'ouvrage, le ch. IX, A. au sous-titre :
« La prétendue humanité »
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opposés et qui se contredisent l'un l'autre diamétralement, mais dont chacun, envisagé en lui-même, paraît assez plausible pour impressionner le lecteur. Je les présenterai dans la forme que leur ont donnée des critiques sur lesquels j'ai un avantage — celui de goûter leurs travaux plus qu'ils ne goûtent le mien.
    C'est d'abord l'anthropologue Wilser, si justement réputé par ses recherches relatives à l'origine des peuples aryens. Il tient que mon exposé sur la race est un tissu de « phrases » et qu'« il ne répond en rien aux questions soulevées » ¹). Mais Wilser est proprement un dogmaticien. De l'origine des vertébrés jusqu'à la naissance de l'homme, de la naissance de l'homme jusqu'à la formation de la race aryenne achevée après divers bouleversements planétaires, il n'ignore rien, ou presque rien : il nous conte cette aventure dans tous ses détails comme s'il y avait assisté en personne, comme s'il n'habitait parmi nous, tard venus, qu'en vertu d'une heureuse métempsycose. Et ici, c'est lui qui, sans nul doute, a l'avantage sur moi, car je ne sais absolument rien de ces choses lointaines, et j'oserais tout au plus hasarder quant à elles quelques hypothèses d'une extrême prudence. Or telle est, je crois, la lacune que présente mon ouvrage aux yeux de Wilser : il n'y trouve pas une connaissance exacte d'objets touchant lesquels nul ne peut, en réalité, « savoir
» quoi que ce soit. Et puis il n'y trouve pas de DÉFINITIONS. Voilà bien l'authentique dada de la sagesse d'école ! Je ne donne nulle part au concept de race une rigueur abusive, mais je laisse le lecteur inférer peu à peu de l'exposé des faits la juste acception du mot. Les caractéristiques « s'effacent » ? Eh ! oui, et je vais si loin que j'introduis dans le débat ce facteur bien indigne de la docte attention des savants : « notre propre conscience », l'expérience quotidienne et banale de l'individu — alors qu'un anthropologue qui se respecte ne se croit le droit de méditer que sur des os exhu-
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    ¹) Politisch- Anthropologische Revue, août 1902.

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més tout à point pour solliciter ses réflexions. Comment donc ne se scandaliserait-il pas de mon procédé ? Pourtant, si ses études spéciales lui avaient laissé le loisir de faire un peu de philosophie — c'est une occupation trop dédaignée des naturalistes — il aurait appris de Kant, et même déjà de Descartes, que les seuls objets qui se laissent définir sont ceux de l'ordre idéel et non ceux de l'ordre réel. Tous les sages du monde, explique Descartes, ne sauraient définir la couleur blanche; mais je n'ai qu'à ouvrir les yeux pour voir du blanc. Et il en va de même de la « race », dès que ce mot ne désigne pas un produit de la pensée, mais un phénomène de la réalité suscité par la nature ou par l'homme sous de certaines conditions. La race, — au sens de l'éleveur — est un plus ou un moins, une quantité relative et tout à fait plastique, une manière d'être qui peut s'acquérir très vite en des circonstances propices et s'abolir encore plus vite en des circonstances défavorables. Le connaisseur discerne immédiatement si un cheval a « de la race », et il jugera bientôt du « degré » de race que ce cheval possède, mais le phénomène demeure indéfinissable, quelque expérience qu'on ait des procédés par lesquels on l'obtient : croisements, discipline endogénique, alimentation, dressage, etc. Observer ce phénomène, déchiffrer ce FAIT de la race, en déterminer d'aussi près que possible les conditions de genèse et d'existence, voilà donc ce qui importe uniquement, et voilà uniquement ce que j'ai tenté; pour nous, profanes, pour la pratique de la vie, les théories, quelles qu'elles fussent, offraient beaucoup moins d'intérêt : je les ai laissées hors de cause. Non pas, certes ! que je conteste l'utilité des entreprises visant à remonter le cours du développement qu'ont suivi les diverses races humaines, à distinguer des éléments les moins nobles ceux qui ont paru dès l'abord les plus susceptibles d'ennoblissement, etc.; mais la pratique de la vie n'a que faire d'hypothèses, elle requiert ce qui seul est présentement démontré et irréfutable. De là ma réserve.
    Après Wilser, Steinmetz. Ce second critique, au rebours

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du premier, estime que j'en ai beaucoup trop dit, et avec beaucoup trop de précision, sur des points où la vraie science exige la plus grande circonspection : elle ne progressera dans ce domaine que « par l'application la plus stricte des méthodes les mieux conçues, en travaillant lentement et loyalement » ¹). Steinmetz préférerait même, quant à lui, qu'il ne fût plus du tout question de race chez les hommes jusqu'à ce que l'on eût établi par de minutieuses enquêtes s'il existe réellement quelque chose répondant à cette notion : un caractère de race héréditaire; mais, pour cela, il faudrait d'abord éliminer « par de rigoureuses analyses comparatives » tous les autres facteurs tels que « climat, situation, tradition, etc. »; puis la « psychologie différentielle » devrait apprendre à faire le départ entre les traits de caractère primaires et secondaires, afin de ne nous présenter que la substance « élémentaire » etc., etc. Tout cela est bel et bon, et pourra donner de l'occupation à quelques douzaines de professeurs pendant deux siècles; mais la vie elle-même — qui ne cesse de manifester à nos yeux ce fait : la race, et de l'imposer à notre attention comme un phénomène d'importance capitale pour tous les êtres organisés — la vie n'attendra pas jusqu'à ce que ces messieurs aient vu clair dans leur psychologie différentielle. Quand le savant professeur a lu mon livre, il ne s'est pas avisé suffisamment de la différence entre science et vie. C'est pourquoi il m'a plus d'une fois mal entendu et, par suite, mal interprété à ses lecteurs. Ainsi, quand je parle de Sémites, il applique tout uniment mes propos aux Juifs, comme si « Juif » et « Sémite » étaient des termes interchangeables; et nul n'imaginerait, à le lire, que ma caractéristique de l'Homo arabicus a été puisée chez les premiers orientalistes et les voyageurs les plus dignes de
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    ¹) Vierteljahrsschrift für wissenschaftliche Philosophie und Soziologie de Paul Barth, 1902, premier fascicule. Je ne peux que recommander chaudement la lecture de cet article où Steinmetz procède à un examen sérieux et détaillé de plusieurs de mes idées.

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foi. Mais l'effort principal de sa critique porte sur de prétendues contradictions qui existeraient entre mon exposé du caractère indo-germanique et l'image qu'en trace (dans son volume L'Aryen, 1899) l'anthropologue français G. Vacher de Lapouge. Steinmetz prend texte de ce lamentable désaccord pour fulminer contre le dilettantisme qui bâtit sur le sable, et qu'il déclare « le pire ennemi de notre jeune science ». Mais, à vrai dire, si la science est en péril de mort dès que des hommes se contredisent, il ne doit pas y avoir beaucoup de science dans le monde. L'anthropologie est une arène où d'intransigeants spécialistes s'affrontent continuellement, et dans toutes les autres sciences on ne cesse de rompre des lances, parmi le choc des thèses inconciliables qui s'entre-heurtent violemment. Souhaitant me former une opinion sur la question des tarifs douaniers, je lus récemment, le même jour, un écrit de Lujo Brentano et un autre écrit d'Adolf Wagner. Qu'arriva-t-il ? Ceci, hélas! qu'après la première lecture j'étais un libre-échangiste enthousiaste, et après la seconde un agrarien résolu : car les deux savants avaient construit sur la base des mêmes matériaux concrets, des mêmes documents, des mêmes chiffres, deux doctrines qui s'opposaient l'une à l'autre dans tous les détails. Est-ce que par hasard on conclura de là que l'économie politique n'est pas une science ? et prétendra-t-on que Brentano et Wagner sont des dilettantes ? Pourquoi, dès lors, Lapouge et moi n'aurions-nous pas le droit de nous représenter différemment le caractère des Indo-Germains ? Seulement quiconque prendra la peine d'y aller voir, constatera, s'il n'a pas chaussé les lunettes du préjugé professoral, que Steinmetz s'abuse. En effet, quand je souligne la prédominance du vouloir chez les Sémites et celle de l'intellect chez les Indo-Européens, c'est que je les compare entre eux et que je marque dans chaque cas le trait distinctif, tandis que Lapouge décrit l'Aryen en lui-même et non par voie de comparaison. Mais, de plus, il suffit de lire dans L'Aryen (p. 370 et suiv.) ce que Lapouge y énonce sous cette rubrique : « Carac-

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tères généraux de l'Aryen moderne », pour apercevoir l'exacte et parfaite concordance de son « Aryen moderne » et de mon « Germain ». Car nombreux sont les passages où j'établis que la volonté est énorme chez l'Indo-Européen et s'atteste telle dans les voies à elle prescrites par l'intellect prédominant; et il ne me viendrait pas plus à l'esprit de la nier que de nier l'intelligence si aiguë du Sémite, et surtout de son demi-fils, le Juif, sous prétexte que ceux-ci possèdent un vouloir extraordinairement puissant. Au demeurant, si les images respectivement tracées par Lapouge et par moi, loin de se contredire, coïncident, on n'inférera pas, je pense, de cette coïncidence quelque mystérieux don de divination qui nous serait propre. Tout homme de sens, exempt d'opinions préconçues, ne saurait dans ce cas juger autrement que nous ne l'avons fait. Je crains décidément que l'on doive renoncer, malgré ses grands mérites, à élire Steinmetz membre de la commission de « psychologie ethnique différentielle » !
    Les deux exemples de Wilser et de Steinmetz, choisis entre beaucoup d'autres, pourront servir à préserver le lecteur de ce « préjugé en faveur de l'érudition » que dénonce Kant. Resterait une dernière catégorie d'adversaires, qu'il est malheureusement difficile de prendre au sérieux : je veux dire certains savants et journalistes juifs d'une bonne foi indiscutable (les autres n'entrent pas en ligne de compte), mais d'un singulier illogisme. Voilà des hommes dont l'existence particularisée et jalouse de sa particularité résulte, comme tout leur être moral et intellectuel, du plus rigoureux exclusivisme racial; des hommes qui non seulement proclament la loi de la race en théorie, dans la religion qui leur est propre et les confine en leur isolement, mais qui affirment quotidiennement cette loi par une solidarité admirable que n'arrêtent ni montagnes, ni océans, ni différences de langue, ni différences de mœurs : et ce sont ces mêmes hommes qui prétendent nous prouver, par raisons historiques, que la race ne signifie rien, et ce sont eux qui protestent avec le plus

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d'indignation contre ce qu'ils appellent « une doctrine dangereuse pour la communauté » ! Comment, je le répète, les prendrions-nous au sérieux ? Le plus sage est, je crois, de passer silencieusement à l'ordre du jour.
    Il y a encore une objection que je ne voudrais pas laisser sans réponse. On entend dire, de côté et d'autre, qu'effectivement « la race est bien un des grands faits de la nature », et qu'il est impossible de la nier « sans infliger un démenti aux sciences naturelles et à l'histoire »; mais — car il y a un mais — « à quoi servent ces leçons de l'histoire ou des sciences naturelles ? Seul le destin, ou Dieu, peut ici nous venir en aide; la société est impuissante. » À proprement parler, cet argument soulève des questions qui dépassent le cadre du présent ouvrage; j'avais à indiquer sur quels fondements s'est érigé le dix-neuvième siècle, mais non pas à suggérer les applications de ces principes au présent et à l'avenir. Je crois, toutefois, que la diffusion des notions sur la race déjà acquises à la science serait de grande importance pour la conservation et le développement des grands États germaniques. Sans doute certains monomanes — et même un anthropologue aussi riche en intuitions et en connaissances que G. V. de Lapouge — ont présenté des projets inexécutables, qui ont exposé une bonne cause au discrédit du ridicule; mais un naturaliste éminemment terre à terre, Francis Galton, le beau-frère de Darwin, a soumis à l'Institut anthropologique de Londres, composé d'hommes pratiques, non moins épris que lui de précision, un travail « sur la possibilité d'améliorer la race humaine » (29 octobre 1901), travail dans lequel il recommande la protection légale des intérêts de race et cite en exemple la discipline raciale des Indo-Aryens et des Juifs ¹). On sait qu'aux États-Unis
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    ¹) Il s'est fondé à Londres une société d'éducation « eugénique », qui a tenu récemment son premier congrès pour discuter les applications pratiques des principes de Galton et qui compte parmi ses membres d'éminents savants. Ce n'est pas ici le lieu d'apprécier ses efforts. Notons seulement que l'« eugénique », telle que la définit Galton, a

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des efforts de ce genre sont tentés depuis longtemps : or, ce qui ne représente ici qu'une manière d'exutoire servant aux fins du plus bas empirisme, et qui manque de toute base historique, pourquoi ne le concevrions-nous pas d'un point de vue plus élevé, nous appliquant à distinguer non seulement entre les « meilleurs » et les « pires » physiquement parlant, comme fait Galton dans le travail que je viens d'indiquer, mais entre ceux qui sont physiquement et moralement « Germains » et ceux qui ne le sont pas ? Pourquoi n'agirions-nous pas — avant qu'il soit trop tard — de façon à conserver ce qui nous est le plus cher et le plus sacré, et cela veut dire en préservant les fondements physiques sans lesquels ce trésor de vie n'eût pas existé, sans lesquels il ne saurait subsister ? La loi pourrait exercer dans ce domaine une action considérable : mais plus puissante que la loi — parce que dictant ses lois à la loi-même — serait la conscience vive et publique de la signification de la race pour l'histoire des nations et de la signification du germanisme pour l'histoire de la culture actuelle.

LE MONOTHÉISME

    On peut se rendre compte de l'action configuratrice qu'exerce la race dans le for le plus intime de l'âme, en observant les différentes conceptions de la religion chez les différents peuples. Mon livre traite à plusieurs reprises de l'influence du judaïsme et — par cet intermédiaire — du sémitisme au sens le plus vaste de ce terme, sur les instincts religieux innés des Slavo-Celto-Germains. Ce n'est pas qu'un nid de guêpes sur quoi j'ai cette fois imprudemment porté la main, c'en est toute une colonie ! Car il s'est trouvé qu'en exposant mes idées à ce sujet, je heurtais des préjugés catholiques, protestants, juifs, et aussi antireligieux, pré-
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pour but de déterminer les facteurs qui, dans l'organisation de nos sociétés, peuvent favoriser ou enrayer le développement des qualités de race des générations futures, tant au point de vue physique qu'au point de vue mental.

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jugés d'autant plus difficiles à vaincre s'il arrive, par exemple, que le protestant soit en même temps un Juif, ou le Juif un ennemi de la religion. J'essayerais en vain de dissiper tous les malentendus qui se sont produits dans les critiques dont le présent ouvrage a été l'objet; les arguments que l'on m'a opposés s'entre-détruisent d'ailleurs assez généralement. Mais il importe d'appeler l'attention des lecteurs sur le fond même du débat, qui est aussi le point essentiel de cette question si controversée et si mal comprise que l'on appelle « la question juive » ¹). Les remarques qui suivent viseront donc à compléter celles qui, éparses en divers passages de mon livre, ont pour objet le rapport — et le conflit — entre la conception indo-germanique et la conception sémitique de la religion.
    En 1847, Bismarck demanda au Landtag de Prusse que les chrétiens fussent « émancipés » des Juifs; c'est leur émancipation religieuse qui s'imposerait seule à titre définitif. Libre aux Juifs de rivaliser avec nous dans tous les domaines : qui voudrait, qui pourrait les en empêcher ? La volte-face nécessaire doit se faire en nous-mêmes. C'est là, au plus profond de notre âme, que nous portons le joug, et ce joug pèse sur toute notre vie parce que c'est un joug étranger, un principe que nous ne réussirons jamais à nous assimiler tout de bon, si humblement que nous nous prosternions devant lui, que nous mortifiions notre chair et que nous violentions notre cœur : il contredit, en effet, au génie de tous les peuples de la communauté indo-germanique, et suscite continuellement d'insolubles conflits entre notre religion et notre conception du monde. S'il nous advenait d'éliminer de notre vie religieuse l'infusion sémitique, nous serions en vérité des nouveau-nés, et au même instant le Juif apparaîtrait à nos yeux dans la juste perspective, avec le recul nécessaire pour qu'il nous soit aisé de le juger en toute
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    ¹) Voir ch. IX, dans la section « Conception du monde et Religion », la 3e note incluse sous la rubrique « Science et religion ».

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équité et bienveillance. Telle est la thèse que je soutiens dans le présent ouvrage ¹).
    Eh bien, alors que nous mettons beaucoup de temps, nous Germains, à comprendre la valeur des intuitions nouvelles (c'est une habitude de la race), plusieurs de nos adversaires ont prévu d'emblée, et très justement, les conséquences formidables qui résulteraient de notre changement d'attitude, si, renonçant à la manie stupide de tracasser le Juif, nous laissions s'accomplir dans nos âmes le processus tout intérieur d'élimination des éléments sémitiques; et déjà ils préparent leurs contre-mines. Il s'en faut que ce soient seulement des Juifs qui mènent cette campagne — encore qu'il y ait parmi nos théologiens et nos orientalistes protestants ou catholiques bien plus de Juifs et de descendants de Juifs que ne se l'imagine un public naïf, ce qui d'ailleurs n'autorise nullement à suspecter le sérieux et la probité de leurs travaux, mais restreint leur liberté et diminue leur importance pour la vie psychique des Indo-Germains. Non. La tendance d'esprit sémitique compte au nombre de ses meilleurs alliés maint orthodoxe de pure extraction germanique, qui croit ne pouvoir mieux plaire à Dieu qu'en embouchant de temps en temps la trompette sémitique; et souvent, on le devine, cette aberration causée par un ensemble de préjugés inculqués est entretenue, en outre, par des considérations d'ordre ecclésiastique. Or voici, en deux mots, la plus récente manœuvre dont on s'est avisé dans ce camp : les plus avancés et les plus clairvoyants conviennent que le prestige religieux du judaïsme ne subsistera pas intact; c'est chose impossible; nous en savons trop long aujourd'hui sur l'histoire et la genèse du judaïsme et de l'Ancien Testament;
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    ¹) J'ai découvert depuis lors un allié assez inattendu; car Moses Mendelssohn (si Kant rapporte bien ses propos) enseigna ce qui suit : « Chrétiens, commencez par extirper de VOTRE propre foi le judaïsme, alors nous nous départirons aussi du nôtre ! » (Streit der Fakultäten, dans la remarque générale intitulée Von Religionssekten, éd. Hartenstein 1868, VII, p. 370).

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alors ils prennent d'avance leurs mesures pour transférer du petit peuple syro-sémite des Juifs aux représentants de la race sémitique dans sa plus vaste acception ce nimbe de gloire promis aux initiateurs et législateurs religieux qui sont censés avoir frayé la voie à toute l'humanité. À cet effet, on remodèle violemment l'histoire; et l'on va jusqu'à reprendre aux Juifs, puisqu'ils n'ont pas su garder l'auréole, ce qui est à eux authentiquement, ce qui les caractérise en propre et constitue leur réelle gloire. Nous avons donc d'autant plus de raisons de protester énergiquement pendant qu'il en est temps. Pas n'est besoin pour cela de cette haine du Juif que plusieurs m'ont imputée bien à tort : l'amour y suffit, — un conscient amour de la race à laquelle on appartient; et cet amour rend équitable envers les autres races aussi. Voilà pourquoi il est nécessaire d'accentuer fortement le point de vue indo-germanique et d'y insister, s'il le faut, sans ménagement. Nul doute, s'il faisait plus clair dans nos propres têtes, que la complexe et menaçante « question juive » ne fût résolue eo ipso; mais, en l'état, nos âmes ressemblent à des navires sans boussole; notre protection du Juif et notre défense contre le Juif sont l'une et l'autre des demi-mesures, conçues sans netteté, exécutées sans liberté. Dans de telles conditions, c'est la tendance d'esprit sémitique qui DOIT vaincre : ce n'est pas le Juif qui sera assimilé, c'est nous qui serons définitivement sémitisés. « Ô toi, pauvre chrétien, quel triste sort sera le tien quand le Juif aura jeté son filet sur tes petites ailes bourdonnantes ! » — ainsi s'exprime Goethe dans une lettre à Jacobi, qu'il met en garde contre les « finauderies juives » de Moïse Mendelssohn ¹). Et pourtant Mendelssohn était un homme sans dol ni fraude. Il n'y avait pas ici de tromperie, il y avait l'inévitable réaction de la race. Nous sommes tous de « pauvres chrétiens », et à quelque place que nous déchirions le filet qui nous enserre, quelque main aussitôt s'empresse de le retisser.
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    ¹) Goethes Briefe, éd. de Weimar VII, 131.

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    Un seul exemple fera voir à la fois comment s'accomplit cet enserrement de nos « petites ailes » et comment des hommes très estimables s'abaissent aux pires sophismes, aux interprétations les plus forcées, dès lors qu'ils ont choisi de servir parmi nous les tyranniques intérêts des idéals sémitiques. Les lecteurs de mon livre y trouveront d'ailleurs l'occasion de compléter en plusieurs directions quelques-uns des renseignements qui leur ont été fournis sous une forme très sommaire.
    Peut-être n'ont-ils pas oublié que l'illustre assyriologue Friedrich Delitzsch prononça jadis à Berlin (le 13 janvier 1902) un discours dont le retentissement fut universel; c'est ce discours qu'il publia ensuite sous le titre Babel und Bibel en une brochure admirablement illustrée, laquelle n'obtint pas moins de succès. L'auteur traitait un sujet captivant, qu'il exposait avec un magnifique talent. Il résumait un demi-siècle de découvertes, accomplies par la collaboration de nations diverses sur l'emplacement de la vieille Babylone. Rien de plus légitime et, en apparence, de, plus inoffensif. On verra néanmoins que, d'un bout à l'autre de son écrit, Delitzsch — en toute inconscience, sans nul doute — travaille à tisser ce filet qui nous doit emprisonner; et son but véritable est de paralyser ces « petites ailes » qui commençaient à frémir d'impatience. Pour faire le filet plus résistant, il recourt même à des moyens si singuliers que Goethe, qui parlait des « finauderies » de Mendelssohn, aurait dû forger dans ce cas un vocable plus expressif encore. Et ce cas est d'autant plus intéressant que, d'abord, Delitzsch ne nourrit aucune espèce de parti pris antilibéral, et qu'ensuite sa compétence indiscutable de spécialiste ne permet pas de supposer qu'il pèche par ignorance : c'est donc uniquement le MIRAGE SÉMITIQUE qui abuse le jugement de ce savant, comme la fata morgana trompe l'œil du voyageur dans les déserts de l'Arabie et lui présente sous l'aspect d'objets réels de purs fantômes de l'air. Sur la valeur scientifique de Babel und Bibel il n'y a eu qu'une voix parmi les spécialistes,

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quelle que fût leur tendance; certains d'entre eux, et des meilleurs, ont entrepris aussitôt de réfuter les affirmations les plus hasardées de l'assyriologue : malheureusement ils ne disposaient pas comme lui d'un prestigieux talent d'exposition et, d'ailleurs, occupés à discuter des questions techniques, ils ne visaient pas le point précis qui nous intéresse particulièrement. C'est ce point que j'aurai constamment en vue dans l'examen auquel j'invite le lecteur ¹). Et comme ma Genèse du XIXme siècle m'a valu, outre quelques solides inimitiés, l'avantage compensateur de nouer d'amicales relations précisément avec des spécialistes de toutes les facultés, j'ai pu m'informer auprès d'assyriologues et de sémitisants éminents sur les questions qui n'étaient pas de ma compétence, interroger aussi des philologues et des historiens dont l'opinion â d'autant plus de prix qu'ils sont plus désintéressés en cette matière. Au demeurant, et bien que nous devions effleurer mainte question scientifique, c'est un profane qui parlera à des profanes, et mon but n'est pas de prononcer sur des détails techniques, encore moins de soutenir des opinions qui seraient de seconde main; il est situé hors des atteintes auxquelles je l'exposerais en l'abaissant : là, veux-je dire, où pour nous tous — en tant qu'hommes, simplement — les intérêts deviennent communs et la différence entre « savant » et « amateur » perd sa signification.
    Dès la première affirmation de Delitzsch, on est