Here under follows the transcription of chapter 9b3 of Houston Stewart Chamberlain's La Genèse du XIXme siècle, 6th. ed., published by Librairie Payot, 1913.

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Texte original : Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts
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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACES
INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIÈRE SECTION : L'HÉRITAGE
INTRODUCTION
CHAPITRE I : L'ART ET LA PHILOSOPHIE HELLÉNIQUES
CHAPITRE II : LE DROIT ROMAIN
CHAPITRE III : LE CHRIST

DEUXIÈME SECTION : LES HÉRITIERS
INTRODUCTION
CHAPITRE IV : LE CHAOS ETHNIQUE
CHAPITRE V : L'AVÈNEMENT DES JUIFS DANS L'HISTOIRE OCCIDENTALE
CHAPITRE VI : L'AVÈNEMENT DES GERMAINS DANS L'HISTOIRE UNIVERSELLE

TROISIÈME SECTION : LA LUTTE
INTRODUCTION
CHAPITRE VII : RELIGION
CHAPITRE VIII : ETAT
CHAPITRE IX : DE L'AN 1200 À L'AN 1800
A. Les Germains comme créateurs d'une culture nouvelle
B. Aperçu historique
1. Découverte
2. Science
3. Industrie
4. Economie sociale
5. Politique et Eglise
6. Conception du monde et religion
7. Art
ANNEXE
INDEX


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3. Industrie.

(De l'introduction du papier jusqu'à la machine à vapeur de Watt).


NATURE ÉPHÉMÈRE DE TOUTE CIVILISATION

    Nous abordons maintenant le domaine de la civilisation, où de longs développements seraient hors de propos : le rapport du présent au passé s'y dénote en effet tout différent de ce qu'il nous apparaît dans le domaine de la culture et dans celui du savoir. S'agissant de ce dernier, j'avais à préparer lé terrain pour fournir à notre intelligence du dix-neuvième siècle ses points d'appui nécessaires, car le savoir actuel se lie si étroitement au travail des six siècles antérieurs, et ce labeur dont il dérive le conditionne si rigoureusement, qu'on ne saurait juger d'un tel présent qu'en fonction d'un tel passé; là d'ailleurs règne, on peut dire, un génie d'éternité : jamais la substance du savoir ne se laissera « dépasser », jamais découvertes ne se feront en rétrogradant, un Colomb est plus proche de la conscience de notre siècle que de celle du sien, et la science de même renferme, nous l'avons vu, des éléments qui rivalisent pour l'immortalité avec les plus parfaites constructions de l'art; c'est donc là que le passé se survit réellement dans le présent. Il n'en est point ainsi de la civilisation. Non qu'il n'y ait, ici également, un enchaînement d'hier à aujourd'hui, une correspondance membre à membre; mais les temps anciens ne forment que le support mécanique des temps nouveaux : tels, chez les polypiers coralliens, ces gisements calcaires des générations mortes qui servent de substructure aux générations vivantes. Sans doute encore, le rapport du présent au passé offre ici le plus vif intérêt pour l'étude académique, et cette

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étude comporte plus d'un enseignement; mais, dans la pratique, la vie publique demeure toujours et exclusivement un phénomène « présent » : les leçons du passé sont obscures, contradictoires, inapplicables, et l'on ne songe guère à l'avenir. Une machine se substitue à d'autres machines, qu'elle supprime; une loi à d'autres lois, qu'elle abroge : c'est le moment qui gouverne ici, avec ses exigences pressantes, c'est la précipitation du vouloir épars en des individus particuliers qui savent qu'ils n'ont qu'une heure à vivre. Soit, par exemple, la politique. En considérant « la lutte dans l'État », nous avons découvert certains sous-courants qui sont à l'œuvre aujourd'hui comme il y a mille ans : ils traduisent des circonstances générales de race, des faits physiques fondamentaux qui, selon les fluctuations du conflit vital, réfractent diversement la lumière et dès lors se nuancent de couleurs variées chaque fois qu'ils transparaissent dans l'ordre des phénomènes, mais dont l'unité persistante et organique n'en est pas moins reconnaissable pour l'observateur attentif. Si pourtant nous envisageons la POLITIQUE proprement dite, nous apercevons un chaos d'événements qui se croisent et se traversent en tous sens, dans lesquels le hasard, l'imprévu, l'incalculé, l'illogique jouent un rôle déterminant, dans lesquels le contre-coup d'une découverte géographique, l'invention d'un métier à tisser, la mise au jour d'une couche de houille, le fait d'armes d'un soldat génial, l'intervention d'un puissant homme d'État, la naissance d'un monarque faible ou vigoureux suffisent pour détruire toutes les acquisitions des siècles, ou au contraire pour reconquérir en un seul jour tout ce qui semblait perdu à jamais. Parce que les Byzantins se défendent mal contre les Turcs, c'en est fait de la puissante république commerciale de Venise; parce que le pape exclut des mers occidentales les Portugais, ceux-ci découvrent la route de l'Est, et voici Lisbonne florissante; l'Autriche est perdue pour la communauté allemande et la Bohême destituée à jamais de toute signification nationale, parce qu'une nullité

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intellectuelle et morale, Ferdinand II, reçoit dès l'enfance ses directions de quelques Jésuites étrangers; Charles XII passe à travers l'histoire comme une comète, il meurt à trente-cinq ans, mais la carte de l'Europe, mais l'histoire du protestantisme attestent éloquemment les effets inespérés de son passage; ce qu'avait rêvé ce fléau de Dieu qui a nom Napoléon Bonaparte — transformer la figure du monde, — le simple et honnête James Watt l'accomplit bien plus radicalement, qui prend une patente pour sa machine à vapeur la même année (1769) que le condottiere vit le jour.... Et tout du long la politique proprement dite consiste en accommodements, elle est une éternelle adaptation, elle s'ingénie à inventer des compromis entre le nécessaire et l'accidentel, entre ce qui était hier et ce qui doit être demain. « Toute l'histoire est humiliante pour la politique, car ce sont les circonstances qui y ont la plus grande part », constate le vénérable historien Jean de Müller ¹). La politique combat l'innovation aussi longtemps qu'elle peut, puis elle la préconise dès que le courant contraire a brisé sa résistance; elle marchande au voisin des avantages, le dépouille quand il faiblit, rampe devant lui quand il prend des forces. C'est sur ses conseils que le prince puissant concède des fiefs aux grands, afin qu'ils le choisissent pour roi ou pour empereur, et qu'ensuite il favorise les bourgeois, pour que ceux-ci le soutiennent contre la noblesse qui l'a porté au trône; les bourgeois sont loyalistes, parce qu'ils attendent du roi qu'il les affranchisse de la tyrannie d'une noblesse qui ne pense qu'à les piller; mais le monarque devient un tyran, lui aussi, dès qu'il n'y a plus de familles assez puissantes pour le tenir en bride, et le peuple se voit moins libre que jamais; sur quoi il se révolte, décapite le roi, bannit ses parents; seulement du même coup l'ambition de régner se multiplie à l'infini, et avec une intolérance plus que jamais opprimante la stupide « majorité » érige en loi sa volonté. Partout la
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    ¹) Vierundzwanzig Bücher allgemeiner Geschichte, liv. XIV, ch. 21.

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souveraineté du moment, c'est-à-dire du besoin momentané, de l'intérêt momentané, de la possibilité momentanée, et, en conséquence, une perpétuelle succession d'états tout à fait divers entre lesquels existe bien un lien génétique, dans ce sens que l'historien peut en dérouler la série devant nos yeux, mais à condition de nous faire voir que chacun de ces présents abolit l'autre comme la chenille abolit l'œuf, la chrysalide la chenille, et le papillon la chrysalide; puis le papillon meurt à son tour, en pondant des œufs, de façon que l'histoire poursuit son cours....
    Ces indications sur la politique s'appliquent de même à toute la vie industrielle et économique. Un des auteurs modernes qui ont le plus patiemment exploré ce vaste domaine, Cunningham, marque à plusieurs reprises combien il nous est difficile — « presque désespérément difficile », assure-t-il quelque part ¹) — de comprendre réellement les circonstances économiques des siècles révolus et surtout les notions qui déterminaient à cet égard l'idéal de nos aïeux, leurs règles de conduite et de législation. Simple vêtement de l'homme, la civilisation est, en effet, chose si périssable qu'une fois usée elle disparaît sans laisser de traces; on peut bien recueillir dans nos musées ustensiles et bijoux, conserver dans la poussière de nos archives contrats, diplômes, lettres de change : ce qui s'y attachait de vie n'est plus et ne reviendra point. Le lecteur qui n'a jamais tourné de ce côté son attention se ferait malaisément une idée de la rapidité avec laquelle un stade remplace l'autre. Nous entendons parler d'un « Moyen Âge » et concevons volontiers sous ce vocable une grande époque uniforme de mille ans, sans doute maintenue en état de fermentation par d'incessantes guerres, mais somme toute assez stable dans ses idées et ses conditions d'existence sociale — après quoi serait venue la « Renaissance », point de départ d'une évolution graduelle
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    ¹) The growth of English industry and commerce during the early and middle Ages, 3e éd., p. 97.

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dont nous serions l'aboutissement. Or, au contraire, depuis l'instant que le Germain parut sur la scène du monde, depuis l'instant notamment qu'il devint en Europe le facteur dominant, on ne constate pas un moment de repos dans le domaine économique; chaque siècle nous montre un visage à nul autre pareil, et il arrive même qu'un seul siècle soit témoin — par exemple entre le XIIIme et le XIVme — de transformations encore plus bouleversantes que celles qui ont creusé un abîme entre la fin du XVIIIme et la fin du XIXme. J'ai eu l'occasion d'étudier d'un peu plus près la vie au XIVme siècle — non du point de vue de l'historien pragmatique, mais à seule fin d'obtenir une image intense de l'époque énergique où la bourgeoisie prend magnifiquement son essor et où s'épanouissent ses libertés; un fait m'apparut significatif entre tous, c'est que les grands hommes — un Artevelde, un Rienzi, un Wyclif, un Étienne Marcel — de ce siècle qui s'élance impétueusement en avant, de ce siècle « audacieux en son progrès jusqu'à la témérité » ¹), ne furent pas compris par leurs contemporains nourris des idées du XIIIme siècle, et qu'ils succombèrent pour cette raison : ils avaient trop vite revêtu d'une forme nouvelle leurs propres pensées. Je crois presque que la précipitation qui nous semble si caractéristique de notre époque, nous caractérisa toujours; nous n'avons jamais pris le temps de vivre à fond : la répartition de la fortune, la relation des classes entre elles, ainsi qu'en général tout ce qui constitue la vie publique de la société, ne cessent chez nous d'osciller. Comparée à l'économie sociale, la politique s'atteste encore la plus durable : car les grands intérêts dynastiques et, ultérieurement, les intérêts des peuples forment une manière de lest dont le poids ne laisse pas d'être appréciable, tandis que le commerce, la vie urbaine, la valeur relative des terres et des produits agricoles, l'apparition et la disparition du
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    ¹) Lamprecht : Deutsches Städteleben am Schluss des Mittelalters, 1884, p. 36.

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prolétariat, la concentration et la distribution des capitaux disponibles etc., sont choses soumises presque uniquement à l'action des forces « anonymes » dont j'ai parlé dans mon Introduction générale. De toutes ces considérations il appert qu'à aucun égard, ou presque, la civilisation passée ne saurait être tenue pour une « base » encore vivante du présent ¹).

AUTONOMIE DE NOTRE NOUVELLE INDUSTRIE

    En ce qui concerne spécialement l'industrie, il est clair que non seulement ses conditions d'existence sont affectées par les caprices de l'économie sociale protéiforme et de la flottante politique, mais que sa possibilité même et son mode particulier dépendent au premier chef de l'état de notre savoir. L'équation renferme donc ici — pour parler avec les mathématiciens — deux facteurs variables dont l'un (l'économie sociale) oscille en divers sens et dont l'autre (le savoir), encore que la direction en soit déterminée, croît néanmoins avec une vitesse inégale. Il s'agit, on le voit, dans l'industrie, d'un objet éminemment mobile; la vitalité qui lui est propre — souvent dévorante comme elle l'est à cette heure — demeure incertaine toujours et toujours sujette aux écarts. Il peut certes advenir que l'industrie influe avec force sur la vie et sur la politique — témoin la vapeur et l'électricité ! — elle ne constitue pourtant qu'un phénomène dérivé, procédant, d'une part, des besoins de la société et, de l'autre, des ressources de la science. Aussi ses différentes étapes sont-elles à peine, ou ne sont-elles pas du tout, liées entre elles organiquement : il est rare qu'une industrie nouvelle naisse d'une autre, ce sont de nouveaux besoins et de nouvelles découvertes qui la suscitent. Le dix-neuvième siècle peut revendiquer pour son compte une de ces industries inédites qui, en tant que « force nouvelle » ²), marqua sa civilisation d'une empreinte particulière, lui conféra un
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    ¹) On rappelle au lecteur que l'ouvrage traduit ici sous ce titre : La genèse du dix-neuvième siècle, s'intitule en allemand : Die Grundlagen — littéralement « les bases » — des XIX. Jahrhunderts.
    ²) Voir l'Introduction générale, au sous-titre : « La suite ».


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type individuel, et qui — plus qu'aucune industrie antérieure peut-être — transforma radicalement de vastes domaines de la vie. Conçue dans le dernier quart du XVIIIme siècle, elle n'entra en activité qu'au XIXme; du coup, ce qui existait auparavant s'évanouit comme au contact d'une baguette magique et dès lors n'a plus pour nous qu'un intérêt académique. Tout homme informé sait bien que l'idée de la machine à vapeur date de temps beaucoup plus anciens; je ne lui rappellerai pas seulement, ainsi qu'il est d'usage, Papin, qui vécut cent ans avant Watt, ou Héron d'Alexandrie, deux mille ans juste avant Papin, mais encore cet inconcevable, ce miraculeux Léonard de Vinci, lequel, ici comme ailleurs, avait devancé à pas de géant son temps immobilisé dans les conciles d'Église et les tribunaux d'Inquisition. Léonard nous a laissé le dessin exact et précis d'un puissant canon qu'actionne la vapeur, et il s'est en outre demandé comment on pourrait employer le même agent à faire marcher des navires et jouer des pompes — savoir précisément les deux objets touchant lesquels on trouva trois siècles plus tard la solution du problème et à quoi l'on appliqua pour la première fois la force expansive de la vapeur. Ni les besoins et les circonstances politiques de son époque, ni la science d'alors et les moyens dont elle disposait, ne permettaient de traduire dans la pratique ces géniales intuitions de Léonard. Quand vint le moment favorable, ses pensées et ses expériences étaient depuis longtemps tombées dans l'oubli : elles n'en ont été tirées qu'il y a peu d'années. L'emploi que nous faisons aujourd'hui de la vapeur est une chose entièrement nouvelle, et dont l'examen appartient normalement à l'étude du dix-neuvième siècle. Dans le présent ouvrage, où nous évitons toute division de temps artificielle pour préserver la lucidité de notre jugement, je n'insisterai pas davantage; mais ce que l'on peut dire de la vapeur dans son action transformatrice — et, a fortiori, de l'électricité, pour l'utilisation industrielle de laquelle on n'avait pas même de données

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cent ans auparavant — n'est pas moins vrai de ce groupe d'industries qui pourvoient à l'habillement de l'homme; dans leur domaine, elles ont innové aussi décisivement que la culture du blé dans celui de l'alimentation. Les méthodes de filage, de tissage, de couture ont subi une modification complète dont les premiers symptômes certains datent également de la fin du XVIIIme siècle. Hargreaves fait breveter sa machine à filer en 1770 et Arkwright, la sienne, presque au même moment; le grand idéaliste Samuel Crompton dote le monde de sa mule, qui est le modèle le plus complet du genre, quelque dix ans plus tard; le métier à tisser de Jacquard ne fut établi qu'en 1801, et la première machine à coudre pratiquement utilisable (celle de Thimonnier) se fit encore attendre une trentaine d'années, bien que les expériences eussent commencé dès la fin du siècle précédent ¹). Sans doute, il ne manquait pas antérieurement de travaux d'approche, et parmi les auteurs de ces suggestions, de ces tentatives, il nous faut de nouveau nommer en première ligne Léonard : il inventa une machine à filer « qui peut parfaitement soutenir la comparaison avec nos constructions modernes » et il s'occupa en outre de la fabrication de métiers à tisser, de machines à tondre le drap, etc. ²). Mais rien de tout cela n'ayant influé sur notre temps, nous n'en avons que faire ici. Ne laissons pas, d'autre part, d'observer qu'aujourd'hui encore, dans la majeure partie du monde, on file et on tisse comme on filait et tissait depuis
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    ¹) Je ne connais en aucune langue d'histoire vraiment complète et pratique de l'industrie; il faut extraire laborieusement de cinquante monographies les données dont on a besoin, heureux encore si on les trouve, car les industriels vivent entièrement dans le présent et se soucient de l'histoire comme d'une guigne. Touchant l'objet spécial mentionné ci-dessus, cf. Hermann Grothe : Bilder und Studien zur Geschichte von Spinnen, Weben, Nähen (1875).
    ²) Grothe : op. cit., p. 21. Voir aussi, du même auteur : Leonardo da Vinci als Ingenieur, 1874, p. 80 et suiv., où l'on trouvera plus de détails et où l'on apprendra combien Léonard était inépuisable en ses inventions de mécanismes.


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des siècles : c'est précisément en de pareilles choses que l'homme se montre obstinément conservateur ¹); mais quand il adopte une innovation, il le fait, si je puis dire, d'un bond, ainsi d'ailleurs qu'il invente.

LE PAPIER

    Il nous reste donc peu de chose à dire de l'industrie dans le cadre de ce premier livre. Mais ce peu de chose n'est pas de peu de conséquence. De même que notre science porte une empreinte particulière du fait qu'elle est « mathématique », de même notre civilisation possède une physionomie distinctive; c'est une industrie qui, dès le tournant décisif du XIIme au XIIIme siècle, lui a conféré ce caractère, lequel n'a fait ensuite que s'accuser davantage : notre civilisation — qu'on me passe le mot — est « papirine ».
    Présenter l'invention de l'imprimerie comme le commencement d'une ère nouvelle, ainsi qu'on a coutume, c'est fausser les faits et, avec eux, notre jugement historique. La source vive d'une ère nouvelle ne réside pas dans telle ou telle découverte, elle jaillit au cœur de certains hommes; dès que le Germain se mit à fonder des États et à secouer le joug de l'imperium théocratique, l'ère nouvelle commença — j'y ai assez insisté pour me dispenser d'y revenir. Quand Janssen nous informe que c'est l'imprimerie qui « donna des ailes à l'esprit », nous voudrions qu'il nous expliquât pourquoi on n'a pas vu pousser d'ailes aux Chinois. Et quand le même Janssen soutient que cette invention et, avec elle, tout « l'essor de la vie spirituelle » depuis le XIVme siècle, doit être attribué uniquement à la doctrine catholique romaine du mérité des bonnes œuvres, nous aimerions savoir pourquoi l'Hellène, qui ne connut ni imprimerie ni salut par les œuvres, réussit néanmoins à s'élever si haut sur les ailes du chant et de son rêve configurateur du monde, et pourquoi nous n'atteignîmes une altitude comparable qu'au prix de longs efforts et qu'après avoir rejeté le joug romain ²).
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    ¹) Grothe : Bilder und Studien...., p. 27.
    ²) Cf. Janssen : Geschichte des deutschen Volkes, 16e éd., I, 3 et 8.


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Laissons donc ces sottes phrases. D'ailleurs, à mettre exclusivement l'accent sur l'invention de l'imprimerie, on travestit, je le répète, des faits concrets et authentiques, et par là on nous empêche de discerner le cours historique réel de notre civilisation. L'idée d'imprimer est immémorialement vieille; il n'est pas de cachet, pas de monnaie, pas d'estampille qui n'en procède; le plus ancien exemplaire de la traduction gothique de la Bible, le codex argenteus, fut « imprimé » au moyen de caractères de métal appliqués brûlants sur du parchemin pourpre. Décisive — parce que distinctive — est seulement la manière dont les Germains furent amenés à se servir de lettres fondues et mobiles et à découvrir ainsi la typographie pratique : or cet usage tient à celui qu'ils surent faire du papier. Car l'imprimerie naît comme application du papier. À peine ont-ils le papier — donc une substance utilisable qui se multiplie à peu de frais — que ces hommes laborieux et inventifs s'évertuent de toute part (Pays-Bas, Allemagne, Italie, France) à résoudre l'antique problème de l'impression mécanique des livres. Il vaut la peine de les regarder faire, d'autant qu'encyclopédies et lexiques sont encore fort mal informés de cet objet. Il n'a été complètement élucidé que par les travaux de Josef Karabacek et de Julius Wiesner, desquels il appert que nous touchons ici à un des chapitres de l'histoire les plus instructifs pour la connaissance de l'originalité germanique ¹).
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Cette compilation patiente et conséquemment utile est estimée outre mesure; elle ne constitue au fond qu'un pamphlet tendancieux en six volumes, qui ne mérite son succès ni par l'exactitude ni par la profondeur. Le catholique allemand n'a pas à redouter la vérité plus que tout autre Allemand; mais la méthode de Janssen, on l'a déjà dit, est le travestissement systématique de la vérité.
    ¹) Cf. Karabacek : Das Arabische Papier, eine historisch-antiquarische Untersuchung, Vienne 1887, et Wiesner : Die mikroskopische Untersuchung des Papiers mit besonderer Berücksichtigung der ältesten orientalischen und europäischen Papiere, Vienne 1887. Les deux savants ont mené leur enquête ensemble, chacun dans sa spécialité, de façon


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    Il semble bien que ce soient les Chinois, ces diligents utilitaires, qui aient conçu l'idée de donner pour support à l'écriture une matière à bon marché aisément maniable, et plus généralement accessible que le coûteux parchemin, que la soie encore plus coûteuse, que le papyrus relativement rare, que la brique assyrienne, etc. Il n'est pourtant vrai qu'en partie de dire qu'ils inventèrent le papier. Du papyrus qu'ils employaient, et qui était tout pareil au nôtre ¹), ils connaissaient les inconvénients, et ils s'avisèrent de confectionner artificiellement, par le feutrage de fibres végétales appropriées, une substance analogue à notre papier : telle est exactement leur contribution à cette invention. Or des prisonniers de guerre chinois importèrent (dès le septième siècle ?) leur industrie à Samarcande, ville soumise au khalifat arabe, gouvernée la plupart du temps par des princes turcs presque indépendants, mais dont la population se composait en grande majorité d'Iraniens persans. Les Iraniens — nos cousins indo-européens — tirèrent un parti plus intelligent des tentatives chinoises rudimentaires et, grâce à l'incomparable supériorité de leur imagination, les transformèrent complètement en se mettant « presque aussitôt » à fabriquer le papier avec des chiffons, progrès si décisif (notamment quand on songe qu'aujourd'hui encore les Chi-
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que leurs travaux, parus séparément, se complètent néanmoins et forment un tout. Ils établissent notamment un point d'importance décisive, c'est que le papier de coton n'apparaît nulle part, les plus anciens produits de manufacture arabe étant faits avec des chiffons (de lin ou de chanvre), en sorte que le Germain n'a pas même le modeste mérite (qu'on se plaisait à lui reconnaître) d'avoir substitué le lin au coton. J'emprunte aux auteurs que je viens de nommer la plupart des détails donnés dans l'exposé qui va suivre.
    ¹) Le papyrus des Chinois est le tissu médullaire finement taillé d'une Auralia, comme le papyrus des anciens est le tissu médullaire finement taillé du Cyperus papyrus. Les Chinois s'en servent encore aujourd'hui pour leur peinture à l'aquarelle, etc. Voir les détails dans Wiesner : Die Rohstoffe des Pflanzenreiches, 1873, p. 458 et suiv. (nouvelle édition augmentée, 1902, II, 429-463).


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nois n'ont pas été plus loin) que le professeur Karabacek s'écrie à bon droit : « Une victoire du génie étranger sur le don d'invention des Chinois ! » Voilà donc la première étape : un peuple indo-européen, stimulé par l'adresse pratique mais bornée des Chinois, invente « presque aussitôt » le papier, et Samarcande devient pour longtemps le centre de sa fabrication. Et voici la seconde étape, non moins riche en enseignements : L'an 795, Haroun-al-Raschid (le contemporain de Charlemagne) fait venir de Samarcande des ouvriers pour établir à Bagdad une fabrique de papier. Le mode de préparation fut caché comme un secret d'État, mais partout où se répandirent les Arabes le papier les accompagna, et il pénétra ainsi jusque dans l'Espagne mauresque, ce pays où les Juifs jouaient un si grand rôle et où — le fait est prouvé — on fit usage du papier depuis le début du Xme siècle. Par contre, le papier ne s'introduisit presque pas dans l'Europe germanique, ou seulement à titre exceptionnel et comme une substance mystérieuse d'origine inconnue. Il en fut ainsi jusqu'au XIIIme siècle. Les Sémites et les demi-Sémites conservèrent donc le monopole du papier pendant cinq cents ans — temps bien suffisant pour que cette merveilleuse arme de l'esprit devînt entre leurs mains une puissance, s'ils avaient possédé la moindre force d'invention, brûlé du moindre désir d'activité intellectuelle. Or qu'en firent-ils, durant une série d'années plus nombreuses que celles qui nous séparent de Gutenberg ? Rien, absolument rien. Ils employèrent le papier pour des reconnaissances de dettes, à quoi s'ajoutent quelques centaines de livres ennuyeux et vides, où l'esprit meurt faute d'aliment : l'invention de l'Iranien servant à étouffer la pensée de l'Hellène sous le poids d'une érudition fictive ! — Puis vint la troisième étape. Avec les croisades, le secret si jalousement gardé au profit de la seule impotence intellectuelle, s'ébruita; ce que le pauvre Iranien, enserré entre des Sémites, des Tartares et des Chinois, avait inventé, le libre Germain s'en empara. Dans les dernières années du XIIme siècle, la recette exacte de la préparation

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du papier arriva en Europe, et la nouvelle industrie se propagea de pays en pays avec la rapidité de la foudre. Bientôt le simple outillage de l'Orient ne suffit plus, on améliora, on perfectionna sans trêve. En 1290 déjà existait à Ravensbourg la première papeterie régulière, et il ne fallut qu'un siècle pour que l'impression xylographique (même de livres entiers) s'instaurât, à laquelle se substituait, en moins de cinquante ans, l'impression en caractères mobiles. Croira-t-on réellement que ce fut elle qui dota d'ailes — puisque ailes il y a — notre esprit ? Quel travestissement ridicule des faits de l'histoire ! Quelle méconnaissance de la haute valeur qui s'attache à l'originalité germanique ! Comment ne pas voir que, bien au contraire, c'est l'esprit « ailé » qui a nécessité, qui a imposé l'invention de l'imprimerie ? Tandis que les Chinois en restaient au procédé d'impression par des tablettes de bois gravées en relief — procédé incommode et lent qui leur avait coûté peut-être mille années de tâtonnements — tandis que les peuples sémitiques laissaient le papier sans emploi digne de mention, dans l'Europe germanique tout entière et notamment dans sa partie centrale, l'Allemagne, « la confection en masse de manuscrits sur papier à bon marché » était devenue d'emblée une industrie ¹). Janssen lui-même rapporte qu'en Allemagne, longtemps avant qu'eût commencé l'impression au moyen de caractères en métal fondu, on offrait à bas prix les productions les plus éminentes de la poésie (celle du moyen haut-allemand, qui est la langue des Nibelungen et des poèmes chevaleresques) et bien d'autres écrits à l'usage du peuple : recueils de légendes, traités de médecine vulgarisée, etc. ²). Ce que Janssen omet de dire, c'est que, dès le XIIIme siècle, le papier avait contribué à la diffusion de la Bible et notamment du Nouveau Testament, traduit en diverses
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    ¹) Vogt et Koch : Geschichte der deutschen Litteratur, 1897, p. 218. On trouve les détails dans tout ouvrage d'histoire considérable.
    ²) Op. cit. I, 17.


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langues européennes, si bien que les émissaires de l'Inquisition, qui n'avaient eux-mêmes qu'une connaissance extrêmement fragmentaire des Saintes Écritures, s'étonnaient de rencontrer des paysans sachant par cœur les quatre Évangiles ¹). Et le papier servit encore, nous l'avons vu ²), à répandre parmi des milliers d'hommes cultivés — assez cultivés du moins pour lire le latin — des pensées libératrices comme celles de Scot Erigène. Ainsi se produisit grâce au papier, dans tous les pays d'Europe, une insurrection plus ou moins prononcée contre Rome, à quoi répondit aussitôt la défense de lire la Bible et l'institution de l'Inquisition ³). Mais l'ardent désir d'émancipation intellectuelle, l'instinct d'une race née pour la souveraineté, la puissante effervescence de ce génie qui s'est révélé depuis par ses actes, ne se laissèrent pas maîtriser et endiguer. Le ferme propos de lire, d'apprendre, de savoir, s'affirmait chaque jour davantage. Il n'y avait pas encore de livres (au sens actuel de ce mot) qu'il y avait déjà des libraires — marchands ambulants qui colportaient de foire en foire leur stock de manuscrits peu coûteux, proprement établis sur papier, et toujours assurés d'un immense débit. L'invention de l'imprimerie fut donc littéralement IMPOSÉE. De là aussi la destinée exceptionnelle de cette invention. D'ordinaire les idées nouvelles ont fort à lutter avant de s'accréditer dans l'opinion : témoin la machine à vapeur, la machine à coudre, etc. L'imprimerie, au contraire, était attendue de tous côtés avec une telle impatience qu'il nous est presque impossible aujourd'hui de reconstituer les péripéties de sa propagation. Dans le même instant que Gutenberg essaye à Mayence la fonte des lettres, d'autres s'y appliquent à Bamberg, à Harlem, à Avignon, à Venise. Et lorsque le grand Allemand tient enfin
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    ¹) Voir au ch. VII la dernière note de la rubrique : « Rome ».
    ²) Dans le présent chapitre, section : « Découverte », au sous-titre : « L'ambiance paralysante
».
    ³) Ch. VII, fin de la rubrique : « Rome
»
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1116 LA FORMATION D'UN MONDE NOUVEAU — INDUSTRIE

la clef de l'énigme, c'est à qui tirera de son invention le parti le plus intelligent, à qui l'imitera, la perfectionnera, la développera : elle est partout appréciée comme elle le mérite, tant elle répond à un besoin général. Les presses de Gutenberg commencèrent de fonctionner régulièrement dès son association avec Fust, en 1450, et vingt-cinq ans plus tard l'ars scribendi artificialiter était déjà florissant dans toutes les villes importantes du continent, dont quelques-unes même — Augsbourg, Nuremberg, Mayence — possédaient jusqu'à vingt imprimeries et davantage ¹). À cet appétit dévorant
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    ¹) C'est à Avignon qu'on a relevé récemment les plus anciennes traces certaines de cet « ars scribendi artificialiter » alors mentionné pour la première fois : Procope Waldfoghel, de Prague, l'y pratiqua dès 1444 à l'aide de « deux A B C en acier, deux formes en fer, une vis en acier, quarant-huit formes en étain » et avec l'assistance d'un serrurier (L'abbé Requin : Origines de l'imprimerie en France, 1891); mais nous ne possédons aucun produit des presses de Waldfoghel, et l'on s'accorde généralement à penser qu'il était au courant des essais antérieurs de Gutenberg (commencés en 1436); quant à la légende d'après laquelle celui-ci aurait dû à Laurent Coster de Harlem le plus clair de son invention, elle n'a plus de partisans sérieux. Il semble que le premier livre complet imprimé en caractères mobiles ait été la Bible « Mazarine » achevée à Mayence le 15 août 1456. En France, où l'on ne compte pas moins de 41 villes et bourgades dotées d'imprimeries avant 1500 (cf. Thierry-Poux : Premiers mouvements de l'imprimerie en France, 1890), les premiers imprimeurs sont tous allemands : Ulrich Gering y publie son premier livre en 1470, après avoir établi ses presses dans l'enceinte de la Sorbonne, de même qu'en 1476, l'Anglais Caxton établira les siennes dans l'enceinte de Westminster. Sur l'imprimerie en Angleterre, où le mouvement est plus lent, mais à certains égards plus national, cf. Jusserand : Histoire littéraire du peuple anglais, t. II, ch. I, § II. Voici d'après cet auteur la jolie explication du nouvel art donnée aux lecteurs de la version anglaise du Recueil des histoires de Troie, laquelle avait paru à Bruges en 1474 : « Les plumes et l'encre n'ont pas servi à former cette écriture, comme cela se pratique pour les autres livres; on a voulu quo tout le monde à la fois pût avoir celui-ci. C'est ainsi que toutes les parties du Recueil, imprimé comme vous voyez, ont été commencées un jour et finies le même jour. » — La même année que Gering de Constance fonde à Paris l'industrie typographique dans laquelle s'immortalisera bientôt le nom des Estienne, Jean de Spire obtient du Sénat de Venise un privilège pour l'exercer en cette ville, où elle ne tar-

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du Germain pour tout aliment de libre humanisme, ne mesure-t-on pas ce que lui pesait le joug de Rome ? On dirait en vérité la frénésie d'un désespéré ! Les ouvrages qui furent livrés à l'impression entre 1470 et 1500 atteignent un total d'environ dix mille; tous les auteurs latins alors connus sont édités avant la fin du siècle et, durant les vingt années qui suivent, tous les penseurs et poètes grecs dont il existe des manuscrits accessibles viennent s'y ajouter ¹). Mais on ne s'intéresse pas seulement au passé. Le Germain entreprend immédiatement de scruter la nature et il l'attaque du bon côté, par la mathématique : Johannes Müller, de Kœnigsberg en Franconie, plus connu sous le nom de Regiomontanus, fonda entre 1470 et 1475 une imprimerie à Nuremberg, destinée spécialement à la publication d'ouvrages mathématiques ²); de nombreux mathématiciens allemands, français et italiens furent incités par là à travailler la mécanique et l'astronomie; en 1525 le grand Nurembergeois Albert Dürer donna la première géométrie descriptive qui ait paru en langue allemande, et c'est à Nuremberg également que fut édité en 1543 le De revolutionibus de Copernic. Dans les autres domaines de la découverte on n'avait pas chômé non plus, et le premier journal, qui date de 1505, « apporte déjà à ses lecteurs des nouvelles du Brésil » ³).
    Si j'ai insisté sur l'histoire du papier, c'est que rien ne me paraît plus propre à nous révéler la haute signification que peut acquérir une industrie pour tous les modes de la vie; elle
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dera pas à prendre avec les Manuce un splendide développement. Etc., etc.
    ¹) Green : History of the English people III, 195. Trait significatif, c'est EN ANGLAIS que Caxton édite les ouvrages de l'antiquité qu'il juge dignes de ses presses de Westminster, cependant qu'Oxford imprime, avant toute autre ville britannique, les textes classiques (Jusserand : loc cit.).
    ²) Gerhardt : Geschichte der Mathematik in Deutschland, 1877, p. 15.  — Sur l'ordre de Mathias Corvin, à la cour duquel Regiomontanus avait vécu, Budapest eut une imprimerie depuis 1473.
    ³) Lamprecht : Deutsche Geschichte V, 122.


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nous apprend aussi qu'une invention ne vaut qu'autant qu'elle tombe en des mains dignes de la recevoir. Le Germain n'a pas inventé le papier, mais ce qui n'avait été pour les Sémites et les Juifs qu'un chiffon sans conséquence, il en fit, grâce à ses dons incomparables et si caractéristiquement individuels, la bannière d'un monde nouveau. On voit combien Goethe a raison d'écrire : « L'alpha et l'oméga chez l'homme, c'est l'activité, et l'on n'arrive à rien sans l'aptitude à agir, sans l'instinct qui nous y incite.... À y regarder de près, on s'aperçoit que toute capacité, si petite soit-elle, nous est INNÉE, et qu'il n'existe pas de capacité indéterminée » ¹). Celui qui, connaissant l'histoire du papier, conserve quelque illusion sur l'égalité des races humaines, celui-là est proprement incurable.
    L'introduction du papier est sans contredit l'événement le plus fécond en résultats de toute notre histoire industrielle. Comparé à cela, le reste n'a qu'une importance minime. On ne saurait indiquer rien qui ait exercé sur la vie une action aussi pénétrante, avant que l'industrie textile, transformée comme je l'ai dit, ait pris son essor, et avant ces inventions d'une portée bien plus considérable encore : la machine à vapeur, le bateau à vapeur, la locomotive. Mais ces inventions même n'ont pas modifié autant que le papier nos conditions d'existence : la locomotive qui rend le monde accessible à chacun (comme l'imprimerie l'avait fait pour la pensée) ne contribue qu'indirectement à l'accroissement de notre trésor spirituel. Je suis convaincu, d'ailleurs, que l'observateur attentif trouvera partout à l'œuvre les mêmes aptitudes qui nous ont apparu avec une si magnifique évidence dans l'exemple que j'ai choisi. Il suffit donc de cet exemple pour mon objet, qui était de mettre en lumière non seulement la plus importante de nos conquêtes, mais aussi les qualités distinctives et individuelles par où se caractérise l'industrie dans notre monde nouveau.
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    ¹) Lehrjahre, liv. VIII, ch. 3.

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Dernière mise à jour : 27 avril 2008