Hereunder follows the transcription of a review by the Roman Catholic theologian Alfred Firmin Loisy of La Genèse du 19me siècle, Robert Godet's translation of Houston Stewart Chamberlain's book Die Grundlagen des 19. Jahrhunderts. This review was published in the Revue critique d'histoire et de littérature, p. 38-40, Jan. 2nd, 1915, 26. Année 49, Semestre 1, Paris.

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H.-S. CHAMBERLAIN : La Genèse du XIXe siècle. Édition française par R. GODET. Paris, Payot, 1913; LXX-1551 pages en deux in-12.
 

    Sorte de philosophie générale de l'histoire, qui a eu beaucoup de succès dans les pays allemands et dans ceux de langue anglaise. Pour juger de telles oeuvres il faut prendre un peu de l'audace qu'ont ceux qui se risquent à les produire.
    La première partie de celle-ci concerne les origines, ou l'héritage à nous transmis par le monde antique, et ces origines s'étendent jusqu'à la fin du XIIe siècle; la seconde partie a pour objet la formation d'un monde nouveau, et ce monde a commencé vers l'an 1200; toutefois l'an 1 de notre ère, en tant que symbole de la naissance du Christ, marque une première date capitale, le Christ ayant préludé à l'éveil des Germains, qui est figuré pour M. C. par la date de l'an 1200. Jésus n'aurait pas été juif. Ce que M. C. dit de lui est d'un croyant absolu, plus absolu que n'importe quel tenant d'une confession chrétienne. Et M. C. a l'intuition de sa foi devant des textes où il est permis de ne la point trouver. En un sens, il est irréfutable. Il ne raisonne pas, il affirme, et les arguments qu'on pourrait lui opposer ne seraient par rapport à lui et pour lui que des négations. On est émerveillé de le voir (p. 273), opposant l'Ecclésiastique aux discours de l'Evangile, montrer la supériorité de celui-ci par une parole (Matth., XI, 27-30) qui justement procède de l'Ecclésiastique (LI), où un discours analogue est prêté à la Sagesse divine. C'est temps perdu de discuter si Jésus était ou non de pure race israélite. Ses parents étaient aussi juifs qu'il était possible de l'être; lui aussi. Quand même il aurait eu quelque grand'mère née dans la gentilité, rien dans son enseignement, dans ses sentiments, dans sa carrière, ne requiert d'autres antécédents que la tradition juive. La conception arbitraire du Christ non juif cadre parfaitement avec l'Evangile non juif — ni évangélique — à lui attribué par M. C.
    A la race juive s'oppose la race germanique, dont le double caractère serait (p. 431) « une soif de savoir proprement inextinguible, un instinct de liberté qui ne se satisfait que dans la diversité nationale ». Il n'est pas autrement établi que là soient les deux appétits dominants de la race germanique. Et en traitant de cette race éminente (qui ne comprend pas que les Germains, mais où M. C. englobe aussi les Celtes et les Slaves), l'auteur émet quantité d'assertions plus ou moins risquées dont il serait trop long, et souvent superflu, de faire la critique : Abraham serait le nom sumérien du premier roi d'Our; les Cananéens auraient été des Hittites, et les Amorrhéens seraient nos frères de race; les Juifs auraient falsifié leur histoire pour effacer et prévenir désormais les mélanges de sang, d'où était sortie leur race; l'idée d'un dieu universel n'aurait jamais pénétré dans le judaïsme; Jérôme, Bède et Abélard auraient connu ce que découvre la critique biblique touchent les origines de l'Ancien Testament; la théologie chrétienne aurait attribué à Jésus le rôle de Messie juif, encore que nul ne s'y prête moins (?), et dans son mythe néoplatonicien de la trinité, elle aurait transformé en manifestation d'un « schéma intellectuel abstrait » celui qui avait été « le génie moral à sa plus haute puissance »; le « mystique » Paul n'aurait pas été non plus un juif de race pure; les évêques orientaux qui répugnaient au « consubstantiel » auraient visé à « constituer au sein de l'orthodoxie un état de liberté comparable à celui qui avait régné dans l'Inde »; Nestorius pourrait bien avoir été aussi un « germain de race », en tout cas un « protestant », puisqu'il s'est opposé à « l'introduction des mystères païens dans l'Église chrétienne », etc., etc.
    Si la vérité réside dans les nuances, M. C. manque ordinairement de vérité. Sa synthèse, originale et simpliste, peut satisfaire des esprits absolus. La somme, relativement considérable, de vérités générales et particulières qui s'y trouvent, est compromise par la rigueur du système où il les a emprisonnées; et ce système qui, à le bien prendre, est un système religieux, présente sous un jour passablement incomplet et faux l'histoire de la religion.

Alfred Loisy.


 
 
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Dernière mise à jour / Last update: April 8th, 2004.