Hereunder follows the transcription of Quelques brochures de Houston-Stewart Chamberlain, written by Camille Pitollet, published in the Revue des Langues Romanes, 6me serie, tome 10, 1918-20, p. 161-175 and 346-353.

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Quelques brochures de Houston-Stewart Chamberlain, by Camille Pitollet, published in the Revue des Langues Romanes.
H. S. Chamberlain ou Le configurateur de la race, by Robert Dreyfus, published in the Revue de Paris, 1935

 
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Quelques brochures de Houston-Stewart Chamberlain
 

    En 1917, M. Ernest Seillière, de l'Institut, a cru devoir consacrer 182 pages à «  Houston-Stewart Chamberlain, le plus récent philosophe du pangermanisme mystique » (1). Bien qu'à pareille date, on connût chez nous — du moins dans son texte allemand — la fameuse continuation du J'Accuse de Grelling, où plusieurs pages sont consacrées à réfuter un chapitre des Neue Kriegsaufsätze et où il est dit que ces brochures de Chamberlain ont été répandues « à des centaines de mille d'exemplaires », (2) ni M. Seillière, ni MM. Félix Bertrand et F. Piquet, ses critique dans la Revue critique d'Histoire et de Littérature du 15 février 1918, n'ont songé à signaler la grave lacune d'un ouvrage prétendant faire connaître « l'intimité de la pensée » du fils rénégat d'un amiral anglais et taisant les si curieux : Kriegsaufsätze, Neue Kriegsaufsätze, Politische Ideale et Die Zuversicht, parus le premier en 1914, les trois autres en 1915, tous quatre chez F. Bruckmann, A.-G., à Munich. Pour M. Félix Bertrand, qui écrit, répétons-le, en 1918, voici comment se résument Chamberlain, l'homme et l'œuvre : « Botaniste, égaré dans les à-priori fantaisistes d'une philosophie sectaire et fausse, H.-St. Chamberlain est né à Portsmouth en 1865 (3); il a passé son enfance à Versailles, auprès de sa grand'mère; commencé ses études dans sa patrie, à Cheltenham College ; les a continuées en Suisse et terminées dans les universités allemandes. Assez récemment, il est devenu, par un second mariage, le gendre de Wagner, dont il a épousé la dernière fille. — Ses œuvres principales sont : Ie des essais dramatiques, publiés en 1912, comprenant 3 pièces : la mort d'Antigone ; — le Vigneron ; — Antonie ou le devoir ; — IIe les Assises du XIXe siècle, publiées en 1899 ; Paroles du Christ, 1902 ; IVe Immanuel Kant, sa personnalité à titre d'introduction à son œuvre, 1905 — sans compter un grand nombre d'articles de revue sur ses maîtres favoris, ou ses thèmes préférés. Son mérite, si c'en est un, est de s'être fait du Kaiser un élève docile et convaincu, comme on peut s'en apercevoir en lisant quelques-uns de ses discours solennels, depuis son avènement au trône ; on assure même que le philosophe a reçu de l'orgueilleux souverain « la croix de fer, quoique étranger et non combattant, pour les services d'ordre intellectuel qu'il a rendus à l'effort militaire allemand ».
    Et c'est tout. On nous permettra, de Nimes ! de compléter cette

    (1) In-8° paru à la Renaissance du livre, 78, boulevard St-Michel, Paris. Prix : 2 francs.
    (2) P. 25 de la traduction française du 1er volume de Le Crime (Paris, Payot et Cie, 1917).
    (3) Erreur ; c'est en 1855. Voir les pp. 53-54 du 1° vol. des Kriegsaufsätze, sur Chamberlain au College. De Chamberlain botaniste, nous possédons des Recherches sur la sève ascendante, grand in-8° avec 7 graphiques hors texte, publié à Neufchâtel, Attinger frères, en 1897 et alors vendu 10 francs.

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bibliographie par trop indigente à l'aide de ce que contient, des œuvres de Chamberlain, notre pauvre bibliothèque de petit germaniste de province (1).
    Ie Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts (11. Auflage. — Édition Populaire in-8°, 2 vol. de 1265 pp.) (2). Il existe une « Jubiläumsausgabe », numérotée, du 100e mille, sur « Dünndruck-Papier » en 2 vol. cuir souple à 15 marks, que nous possédons également. Notons, à l'occasion de cette « Volksausgabe », que les préfaces des 3e et 4e éditions de cet ouvrage, non renfermées dans

    (1) Tous ces ouvrages ont paru chez F. Bruckmann, A.-G., à Munich. Chez Breitkopf et Hartel, à Leipzig, parut, en 1892, vol. de VIII et 144 pp., in-8°: Das Drama Richard Wagner's, eine Anregung. Chamberlain en a publié en 1894, sous le titre: Le Drame Wagnérien, in-16°, chez Chailley, à Paris, — il y eut une nouvelle mise en vente en 1897 par Fischbacher — une version française, dûe à lui-même. C'est également lui qui a écrit en notre langue l'Avertissement de 2 pp. 1/2, daté de Vienne (Autriche), 8 juillet 1899, à la traduction abrégée de son ouvrage de 1899 sur le même personnage : Richard Wagner, sa vie et ses œuvres, traduit de l'allemand (Paris, Perrin et Cie, 1899, in-12 de XII et 395 pp.; 2e éd., 1900). D'après l'Avertissement, le traducteur était le Génevois Alfred Dufour. C'est en 1894 aussi que Chamberlain publia à Bayreuth, chez Grau, in-8° de IX et 124 pp. : Richard Wagner. Echte Briefe an Ferdinand Praeger. Kritik der Praeger'schen Veroeffentlichungen, Vorwort von Hans von Wollzogen. Une deuxième édition revue a paru, en 1908, in-16 de 188 pp. à Berlin chez Schuster et Loeffler. Enfin, c'est à 1896 que remonte la publication, à Bayreuth, sur 69 pp. in 8°, de 1876-96. Die ersten 20 Jahre der Bayreuther Bühnenfestspiele, comme, aussi, c'est de 1903 que date la brochure de IV et 122 pp. in-8°, en collaboration avec Fr. Poske, Heinrich von Stein und seine Weltanschauung, suivie du « Testament » de von Stein (Berlin et Munich; 2e éd., Munich, 1905.) Notons, enfin, que M. Paul Flat, dans ses Lettres de Bayreuth, publiées par L'Artiste en septembre-décembre 1891, a inclus une missive de Chamberlain.
    (2) Les Grundlagen parurent en 1899, grand in-8° de XVI et 1031 pp.  Elles furent traduites en anglais en 1911, en 2 vol., chez John Lane à New York : The Foundations of the Nineteenth Century, a translation from the German by John Lees, with an introduction by Lord Redesdale. Dans la Revue Napoléonienne que publiait, à Rome, le baron A. Lumbroso, livraison de décembre 1911, pp. 129-130, il y a une lettre de feu Theodore Roosevelt protestant contre l'interprétation chamberlainienne de Napoléon I.: Houston Stewart Chamberlain and Napoleon.

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l'édition populaire, ont été réunies en une brochure in-8° de 108 pp., sous le titre : Wehr und Gegenwehr, qui contient les dissertations suivantes : Richard Wagner und Chamberlain; Der Dilettantismus; Die Rassenfrage; der Monotheismus; Katholisch und Römisch. Nous citerons, à titre de curiosité, ce jugement, inconnu en France, du Professeur Dr. Friedrich Heman (Bâle) sur les Grundlagen, en traduction française : « Chamberlain dispose d'un grand capital d érudition et de lectures. De plus, il est guidé par un sûr instinct, qui ne le fait pas puiser seulement aux sources les plus récentes, mais, ce qui est plus significatif, aux sources les meilleures.... Le lecteur attendait un livre d'une science indigeste, dont la massive complication le ferait reculer de crainte.... A peine l'a-t-il ouvert qu'il peut lire où bon lui semble : partout l'auteur l'enchaîne par la fine et nerveuse élégance du style, par l'originalité des pensées, par la vigueur des jugements, par une vision pénétrante de la vie et des réalités, par la largeur et l'élévation de ses vues, par la chaleur de ses sentiments, par la brûlante flamme de ses amours et de ses haines, par la beauté et la noblesse de ses fins et de son objet... ». Ce qui revient à dire, à l'allemande, que nous avons affaire, ainsi que s'exprimera graphiquement M. Luis Araquistain, dans la conférence dont il sera question plus bas, à « la verdadera biblia del germanismo ». Cet ouvrage a été traduit en français, en 2 vol. in-8º, à Neufchâtel, par Robert Godet : La Genèse du XIXe Siècle, dont la 3e édition est de 1913.

    IIe Goethe. — 860 pp. grand in-8°, avec deux grandes tables. Nous en possédons l'édition « Halblederband » à 20 marks ; la première édition remonte à 1912, in-4° de VII et 851 pp. Voici, à titre, derechef, de curiosité, comment, dans la Deutsche Tageszeitung berlinoise, le Privatdozent O. Braun, de l'Unversité de Münster s'exprimait : « Chamberlain se révèle de nouveau ce qu'il est : l'homme des descriptions pénétrantes et à larges touches. Toujours très indépendant dans ses conceptions, il nous présente la nouveauté sous un aspect de vieille connaissance et sait tirer d'assertions très lointaines des points de vues capitaux. Sa science est une science d'élimination et de construction. Ce faisant, il va toujours au fond, fuit le superficiel et cependant excelle dans la forme plastique.... En somme, nous avons devant nous une construction puissante : la personnalité de Goethe est, d'un regard sûr, saisie dans sa profondeur et nous est révélée. Le livre abonde en tournures spirituelles et en expressions heureuses. Il est de ceux qui laissent un résultat durable : vivant, il crée la vie.... » Et il est certain que, passer du Goethe de M. Richard-Moses Meyer à celui de Houston-Stewart Chamberlain, réserverait à un lecteur délicat des joies à nulles autres secondes. Car ce serait passer de la Mache berlinoise à un Mumpitz à la Dr. Ernst Jäck, chose très amusante,

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en vérité. Signalons, en outre, que Chamberlain a écrit, en 1905, une Introduction au Briefwechsel entre Schiller et Goethe, paru, en 2 vol. in-16, à Jéna chez E. Diederichs.

    IIIe Richard Wagner. — Nouvelle édition illustrée (1), 2 vol. grand in-8°, avec de nombreuses planches, portraits, fac-simile, et suppléments. Halblederbaende : 25 marks. C'est la biographie de famille, par excellence. L'ouvrage est et restera d'ailleurs classique.

    IVe Immanuel Kant. Die Persönlichkeit als Einführung in das Werk. — Nous ne croyons que ce gros volume de 1000 pp. in-8° — avec une Vorzugsausgabe cuir, 24 marks, le tout ayant paru en 1905, in-4° de XI-786 pages et portrait — ait dépassé cette seconde édition et préférions à cette mystification tendancieuse, où c'est surtout du présent pangermaniste qu'il s'agit, le sobre petit Immanuel Kant d'Oswald Külpe, 3° éd., 1912, n° 146 de Aus Natur und Geisteswelt.

    Ve Deutsches Wesen. — Recueil des articles de H.-St. Chamberlain, brochure de 3 marks; reliée, 4 marks, parue à la Noël 1915.

    VIe Worte Christi. — Avec une Apologie et des Remarques explicatives. De ces 326 pp. in-16°, l'auteur a donné (vendu, car, ici encore, la gamme savante des prix s'égrène avec un art bien wagnérien : 1,50, 2 et 3,50 marks !) une Feldausgabe, mais l'édition numérotés in-8° est à 12 marks. L'oeuvre remonte à 1901, 288 pp. gd. in-8°.

    VIIe Arische Weltanschauung. — 2e éd., 86 pp., in-8°, « Pappband » à 1,50 mark. Avait paru en 1905, sur VI et 87 pp. au t. 1 de Die Kultur, éditée par Cornelius Gurlitt

    VIIIe Parsifal-Märchen. — 2e éd. remaniée, tirée à 1000 exemplaires numérotés, de 6 à 10 marks. La 1er édition, de 1900, est sur 65 pp. in-4°. Contient Parsifal's Christbescherung, ein Weihnachtsmärchen ; Parsifal's Gebet, ein Ostermärchen ; Parsifal's Tod, ein Pfingstmärchen. Et l'on pourrait appeler cela : Le Pétrarquisme d'un [sous-]Richard Wagner, selon que, en nous envoyant, à Rome, le 18 avril 1914, son travail, L'Incantesimo del venerdì santo, qui traite de ce même Parsifal.

    (1) Comme nous l'avons dit plus haut en note, cet ouvrage est de 1896, grand in-4° de XI et 368 pp. avec 120 portraits et 38 planches, 80 fr. Une traduction anglaise en a paru chez Dent en 1897, en même temps qu'à Munich, revue par l'auteur et émanant de G. Ainslie : Richard Wagner, translated from the German (XVII et 402 pp., 25 marks).

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nous proposait die rebaptiser ce même travail M. G. A. Borgese, professeur de littérature allemande à l'Université de l'Urbs (1).
    IXe Drei Bühnendichtungen. — Nous en avons l'édition « à bon marché », 2 marks, grand in-8° ; contient Der Tod der Antigone, Der Weinbauer, Antonie oder die Pflicht.
    Xe Kriegsaufsätze. — Ecrites à Bayreuth en septembre-octobre 1914, ces diatribes parurent d'abord, à la même époque, dans l'Internationale Monatschrift, le Volkserzieher, la Deutsche Tageszeitung, la Tägliche Rundschau, mais la sixième était inédite. Réunies en brochure à la fin d'octobre 1914, elles sont dédiées au Geheimrat Max Koch, le professeur de l'université de Breslau et historien de la littérature allemande bien connu, qui commandait alors le 1er bataillon du 6e Landwehr bavarois. Ainsi Chamberlain entendait-il, sans doute, payer la dette du Richard Wagner de 1907, dans la collection des Geisteshelden. Elles s'intitulent Deutsche Friedensliebe, Deutsche Freiheit, Deutsche Sprache, Deutschland als führender Weltstaat, England, Deutschland. Dans la Préface de la 11e édition, qui est celle que nous possédons, Chamberlain déclare que « des amis très estimés avaient, au début de la guerre, prié l'auteur de s'adresser aux Anglais ; il ne réussit pas à coucher par écrit une seule ligue. Mais dès qu'on lui demanda de parler en allemand à des Allemands, sa langue se dénoua et sa voix trouva un si chaleureux écho, jusque dans les tranchées et soir le pont des navires de guerre, qu'il en conçut, en ces jours d'émoi où ces témoignages furent sa consolation, l'idée de soumettre en volume les articles en question tant aux amis inconnus qu'à ses autres coreligionnaires ». Et, parce que, sans doute, les deux derniers étaient réputée les meilleurs, on en fit un « Sonderdruck » que l'on intitula : England und Deutschland, pesant 40 grammes et pouvant être envoyé franc de port comme Feldpostbrief aux tranchées. Cela coûtait 20 pfennigs ! Par 500, 15 pfennigs ! Par 1.000, 13 pfennigs ! La maison Bruckmann déclarait « Cette édition à bon marché a été tirée pour fournir à chacun de nos vaillants défenseurs les motifs qui doivent lui fortifier le coeur dans la lutte, en voyant comment un Anglais des plus cultivés qui soient et qui, bien qu'étranger, peut être avec raison appelé nôtre, juge l'Allemagne et juge l'Angleterre ». En même temps, on lançait, en avril 1915, sur 64 pp. pesant 50 grammes, une édition anglaise England and Germany, qu'avait précédée une édition espagnole de même volume, également organisée par la

    (1) A propos d'Universités, nous noterons en passant que Chamberlain publia en 1902 dans Die Fackel, de Vienne, un savoureux article : Katholische Universitaeten, dont il fit faire des tirages à part.

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maison Bruckmann, cependant que la succursale milanaise, Sperling et Kupfer, de l'éditeur de Stuttgart, H. O. Sperling, en tirait l'édition italienne (1). Une traduction espagnole indépendante paraissait en outre à Barcelone au no. 2 de la revue bi-mensuelle : Germania Revista de Confraternidad Hispano-Alemana publiée, depuis 1915, à Barcelone par les services allemands de propagande du 9 de la calle Santa Teresa sous couvert du Catalan Luis Almerich, mais ne comprenait que la première diatribe : El amor de Alemania á la pax.

    XIe Neue Kriegsaufsätze. — Nouvelle brochure à 1 mark, du poids de 140 grammes et pouvant être envoyée, sous affranchissement de Feldpostbrief à 10 pfennigs, au front. Il en existe aussi une édition, parue en avril 1915, avec les Kriegsaufsätze, réunis au prix de 3 marks, reliés. Les Neue Kriegsaufsätze comprennent 3 nouvelles diatribes : Grundstimmungen in England und in Frankreich ; Wer hat den Krieg verschuldet ; Deutscher Friede. Elles sont datées de Bayreuth, 31 janvier 1916. Les services de propagande boche ci-dessus mentionnés à Barcelone en ont publié en 1916 une version espagnole, sur 40 pp., simplement intitulée : La verdad de la guerra et, d'ailleurs, assez mal faite.
    XIIe Politische Ideale. Brochés, 1 mark reliés, 2 marks. Comprend : Der Mensch als Natur ; Die Verneinung ; der Staat ; Wissenschaftliche Organisation ; Richtlinien. L'éditeur de la vaillante revue madrilègne España, M. Luis Araquistain — qui connaît parfaitement l'Allemagne, pour y avoir étudié, dans ses Universités, sa philosophie — ayant pu, par un de ces hasards alors fréquents en Espagne, se procurer un exemplaire de cette publication — et ignorant les précédentes — en a donné une courte et très juste analyse dans sa conférence du 26 février 1916, à laquelle nous fîmes allusion dans notre article du Mercure de Francs du 1er juil-

    (1) Le traducteur de la brochure espagnole (Inglaterra y Alemania, 62 pp. petit in-8º) était le misérable valet de plume qui rédigea le Heraldo de Hamburgo, dont nous avons déjà cité le nom plus haut, le Dr. Máximo Asenjo. Dans l'introducción, signée de Chamberlain et datée de février 1915, le rénégat anglais se vante de ce que « dans ses veines coule seulement du sang anglais, écossais et celte », et, aussi, de s'être « éveillé en France à la vie intellectuelle » ayant « parlé français avant de parler anglais. » Il ajoute qu'il vint en Allemagne pour s'y fixer alors qu'il avait 30 ans et qu'il regretta d'abord « le commerce enchanteur des Français, la distinction et la réserve des mœurs anglaises » étant choqué par « la vue des uniformes militaires et le bruit de sabre des officiers. »

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let 1918 : Quelques points de vue espagnols sur la guerre (1). « C'est peut-être, dit-il, l'effort le plus puissant qui ait été tenté, idéologiquement, pour justifier le triomphe de l'allemagne et elle constitue comme le résumé et l'épurement de cette montagne de livres suscités en ce pays par la guerre. Elle me semble être œuvre représentative et définir mieux qu'aucune autre les critères philosophiques de ceux qui soupirent pour le triomphe germanique ». Pour la critique qu'en fait M. Araquistain, nous renverrons aux pp. 80-89 des Conferencias en pro de Francia en 1916, éditées à Madrid en 1916 en un volume de 308 pp. in-8º par M. P. Orrier, Paseo del Prado, nº 20.

    XIIIe Die Zuversicht. — Daté de Bayreuth, 25 mai 1915, nous possédons de cette brochure la 3e édition (1916). Elle se réclame de ces dures paroles de Luther : « Dem Kriegs- oder Schwertsamt muss man mit männlichen Augen zusehen : so wird sich's selbst beweisen, daß es ein Amt ist, an ihm selbst göttlich und der Welt nöthig und nützlich. » Il est curieux d'y rechercher avec quel art cet adroit sophiste s'efforce, déjà, d'y rallumer le flambeau fumeux de la foi pangermaniste chancelante. Et, dès la première ligne, son embarras s'affirme de façon non équivoque : « D'autres, je l'espère, ressentiront comme moi: plus la situation s'embrouille et devient menaçante, plus robuste jaillit mon espoir, etc. » (p. 3). Les racines métaphysiques de cet espoir, la librairie F. Bruckmann, A.-G., ne croyait pas devoir mieux faire, sur la bande-réclame d'invite à l'achat de la brochure, que de les mettre à nu en empruntant au triste apostat anglais cette déclaration ingénue.

    (1) Voir cet article, p. 21. Entre autres témoignages que suscita ce travail, nous renverrons à celui très curieux, qui est contenu dans la Revue Belge du 13 août 1918, p. 1003-1005. En voici la conclusion : « Il ressort, semble-t-il, avec une cruelle évidence, de ce qui précède, que nous n'avons pas su faire en Espagne la propagande qu'il fallait, avec les moyens, les méthodes, les hommes et au moment qu'il fallait. Insuffisance très dommageable au cours même de cette guerre. Insuffisance aussi dommageable après la guerre, car les organisations de propagande allemande subsisteront et agiront alors comme autant d'agences de publicité pour louer tout cc que l'Allemagne peut fabriquer, échanger ou vendre ». Voir, d'ailleurs, sur la nature de certaine propagande française en 1915-1916 les fortes paroles, auxquelles nous souscrivons de tout cœur, de M. André Suarès dans son Cervantès (Paris, Emile-Paul frères, 1916), en particulier aux pp. 7-10. Mais, partisan du vrai, nous réprouvons les injustices anti-espagnoles du Dr. E. Callamand dans le Moniteur Médical du 8 octobre 1918, toujours à propos de notre article, bien qu'il n'y soit pas cité.

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extraite de la p. 26 : « La victoire de la lumière sur les ténèbres au fond de l'ame aux peuple allemand forme le tronc puissant de ma confiance, qu'alimentent cent racines ». Ces paroles sont les dernières de l'homélie. Nous n'avons, depuis, entendu parler Chamberlain que dans son fameux procès de diffamation avec la Frankfurter Zeitung, où il fut condamné et dont les débats ne laissent pas d'être piteux. Mais la « lumière » qu'évoquait le misérable et cependant si intéressant propagandiste au pangermanisme mystique, elle s'est faite dans « l'âme du peuple allemand » et de tout autre sorte qu'il l'espérait. De ce que sa lourde erreur — erreur d'une existence vouée au culte intéressé d'un faux semblant qui n'est plus — s'avère en ces jours de victoire alliée, plus manifestement qu'aux heures angoissées d'une lutte si longtemps incertaine, s'en suit-il que ses livres soient à traiter avec le dédain d'une ignorance transcentdantale ? M. Félix Bertrand a clos sa critique sur cette phrase superbe « Je laisse à d'autres le soin de dire si l'Anglais renégat méritait bien l'honneur qu'on lui a fait en s'occupant ainsi de lui ». Plus objectif, M. Félix Piquet atténuait « Certes, M. Chamberlain n'a pas préconisé le germanisme agressif et dévastateur. Mais son germanisme racial et mystique, en surexcitant l'orgueil allemand, en faisant croire à son peuple qu'il est investi d'une mission d'en haut, a justifié et fortifié le pangermanisme économique des Rohrbach (1) et le pangermanisme politique des Reventlow ». Mais il ne s'agissait là, encore une fois, que des vues préguerrières de Chamberlain et pas un mot, repétons-le, n'était dit des brochures, si curieuses en leur partialité même — parce que celui qui les a commises n'est point un écrivassier vulgaire et que, tout sophiste qu'il soit, il possède un immense fond de lecture et un capital énorme d'observation — que nous avons signalées ci-dessus. Que de choses, cependant, n'y aurait-il pas à glaner en elles ! Il serait banal de répéter que nul n'est plus clairvoyant qu'un adversaire passionné. Or, à cet avantage initial — qui, est-il besoin de le marquer, se retourne à la honte

    (1) Nous sera-t-il permis de rappeler que, rendant compte, en 1913, dans cette Revue, du livre de P. Rohrbach : Der deutsche Gedanke in der Welt, nous écrivions, p. 87 « Et c'est ici que ce pose l'angoissant problème, culturel au moins autant qu'économique, auquel l'alliance de la Francs avec l'Angleterre a imposé, provisoirement, une solution, encore qu'instable et caduque. Faut-il laisser se réaliser le rêve pangermanique ?... L'état présent de paix armée ne saurait indéfiniment durer. Notre opinion est que la solution définitive sera donnés sur un champ de bataille.... » Sur Les Langues dans l'Europe Nouvelle, v. notre note dans Les Langues Modernes, 1918, pp. 277-280.

170 COMPTES RENDUS



de l'apostat — Chamberlain joignait celui d'un polyglotte averti, lisant, non seulement sa langue maternelle, l'anglais, non seulement la langue de son enfance, le français, mais l'italien, mais l'espagnol, mais le serbo-croate et possédant une teinture mieux que superficielle des idiomes classiques. Sur le domaine de la philologie, ce non spécialiste, simplement en laissant déborder une âme qui devrait être sincère tant elle fut éloquente, a écrit une apologie de l'idiome tudesque (Kriegsaufsätze, p. 24-35 Die deutsche Sprache) dont l'outrance grotesque n'est que trop évidents, mais qui, tout de même, mérite d'être lue, après les notations si différentes de M. A. Meillet, et si justes, tant dans ses Caractères généraux des langues germaniques — fort bien analysés par le Directeur de la Revue des Langues Romanes (mai 1916 - décembre 1917, p. 415-417) — que dans son dernier ouvrage : Les Langues dans l'Europe nouvelle, p. 291-295, sans parler, de critiques plus anciennes de l'idiome tudesque, à commencer par celles du Dr. G. Wustmann dans ses populaires : Allerhand Sprachdummheiten, ni oublier, chez nous, l'article de Fouillée dans la Revue des Deux-Mondes du 15 septembre 1890 (1). Etant donnée la rareté relative de l'opuscule de Chamberlain et afin qu'il nous soit pardonné d'avoir écrit un article de littérature germanique dans uns revue de langues romanes, nous donnerons ici la traduction partielle de la lettre à E. E., datée de Bayreuth, 22 septembre 1914, précédée de ce passage de Schiller : « Le bien précieux, la langue allemande, qui rend tout : le plus profond et le plus superficiel, l'esprit, l'âme; la langue qui n'est que sens : cette langue dominera le monde », lettre qui renferme un parallèle fort amusant de l'allemand, de l'anglais et des langues romanes, spécialement du français, et dont l'esprit représente assez exactement le point de vue philologique des pangermanistes mystiques : « Certes, tu as raison. Ce serait criminel de vouloir, dans ces jours de septembre où la grande décision est encore indécise — cette décision qui entraînera vraisemblablement toutes les autres —, de vouloir, dis-je, se livrer à l'ivresse d'une trop grande confiance. D'un penseur, du moins, l'on exige plus de logique que celle qui consiste à implorer humblement Dieu pour son aide et être, en même temps, convaincu que l'Allemand doit fatalement être victorieux. Je crois que l'Allemand a tout fait d'humainement possible pour sortir victorieux de la lutte qui lui était imposée. Mais je sais aussi le rôle qu'ont joué dans l'histoire ce que l'on appelle les accessoires sans apparence, les « hasards ». Et c'est du fond de cœur que je me tourne

    (1) Voir notre article : El « majestuoso » idioma de Goethe, dans la revue philologique El Lenguaje, no. d'août-octobre 1914, p. 237 seq.

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vers Dieu et que je répète cette prière que le Sauveur nous a donnée en exemple : « Père, que ta volonté soit faite et non la mienne ! » La vraie humilité consiste a être prêt a tout. Savons-nous donc ce qui serait plus lourd a porter : défaite ou victoire ?
    « Mais, mais...., comment dois-je m'exprimer ? Je crains de devenir illogique, sinon impie ; une défaite allemande ne serait, a mes yeux, que une victoire différée. Je me dirais : Les temps, donc, n'étaient point encore venus; il faut continuer à monter une garde fidèle autour du sanctuaire, dans le cercle de l'étroite patrie !
    « Car l'Allemagne, seule entre toutes les nations, conserve encore un bien sacré qui vit et est susceptible d'évoluer; bien inconcevable, comme tout ce qui vient de Dieu et que je me sens plus qu'incapable de décrire, même par des périphrases. Car il faut être né Allemand, ou l'être devenu, pour savoir ce dont il est question, pour comprendre qui en parle. Il faut vivre au sein de cette béatitude complexe, en respirer l'air, travailler dans sa lumière, aimer sous son soleil, reposer sous son égide propice....   Certes, et c'est maintenant que me vient sous la plume le mot de Schiller, notre poète si totalement, si exclusivement allemand :
« Aussitôt que lumière se fait dans l'homme, il n'existe plus, hors de lui-même, de nuit ». Provisoirement, je me contenterai de cet aphorisme. Ce que nous appellerons « allemand », ce sera le secret par quoi naît en l'homme la lumière. Or, l'organe de cette naissance de la lumière, c'est la langue !
    « Rien ne me fera dévier de ma foi : cette langue est assurée de vaincre ! Il est d'autres langues aussi, riches en ouvrages de l'esprit, qui oserait le contredire? Moi le dernier, qui, depuis mon enfance jusqu'à cette heure, ai, dans l'anglais et le français, mes propres idiomes, de sorte que Shakespeare, Hume et Sterne, Bonsard, Pascal et Rousseau sont aussi proches et familiers à mon oreille et à mon intellect — dans leurs vocables autochtones et ces intraduisibles tournures issues de relations bigarrées, filles de l'histoire et du son ! — que Luther, Herder et Goethe. De même, je possède au moins une sorte de sentiment de la construction et de la force des langues anciennes, je lis l'italien et suis redevable d'impressions ineffaçables à l'étude de l'espagnol et du serbo-croate. Sur la base de ces connaissances, et d'autres encore, acquises aux résultats de la philologie comparée, je prétends que, parmi les langues modernes, l'allemand est unique, indiscutablement, dans sa majesté et sa plénitude de vis, au point d'exclure toute comparaison. Cela gît en partie dans la structure de cet idiome, talle que la livre son histoire, en partie dans la contenu que lui ont infusé une suite sans exemple de vaillants, importants, éminents et pour plusieurs, héroïques esprits. Un tel contenu — disons-le tout de suite — dépasse l'organisme linguistique. C'est ainsi que, par exemple, Johann Sebastian Bach, l'homme merveilleux que Goethe

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ne savait comparer qu'avec Dieu, est inconcevablement au-delà du domaine de la langue allemande et au-delà de la direction assignée par Martin Luther à l'esprit issu d'elle. Et cependant c'est un seul et même courant.
    « Examinons d'abord sa structure. On a dit là-dessus tellement d'excellentes choses, dont un grand nombre seront gravées dans ta fidèle mémoire, que je puis presque me borner à te rappeler le 4e des Discours à la Nation allemande, de Fichte. Je dois avouer qu'en général les écrits de Fichte ne me sont pas d'une compréhension aisée. Le plus souvent, ils excèdent mes facultés intellectuelles. Mais cette conférence sur les « différences principales entre les Allemands et les autres peuples d'origine germanique », il me faut toujours la relire de temps à autre, sans que je cesse jamais de m'y édifier. D'abord, cela me réjouit de le voir ranger parmi ces derniers peuples les Français, les Espagnols et les Italiens. Il est clair que beaucoup de sang germanique, source de leur force, coule dans leurs veines. Pour cela, il suffit de savoir ce que veut dire le cencept de « Germain » et d'avoir étudié quelque peu l'histoire. Et cependant, cet axiome énoncé dans le semestre d'hiver 1807/1808 a dû être redécouvert de nos jours. En second lieu, Fichte exprime en termes simples une vérité capitale : à savoir que la base de la différenciation croissante de ces peuples se trouve dans l'idiome avant tout et qu'entre les langues de l'Europe, l'allemand est la seule qui vive. De ce fait en découle un antre, car comme remarque Fichte : « Il n'est pas de comparaison possible entre la vie et la mort, la première ayant sur la seconde une supériorité infinie : C'est pourquoi toute comparaison entre les langues allemande et néo-latines est sans valeur aucune, partant de choses qui ne méritent pas qu'on perde sur elles un seul mot ». La catastrophe, qui a retranché de la vie tous ces idiomes — y compris l'anglais — est née de ce que, construits sur des bases étrangères, par conséquent avec un matériel caduc, elles furent dès l'origine des langues artificielles et non des productions naturelles. Ces peuples n'ont à proprement parler — selon que s'exprime Fichte avec à propos — pas de langue maternelle, particularité caractérisée par Richard Wagner dans cet aphorisme frappant « Ihre Sprache spricht für sie, nicht abersprechen sie selbst in ihrer Sprache » (« Leur langue parle pour eux; ce ne sont point eux qui s'expriment dans leur langue »). Car, dès que les vocables non désignant des choses purement tangibles, mais destinés à penser et à communiquer la pensée, ne sont plus tirés du stock sensible connu, ils deviennent des jetons abstraits, incapables de gradation, de modulation, de liaison. Ainsi « succès » pour « Erfolg » : au lieu de l'image matérielle d'une course vers le but, couronnée par ce er qui indique la perfection de l'acte, deux syllabes : suc et cès, sans signification aucune pour le Fran-

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çais d'aujourd'hui. Or, le peuple qui parle une langue de cette nature, ne connaît plus d'échelle graduée de son intellect. L'homme du commun est sans pensée, le génie sans organe d'expression des nouveautés qu'il pourrait engendrer « La médiocrité est de rigueur ». (1).
    « Par contre, dans une langue qui, comme l'allemand, est restée vivante et où la portion abstraite est matérialisée ; où, à chaque pas, se combine l'ensemble de la vie matérielle et spirituelle de la nation dans l'organe même de cette langue, et ce, en pleine unité, afin d'exprimer non pas d'arbitraires concepts, mais l'âme même de la nation, telle que l'a développée son existence historique (2), les choses se passent d'autre sorte. Il ne faut pas oublier que la langue latine lorsque, vers la fin de la République, elle est devenue langue de culture, en fut réduite à des emprunts. On ne saurait dire d'elle, comme du grec, qu'elle vivait, puisqu'elle prenait à ce dernier une quantité d'expressions de pensées, de sentiments, de présages, sous une forme arrêtée, telle que l'avaient constituée l'évolution originale et séculaire des peuplades helléniques. Et lorsqu'on tenta d'adapter quelques mots vivants à leur contenu étranger, il en naquit des confusions, dont nous souffrons encore à cette heure. Tu n'aurais qu'à voir dans mon ouvrage sur Goethe le paragraphe dédié au terme : Natur. Donc ou l'on ne comprenait rien, ou l'on comprenait de travers. En conséquence, le latin de la période classique, dès qu'il s'élevait au-dessus du terre-à-terre de la vie ordinaire, se trouvait sans rapports vivante avec le parler du peuple. Au contraire, c'était un langage artificiel, que ne comprenait plus ce même peuple, étant « in der eigenen Heimat halb tot » (« à demi-mort dons son propre pays ».) D'où il suit que les idiomes actuels de l'Europe occidentale s'érigent sur des racines doublement mortes ; outre la langue allemande, les seules langues pures sont les scandinaves ».
    Après cet intéressant début, Chamberlain expose à son ami E. E. la décadence de notre idiome. « Qui, dit-il, étudie le français, mettons depuis Rabelais et Montaigne jusqu'à Voltaire, y constate un appauvrissement croissant, aussi bien du capital verbal que des formes linguistiques, jusqu'à l'état d'actuelle déchéance, où l'organisme s'est durci en un acier brillant et ne fonctionne plus que comme une machine sans âme. Mais ce mouvement qui, d'un point de vue élevé, est certainement régressif, n'en correspond pas moins à un instinct génial. La langue étant une langue artificielle, il n'y avait pour elle qu'un seul moyen d'atteindre une perfection relative. Il fallait qu'elle devint un Art, un Art complet, et re-

    (1) En français dans le texte, p. 27, mais traduit aussitot : Mittelmässigkeit ist Pflicht.
    (2) Ceci est tiré de Fichte.

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niât la Nature. Un Montaigne, s'il vivait aujourd'hui, devrait se taire... ou bien apprendre l'allemand. Mais, ici, je voudrais attirer ton attention sur un point. Si ce processus curieux a abouti à un succès sans exemple, cela n'est point seulement dû à la contrainte logique des faits linguistiques, mais aussi et surtout à l'évolution politique. La langue française est devenue exactement ce que la voulait sa monarchie, exigeant l'absolue unité, l'unification et l'uniformité. La Révolution française a pu détruire la Bastille de pierres ; la Bastille intellectuelle est restée debout. L'esprit de ce peuple est toujours en prison....  » Si l'allemand a, depuis Luther, eu à souffrir maintes avanies — qu'on lise, pour s'en convaincre, les ouvrages de ses savants jusque vers 1750 ! —, il n'a pas connu ces catastrophes, grâce à ce que Chamberlain appelle « die politische Mannigfaltigkeit » (« la variété poltique ») des pays de langue tudesque : la Haute et la Basse Autriche, la Styrie, la Suisse, la Basse Allemagne, où la richesse de l'idiome, grâce aux scissions politiques, s'est maintenue, exubérante, en mots et en tournures propres, capables, le moment donné, de devenir bien général. Que l'on songe, pour nous en tenir au XVIIIe siècle, à ce que, de Gottsched à Adelung, les philologues ont ainsi sauvé de termes, aujourd'hui courants ! Et si Leibnitz a repris la voie à suivre, dans ses Unvorgreifliche Gedanken, qui nierait que Goethe, les frères Grimm, et Richard Wagner ne l'aient méticuleusement suivie ? Et qui nierait, aussi, qu'il y ait encore beaucoup à faire sous ce rapport? Mais si c'est, à ce point de vue, un bien que la nation politique et la langue ne s'identifient pas, que sera l'Allemagne de demain et que deviendra sa langue? Chamberlain, qui, on l'a vu, aillait jusqu'à prévoir, en septembre 1914, la défaite, base sur sa croyance mystique de la puissance miraculeuse et de l'incommensurable supériorité de l'allemand la conviction que cet idiome sera un jour la langue universelle. Sa critique de l'anglais est aussi impitoyable — bien qu'avec des atténuations typiques, par où ce renégat rend comme un hommage repentant à la langue de son berceau (1) — que celle de notre langue, mais, merveilleusement gallophobe, malgré ses protestations contraires, Chamberlain revient toujours à notre idiome comme au bouc émissaire, « Le français, écrit-il donc encore, a, dès ses

    (1) Il écrit p. 31 : « Selbst das Denken von glänzenden Köpfen versiegt und versandet, und der Halbschotte Kant musste in Deutschland geboren werden, damit die geniale Gedankenarbeit seines Landsmannes Hume zu Ende geführt werden konnte ». Selon Chamberlain, la langue anglaise est dans l'impossibilité d'exprimer des pensées « profond et tendres ». Il dit, à propos de Shakespeare, que ce génie ne vit vraiment qu'en Allemagne (p. 33).

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origines, fait preuve d'une destinée hasardeuse et arbitraire. Il naît comme compromis entre deux langues adverses : le conquérant germain, de beaucoup mieux doué, apprend la langue du Gaulois vaincu, mais en arrache sans autre forme de procès les flexions, pour lui insupportables, autant que faire se peut, et se voit, en conséquence, contraint à soumettre à une loi l'ordre hésitant de la phrase. Il ente, en outre, sur le tronc latin desséché, de nombreux rameaux jeunes, vigoureux, empruntés au terroir allemand. Jusqu'au XVIe siècle, il restera des vestiges de cette force germanique et Montaigne se permettait encore de créer, en les combinant, des vocables. Mais l'effort fut stérile et, lui mort, la flamme s'éteignit pour jamais... »
    Il semblera frivole, après cela, de rappeler que la Revue des Langues Romanes, dans son dernier fascicule, faisait siennes ces grandes paroles de Ferdinand Brunot, au t. v. de son Histoire de la Langue Française : qu'il serait bon de laisser « à d'autres la coupable et déshonorante croyance qu'un savant peut servir sa patrie par le mensonge ou la dénégation impudente des faits les mieux établis ». (1).

Camille PITOLLET.

    (1) Revue des Langues Romanes, janvier-juillet 1918, p. 117.
 
 
 

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Quelques brochures de Houston-Stewart Chamberlain (1)

     Dans notre précédente Note sur quelques brochures — ou œuvres — de H.-S. Chamberlain, nous n'avons pas mentionné la IIIme Série des Kriegsaufsätze, parue en fin février 1916 chez F. Bruckmann à Munich, parce que, vu son importance, nous nous réservions d'en donner ici une analyse spéciale (2), que l'étendue, déjà trop longue, d'un premier article interdisait.
    Cette brochure, de 61 pp. in-8°, vendue 70 pfennigs, s'intitule — du titre de sa première, dissertation —: Hammer oder Amboss (Marteau ou Enclume), emprunté au vers final de l'épigramme bien connue de Goethe :

Du musst steigen oder sinken,
Du musst herrschen und gewinnen,
Oder dienen und verlieren,
Leiden oder triumphieren,
Amboss oder Hammer sein....
    Elle se compose de 3 prêches, précédée d'une introduction, datée de Bayreuth, 17 février 1916. Cette dernière : Hammer oder Amboss, occupe les pp. 7-28. Le premier prêche: Der hundertjährige Krieg (La Guerre de Cent Ans), daté de Bayrenth, 6 septembre 1915, va des pp. 29 à 37 ; le second : Des Weltkrieges letzte

    (2) D'autre part, l'impossiblité de revoir l'épreuve de notre travail a été cause que nous n'avons pas donné (p. 165, no. V) le sommaire de Deutsches Wesen. Ce volume se compose de 13 « articles choisis », que sont : Ie Souvenirs de l'année 1870 ; IIe L'Empereur Guillaume II ; IIIe Bismarck, l'Allemand ; IVe Martin Luther ; Ve Immanuel Kant ; VIe L'Essence de l'Art ; VIIe Introduction à la « Correspondance » de Schiller et Goethe ; VIIIe Le « Werther » de Goethe ; IXe Schiller, professeur d'idéal ; Xe Signification historique de Richard Wagner ; XIe Relations de Richard Wagner avec les classiques de la poésie et de la musique ; XIIe Le « Bayreuth » de R. Wagner ; XIIIe Les Sommets de l'Humanité.

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Phase (La dernière phase de la guerre mondiale), daté du même lieu, 25 novembre 1915, des pp. 38 à 48 ; le troisième : Deutschlands Kriegsziel, même lieu, 6 janvier 1916, des pp. 49 à 61.
    Chamberlain nous y apparaît comme ayant subi l'influence du Zeitgeist. Sa pensée, jamais banale en ses plus chauvines outrances, s'y est recuite dans l'ardente flamme d'anglophobie dont brûlait alors l'Allemagne entière. Mais cette anglophobie offre ce trait de particulier que, l'expression d'un Anglais renégat, elle ne se nourrit pas aux foyers ordinaires des apôtres du Gott strafe England. De même qu'il a fallu, pour exposer dans sa nudité complète la racine du Crime allemand, une plume allemande, de même Houston-Stewart Chamberlain constitue, parmi le chœur bigarré des aèdes des Hymnes de haine, une voix unique et, même lorsqu'il emprunte des arguments au livre effroyable du professeur John-William Burgess : The European War of 1914, its Causes, Purposes and probable Results (Chicago, Mac Clurg and Co., 1915), il le fait sur un autre mode que les collaborateurs de Das Grössere Deutschland, l'hebdomadaire pangermain que publiaient alors à Weimar, chez l'éditeur G. Kiepenheuer, P. Rohrbach, E. Jäckh et Fr. Kolbe, et où ont été produits tant de témoignages typiques de l'aveugle orgueil de ces intellectuels effrénés qui ont mené le Michel germain à sa ruine. Mais, à propos même de Burgess, qu'il nous soit permis de révéler, par un détail, la manière de H.-S. Chamberlain. Ce misérable trouve commode d'exalter, p. 43, « l'origine anglosaxonne » du professeur américain de science sociale et doyen de la Faculté de même discipline à Columbia, parce que, dans son livre, il rencontre la thèse, qui est la sienne aussi, que « l'immense Empire britannique est gouverné despotiquement par une petite élite, dans les intérêts propres de cette dernière ». Or, il se garde bien — et il nous faudra, pour recueillir ce témoignage, nous adresser au Berlinois Franz Kolbe ! (1) — de nous apprendre que

    (1) Dans sa dissertation : War Belgien überhaupt noch neutralisiert ? (La Belgique était-elle encore neutralisée ?), au no. 5 pour 1915 (30 janvier) de : Das Grössere Deutschland, p. 134. C'est là que Fr. Kolbe analyse l'article publié par Burgess en décembre 1914 dans The Vital Issue — article résumé par la Kölnische Zeitung du 23 décembre 1914 —, où le professeur américain déniait l'existence d'une neutralité belge et, par conséquent, celle du crime allemand de violation de cette neutralité. Voir, à ce propos, notre article : Comment fut « cuisinée » l'opinion allemand dans l'automne de 1918, dans les Langues Modernes d'avril-juin 1919, ainsi que la belle œuvre de M. J. William White, Ph. D., LL. D., syndic de l'Unversité de Pensylvanie, dont nous n'avons que la version espagnole : Alemania delatada por Américain (Th. Nolson and Sons, 80 pp. in-8°, Paris, Edinburgh, New-York et Londres), parue s. a. (mars 1915). Notons que lorsque John W. Burgess revint repren-

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Burgess est redevable de ses théories à ses amis d'Allemagne, ceux surtout de l'Université de Berlin, où il avait été « Austauschprofessor » et avait laissé, de son conformisme kaisérophile, « ein ausgezeichnetes Andenken » (un souvenir excellent). De même, à propos de l'incident des fameux extraits de sermons allemands publiés par le Standard du 4 décembre 1915 et reproduits par quantité de journaux français, à la suite du Temps, Chamberlain écrit, à ce propos, pp. 25-26, ce passage, inédit en notre langue :
    « Le journal conservateur anglais Standard — qui est une feuille distinguée —, a publié, il n'y a pas longtemps, de soi-disant extraits de trois sermons de pasteurs protestants allemands — paroles sauvages, avides de sang, païennes, abominables, comme jamais écclésiastique allemand n'en a prononcées. Bien que — comme on l'a démontré — ni les noms des personnages, ni ceux des localités où ils vivraient, eux trois, fussent conciliables, puisque des pasteurs de ces dénominations y étaient inexistants, on remarquait cependant que, derrière ces indications, en apparence consciencieusement exactes (pour convaincre un lecteur peut-être sceptique), quelque chose devait exister (irgend etwas stecken müsse). L'Anglais ment avec beaucoup plus de précautions et, de réflexion que son compère français. Et, en fait, l'assiduité allemande a réussi (es ist deutscher Emsigkeit gelungen) à découvrir les sources de ces prétendues traductions. Il en résulte que l'auteur de ces falsifications misérables doit, en tout état de cause, être un théologien au courant de la litérature écclésiastique allemande, qui, naturellement, sache l'allemand et vraisemblablement, ait étudié en Allemagne et qui a utilisé les textes allemands à sa disposition pour réaliser les falsifications en question, qui portent le cachet trompeur de l'authenticité. C'est ainsi, par exemple, qu'un aumônier militaire se serait écrié : « Du, mein Männervolk in Wehr und Waffen, Du bist gekreuzigte Menschheit » (1), dont l'honnête Anglais a fait : « La

dre sa chaire de Columbia, en novembre 1907, les Boches du Verband Deutscher Schriftsteller in America lui offrirent un Symposium d'honneur en leur local de Broadway, 1161-1175, New-York. Il y fit l'apologie de l'Université berlinoise, et fut secondé par les discours du Kaiser Wilhelm-Professor N. M. Butler, de Columbia de feu Hugo Muensterberg, de Harvard, de Kuno Francke, de la même université, des Viereck, etc, etc. Nous possédons le texte imprimé de l'invitation à cette cérémonie, que nous envoya alors Hugo Muensterberg.
    (1) « C'est toi, mon peuple en armes, qui es l'humanité crucifiée, » — On trouvera une curieuse utilisation de ces textes fameux dans le roman de M. Louis Dumur Nach Paris ! (voir le passage inséré p. 878 seq. du Mercure de France du 16 août 1919.) Sur ce roman, il importe de lire la lettre de l'auteur à M. Alfred Valette, insérée dans le Mercure du 16 septembre 1919, p. 373-375.

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tâche imposée par Dieu aux Allemands est de crucifier l'humanité » (Der Deutschen gottgegebene Aufgabe ist es, die Menschheit zu kreuzigen). Je me représente avec vigueur la façon dont ce calotin rusé (der listige Pfaffe) doit avoir ri in petto sur cette plaisanterie sacrilège. Cependant, on l'a câblée dans toutes les cinq parties du monde et les habitants des colonies anglaises, illettrés au-dessus de toute limite, mais pieux en leur majorité, auront désormais en abomination tout homme d'Église allemand. Et le clergyman expert à mentir peut même se glorifier de plus grands succès encore ! Le Temps, que les liens les plus étroits unissent à l'Angleterre, a pris dans le Standard les soi-disant sermons et, là-dessus, le Synode de l'Église Évangélique à Paris a manifesté son indignation à l'endroit de doctrines qui sont un défi à tout christianisme et s'est solennellement déclaré à jamais détaché de tous rapports avec ses coreligionnaires allemands ! Et, comme choc en retour, le ministre de l'Instruction Publique français s'est cru obligé d'imposer la lecture de ces prétendus extraits de sermons teutons dans tous les lycées de France, afin que la haine, le mépris, l'horreur soient cultivés même chez les petits enfants ! Mais, ici encore, c'est l'Angleterre, infatigable, qui est la cause de tout le mal ! »
    Cette dissertation de Chamberlain, nous l'avoue dit, est datée de Bayreuth, 17 février 1916. Or, à cette époque-là, l'incident des fameux sermons avait parfaitement été tiré au clair et la mauvaise foi de Chamberlain en résulte d'autant, plus palpable. En effet, la Semaine Religieuse de Genève des 15, 22, 29 janvier et 5 février 1916 avait fourni toute la lumière désirable et de son résumé résultait manifeste :
    Ie que, si le professeur Reinhold Seeberg, de Berlin, affirmait n'avoir jamais prêché, au Dom de cette ville, ce que le Standard lui attribuait, il avait publié, dans l'Illustrierte Zeitung de Leipzig — ce journal même qui, en une autre circonstance, taxa le Temps de faussaire — un article : Der Krieg und die Menschenliebe, où se trouvaient, entre autres aussi typiques, des phrases comme celles-ci : « Il est clair qu'en soi les coups donnée à un ennemi ne sont pas plus une œuvre d'amour que les corrections infligées à un enfant. Mais ces corrections peuvent devenir bienfaisantes, et il en est de même des actes de guerre....  Et c'est ainsi que la guerre peut devenir en fait une manifestation d'amour.... ». De plus, le même Seeberg, professeur de théologie à l'Université de Berlin, avait publié, dans l'Internationale Monatsschrift du 1e novembre 1914, un autre article : Das sittliche Recht des Krieges (La justification morale de la guerre), où les affirmations aussi « évangéliques » que les précédentes foisonnent ;
    IIe que le pasteur Philippi, aumônier aux armées et, préalablement, chargé de la Ring-Kirche de Wiesbaden, avait émis, dans un petit recueil de Kriegspredigten originalement publiés par la revue Christliche Welt (Marburg), ces onctueuses déclarations :

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« En Christ, l'humanité est crucifiée avec Christ ; elle l'est toujours de nouveau toutes les fois qu'une délivrance doit s'accomplir en sa faveur ; cette guerre monstrueuse est, elle aussi, un crucifiement de l'humanité.... C'est toi, mon peuple en armes, qui es l'humanité crucifiée. Tu souffres dans cette guerre des souffrances substitutives, afin d'opérer la rédemption de l'Allemagne..... » Évidemment, le traducteur anglais, ici, s'était trompé ;
    IIIe que s'il n'y avait apparemment pas de pasteur Loebel, « de la plus grande église luthérienne de Leipzig », il existait un pasteur Laible, rédacteur de l'Allgemeine Evangelisch-Lutherische Kirchenzeitung, au même lieu, et même un pasteur Loeber, de Fremdiswalde, auteur d'une brochure sur le Christianisme et la Guerre, où était affirmée — comme le Standard le disait au nom de Loebel — la nécessité d'une guerre « schonungslos » (impitoyable), laquelle était — en conformité avec la doctrine officielle du Grand État-Major, suivie par Philippi — infiniment préférable moralement à une guerre conduite avec mollesse : théorie que renforçait ce parallèle avec l'Ecriture « Les Israélites ne doutent absolument pas que la guerre qu'ils font à leur ennemis ne soit une guerre juste et agréable à Dieu, car, en ce qui les concerne, ils assimilent purement et simplement leurs ennemis aux ennemis de Dieu. Nous devons, nous aussi, écarter ce doute, quoique nous ne puissions pas nous mettre nous-mêmes au bénéfice de la même identification »..... (1).
    D'ailleurs, ne trouvait-on pas, dans le manifeste des 93, cinq théologiens protestante (A. Deissmann, A. von Harnack, W. Herrmann, A. von Schlatter, Reinhold Seeberg) et six théologiens catholiques (A. Ehrhard, G. Esser, Anton Koch, J. Mausbach, S. Merkle, J. Schmidlin) ? Chamberlain ignorait-il, d'autre part, les lettres du pasteur de la Cour, A. Dryander, ou les discours de Harnack, ou telles déclarations du prophète du néo-christianisme, Johannes Müller ? La Semaine Religieuse de Genève, qui accueillit les rectifications de Seeberg, n'imprima-t-elle pas aussi les perles extraites de la brochure, publiée par F. Koehler à Tubingue et où sont extraits près de 800 sermons de guerre « Der Weltkrieg im Urteil der deutsch-protestantischen Kriegspredigt (La Guerre mondiale au jugement de la prédication protestante allemande) ? Quand à Johannes Müller, n'était-ce pas au premier fascicule même de sa série de guerre (Erstes Kriegsheft der Grünen Blätter) qu'il avait commis ces duplicata purs et simples de la prose chamberlainienne : (2)

    (1) Cité par la Semaine Religieuse de Genève du 5 février 1916.
    (2) Pp. 156, 168 seq., 175, seq., 178 seq. — Voir aussi d'analogues doctrines dans Dieser Krieg und das Christentum (no. 29 de la série : Der Deutsche Krieg), par Martin Rade, professeur bien connu de théologie à Marburg, pp. 19-23, 25-26, etc.

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    « La cause du genre humain et de l'amour de l'humanité est dans notre camp. Nous avons à la faire triompher contre la France, possédée d'une passion de haine, contre l'Angleterre, possédée de Mammon, et contre la Russie, qui paraît possédée de tous les démons de l'Enfer ; et c'est dans l'intérêt de la France, de l'Angleterre et de la Russie que nous la ferons triompher aussi. Car ces peuples ne seront sauvés de la perdition que s'ils sont sauvés de leurs démons.....
    « On a dit que la guerre est un châtiment de Dieu pour nos péchés. C'est un horrible blasphème. Cette guerre est une grâce imméritée que Dieu nous fait..... Si la guerre est un châtiment, c'est un châtiment pour nos vertus, qui étaient trop grandes. Qu'on nous épargne ces fadaises ; la guerre n'est pas une punition pour nos péchés. Elle n'a rien à voir avec nos péchés. Le châtiment, ç'aurait été que cette guerre ne vînt pas, car nous serions sans doute alors morts dans nos péchés et pour nos péchés....
    « Que ton âme brûle au-dedans de toi, quand tu fonds sur tes ennemis comme un jugement de Dieu.... Que ton âme soit pleine d'un saint courroux contre les misérables, qui, depuis des années, préparaient notre perte et voulaient nous assassiner par surprise : contre ceux qui n'ont pas craint de plonger la population de la moitié de l'Europe dans la misère, la désolation et le désespoir pour satisfaire leur ambition, leur rancune, leur cupidité.... Elances-vous pareils aux anges qui portent le glaive de feu. Vous êtes les messagers de la volonté de Dieu, contre la paix pourrie de l'Europe, qui était une insulte à Dieu depuis une génération....
    « Nous qui sommes disciples de Jésus, nous devons faire la guerre objectivement, comme le médecin qui opère, le juge qui condamne, le policier qui emploie la force : sans irritation personnelle, sans fureur, sans rancune, sans joie de nuire aux pauvres êtres innocents qu'il faut abattre pour remplir notre mission, sans vouloir leur imputer ni leur faire expier les coups qu'ils nous portent. Notre colère doit être sainte, comme il sied aux exécuteurs de la volonté divine, C'est pourquoi il faut nous sanctifier en vue de la guerre. Nous ne pouvons combattre sans Dieu, mais au contraire unis à lui. Remplis de son esprit, brûlants de son ardeur, nous serons capables de frapper comme des anges à l'épée flamboyante et d'anéantir tout ce qu'il livrera entre nos mains. Et cette guerre, nous la ferons avec amour, avec compassion. Avec amour nous massacrerons ; c'est pleins de compassion pour l'ennemi que nous chercherons, par toutes les ressources de la violence, à le réduire en miettes ; c'est pleins d'une pitié infinis que nous déverserons sur les malheureuses victimes de la guerre des maux infinis. En vérité, la guerre est la grande occasion d'aimer nos ennemis et de leur prouver cet amour, bien que nous devions employer toutes nos forces spirituelles, intellectuelles et physiques à les terrasser et à les mettre hors de combat.... »

352 COMPTES RENDUS



    Nous disions tout à l'heure que cette pieuse homélie n'était qu'un duplicatum de notre Houston-Stewart. P. 49 de sa brochure, il prêche, en effet, la même doctrine de la guerre « ohne Rücksicht auf irgendein Gesetz ausser dem grossen Naturgesetz des Selbsterhaltung » (sans égard pour aucune autre loi que la grande loi naturelle de la propre conservation) et ajoute résolument — en héros de l'arrière, qui sait bien qu'aucun avion ennemi (pas même ceux de Nuremberg) ne viendra jamais troubler le calme qui règne « in unserem stillen Bayreuth » (p. 29) — ceci : « Dass Unschuldige mitleiden müssen, das bringt der Krieg mit sich, das bringt die Sünde mit sich » (que des innocents doivent aussi souffrir, ce sont là conséquences et de la guerre et du péché). Mais à quoi bon insister ?
    Dans son no. 4 pour 1915 — correspondant au 23 janvier et à la Deuxième Année de cette Revue, remplacée, en janvier 1916, par l'hebdomadaire Deutsche Politik, de Jäckh, Rohrbach et le professeur de Francfort et directeur du Sozialpolitisches Institut, Philipp Stein — la rédaction de : Das Grössere Deutschland admit, avec toute sorte de réserves, que lord Curzon avait raison, à la Chambre des Lords, de déclarer que les Anglais, « avec leur tempérament phlegmatique », étaient incapables de haïr (p. 126). Chamberlain, qui ne perd aucune occasion de se vanter d'être un pur Anglais, serait-il donc devenu sans le savoir Allemand à ce point qu'il dût être identifié avec les plus purs aboyeurs autochtones de la Germania Militans ? Non, en vérité. Ce misérable n'avait acquis, de l'Allemand, que la fausse psychologie. Et, tablant, frénétiquement, sur la victoire boche, il joua le va-tout désespéré de l'homme qui, depuis longtemps, n'avait plus rien à perdre. Anglais, cependant, il était resté, en dépit du placage tudesque, et mille traits spécifiques décèlent, en sa manière, le fils authentique d'Albion. Aujourd'hui, où sa honte est irrémédiablement scellée, il n'est, pour nous, que de l'abandonner à son triste destin. Dans la première des quatre dissertations de la brochure qui fait l'objet de cet article, il se gausse de certains Allemands — tour à tour, il clouera au pilori la Frankfurter Zeitung, le Berliner Tageblatt, un journal de Cologne (quoi ! la Kölnische elle-même ?), feu Fr. Naumann et son Mitteleuropa et Franz von Liszt enfin, dont la brochure modérée Zwischen Krieg und Frieden, lui semblera subtil défaitisme — et les renvoie à la jeune fille française, d'origine phénicienne (sic), qui, ayant été séduite, écrivait à sa mère : « Console-toi, maman, rien n'est perdu fors l'honneur ! »..... (p. 17). Ce nous sera, sans doute, à nous Français, une « consolation » aussi, de songer que, pour cet infortuné, tout, désormais, est perdu...., y compris l'honneur (1).

Camille PITOLLET.

    (1) Dans notre précédent article nous avons omis de signaler, au no. X, une traduction française des Kriegsaufsätze, parue à Stuttgart en 1915, chez Wilhelm Violet — l'éditeur des Echos Violet —, sur 116 pp. de même format que la brochure allemande, sans indication de prix. De même, au no. XIII, nous n'avons pas indiqué qu'il existait une édition de propagande de Die Zuversicht, parue dans les Kriegsblätter du D(eutschen) H(ansa) V(ereins ?), à la Deutschnationale Buchhandlung à Hambourg, brochure de 16 pp. avec couverture à en-tête, illustré par C. Langhein, et qui est la 8me de cette Série. Enfin, la 4me dissertation de la brochure ci-dessus analysée, fut tirée en brochure de 16 pp. : Deutschlands Kriegsziel, en 1916, à Oldenburg i. Gr., chez Gerhard Stalling, éditeur du Deutsches Offizierblatt, et vendue 20 pfennigs, à des fins, sans nul doute, de propagande pangermaniste dans l'armée. 


 
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Dernière mise à jour / Last update: January 12th, 2004.