Hereunder follows the transcription of a review of La Genèse du 19me siècle, Robert Godet's translation of Houston Stewart Chamberlain's book Die Grundlagen des 19. Jahrhunderts. This sour review was published — in the first world war — in the Revue philosophique de la France et de l'étranger 1916, Juil.-Déc., Année 41, Paris, p. 389-391. The (unknown) author goes as far as blaming H. S. Chamberlain for the outbreak of world war I (see last paragraph):
“...the tragic events of which we are the sad witnesses must be attributed, to a great extent, to the malicious influence of this book and other, similar ones ... For all of those who want to explore the mental aberrations which led to this horrible war, this book will offer interesting material.“

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H. S. Chamberlain ou Le configurateur de la race, by Robert Dreyfus, published in the Revue de Paris, 1935

 
Houston Stewart Chamberlain. — LA GENÈSE DU XIXe SIÈCLE. Édition française par Robert Godet. Deux volumes in-16 de LXX-1551 p.  Librairie Payot et Cie, Paris.
 

    Ce livre est un des produits les plus malfaisants du pangermanisme contemporain. Le souci de la vérité et la connaissance objective des faits y font complètement défaut, pour laisser la place entièrement libre aux affirmations extravagantes et audacieuses.
    La thèse de l'auteur est que les Germains forment une race exceptionnelle, unique dans le monde, et que tout le reste, qu'il appelle « chaos ethnique », est sans valeur. « Si les Germains, dit-il, ne furent pas seuls à modeler l'histoire, ils y contribuèrent incomparablement plus que les autres races : tous les hommes qui, à dater du VIe siècle, apparaissent comme les véritables configurateurs des destinées de l'humanité, soit qu'ils forment des États, qu'ils découvrent des idées nouvelles ou qu'ils inventent quelque art original, tous appartiennent à ce groupe..., toute notre civilisation et toute notre culture actuelles sont l'oeuvre d'une race humaine déterminée : les Germains. Sans le Germain, une nuit éternelle eût envahi le monde; sans l'incessante résistance des Non-Germains, sans la guerre que font encore aujourd'hui à tout ce qui est germanique les représentants jamais exterminés du « chaos ethnique », nous eussions atteint un degré de culture bien supérieur à celui qu'a connu le XIXe siècle. Il est tout aussi faux que notre culture soit une renaissance de la culture hellénique et romaine : c'est parce que le Germain est né que les anciens héroïsmes ont pu renaître, non inversement. « La civilisation et la culture qui, rayonnant de l'Europe septentrionale, s'étendent aujourd'hui sur une partie du monde considérable (où elles règnent, il est vrai, à des degrés très divers), sont l'oeuvre du germanisme : ce qu'elles recèlent d'éléments non germaniques consiste ou bien en ingrédients étrangers non encore éliminés, qui furent jadis introduits de vive force dans leur organisme et y circulent encore, mêlés au sang comme un virus, ou bien une marchandise étrangère naviguant sous le pavillon germanique et jouissant de sa protection, au grand dommage de notre travail et de notre développement futur, en attendant que nous ayons coulé à pic les bâtiments flibustiers avec toute leur cargaison. Cette oeuvre du germanisme est sans contredit ce que les hommes ont créé de plus grand jusqu'ici. Elle est le produit non de chimères humanitaires, mais d'une force sainement égotiste, non de croyances imposées, mais d'une libre recherche, non d'un propos de continence, mais d'une fringale insatiable. Étant née la dernière, la race des Germains a pu mettre à profit les conquêtes des races antérieures. » « Nous pouvons le proclamer sans crainte : le Germain est le seul homme qui se laisse comparer à l'Hellène. Chez lui aussi, ce qu'il y a de frappant et de spécifiquement distinctif, c'est l'épanouissement simultané et l'équilibre du savoir, de la civilisation et de la culture. L'universalité de nos aptitudes nous différencie de toutes les races humaines contemporaines ou antérieures, à l'unique exception des Grecs — fait qui, soit dit en passant, autoriserait à présumer notre proche parenté avec eux. »
    Et sur ce ton l'auteur continue à glorifier les Germains, ne craignant ni les contradictions, ni les divagations puériles, ni l'absurde, ni le ridicule. Parfois même sa verbosité intarissable l'entraîne à peindre ses héros tels qu'ils sont. « Que la prédominance du germanisme, di-til (p. 987), soit un bonheur pour tous les habitants de la terre, nul ne réussirait à le démontrer; depuis leur avènement jusqu'à l'heure actuelle, nous voyons les Germains massacrer des races et des peuples entiers ou les décimer lentement, par une démoralisation méthodique, afin de se faire de la place pour eux-mêmes. Qui aurait le front d'affirmer qu'ils vainquirent par leurs seules vertus, alors qu'ils trouvent dans leurs vices un concours si terriblement efficace : avidité, cruauté, perfidie, mépris de tous les droits hormis ceux qu'ils s'arrogent. » Ailleurs il affirme que les Germains seuls sont capables de loyauté, tandis que les gens du Sud sont perfides et creux. Le Germain est encore le plus musical des hommes et seul capable d'une vraie religiosité. « En Jésus-Christ était apparu au monde le génie religieux absolu; nul n'était mieux fait que le Germain pour entendre cette voix divine : les plus grands propagateurs de l'Évangile à travers l'Europe sont tous des Germains, et le peuple germanique tout entier s'attache immédiatement, on l'a vu par l'exemple des frustes Goths, aux paroles de l'Évangile, réfractaire qu'il est à toute basse superstition... » « L'Anglo-Saxon — dirigé par son infaillible instinct vital — se cramponne à une Église traditionnelle quelconque qui ne s'immisce pas dans la politique, pour posséder du moins comme centre de sa vie cela qui a nom « religion »; l'homme du Nord et le Slave s'émiettent en cent sectes débiles, soupçonnant bien qu'elles les égarent, mais incapables de trouver le droit chemin; le Français oscille entre un scepticisme desséchant qui ne le préserve pas de l'intolérance et un cléricalisme farouche qui l'y incite; les Européens méridionaux, tombés à l'idolâtrie sans fard, se sont exclus par là du monde des peuples cultivés; l'Allemand se tient à l'écart et attend qu'un Dieu descende encore une fois du ciel, ou bien, en désespoir de cause, il choisit entre la religion d'Isis et la religion des imbéciles, dite Force et Matière. »
    S'il se trouve parmi les autres groupes humains des esprits remarquables, ils ne peuvent être que d'origine germanique. « Les grands Italiens du Rinascimento sont tous originaires du Nord qu'imprègne le sang longobard, goth et franc, ou de l'extrême Sud germano-hellénique. En Espagne, ce sont les Visigoths qui constituent l'élément vital. » Et voici le comble de la démence. « En Pascal, l'esprit purement germanique se dresse une fois encore contre le chaos ethnique dont les flots submergent la France et contre le principal organe de ce chaos : l'Ordre des Jésuites. »
    Nous devrions nous excuser auprès des lecteurs de cette Revue de leur avoir parlé d'un livre qui n'a rien de philosophique. Mais nous l'avons fait dans le dessein de leur montrer que les événements tragiques dont nous sommes les spectateurs désolés doivent être attribués pour une bonne part à l'influence malfaisante de ce livre et d'autres similaires. Avant la guerre il était répandu dans des éditions populaires par centaines de mille d'exemplaires. Et chose plus navrante encore, à l'étranger même beaucoup d'esprits se sont pâmés d'admiration devant cette élucubration, et ont fait de leur mieux pour l'imiter. A tous ceux donc qui se donneront comme tâche de retrouver les aberrations mentales qui ont conduit à cette horrible guerre, ce livre offrira des documents intéressants.

M. S.


 
 
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Dernière mise à jour / Last update: April 8th, 2004.